La monarchie territoriale contre la République

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Le Parti Solférinien, le gouvernement Valls et le Président de la République n’auront finalement tirés aucun enseignement de la débâcle municipale. Alors que cette dernière fut caractérisée par un taux d’abstention jamais observé lors d’une élection locale, pourtant si prompt à mobiliser celles et ceux qui « ne comprennent pas grand chose à la Politique » mais qui se déplacent aux urnes lorsqu’il est question de cette fameuse « proximité », c’est à dire des services publics du quotidien : de l’école des enfants, de l’entretien des routes, de la facture d’eau, etc.

Alors que l’abstention témoigne d’abord d’un rejet « du politique », de ses magouilles de couloir, de ses gouvernants « de gauches » qui appliquent des politiques « de droites », serrant à la gorge les classes moyennes et populaires sous prétexte de solidarité, voilà que Manuel Valls propose de « simplifier », c’est à dire détricoter l’organisation administrative territoriale. Il s’agit ni plus ni moins de supprimer les conseils départementaux (qui auront à peine eu le temps de remplacer les conseils généraux hérités de la Grande Révolution française de 1789) et de diviser le nombre de régions de moitié.

Et, encore une fois, la motivation première n’est pas l’intérêt général ou la recherche du bien être des administré-e-s, mais celle de réaliser des économies. L’idée est qu’il suffirait de supprimer des échelons pour réduire les coûts et améliorer l’efficacité de l’action publique. Ce raisonnement est à peu près aussi erroné que celui qui consiste à penser qu’il suffit de mener une politique « de l’offre » pour relancer la croissance. Prenons l’exemple des départements : les budgets de ceux-ci souffrent aujourd’hui de l’augmentation constante du nombre de bénéficiaires des prestations sociales (ils sont notamment chargés du versement du RSA), augmentation liée au contexte économique et aux politiques d’austérités nationale et européenne. Sauf à supprimer le RSA (et ça m’étonnerait que cela ne soit pas venu à l’esprit de notre premier ministre), changer « d’échelle » ne réduira pas le nombre de bénéficiaires et ne réduira donc pas le coût payer par la collectivité.

La participation des collectivités territoriales à la réduction des déficits publics (comprenez au règlement des cadeaux aux grands patrons via le « pacte de responsabilité »), annoncée à 11 milliards d’euros, ne pourra donc pas se faire qu’en mutualisant et en supprimant des échelons de collectivités locales, mais bel et bien en cessant de mettre en œuvre des services publics locaux. La politique d’austérité conduite au niveau national s’appliquera au niveau local, au détriment, comme toujours, des territoires les plus en difficultés.

En voulant supprimer régions et départements c’est un morceau de notre système politique républicain que Manuel Valls veut mettre à terre : celui de l’unité de la loi sur l’ensemble du territoire national. Cet objectif politique du gouvernement s’inscrit dans la continuité du quinquennat de Nicolas Sarkozy, qui déjà cherchait à développer des dispositifs visant à construire une République « à la carte », où chaque collectivité peut déroger à la loi (surtout si celle-ci protège les travailleurs) sous prétexte d’un droit à « l’expérimentation », et où l’organisation administrative et politique n’est plus la même partout.

Enfin, même si la question n’a pas été évoquée lors du discours de politique générale, le renforcement de l’intercommunalité, qui viendrait se substituer aux départements et aux communes, contribue également à déposséder les citoyennes et citoyens de leurs capacités d’expression démocratique. En annonçant la suppression de la clause générale de compétence, disposition permettant aux collectivités d’intervenir dans des domaines de la vie publique qui ne sont pas interdits par la loi à partir du moment où un intérêt local est en jeu, qui a permis pendant des décennies à des municipalités (communistes souvent) de développer des politiques publiques sociales novatrices, les communes se retrouvent dépossédées de leur principal pouvoir : de leur capacité à être des amortisseurs de crises économiques, sociales et écologiques.

La réforme territoriale selon Valls ressemble comme deux goutes d’eau à celle d’Ayrault, elle même copie conforme à la réforme Sarkozy construite à partir du comité Balladur. Alors que les citoyen-ne-s ont plus que jamais besoin que la Politique redeviennent une question de proximité, une question populaire, le gouvernement actuel poursuit le processus de notabilisation , voire de féodalisation de la vie politique locale. Aux prochaines échéances électorales locales l’abstention sera encore plus importante, le dégout pour les femmes et hommes politiques plus prononcés et les « importants » continueront à pleurer… jusqu’à ce que la chaine craque.

