Les élections départementales, pour quoi faire ?

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Nous sommes nombreux, militant(e)s ou non, à en avoir assez de « courir » d’élections en élections, c’est à dire de n’avoir comme perspective politique que le court terme de l’échéance qui vient. Cette situation entraine une profonde lassitude chez les plus impliqués politiquement comme chez les électeurs et électrices « de base », d’autant plus qu’elle s’accompagne souvent d’un profond sentiment d’inutilité du vote, qui est renforcé encore par les alternances stériles et les promesses bafouées. Devant cette lassitude qui gagne toutes les catégories sociales (l’abstention aux élections européennes n’était plus uniquement le fait des classes populaires, mais un phénomène majoritaire dans l’ensemble de la population), nous devons être clair quant à la manière d’aborder les élections départementales de mars 2015.

Pour cela, nous devons d’abord être lucide sur nos capacités. Même si le Front de Gauche n’a pas subi de cuisantes défaites aux élections municipales et européennes, nous avons été loin de réaliser l’objectif que nous nous étions fixé. Celui de passer devant les solférinien(ne)s qui se sont pourtant écroulés. Ne nous faisons pas d’idée, les élections départementales seront, partout en France, une véritable déroute pour l’ensemble des forces de, et dites de gauche. Face à une droite et une extrême droite en dynamique, et un électorat de gauche qui ne souhaite plus se mobiliser pour des fossoyeurs de droits sociaux et qui s’abstient massivement de voter, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Nous n’avons donc pas les capacités d’appréhender cette future élection comme nous en avions l’habitude et cela doit nous inciter à être innovant.

L’élection départementale doit nous servir de premier tremplin pour avancer nos arguments sur la 6ème République. Alors que le gouvernement Valls et le Président Hollande, surveillés par une poignée de notables locaux, hésitent entre suppression et « dévitalisation » de l’institution départementale, nous pouvons nous appuyer sur la campagne électorale pour réaffirmer notre attachement à celle-ci et en rappeler les principes et l’histoire révolutionnaire de sa constitution. Il s’agit  également de nous opposer à ce mode débile de scrutin « binominal paritaire », véritable pirouette de Manuel Valls, ex-ministre de l’Intérieur, pour respecter la parité dans les assemblées départementales sans avoir à mettre en place un scrutin proportionnel. Couplé à un redécoupage des cantons sur-mesure, ce mode de scrutin est le témoignage de l’absence de considération démocratique du pouvoir en place.

Mener la lutte pour la 6ème République durant la campagne départementale c’est chercher à redonner sens à une institution aujourd’hui mal comprise des français(e)s et qui pourtant est une échelle pertinente pour conduire des politiques sociales et écologiques efficaces. C’est également « préparer l’avenir », profiter des conditions offertes par l’État (financière notamment), pour constituer des comités locaux pour la 6ème République (voir mon article du 29 septembre 2014), prendre des contacts avec des citoyen(ne)s qui jusque là n’étaient pas impliqué(e)s politiquement. Cette élection doit permettre de travailler les consciences et former les militant(e)s à un objectif plus général : celui de la Constituante, et redonner espoir dans l’action politique.

Il n’est cependant pas question de laisser le champ libre à l’UMP, aux solfériniens (qui auront surement, et malheureusement dans beaucoup de départements, des accords bien ficelés avec nos camarades du PCF et d’EELV) et à l’extrême droite, en nous lavant les mains d’une éventuelle participation, mais au contraire, de présenter comme candidate la 6ème République, partout où cela est possible et en privilégiant les candidatures citoyennes et « d’ouverture ». Nous n’avons à gagner des élections départementales que d’avantage de conscientisation du peuple, tachons donc d’y participer dans cet objectif en menant une campagne d’éducation populaire.


2014, année de conquête(s) !

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Nous étions beaucoup au début de l’année 2013 à prévoir une année tumultueuse, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle l’a été. Elle l’a été d’abord et surtout pour les victimes de la politique gouvernementale, de plus en plus nombreuses, de plus en plus touchées par la précarité, le chômage, la pauvreté, et par l’absence de perspective et de goût pour le futur. Mais comment pourrait-il en être autrement alors que, face au chômage qui explose partout en France, et d’avantage encore dans les régions « périphériques » désindustrialisées, la seule réponse apportée par un Président de la République dit « de gauche » repose sur des cadeaux au patronat ?

