Roms, la stigmatisation n’est pas le changement

24012013

En dégageant Sarkozy le 6 mai 2012 nous n’espérions pas réellement, avec François Hollande et la social-démocratie, conquérir de nouveaux droits sociaux, mais nous pensions que des évolutions « positives » en terme de respect des Droits de l’Homme puissent être mises en œuvre. Après des années particulièrement sombres où la droite libérale, toujours plus proche des idées de l’extrême droite, n’a cessée de stigmatiser des populations entières (« musulmans » et « roms » en particulier) espérant en tirer un surplus électoral, avec comme zénith nauséabond le discours « de Grenoble » de Sarkozy du 30 juillet 2010, la politique du Parti socialiste devait apporter une forme de lumière, au moins sur ce front.

Or en matière de stigmatisation des populations roms, comme dans beaucoup d’autres domaines, le changement n’a malheureusement pas été au rendez-vous. Les annonces à la rentrée 2012 de l’assouplissement des normes limitant artificiellement le nombre d’emplois qu’ils ont le droit d’exercer apparaissent bien timides par rapport à une situation toujours plus que prégnante. Bien que l’Union Européenne, dont la quasi-totalité des roms sont ressortissants (car citoyens roumains ou bulgares), pousse continuellement à plus d’intégration (Le 9 septembre 2010 le Parlement européen a notamment adopté une résolution signalant qu’il s’inquiète de la « vague de stigmatisation des roms » en France et a exigé l’arrêt des expulsions), des élus socialistes n’hésitent pas à marcher dans les pas honteux de la droite en matière de non respect des droits de l’Homme.

Stéphane Raffalli, maire PS de remplacement de la commune de Ris-Orangis dans l’Essonne (mitoyenne d’Evry, commune de Manuel Valls), illustre particulièrement bien la continuité avec le pouvoir sarkozyste. Après une longue bataille associative pour exiger une scolarisation des enfants roms situés sur sa commune, le 21 janvier 2013 le maire de Ris-Orangis a accepté de scolariser ces enfants, non pas dans une classe « normale » mais dans un complexe sportif de la ville (dénué bien évidemment du matériel nécessaire à la  bonne tenue d’une classe). Cette classe « spécialisée » et ségrégative bafoue tous les principes républicains et nous ramène directement à des périodes noires de l’histoire de France. Mais le comble du cynisme est, qu’au lieu de se faire discret, cet élu a osé remettre en cause la sincérité du combat mené par les militants associatifs et politiques venus manifester leurs désaccords.

Entre la droite extrémisée et le Parti socialiste du ministre de l’intérieur Manuel Valls les variations de discours sont de plus en plus subtiles. Il s’agit toujours de vouloir protéger les roms « d’eux-mêmes » de leur propre situation en détruisant des « campements insalubres » où règne le « manque d’hygiène ». Il est également mis en avant la volonté d’éviter que ne se reproduise le « cas marseillais » où la population d’un quartier a « délogée » elle-même, et par la force, un campement situé à proximité. Le démantèlement de camps comme les mises au ban des enfants par la force publique apparaît donc comme un moyen de faire plaisir à une partie de la population qui voie d’un mauvais œil la multiplication des campements, tout en se donnant une bonne conscience de le faire dans le respect des intérêts respectifs des populations.

Mais la vue d’un campement et de son lot de souffrance, de précarité et de misère qui s’y déploie n’est agréable pour personne tant elle nous rappelle l’égoïsme et la dureté de notre société capitaliste, ce n’est pas une raison pour traiter ces femmes et ces hommes comme des « sous-individus » qui n’aurait pas l’accès aux mêmes droits que les autres. Derrière ces actes subsistent une forme de xénophobie d’Etat basée sur des principes « culturels » et souvent confus. La confusion qui revient le plus fréquemment est celle donnerait aux roms le caractère d’une population nomade (en sous-entendant qu’elle devrait être traitée comme telle) alors qu’elle n’a été que condamnée au nomadisme en raison de sa misère sociale et ouvre la voie à de nombreuses formes de stigmatisations. Le tri des populations à travers des caractères ethniques ne doit pas être tolérée par la gauche, quelque soit son orientation. Les idéaux révolutionnaires républicains, socialistes et universalistes valent mieux que ceux de l’extrême droite, tachons d’y faire honneurs et proposons des solutions politiques qui combattent réellement la misère plutôt que celles qui la masquent voire la détournent.

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Cinq ans dans une université de « banlieue »

Voilà c’est fait, je viens de finaliser mon inscription en Master 2 à l’Université d’Evry. J’aurais donc passé cinq ans, c’est à dire l’ensemble de mes années d’après bac dans cette université. Celles-ci ont été pour moi des années superbes de rencontres, d’acquisition et de partage de connaissances, grâce à des enseignant-e-s pour la plupart, dévoué-e-s et passionné-e-s. Mais ce fut surtout cinq années de formation et de combats, politiques et syndicaux. Si le « microcosme universitaire » est propice à la découverte de la chose politique, la confrontation à la réalité sociale, particulièrement cruelle dans une fac accueillant des étudiants issus de quartiers populaires, lui donne une autre dimension. C’est donc avec une certaine nostalgie que j’entamerais, à la rentrée, ma dernière année.

