Pourquoi les communes péri-urbaines votent à droite ?


Les résultats de la dernière élection présidentielle confirment une tendance plus ancienne : les habitants des communes périurbaines, contrairement à ceux des quartiers populaires, votent à droite ! Dans ma circonscription, la 2ème circonscription de l’Essonne où « l’espace rural » occupe plus de 90% du territoire, ce constat est particulièrement vérifiable : Sarkozy arrive largement en tête devant Hollande. Evacuons tout de suite la thèse médiatique du vote de droite et extrême-droite comme résultat d’une souffrance sociale : les communes de cette circonscription apparaissent relativement riches au regard de la moyenne départementale et seule la commune d’Etampes a sur son territoire des quartiers populaires. Nous avons donc ici affaire à des classes supérieures ou des fractions supérieures des classes populaires partageants des positions sociales relativement stables.  L’étude plus fine des bureaux de vote nous permet de voir que les votes en faveur du candidat de droite se concentrent dans les centre-villes, espaces peuplés en premier lieux par les classes dominantes, tandis que les quartiers pavillonnaires à la périphérie des communes, où vivent des habitants plus pauvres, ont un vote plus dispersé (mais généralement plus proche de la gauche).

Dans les communes périurbaines est très présent un électorat traditionnaliste voire réactionnaire. Ce sont pour beaucoup des habitants installés depuis longtemps qui ont vu se développer leurs villes et souvent avec un regret nostalgique d’un temps révolu. Ces électeurs ont un vote  très proche de celui des campagnes « profondes » traditionnelles, marqué par le repli sur soi et l’appréhension des nouveaux phénomènes sociaux. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau, durant tout le 19ème siècle les campagnes se sont acharnées contre les tentatives d’installer la République en France. Les nouveaux arrivants quant à eux ont le sentiment d’avoir réussi à accéder à un statut social supérieur à celui de leur ancienne condition. Ils mettent en avant un discours axé sur le mérite et sur la réussite personnelle en même temps qu’ils cherchent à s’installer à distance des quartiers plus populaires dont ils sont issus. L’effort de distinction mis en œuvre et le rejet d’une « ancienne vie » est fort : il est important pour eux de montrer qu’ils ne sont pas comme les autres, ceux qui n’ont pas su évoluer de leur condition.

En revanche pour les anciens habitants, comme pour les nouveaux, le vote à droite voire à  l’extrême droite est marqué également par un discours de recherche de protection. Un sentiment irrationnel de peur se développe entretenu par des médias et par le repli sur soi. En effet, l’affaiblissement des solidarités collectives et du militantisme politique et associatif ne permet pas de donner une autre vision que celle offerte par la télévision. Le fantasme d’une situation d’insécurité globale va être à son comble lorsque se produira un simple cambriolage dans le village. Par les mesures d’ordre qu’elle souhaite mettre en place, seule la droite, pour ces électeurs, semble pouvoir répondre à cette situation fantasmée (qui n’existe pas réellement dans les banlieues périurbaines).

En revanche il ne faut pas nier les situations de précarisation croissante que subissent certains habitants. Face à celle-ci certains développent un discours « anti-social », souvent dans une sorte de jalousie, pour insister sur leur situation. Ils se plaignent souvent de ne jamais être aidé par l’Etat, sous entendu : contrairement à leur voisin. Or cette situation n’est pas totalement fausse : les espaces périurbaines souffrent d’une faiblesse des services publics et les individus sont dépendants de leur véhicule individuel, le moindre déplacement devenant de plus en plus cher. De plus, nous pouvons constater également une individualisation croissante des comportements et des affaiblissements des solidarités de voisinages, solidarités qui peuvent encore exister dans les quartiers populaires. Seuls dans des pavillons dans des quartiers dont la seule vocation est l’habitat (des « quartiers dortoirs »), n’existent ni la mixité sociale, ni la mixité de fonctionnelle : celles-ci pourtant nécessaire au développement du « vivre ensemble » de nos villes, grosses ou petites.

Le vote de droite des villes périurbaines est le résultat à a fois d’erreurs dans les constats mais également d’erreurs dans les solutions. A défaut d’apporter des solutions concrètes pour lutter contre la précarité grandissante des ménages, contre l’émiettement des solidarités collectives et contre l’absence de services publics, la droite désigne des boucs émissaires : les étrangers pour l’extrême droite, les « assistés, chômeurs… » pour la droite libérale classique. Aujourd’hui seule la gauche et notamment le Front de gauche peut apporter des solutions efficaces aux problèmes spécifiques dont souffrent les territoires périurbains. En revenant sur l’idéologie du « tous propriétaires » qui favorise l’étalement urbain et ses graves conséquences écologiques, en luttant contre la mise en concurrence des territoires et en revalorisant l’action publique nous aurons pourtant les prémisses d’un véritable changement majeur en faveur de plus de respect des hommes et de la planète.