Elle fut également tumultueuse pour notre camp, la gauche de progrès social, confrontée à l’exacerbation des divergences stratégiques quant à la manière d’appréhender les élections municipales mais également à des questions matérielles et financières lorsqu’il est question de « protéger » des rentes de situations. Ces divergences ont conduit à une forme d’hystérisation médiatique des désaccords au sein du Front de gauche alors que ceux-ci ne sont que le résultat d’une confrontation démocratique permanente et légitime entre les acteurs toujours plus nombreux de notre rassemblement. En se laissant trop souvent aller à « la chasse aux sorcières » dans notre propre camp nous, « simples » militant-e-s politiques, avons une part de responsabilité dans cette situation.

Mais 2013 n’a pas été l’année d’éclatement du Front de Gauche et loin de là. Et, malgré l’impatience de l’oligarchie, de ses médias et de ses représentants politiques, 2014 ne le sera pas non plus. Au risque de surprendre, les élections municipales comme les élections européennes semblent même bien partie pour notre regroupement politique car partout nous partons en autonomie vis-à-vis du Parti Solférinien, partout les citoyennes et citoyens auront la possibilité d’utiliser un bulletin de vote pour refuser les politiques d’austérité et de cadeaux aux financiers. Si le comportement égoïste de certains dirigeants du Parti Communiste Français est regrettable, et ajoute de la confusion dans une époque qui a besoin de clarté, nous ne devons pas faire d’amalgames et ne pas tenir responsable chaque militant-e des turpitudes de quelques-uns.

Dans certains endroits, en étant le moteur de rassemblements plus larges que les seuls partis (mais néanmoins nombreux) membres du Front de gauche nous témoignons de notre capacité à créer les conditions de constitution d’une majorité alternative à la politique libérale de François Hollande. Qu’elles soient élargies ou non aux autres forces de gauche, Europe écologie – Les Verts en tête, avec ou sans le PCF, les listes anti-austérités doivent permettre au peuple de résister aux coups qui lui sont portés, mais surtout de conquérir de nouveaux droits et d’améliorer son quotidien. L’année 2014 ne doit donc pas être uniquement une année de résistance mais une année de conquête, une occasion de retrouver nos ambitions de 2012 qui ne consistaient pas uniquement à obtenir des élu-e-s mais surtout à faire émerger une Révolution citoyenne.

A l’échelle européenne, comme à l’échelle municipale, le Front de gauche doit redevenir cette force qui donne espoir et envie de s’impliquer dans la vie publique. Tandis que l’élection européenne peut permettre de fédérer à l’échelle internationale la critique de l’Europe des marchés vers un contenu programmatique progressiste car écosocialiste, les communes et intercommunalités peuvent devenir des lieux concrets d’application de ces principes. La défense du droit universel à l’eau est l’exemple parfait de l’interconnexion de ces échelles de lutte contre la marchandisation, soutenue à Bruxelles, mise en œuvre dans nos bassins de vie.

Faire de 2014 une année de conquête exigera des militant-e-s politiques une conscience aiguisée et une discipline d’union désintéressée au service d’un but qui nous dépasse toutes et tous. La conscience politique pour sortir des lieux communs des pratiques de gestion municipale timorées et hésitantes pour promouvoir des actions courageuses et innovantes en rupture avec les logiques clientélistes. La discipline d’union pour ne pas donner à voir aux citoyennes et citoyens le spectacle désastreux des querelles d’égo ou de la sauvegarde d’intérêts matériels, quand tant de personnes souffrent dès le 5 du mois et sont tentées par l’abstention ou le vote FN. En 2014 nous avons plus à gagner qu’à perdre, profitons-en pour être exemplaire, pour être ceux qui poussent à la prise de conscience, ceux qui bousculent les notables, bref ceux qui font de la politique en pensant aux autres avant de penser à eux. En respectant ces conditions la « crise » du Front de gauche ne sera plus qu’un fantasme du MEDEF et de ses marionnettes au gouvernement.