L’Université d’Evry, comme les autres universités de la banlieue parisienne, sont souvent décriées voire boudées par les futur-e-s étudiant-e-s. La raison première est la situation géographique jugée « défavorable » par rapport aux universités parisiennes, dont le prestige supposé fait fantasmer. Pour ces individus mal informés, ce n’est pas la situation géographique en soi qui pose problème, l’université « de banlieue » étant souvent bien plus proche du lieu d’habitation que son homologue parisienne, mais un recrutement catégorisé comme étant plus « social ». Elles apparaissent souvent, dans l’imaginaire collectif, comme un témoignage des carences du système scolaire, primaire et secondaire, dans sa mission de réduction des inégalités, dans la distribution du capital culturel, et subissent très souvent des taux de « décrochages » importants durant les premières années.  Cependant, ces taux de décrochages, certes beaucoup trop élevés, ne sont pas l’apanage des universités « de banlieue » mais sont à peu près identiques partout.

La deuxième raison qui pousse les lycéen-ne-s à bouder les facs comme Evry  est la recherche d’un certain « entre-soi », c’est à dire la volonté de se retrouver en cours avec des gens du même milieu social. Or l’université d’Evry est inversement un lieu de brassage culturel où les origines sociales et géographiques se mélangent. Cette situation est, à mon sens, ce qui fait la force de ce type d’institutions d’enseignement supérieur car permet aux étudiants une véritable ouverture sur la diversité du Monde et permet également la rencontre de gens dont on n’aurait pas eu spontanément l’occasion de le faire.

Malheureusement, cette mauvaise réputation, colportée par des ignorants, est relativement importante et beaucoup de futur-e-s étudiant-e-s choisissent l’université d’Evry par « dépit » (souvent parce qu’ils n’ont pas été pris « ailleurs »). Ces opinions infondées, à propos d’une supposée moindre qualité des enseignements dispensés dans les universités « de banlieue », sont le plus souvent l’œuvre d’individus n’y ayant jamais mis les pieds, la réalité étant complètement différente. Mon expérience d’étudiant à l’université d’Evry m’a fait découvrir des cours en petits groupes, un suivi personnalisé de chaque étudiant qui le souhaite et une solidarité très forte entre les étudiants. Nous sommes donc bien loin des « machines à transmettre du savoir » des grandes universités parisiennes où la norme est à l’amphi impersonnel de 600 personnes.

Néanmoins il est difficile d’être optimiste face à l’avenir. La LRU, aussi nommée « loi d’autonomie des universités », impose une concurrence territoriale entre celles-ci et risque à terme de faire disparaître les petites universités pluridisciplinaires comme Evry, au profit de « grands pôles » spécialisés dans des domaines particuliers, et « rentables » à court terme. Car « l’autonomie » de la LRU c’est avant tout un désengagement de l’Etat dans le financement, et une augmentation de la dépendance vis à vis des capitaux privés, pour lesquels la recherche n’est concevable que si elle est suivie d’applications directement utilisables sur le marché. Cette priorité donnée au privé impacte donc à la fois la recherche fondamentale et les filières universitaires non directement « profitables », particulièrement l’ensemble des « sciences humaines ». Cette logique de privatisation a des conséquences dramatiques sur les universités les plus populaires car ce sont elles les plus fragiles.

Une université comme celle d’Evry est une nécessité pour ce type de territoire particulier et notamment pour les classes populaires. Posons nous la question de savoir combien d’individus issus d’une classe sociale défavorisée irait jusqu’à Paris pour suivre des cours. Le nombre serait évidemment faible. Disposer d’institutions d’enseignement supérieur à coté de chez soi pousse à la démocratisation de celui-ci, et cela profite avant tout aux populations disposant de moins de capital culturel, économique et social. C’est donc une véritable mission de service public en faveur de la transmission des savoirs qui est mis en œuvre ici et c’est cette mission qu’il faut défendre corps et âmes, contre ceux qui veulent tout « marchandiser ». Mais la lutte doit également passer par les consciences : les facs « de banlieue » ne sont pas « moins bien que les autres » ce sont au contraire là où se profile la société de demain.

Enfin bref, j’ai étudié à l’université d’Evry avec beaucoup de bonheur et de fierté, j’y ai rencontré des amis et des camarades. J’espère finalement, qu’à la fin de cette dernière année de Master, j’aurais encore l’occasion d’y retourner, et pourquoi pas pour y enseigner …