14 commentaires on “Pourquoi les communes péri-urbaines votent à droite ?”

  1. Jeanne MOLL dit :

    Réinstallons des bistrots citoyens dans ces zones de solitude humaine profonde …

  2. Jon30 dit :

    Voila un point de vue, de gauche par un étudiant de gauche. Donc un point de vue pas objectif comme la droite. Beaucoup de choses vous échappent car vous êtes enfermé dans vos idées. Vous écrivez sur un bout de papier avec vos idées dans le seul but de rameter du monde sans objectivité.
    Mais je peux me tromper
    Cordialement

    • Merci pour votre commentaire. Je ne crois pas en l’objectivité des points de vue et il est normal, à mon sens, que chaque sensibilité politique cherche à défendre le sien. Et au risque de vous surprendre je n’ai pas de soucis avec cette confrontation car je considère que c’est la base du débat démocratique (j’ai plutôt tendance à me méfier de ceux qui se déclarent objectifs).
      Libre à vous de ne pas être d’accord avec moi et d’apporter des compléments de réflexion à mon article.

      ++
      Thomas

  3. Youyouk dit :

    Analyse très pertinente à mon avis, notamment concernant le rôle des médias de masse (TV surtout, mais radio de plus en plus) dans la peur irrationnelle qu’ils génèrent dans la population, et l’abaissement dramatique du niveau d’analyse dont ils sont coupables (voir le balai des motards à caméra qui suivent les berlines noires les soirs d’élections et l’avidité putassière étalée dans les commentaires sur les « 1ères Dames de France »… écœurant).
    Tout ça n’élève pas l’humain. Au contraire, c’est avilissant.
    Plus que le politique, je crois que c’est le système médiatique déviant actuel qui est à incriminer pour sa veulerie non dissimulée et son nocif pouvoir parasitaire.
    Entendu ce jour chez Mermet (il reste de bonnes émissions) : « Le jour où il y aura plus de pharmacies que de bistrots dans nos villes et nos villages, on sera mal. »
    Hé bien c’est fait. Et en plus, dans les rares bistrots qu’il reste, les gens regardent la télé.
    On est mal.

    • Jeanne MOLL dit :

      A Youyouk,
      Je partage complètement votre analyse. La question des médias de masse est un problème crucial. Comment parvenir à faire circuler une autre information ?? Comme dit Jacques Généreux : « Si les gens savaient, ils auraient vite fait leur choix ». (ce ne sont peut-être pas les mots exacts …) Nous n’avons pour les moment que les réseaux sociaux qui ne touchent pas tout le monde, la contamination individuelle et le porte-à-porte. Pourtant nous devons mener une course de vitesse … Notamment vis à vis du FN, qui lui, est bien servi par les médias qui ont assuré l’essentiel de sa campagne puisque, sur le terrain, pas d’affiches, pas de militants dans de nombreuses régions. Leurs candidats (tes) aux législatives sont très souvent de parfaits inconnus du public …

      • Youyouk dit :

        Ils sont une toute petite caste très restreinte à faire la pluie et le beau temps dans les médias, ils grenouillent dans 3 ou 4 arrondissements parisiens maximum dont ils ne sortent jamais mais ils inondent l’intégralité du territoire de France de leur mauvaise camelote néfaste, leur pouvoir de mise en exposition leur permet d’obtenir que les politiques (même parmi les plus courageux) en soient réduits à leur manger dans la main (ou pire, mais évitons le graveleux ici – voir le nombre incroyable de couples politique/journaliste qui est un record en Europe) afin de bénéficier d’un peu de temps d’antenne. Ils se permettent ouvertement de remettre en cause l’égalité républicaine du temps de parole lors des périodes électorales, ou de menacer de balancer leur petits scoops avant l’heure légale de diffusion des résultats officiels. Sur France Inter (radio publique), dans l’émission de Madame Clark (beurk), on se permet de coller des extraits de discours des « petits candidats » en fin de programme, quitte à couper en plein milieu de certains mots pour, ouvertement ironiquement, « égaliser » ce temps de parole à la seconde près et être irréprochable, tout ceci sans aucune réaction du CSA. On hallucine.
        J’arrête ma liste, mais elle est inépuisable.
        Bien sûr il faudra s’occuper des banquiers, mais le faire sans s’occuper des médias en même temps ne servira pas à grand-chose car, en y réfléchissant un tout petit peu, tous ces médias ne sont que la propriété et la garde avancée des dits banquiers.