Le fléau de la dépolitisation locale

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Les élections municipales, parce qu’elles sont par définition, différentes en matière de configurations, de spécificités, etc., d’un lieu à un autre, se voient trop souvent être des moments politiques sans saveurs car dépossédés de leurs enjeux essentiels. L’échelon communal, échelon de base de la démocratie française, le « plus proche » des citoyen-ne-s, celui où le contrôle populaire des représentants est le plus direct, devrait en toute logique être celui où l’implication politique est la plus prégnante, celui qui pousse l’électeur ou l’électrice à devenir lui même ou elle même acteur ou actrice du devenir de son territoire. Sans se faire d’illusion sur les marges de manœuvre réelles des communes en termes de compétences comme en termes de restrictions budgétaires (les dotations de l’Etat aux collectivités locales sont encore réduites de 1,5 milliards dans le PLF2014) dont les premières conséquences sont la dépendance au recours à la fiscalité locale et le creusement des inégalités entre communes riches (avec des rentrées fiscales conséquentes) et les communes pauvres, les échelons locaux peuvent devenir des lieux où s’expérimentent le partage des richesses et la planification écologique.

Nos communes méritent donc mieux que des discussions sur l’état de propreté des trottoirs ou des parterres de fleurs. D’autant plus que nous sommes tous d’accord pour leur redonner vigueur et faire de toutes les communes de France les plus belles du Monde. A quoi donc bon l’écrire dans un programme municipal ? Ne faudrait il pas mieux réfléchir globalement, pour revenir à ces fameux trottoirs, à l’impact négatif de la minéralisation des villes (ou « bétonisation » dans le langage courant), de la place accordée aux milieux naturels, à la protection de la biodiversité, au partage de la voirie entre les différents usages (circulation automobile, piétonne, stationnement), etc. Plutôt que de gâcher une fabuleuse énergie citoyenne à des fins dérisoires ne devrions nous pas chercher à élever le niveau ?

Si la dépolitisation du discours est une méthode politique traditionnelle à droite (car difficile pour elle d’affirmer clairement défendre des intérêts opposés à ceux du peuple), elle est un véritable fléau pour la gauche. En effet, s’il est tentant électoralement, à première vue, de vouloir flatter les « bas instincts » en jouant la simplicité intellectuelle, brocardant par exemple la volonté de déployer des caméras de surveillance ou de démanteler des campements, cette stratégie ne doit pas être celle des forces progressistes. A l’inverse, celles-ci doivent être celles qui cherchent constamment à « élever les consciences », à politiser et à globaliser les débats. Les forces de gauche ne doivent pas se louvoyer en fonction d’intérêts comptables mais participer concrètement à la formation politique du peuple, d’abord en lui donnant des outils techniques de compréhension et de prise de pouvoir (savoir lire un budget, comprendre les modes de gestion d’un service public, connaître les documents de planification en urbanisme, etc.), ensuite en lui donnant un cadre politique d’action positif, loin des arrangements de couloir. Cette formation politique est primordiale à l’expression d’intérêts communs, à l’émergence d’une conscience de classe et permet de sortir d’une logique réactionnaire NIMBY (« Not In My BackYard » – Pas dans mon arrière cours) faisant prévaloir les intérêts individuels directs (ma maison, mon quartier). Démarche égoïste qui fait malheureusement des dégâts, même chez des gens marqué « à gauche ».

Pour faire des communes et des intercommunalités (le « bloc communal ») des territoires de résistance à l’austérité, ainsi que des lieux amortisseurs de ses effets sociaux et écologiques désastreux, il est nécessaire de construire une véritable force de gauche qui est identifiée comme telle. Celle-ci doit donner l’espoir aux habitant-e-s qu’il est possible de faire autrement. Donner l’espoir qu’il peut exister une alternative entre la politique haineuse et irrationnelle du FN et l’idéologie ultralibérale oscillante entre une droite complexée solférinienne et une autre décomplexée. Mais en disant cela je ne vous fait rien découvrir, c’était l’ambition initiale de la création du Front de Gauche.

