La précarité est un parachutage permanent

Il y a des polémiques qui pourraient faire doucement rigoler si elles ne cachaient pas des réalités beaucoup plus sombres. Alors que notre camarade Jean-Luc Mélenchon choisissait la 11ème circonscription du Pas-de-Calais pour mener bataille, Marion Anne Perrine Le Pen visiblement gênée de voir sa victoire présumée remise en cause, a pendant des jours accusés celui-ci d’être un « parachuté ». Sans revenir sur cette remarque particulièrement gonflée de la part de la présidente d’un (infâme) parti politique dont les principaux cadres cherchent à se faire élire dans des circonscriptions où ils n’ont pas domicile, mais qui ont le point commun d’apparaitre comme des zones où la victoire est plutôt simple. Mon propos porte plutôt sur tous les « parachutés contraints » par les situations de pauvreté et de précarité, et ils sont nombreux.

Parlons des usines qui ferment du manque de courage politique des libéraux et socio-libéraux refusant de remettre en cause leur sacro-saint modèle capitaliste de concurrence libre et non faussée et qui laissent sur le carreau employé-e-s et ouvrier-e-s. Un candidat à la députation subit un bien maigre parachutage comparée au travailleur à qui on propose cyniquement d’aller travailler à l’autre bout de l’Europe ou du Monde pour un salaire dix fois moins important. Or ce dernier type de parachutage est bien plus destructeur socialement que le premier et il s’en produit chaque jour.

Parlons également des parachutages quotidiens des millions de personnes qui ne peuvent pas ou plus se loger à proximité de leur lieu de travail. Les enquêtes sur les déplacements domicile-travail traduisent une augmentation de ce phénomène en raison de l’expulsion des plus pauvres des centres-villes qui ne peuvent plus faire face aux hausses régulières des loyers. Ceux-là se retrouvent parachutés dans des banlieues périurbaines de plus en plus loin des pôles d’activités où se concentrent les emplois. L’augmentation de la distance parcourue chaque jour et la faiblesse de l’offre de transport en commun sur ces territoires entrainent une dépendance au véhicule individuel et une augmentation des couts en matière de transport sur le budget total des ménages (tandis que les salaires n’augmentent pas). L’accroissement du recours aux contrats précaires et à l’intérim contribue lui aussi à faire subir à nos concitoyens des parachutages d’un lieu à un autre en fonction des jours ou des saisons, au détriment d’une stabilité pourtant vitale à l’émancipation.

Mais les parachutés sont aussi les locataires malheureux qui, après avoir subis des difficultés de la vie, se retrouvent sans toit ni droits pour n’avoir pas pu faire face aux exigences du propriétaire. Enfin, n’oublions pas nos ami-e-s qui s’arrachent de leur pays d’origine, parce qu’ils y souffrent, et viennent chercher un peu de réconfort dans d’autres lieux. Ces réfugiés politiques, politiques voire climatiques ou écologiques subissent eux aussi de douloureux parachutages.

Le parachutage est donc avant tout une situation de souffrance pour les plus démunis et les plus précaires et non pas seulement une manière, pour un notable, de gérer sa carrière. Mais ça, ça ne viendrait même pas à l’idée des dirigeants du parti anti-social qu’est le front national, trop occupés à trouver des boucs-émissaires. Mais avec « L’Humain d’abord » (en particulier avec la planification écologique pour relocaliser l’activité et l’économie), et la remise en cause de l’abject dogme libéral qui sévit, nous avons une véritable arme de lutte contre la précarité, principale cause de parachutage social subit. Les parachutages politiques ne sont que des phénomènes sans importance, ne nous laissons pas détourner et continuons la lutte : le 10 et 17 juin votons pour le Front de gauche, pour une République sociale et écologique et finissons en avec la peine de ceux qui souffre quotidiennement, d’être des « parachutés » de la vie.