        Pardon, je m’énerve un petit peu parfois.

      • Jeanne MOLL dit :

        Pour s’occuper des banquiers, il faudrait pouvoir dénoncer leurs agissements et provoquer une révolte des consciences … Mais sans les médias … COMMENT ?

  4. Le pire est que, lorsque l’on critique cette situation, on passe pour des ennemis de la « liberté de la presse » voire pour des paranoïaques aux yeux des médiacrates (« mais non c’est pas comme ça » ; « nous sommes libre et impartial » …) ! (Ces mêmes médiacrates qui reprennent sans honte les plans com’ de l’héritière de Montretout)

    • Youyouk dit :

      Sûrement encore disponible en balado-diffusion (pod-cast pour ceux qui renoncent au Français), les archives de France-Inter, pour qui se donnera la peine de chercher, les entretiens avec Sarkozy & Lepen dans les matinales de cette station (de 7 à 9 heures) durant la campagne des présidentielles que j’ai écoutés avec attention, malgré les ricanements insupportables du sieur Cohen (poteau aussi pour lui, comme pour Brasillach – bon là je pousse un peu, mais je suis colère).

      Quand Sarkozy vient sur France Inter, il est encore président et on sent bien que tous ces « journalistes » de gôche sont encore hypnotisés et fascinés (incroyable si près de la fin, je sais, mais c’est comme ça – dans le bunker aussi il restait des fidèles).

      Lui, le Sarko, il répond aux questions et il se permet de dépasser les célèbres quatre bips qui marquent l’heure pile de deux minutes (je répète « deux minutes » : vérifiable). Personne ne vient l’interrompre. Allez-y Monsieur le Président adorable. Dépassez, dépassez… nous sommes fascinés. C’est tellement sexy.

      Quand c’est la Lepen qui répond au même exercice deux ou trois jours plus tard, quand les fameux bips résonnent, la « journaliste » Clark (super agressive) se permet de lui couper la parole impoliment sous prétexte que les bips (ou les tops) viennent de sonner. Tout d’un coup, l’heure pile devient importante. Vous croyez que les gens qui écoutent ça tous les jours sont dupes ?

      Moi je vote Front de Gauche et j’ai trouvé ça dégueulasse, c’est pour dire…

      Une telle différence de traitement est insupportable et contreproductive. Elle ne fait que conforter l’opinion sur le « tous pourris, fumiers etc. »

      Dans notre constitution qui date un peu, il faut le dire, aucun contre-pouvoir n’a été prévu pour contrebalancer ou équilibrer celui de ceux qu’on nomme les médiacrates et qui sont, à mon avis, aujourd’hui la force la plus puissante et agissante du système. Le CSA étant à cet égard une vaste blague qui n’a absolument aucun pouvoir.
      Cette constitution, elle date de 58, époque à laquelle on en était encore à l’ORTF et où chaque foyer n’était pas équipé de la salope petite lucarne.

      L’heure viendra où l’on se posera la question d’une éthique pour tous ces petits potentats des médias.

      Eux aussi devront rendre des comptes.

  5. marius dit :

    Ici, en pleine campagne, pas de bistrot, de boulangerie, d’infirmière etc…
    Pas de Poste, pas d’école, pas de transport collectif, même les enterrements ne se font plus dans la commune…
    Vous parliez de solidarité ? Laquelle ?
    Comment convaincre et donner de l’espoir aux habitants d’ici ? Et quel espoir ?
    Sommes-nous vraiment abandonnés et ignorés ?

    • Youyouk dit :

      C’est exactement ça le problème, mon cher Marius, c’est exactement ça le problème. Où est l’état ? Que fait-il ou, plus exactement, que faisons-nous pour qu’il existe encore ? Parce que, finalement, l’état c’est nous, non ? Alors l’état, c’est pas toi par hasard ?

      • marius dit :

        On m’appelle bisounours, ce surnom ne me dérange pas mais la situation ne change pas pour autant. Et puis si, la situation a pourtant un peu changé : je suis pour le PdG.
        C’est pas moi l’état c’est sûr !
        Je crois que les gens n’ont plus le temps de se poser les bonnes questions.

  6. Youyouk dit :

    À Jeanne Molle :

    Une émission susceptible de t’intéresser ici : http://lateledegauche.fr/index.php?pge=emission&id_departement=22&id_video=281&tag=medias

  7. Jeanne MOLL dit :

    Merci Youyouk,
    mais je l’ai déjà regardée …


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