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Roms, la stigmatisation n’est pas le changement

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En dégageant Sarkozy le 6 mai 2012 nous n’espérions pas réellement, avec François Hollande et la social-démocratie, conquérir de nouveaux droits sociaux, mais nous pensions que des évolutions « positives » en terme de respect des Droits de l’Homme puissent être mises en œuvre. Après des années particulièrement sombres où la droite libérale, toujours plus proche des idées de l’extrême droite, n’a cessée de stigmatiser des populations entières (« musulmans » et « roms » en particulier) espérant en tirer un surplus électoral, avec comme zénith nauséabond le discours « de Grenoble » de Sarkozy du 30 juillet 2010, la politique du Parti socialiste devait apporter une forme de lumière, au moins sur ce front.

Or en matière de stigmatisation des populations roms, comme dans beaucoup d’autres domaines, le changement n’a malheureusement pas été au rendez-vous. Les annonces à la rentrée 2012 de l’assouplissement des normes limitant artificiellement le nombre d’emplois qu’ils ont le droit d’exercer apparaissent bien timides par rapport à une situation toujours plus que prégnante. Bien que l’Union Européenne, dont la quasi-totalité des roms sont ressortissants (car citoyens roumains ou bulgares), pousse continuellement à plus d’intégration (Le 9 septembre 2010 le Parlement européen a notamment adopté une résolution signalant qu’il s’inquiète de la « vague de stigmatisation des roms » en France et a exigé l’arrêt des expulsions), des élus socialistes n’hésitent pas à marcher dans les pas honteux de la droite en matière de non respect des droits de l’Homme.

Stéphane Raffalli, maire PS de remplacement de la commune de Ris-Orangis dans l’Essonne (mitoyenne d’Evry, commune de Manuel Valls), illustre particulièrement bien la continuité avec le pouvoir sarkozyste. Après une longue bataille associative pour exiger une scolarisation des enfants roms situés sur sa commune, le 21 janvier 2013 le maire de Ris-Orangis a accepté de scolariser ces enfants, non pas dans une classe « normale » mais dans un complexe sportif de la ville (dénué bien évidemment du matériel nécessaire à la  bonne tenue d’une classe). Cette classe « spécialisée » et ségrégative bafoue tous les principes républicains et nous ramène directement à des périodes noires de l’histoire de France. Mais le comble du cynisme est, qu’au lieu de se faire discret, cet élu a osé remettre en cause la sincérité du combat mené par les militants associatifs et politiques venus manifester leurs désaccords.

Entre la droite extrémisée et le Parti socialiste du ministre de l’intérieur Manuel Valls les variations de discours sont de plus en plus subtiles. Il s’agit toujours de vouloir protéger les roms « d’eux-mêmes » de leur propre situation en détruisant des « campements insalubres » où règne le « manque d’hygiène ». Il est également mis en avant la volonté d’éviter que ne se reproduise le « cas marseillais » où la population d’un quartier a « délogée » elle-même, et par la force, un campement situé à proximité. Le démantèlement de camps comme les mises au ban des enfants par la force publique apparaît donc comme un moyen de faire plaisir à une partie de la population qui voie d’un mauvais œil la multiplication des campements, tout en se donnant une bonne conscience de le faire dans le respect des intérêts respectifs des populations.

Mais la vue d’un campement et de son lot de souffrance, de précarité et de misère qui s’y déploie n’est agréable pour personne tant elle nous rappelle l’égoïsme et la dureté de notre société capitaliste, ce n’est pas une raison pour traiter ces femmes et ces hommes comme des « sous-individus » qui n’aurait pas l’accès aux mêmes droits que les autres. Derrière ces actes subsistent une forme de xénophobie d’Etat basée sur des principes « culturels » et souvent confus. La confusion qui revient le plus fréquemment est celle donnerait aux roms le caractère d’une population nomade (en sous-entendant qu’elle devrait être traitée comme telle) alors qu’elle n’a été que condamnée au nomadisme en raison de sa misère sociale et ouvre la voie à de nombreuses formes de stigmatisations. Le tri des populations à travers des caractères ethniques ne doit pas être tolérée par la gauche, quelque soit son orientation. Les idéaux révolutionnaires républicains, socialistes et universalistes valent mieux que ceux de l’extrême droite, tachons d’y faire honneurs et proposons des solutions politiques qui combattent réellement la misère plutôt que celles qui la masquent voire la détournent.


Pourquoi les communes péri-urbaines votent à droite ?