La dépolitisation des projets politiques locaux est un mythe. Il en est de même de penser qu’il est possible de mener une politique locale « en faveur des habitant-e-s », comme il est trop souvent écrit de manière absurde sur les tracts, sans s’opposer radicalement à la politique menée actuellement par le gouvernement. En effet, comment vouloir défendre les services publics locaux quant tout est faire pour réduire leur emprise ? Par exemple une circulaire du mois de juin de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP) incite les collectivités territoriales à limiter la « réintégration de certains services publics locaux ». Comment assurer une transition énergétique en cédant toujours plus aux lobbys industriels ? Comment soutenir l’économie sociale et solidaire quand le gouvernement la cantonne à des marchés de niche en refusant de lui accorder une véritable protection contre la finance ? Comment développer la démocratie locale quand l’Acte III de décentralisation crée de véritables montres bureaucratiques et anti-démocratiques ? Et, malheureusement, nous pourrions continuer longtemps l’énumération.

Non vraiment, l’heure est trop grave pour céder aux sirènes de la dépolitisation. Au contraire, c’est le moment d’ouvrir des perspectives, de conflictualiser pour conscientiser. D’être aux cotés de ceux qui luttent aux quotidiens dans leurs associations, ceux qui expérimentent avec peu de moyens des projets écologiques et sociaux, ceux qui défendent la gratuité des transports en sautant les portiques, ceux qui partagent des pièces de leur logement, ceux qui réutilisent des friches industrielles pour des activités artistiques, ceux qui cultivent des jardins partagés. Bref, aux côtés de ceux qui résistent au mouvement du casse-pipe austéritaire. L’attente populaire est de notre côté, celui de la gauche de la solidarité et du partage. Nous devons répondre à cette attente pour ne pas faire grandir la résignation qui s’accompagne trop souvent de son lot de comportements réactionnaires et individualistes. S’il n’est pas forcément question d’étiquettes partisanes, les listes de gauches au élections municipales doivent s’affirmer comme telles et montrer leurs désaccords avec le gouvernement et sa politique. Laissons la dépolitisation aux solférinien-ne-s qui, à ne pas douter, prendront de toute façon de plein fouet le retour de bâton de leur politique anti-sociale nationale.


Penser l’écosocialisme dans le périurbain

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Le(s) territoire(s) périurbain, parce qu’il est difficile à définir physiquement et symboliquement (il l’est souvent par une double négation « ni ville, ni campagne ») est, pour la gauche, un impensé politique. Son exclusion des réflexions idéologiques visant à l’élaboration des programmes des forces politiques progressistes, comme des stratégies d’actions spécifiques, se traduit dans les résultats électoraux par des votes largement marqués à droite, et de plus en plus tournés vers les plus réactionnaires (le FN notamment). S’il fut un temps où le vote périurbain de droite pouvait s’expliquer par la représentation numérique importante de la petite bourgeoisie, il en est autrement aujourd’hui. L’accélération du mouvement de périurbanisation depuis une vingtaine d’années fait que la moitié des communes françaises peuvent être considérées comme « périurbaines ». Parallèlement, cette forme de massification s’est accompagnée d’une paupérisation des habitants de ces espaces, de la montée d’un sentiment et de l’expression d’une peur du déclassement. Le temps du périurbain peuplé par la (frange dominée de la) classe dominante est donc révolu.

La gauche a souvent refusé de penser des programmes et des stratégies politiques spécifiques au périurbain, car celui-ci, dans l’imaginaire collectif, représente le triomphe de l’individualisme et du « way of life » étatsunien : celui de la maison pavillonnaire avec clôture et de la voiture individuelle. Peu d’histoires collectives de solidarité et de luttes sociales sont attachées à ces lieux qui sont plutôt apparentés à des « villes dortoirs », sans partage d’une vie sociale forte entre les habitants. Mais en plus de symboliser l’individualisme, le périurbain paraît être le modèle d’organisation spatiale le moins écologique, celui de l’étalement urbain répondant à des fins individualistes, et de la dépendance au véhicule individuel polluant pour ses déplacements quotidiens. Il sous-entend souvent un mode de vie particulier, marqué à droite, qui contribue à ne pas le transformer en espace politique vivant pour la gauche.