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Usines, mémoire ouvrière et renouvellement urbain

Alors que la catégorie des ouvriers représente encore 21,5% de l’ensemble de la population active en 2009 (dont 33,7% des hommes), nous ne pouvons pas nier le constat d’une désindustrialisation du territoire, celui-ci étant concurrencé par les pays où la main d’œuvre non qualifiée est « moins chère ». Cette désindustrialisation entraîne une disparition progressive des usines à la fois physique : les fermetures sont nombreuses, mais aussi symbolique : l’ancien symbole du monde du travail qu’était l’usine laisse peu à peu sa place au « bureau ». C’est en effet ce dernier qui va aujourd’hui prendre la place de l’usine dans l’imaginaire collectif pour représenter le monde du travail. Les raisons qui peuvent expliquer cela sont l’augmentation vertigineuse du nombre d’employés par rapport au nombre total d’actifs mais aussi par le développement des « technologies de l’information et de la communication » qui bouleversent en profondeur les façons de travailler et de se représenter le travail.

La ville telle que nous la connaissons aujourd’hui est un produit de la Révolution industrielle du 19ème siècle. Ce sont les rapports de production qui structurent sa conception spatiale et les usines ont joué un rôle prépondérant dans cette urbanisation. Le développement des manufactures a attiré de plus en plus d’individus qui s’en allaient quitter la campagne afin, comme ils l’imaginaient, de trouver une vie plus agréable en ville. La faiblesse des moyens de transport, individuels ou collectifs, de ce siècle ont forcé l’urbanisation à proximité des lieux de travail. A cette époque l’usine est donc le centre névralgique populaire des villes. Le familistère mis en place par Jean-Baptiste Godin ou les corons dans le Nord de la France sont l’archétype de cette urbanisation qui se réalise autour du lieu de travail. L’usine, car elle marque un élément fondamental de notre histoire, est un « monument historique » au même titre qu’une vielle bâtisse de la Renaissance et mérite à son égard autant de volonté de préservation. C’est un témoignage du passé industriel et ouvrier.

Mais en plus d’avoir structuré l’urbanisation, les usines sont de véritables symboles de la mémoire ouvrière. Même si certain observateurs, décrivent, et selon un point de vue discutable, l’affaiblissement des antagonismes de classes, il est nécessaire d’affirmer la centralité de l’usine dans les luttes sociales. Si elle peut apparaître encore aujourd’hui comme un lieu de socialisation très fort, elles ont été pendant longtemps et jusqu’à une période assez récente, un lieu de solidarité où les ouvriers construisaient une véritable conscience de classe et de lutte collective. Les partis politiques (et en particulier le Parti communiste) et les syndicats étaient les pièces maîtresses de cette éducation populaire. Ce savoir permettait d’avoir un certain avantage dans les rapports de force sociaux.

Or aujourd’hui la grande majorité des opérations de « renouvellement urbain » oublient de prendre en compte ce passé. Les exemples de ville proche de chez moi gérée par des municipalités de droite qui sont Mennecy et Corbeil-Essonnes en sont des révélateurs. Dans les deux cas les anciennes usines sont détruites pour laisser place à des quartiers nouveaux dont les cibles principales sont des populations aisées, en raison de la centralité spatiale décrite plus haut des « ex-usines ». Il est aisé de faire le parallèle avec les opérations de « gentrification », de « nettoyage » des quartiers que le directeur du journal Fakir, François Ruffin, décrit particulière bien pour le cas Marseille (http://www.monde-diplomatique.fr/2007/01/RUFFIN/14323). Lors de ces opérations, les plus pauvres sont exclus des centre-villes et la mémoire de leur présence est effacée, jugée honteuse pour la classe dominante. Comble du cynisme bourgeois lorsque dans certain cas des « éco-quartiers » réservés aux riches sont construits en lieu et place des souvenirs populaires.

Mais cette constatation en matière d’urbanisme n’est que le reflet d’un système global de représentation qui exclu les classes populaires de tous les domaines représentatifs. Les ouvrier(e)s et employé(e)s sont par exemple quasiment invisible à la télévision et dans les médias en général où seule la culture bourgeoise dominante est admise.