Les résultats de la dernière élection présidentielle confirment une tendance plus ancienne : les habitants des communes périurbaines, contrairement à ceux des quartiers populaires, votent à droite ! Dans ma circonscription, la 2ème circonscription de l’Essonne où « l’espace rural » occupe plus de 90% du territoire, ce constat est particulièrement vérifiable : Sarkozy arrive largement en tête devant Hollande. Evacuons tout de suite la thèse médiatique du vote de droite et extrême-droite comme résultat d’une souffrance sociale : les communes de cette circonscription apparaissent relativement riches au regard de la moyenne départementale et seule la commune d’Etampes a sur son territoire des quartiers populaires. Nous avons donc ici affaire à des classes supérieures ou des fractions supérieures des classes populaires partageants des positions sociales relativement stables.  L’étude plus fine des bureaux de vote nous permet de voir que les votes en faveur du candidat de droite se concentrent dans les centre-villes, espaces peuplés en premier lieux par les classes dominantes, tandis que les quartiers pavillonnaires à la périphérie des communes, où vivent des habitants plus pauvres, ont un vote plus dispersé (mais généralement plus proche de la gauche).

Dans les communes périurbaines est très présent un électorat traditionnaliste voire réactionnaire. Ce sont pour beaucoup des habitants installés depuis longtemps qui ont vu se développer leurs villes et souvent avec un regret nostalgique d’un temps révolu. Ces électeurs ont un vote  très proche de celui des campagnes « profondes » traditionnelles, marqué par le repli sur soi et l’appréhension des nouveaux phénomènes sociaux. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau, durant tout le 19ème siècle les campagnes se sont acharnées contre les tentatives d’installer la République en France. Les nouveaux arrivants quant à eux ont le sentiment d’avoir réussi à accéder à un statut social supérieur à celui de leur ancienne condition. Ils mettent en avant un discours axé sur le mérite et sur la réussite personnelle en même temps qu’ils cherchent à s’installer à distance des quartiers plus populaires dont ils sont issus. L’effort de distinction mis en œuvre et le rejet d’une « ancienne vie » est fort : il est important pour eux de montrer qu’ils ne sont pas comme les autres, ceux qui n’ont pas su évoluer de leur condition.

En revanche pour les anciens habitants, comme pour les nouveaux, le vote à droite voire à  l’extrême droite est marqué également par un discours de recherche de protection. Un sentiment irrationnel de peur se développe entretenu par des médias et par le repli sur soi. En effet, l’affaiblissement des solidarités collectives et du militantisme politique et associatif ne permet pas de donner une autre vision que celle offerte par la télévision. Le fantasme d’une situation d’insécurité globale va être à son comble lorsque se produira un simple cambriolage dans le village. Par les mesures d’ordre qu’elle souhaite mettre en place, seule la droite, pour ces électeurs, semble pouvoir répondre à cette situation fantasmée (qui n’existe pas réellement dans les banlieues périurbaines).

En revanche il ne faut pas nier les situations de précarisation croissante que subissent certains habitants. Face à celle-ci certains développent un discours « anti-social », souvent dans une sorte de jalousie, pour insister sur leur situation. Ils se plaignent souvent de ne jamais être aidé par l’Etat, sous entendu : contrairement à leur voisin. Or cette situation n’est pas totalement fausse : les espaces périurbaines souffrent d’une faiblesse des services publics et les individus sont dépendants de leur véhicule individuel, le moindre déplacement devenant de plus en plus cher. De plus, nous pouvons constater également une individualisation croissante des comportements et des affaiblissements des solidarités de voisinages, solidarités qui peuvent encore exister dans les quartiers populaires. Seuls dans des pavillons dans des quartiers dont la seule vocation est l’habitat (des « quartiers dortoirs »), n’existent ni la mixité sociale, ni la mixité de fonctionnelle : celles-ci pourtant nécessaire au développement du « vivre ensemble » de nos villes, grosses ou petites.

Le vote de droite des villes périurbaines est le résultat à a fois d’erreurs dans les constats mais également d’erreurs dans les solutions. A défaut d’apporter des solutions concrètes pour lutter contre la précarité grandissante des ménages, contre l’émiettement des solidarités collectives et contre l’absence de services publics, la droite désigne des boucs émissaires : les étrangers pour l’extrême droite, les « assistés, chômeurs… » pour la droite libérale classique. Aujourd’hui seule la gauche et notamment le Front de gauche peut apporter des solutions efficaces aux problèmes spécifiques dont souffrent les territoires périurbains. En revenant sur l’idéologie du « tous propriétaires » qui favorise l’étalement urbain et ses graves conséquences écologiques, en luttant contre la mise en concurrence des territoires et en revalorisant l’action publique nous aurons pourtant les prémisses d’un véritable changement majeur en faveur de plus de respect des hommes et de la planète.