Or le périurbain n’est pas homogène : il est plus ou moins peuplé, plus ou moins compact (ou inversement étalé), plus ou moins solidaire, plus ou moins connecté à la ville centre, plus ou moins riche, etc., mais il est surtout plus ou moins subit. L’installation dans le périurbain des individus et des ménages peut être motivé par des envies comme celle d’être plus proche de « la nature » ou d’avoir un plus grand logement que dans la ville centre, mais peut aussi résulter de contraintes économiques. La hausse des prix de l’immobilier dans les centres-villes conduit à l’expulsion progressive des ménages les moins aisés financièrement (surtout lorsqu’ils ont des enfants et des besoins particuliers en termes d’espaces) qui se retrouvent à devoir faire un choix entre habiter dans les « quartiers populaires », dégradés et stigmatisés, ou s’éloigner vers les communes périurbaines où le foncier est encore accessible (donc de plus en plus loin du centre). Qu’il soit choisi ou subit une grande partie des habitants de ces territoires craignent d’être (encore) déclassés, d’être apparentés à « celui qui est encore plus bas » dans l’échelle sociale. Or cela conduit à développer des comportements défensifs voire réactionnaires : je m’enferme en me mobilisant contre les nouvelles constructions, je vote (bien) à droite, etc.

Mais le périurbain, n’étant plus un espace petit-bourgeois, n’est plus condamné à voter à droite, à condition que la gauche soit capable de lui donner des débouchés politiques. Cela commence par changer le regard que l’on porte à ces espaces afin que les habitants en portent un nouveau également. Il s’agit pour cela de donner au périurbain une identité propre, de nommer ses problèmes (un territoire abandonné par les pouvoirs publics qui profite très peu des « efforts » politiques et n’est pas concerné par des crédits spécifiques, etc.) et ses caractéristiques propres (c’est un « poumon vert » à préserver, il est moins anxiogène que la ville, etc.) pour permettre à ses habitants de se sentir appartenir à un collectif et de partager un objectif politique.

Les expériences d’écosocialisme les plus poussées peuvent naître dans les espaces périurbains car c’est dans ceux-ci que s’expriment d’abord les enjeux sociaux et environnementaux : l’individualisme, la perte de repère collectif et des solidarités de voisinages, la pression foncière la plus palpable sur les espaces naturels et agricoles, la dépendance croissante à des modes de transport sur-consommateurs d’énergies fossiles, la croissance du chômage et l’éloignement des zones d’emplois, l’affaiblissement des services publics sous le coup de l’austérité, etc. Il convient donc de ne pas balayer d’un revers de main la situation particulière des territoires périurbains et d’y construire collectivement un projet politique, intégré à un objectif global de planification écologique. Un projet comme celui-ci devra permettre de favoriser la réappropriation citoyenne des projets d’aménagements trop souvent abandonnés au bien vouloir des promoteurs et spéculateurs fonciers, et d’y recréer des centralités.

Les espaces périurbains ne doivent plus être considérés par la gauche comme des espaces périphériques sans enjeux politiques. Elle doit s’y investir pour ne pas laisser le champ libre aux petits notables locaux clientélistes et y chercher à mettre en place les conditions d’une véritable participation populaire écosocialiste.


Contre la métropolisation la gauche doit penser son modèle d’aménagement

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Cela fait plusieurs mois déjà, modestement via quelques articles sur ce blog, que j’essaye de vous mettre en garde contre le phénomène (et l’idéologie qu’il sous entend) de « métropolisation ». En effet, la prise de conscience des éléments qui caractérisent ce modèle urbain, particulièrement anti-social et anti-écologique, comme la concurrence généralisée des territoires, l’ultra-spécialisation économique, l’accaparement de la décision démocratique par une oligarchie locale, la ségrégation socio-spatiale, etc., commence à se développer chez les citoyennes et citoyens de gauche. Les nombreux débats qui ont eu lieux au cours du Remue-Méninges du Parti de Gauche et des Estivales du Front de Gauche, portants sur l’Acte III de « décentralisation », sur l’aménagement du territoire, la crise du logement, ont tous témoignés d’une forme de consensus, déjà pour refuser les modèles d’aménagement défendus par la droite et les solfériniens, puis ensuite pour réfléchir à un modèle urbain alternatif.

S’il existe des militants et sympathisants de gauche qui, par ignorance plus que par adhésion au modèle capitaliste d’aménagement, pensent qu’il est nécessaire, pour réduire le chômage, de favoriser la croissance économique, par l’inscription des différents territoires et grandes villes dans une logique compétitive. Ceux-ci se laissent convaincre par leurs camarades et deviennent de plus en plus minoritaires à défendre cette position. Les questions de la démocratie et de l’implication populaire sont, pour des forces politiques qui luttent pour la mise en place d’une assemblée constituante et d’une 6e République, particulièrement centrales. Seule la confrontation d’arguments de raison doit faire partie de notre méthode, pour convaincre et faire émerger nos idées, et c’est ce qui a été fait lors de ces rencontres. La démocratie doit être la clé de voute de l’ensemble de notre corpus idéologique, celle sans qui rien n’est possible, celle sans qui rien n’est légitime.

Depuis le XIXème siècle il a toujours existé une pensée alternative à l’aménagement capitaliste, plus ou moins socialiste (ou socialisante), plus ou moins paternaliste. Déjà en 1872, Friedrich Engels faisait dans La question du logement le lien entre la condition sociale ouvrière, les rapports sociaux d’exploitation et l’organisation spatiale (sous l’angle du « marché du logement »). D’une autre manière, le XIXème siècle est aussi celui des utopies habitantes comme les « phalanstères » imaginés par le « socialiste utopique » Charles Fourrier. L’organisation de l’espace traduisant spatialement les rapports sociaux, il est essentiel pour la gauche de penser et d’inventer un modèle d’aménagement différent de celui porté par le capitalisme et le libéralisme. Cette réflexion urbanistique s’inspire et inspire une réflexion plus globale sur l’éco-socialisme. En effet, la politique d’aménagement se renforce par les différents travaux menés pour élaborer cette « doctrine » en même temps qu’elle renforce les autres thématiques. Or les questions d’organisation spatiale (peut importe l’échelle), parce qu’elles semblent trop « techniques », rébarbatives ou déconnectées des préoccupations quotidiennes des citoyennes et citoyens, sont trop souvent ignorées dans les évènements de formation organisés par les partis de gauche.

Bien que l’élaboration programmatique soit constante au sein du Parti de Gauche (et au Front de Gauche évidemment) elle ne reste pas moins dépendante de conditions externes, d’événements particuliers qui facilitent la prise de conscience et favorisent l’action. La relative proximité temporelle avec les élections municipales prochaines permet de créer ces synergies entre nécessités d’actions (qu’est ce que je propose, en tant que candidat Front de Gauche, comme programme de rupture avec le capitalisme au niveau de ma commune) et réflexions idéologiques plus globales et de plus long terme, et par conséquence, rend possible l’appréhension de nouveaux questionnements. Les différents ateliers de formation aux radicalités concrètes pour les élections municipales ont témoignés de cette recherche permanente, de prise de hauteur conceptuelle par rapport à des actions concrètes et/ou de traduction de terrain de réflexion « hors sol ».


Faire de la politique pour favoriser l’implication populaire

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Alors qu’elles devraient être le cœur même du peuple, les classes populaires sont souvent les plus éloignées du système politique traditionnel « représentatif ». Cette situation se vérifie notamment par les taux d’abstention toujours plus important à chaque élection où seule l’élection présidentielle semble échapper. Or celle-ci, par sa personnalisation effrénée, tant à limiter la politisation des enjeux économiques et sociaux pour des considérations de personnes, pour des postures voire des sentiments. Les élections législatives, d’avantages portées sur des éléments programmatiques, subissent pour leurs parts des taux d’abstention catastrophiques dépassant souvent 50% dans les quartiers populaires. Cette abstention témoigne et accompagne un sentiment profond de déclassement et d’exclusion des classes populaires qui, fuyant un débat qu’elles on peur de ne pas maitriser, préfèrent affirmer qu’elles « ne font pas de politique ».

Mais contrairement à ces affirmations qui témoignent d’un profond manque de confiance en ses capacités d’actions, la classe populaire a toujours été, et reste encore aujourd’hui, une classe profondément politisée qui comprend ses intérêts de classe (sans forcément trouver les moyens de les défendre). Cette conscience de classe s’exprime par les résultats électoraux des quartiers populaires votant principalement, poussée par la raison de leurs intérêts, pour la gauche, toutes orientations confondues (environ 75% en « cumulé » à l’élection présidentielle dans les quartiers populaires). Elle s’exprime également par le bouillonnement associatif et communautaire (à ne pas confondre avec « communautariste ») dans des domaines divers et variés. Cette conscience de classe s’exprime, mais s’exprime donc hors des cadres politiques traditionnels tels que les mouvements sociaux, l’adhésion à un parti politique voire même hors de la participation électorale via le vote.

Or si les classes populaires se trouvent si loin des formes de participation politique cela s’explique, en partie, par l’énergie développée par l’oligarchie pour éloigner le peuple des instances de décision. Le premier obstacle à franchir est celui de la technicité du discours qui empêche le « profane » de s’exprimer car il se trouve dans la crainte de ne pas comprendre l’ensemble des enjeux qui lui sont soumis. Cette technicité apparente du discours accompagne la professionnalisation de la vie politique, avec des élus « professionnels » qui défendent leurs positions et leurs « intérêts corporatistes » en verrouillant et en bloquant l’émergence de voix nouvelles. L’émergence est d’autant plus difficile pour les individus issus de classe populaire qui ne partagent pas le « langage politique » qu’il est possible d’acquérir dans les « canaux traditionnels » de la carrière politique qu’ils soient « scolaires » (Instituts d’étude politique, universités, etc.) ou « organisationnels » (comme le « syndicalisme étudiant »).

La 6ème République que nous appelons de nos vœux remettra au centre du système de décision politique les classes populaires. Mais en attendant la prise du pouvoir par le peuple, nous devons militer contre le cumul des mandats (en nombre mais aussi dans le temps) pour décloisonner les potentiels politiques mais également faire un travail particulier d’éducation populaire. Ce travail doit s’appuyer sur deux mécanismes : fournir aux citoyens une grille de lecture politique claire et dépolluée du discours dominant, qu’ils pourront s’approprier et transmettre ; et former les militants politiques à la simplification et à l’explication des écrits. Faire de l’éducation populaire c’est rendre accessible l’information « à tous » pour que chacun puisse former sa conscience à la décision politique. Il ne s’agit pas de mépriser l’intelligence collective du peuple mais de sortir d’une logique de discours à destination des « bac +5 ».

Favoriser l’implication populaire c’est aussi faire de la politique, c’est à dire donner à voir les oppositions entre les idéologies. Les alternances sans fin et qui ne changent rien, entre l’UMP et le PS, donnent du grain à moudre au discours ambiant de l’impuissance politique et légitiment finalement les positions abstentionnistes (« à quoi ça sert de voter si c’est pour qu’ils fassent la même chose ? »). Faire de la politique c’est montrer qu’il est possible de faire autrement que ce qui est mis en place par l’oligarchie. Cela demande une rigueur sans faille dans la démonstration de nos propositions (le contre-budget du Parti de Gauche présenté à la fin de l’année 2012 relève de cette logique) et une implication des travailleurs. Nous ne sortirons pas de l’impasse écologique vers laquelle le capitalisme nous pousses si nous ne nous appuyons pas sur la richesse des expériences des ouvriers, employés et cadres des entreprises privés comme publiques, et sans réhabiliter le temps long de la décision. C’est en cela que l’implication politique de tous est une nécessité.


Roms, la stigmatisation n’est pas le changement

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En dégageant Sarkozy le 6 mai 2012 nous n’espérions pas réellement, avec François Hollande et la social-démocratie, conquérir de nouveaux droits sociaux, mais nous pensions que des évolutions « positives » en terme de respect des Droits de l’Homme puissent être mises en œuvre. Après des années particulièrement sombres où la droite libérale, toujours plus proche des idées de l’extrême droite, n’a cessée de stigmatiser des populations entières (« musulmans » et « roms » en particulier) espérant en tirer un surplus électoral, avec comme zénith nauséabond le discours « de Grenoble » de Sarkozy du 30 juillet 2010, la politique du Parti socialiste devait apporter une forme de lumière, au moins sur ce front.

Or en matière de stigmatisation des populations roms, comme dans beaucoup d’autres domaines, le changement n’a malheureusement pas été au rendez-vous. Les annonces à la rentrée 2012 de l’assouplissement des normes limitant artificiellement le nombre d’emplois qu’ils ont le droit d’exercer apparaissent bien timides par rapport à une situation toujours plus que prégnante. Bien que l’Union Européenne, dont la quasi-totalité des roms sont ressortissants (car citoyens roumains ou bulgares), pousse continuellement à plus d’intégration (Le 9 septembre 2010 le Parlement européen a notamment adopté une résolution signalant qu’il s’inquiète de la « vague de stigmatisation des roms » en France et a exigé l’arrêt des expulsions), des élus socialistes n’hésitent pas à marcher dans les pas honteux de la droite en matière de non respect des droits de l’Homme.

Stéphane Raffalli, maire PS de remplacement de la commune de Ris-Orangis dans l’Essonne (mitoyenne d’Evry, commune de Manuel Valls), illustre particulièrement bien la continuité avec le pouvoir sarkozyste. Après une longue bataille associative pour exiger une scolarisation des enfants roms situés sur sa commune, le 21 janvier 2013 le maire de Ris-Orangis a accepté de scolariser ces enfants, non pas dans une classe « normale » mais dans un complexe sportif de la ville (dénué bien évidemment du matériel nécessaire à la  bonne tenue d’une classe). Cette classe « spécialisée » et ségrégative bafoue tous les principes républicains et nous ramène directement à des périodes noires de l’histoire de France. Mais le comble du cynisme est, qu’au lieu de se faire discret, cet élu a osé remettre en cause la sincérité du combat mené par les militants associatifs et politiques venus manifester leurs désaccords.

Entre la droite extrémisée et le Parti socialiste du ministre de l’intérieur Manuel Valls les variations de discours sont de plus en plus subtiles. Il s’agit toujours de vouloir protéger les roms « d’eux-mêmes » de leur propre situation en détruisant des « campements insalubres » où règne le « manque d’hygiène ». Il est également mis en avant la volonté d’éviter que ne se reproduise le « cas marseillais » où la population d’un quartier a « délogée » elle-même, et par la force, un campement situé à proximité. Le démantèlement de camps comme les mises au ban des enfants par la force publique apparaît donc comme un moyen de faire plaisir à une partie de la population qui voie d’un mauvais œil la multiplication des campements, tout en se donnant une bonne conscience de le faire dans le respect des intérêts respectifs des populations.

Mais la vue d’un campement et de son lot de souffrance, de précarité et de misère qui s’y déploie n’est agréable pour personne tant elle nous rappelle l’égoïsme et la dureté de notre société capitaliste, ce n’est pas une raison pour traiter ces femmes et ces hommes comme des « sous-individus » qui n’aurait pas l’accès aux mêmes droits que les autres. Derrière ces actes subsistent une forme de xénophobie d’Etat basée sur des principes « culturels » et souvent confus. La confusion qui revient le plus fréquemment est celle donnerait aux roms le caractère d’une population nomade (en sous-entendant qu’elle devrait être traitée comme telle) alors qu’elle n’a été que condamnée au nomadisme en raison de sa misère sociale et ouvre la voie à de nombreuses formes de stigmatisations. Le tri des populations à travers des caractères ethniques ne doit pas être tolérée par la gauche, quelque soit son orientation. Les idéaux révolutionnaires républicains, socialistes et universalistes valent mieux que ceux de l’extrême droite, tachons d’y faire honneurs et proposons des solutions politiques qui combattent réellement la misère plutôt que celles qui la masquent voire la détournent.