Ils nous racontent des histoires

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Si le demi-tour du gouvernement sur la nationalisation de Florange était prévisible, il n’en demeure pas moins un bon indicateur de la posture actuelle des socio-libéraux : à défaut d’actions concrètes en faveur du peuple qui les a mené au pouvoir, ils se cantonnent à jouer les compteurs et prient pour que l’opinion publique tombe dans l’illusion. Dans son livre « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et formater les esprits »  paru en 2007, l’intellectuel français Christian Salmon nous décrit comment les industriels puis les politiques sont passés en terme de marketing, de la promotion d’un produit ou d’une marque, au fait de vendre « des histoires » aux consommateurs (ou citoyens). A défaut de vouloir faire une politique réellement « socialiste » qui demanderait d’affronter les marchés financiers et la cupidité de certains grands patrons cyniques, le gouvernement cherche à nous raconter une belle histoire, celle du « changement », et à brouiller les pistes entre les discours et les actes.

Si cette attitude pouvait faire illusion au début de l’été avec notamment la hausse (minime) du SMIC et l’abrogation de certains mesures les plus injustes du gouvernement précédent, le vote du TSCG à la rentrée et le vote d’un projet de loi de finance d’austérité pour 2013 finissent de nous révéler la vérité de « l’histoire » du Parti du socialiste. Je comprend que pour certain cette histoire semblait rassurante (à défaut d’être vraiment attirante) pendant la campagne présidentielle : à force de se voir répéter à longueur de journée par des médias complaisant le risque de voir Marine Le Pen accéder au second tour, François Hollande semblait être un bon compromis entre une « politique de gauche » et une possibilité d’avoir un candidat de « gauche » au second tour. D’autant plus que les journalistes serviles du bipartisme dominant n’ont cessés de répéter qu’il était fou d’espérer voir le candidat du Front de Gauche au second tour, qu’il fallait être « raisonnable ».

Cette histoire a pu paraître crédible aux yeux de certains citoyens car elle s’appuyait sur un récit qui semblait être cohérent, avec comme point d’orgue le discours du Bourget du 22 janvier 2012 dans lequel le candidat Hollande annonçait que son « adversaire » était « le monde de la finance » et que la hausse de la TVA était « inquiétante » car concernait tous les français. Ce discours, complété les dernières semaines par un clip de campagne officiel faisant appel à tous les symboles historiques du socialisme triomphant (Révolution française, Jaurès, Front populaire, sécurité sociale…), a surement été suffisant pour faire croire aux électeurs de gauche que le candidat du Parti dit socialiste allait mener une politique de gauche.

Or nous, au Front de Gauche, nous n’avons pas cessé de crier nos mises en garde. Nous avions analysé la trajectoire longue mais franche de François Hollande vers la social-démocratie, celle qui a comme principales inspirations non pas Rosa Luxembourg, mais les politiques mises en œuvres par Anthony Blair au Royaume Uni, Gerald Schroeder en Allemagne et même le Parti démocrate américain. Nous avons voté pour François Hollande au deuxième tour de l’élection présidentielle, non pas parce que l’on adhérait à sa politique ou que l’on espérait quelque chose de lui, mais uniquement pour éjecter Nicolas Sarkozy et sa politique toujours plus proche de celle de l’extrême droite. D’inspiration idéologique marxiste nous savons que seul compte les faits, et que pour lutter contre le « monde de la finance » nous n’avons pas besoin d’un socialisme qui raconte des histoires mais d’un socialisme qui agit. Les récits et symboles doivent uniquement servir à créer une culture populaire commune, à l’inscrire dans une histoire longue pour donner du sens à l’action politique des individus.

Si les modes de scrutin pour les élections présidentielle et législatives, antidémocratiques et monarchiques, nous ont empêché d’avoir une représentation parlementaire correspondante au poids de nos idées dans la société, contrairement aux « socialistes » nous ne somme pas dans la fiction mais nous proposons des actions concrètes et radicales pour sortir de la crise et de l’austérité. Le contre-budget du Parti de Gauche présenté il y a quelques semaines en est l’exemple le plus palpable. Ce contre-budget s’inscrit dans une volonté globale d’avoir comme principe d’action politique la radicalité concrète, de faire « la Gauche par l’exemple » en s’insérant dans l’héritage du socialisme historique.

Car raconter une histoire, plutôt que d’œuvrer concrètement, permet au gouvernement de faire croire au peuple qu’il agit sans avoir à se mettre à dos ses amis du « monde de la finance », qui pour sa part, n’hésite pas à sortir ses gros sabots quand une mesure lui déplait. Le récit politique a des facilités à se développer car il sied particulièrement bien au format médiatique qui adore les histoires, bonnes ou mauvaises. Les évènements récents pour la succession à l’UMP, présentés sous la forme d’un feuilleton en plusieurs actes, font le beurre des marchands de papier et d’images, mais le citoyen n’en est pas plus informé pour autant sur les raisons profondes de ce déchirement et sur la crise des partis dominants. La politique s’apparente de plus en plus au marketing, les décideurs écrivent une histoire qu’ils doivent ensuite vendre aux consommateurs-citoyens, ces derniers devant s’identifier au récit. Présenter une histoire contradictoire permet à l’UMP et au PS de sur-jouer leurs (petits) désaccords, tandis que leurs nombreux points d’accords (tel que le choix d’une politique de l’offre, la préservation des intérêts des financiers sur ceux des travailleurs…) sont passés sous silence. C’est la victoire de la société du spectacle, et ce n’est pas l’histoire mensongère du « renouveau démocratique » du rapport de la commission Jospin qui risque de modifier cette situation.

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Le partage des richesses, étapes n°3 : L’augmentation des salaires

La question des salaires doit être une des questions centrales de cette campagne électorale. En effet, parce qu’il donne un revenu régulier au travailleur, le salaire est la condition même du maintien de l’activité économique d’un pays. Or aujourd’hui le discours est biaisé : d’un coté nous avons la droite qui, pour ne pas fâcher ses amis des lobbies patronaux, se refusent toute augmentation, c’est le cas de l’UMP ou du MODEM, et d’un autre la gauche sociale-libérale du Parti socialiste qui, mis à part pour garantir l’égalité femme/homme ne prévoit aucune hausse salariale dans le programme porté par François Hollande. Du coté du FN c’est l’entourloupe : Si Le Pen prévoit une hausse des salaires de 200€, la méthode du financement de cette mesure fait saliver le patronnât. Et pour cause, la hausse du salaire sera fera par une baisse des cotisations sociales. Pour faire simple le FN veut prendre de l’argent qui appartient déjà aux salariés pour leur redonner sous une autre forme.

Chaque jour c’est le même rituel, les libéraux poussent des cris d’orfraie dès que l’on parle d’augmenter les salaires. Pour ces derniers les salaires, toujours trop élevés, plomberaient notre compétitivité dans la compétition mondiale généralisée qu’eux mêmes mettent en œuvre. Leur logique simple, mais fausse, est la suivante : si nous n’exportons pas, si nous avons trop de chômage, bref si l’économie du pays est en berne, c’est que le cout du travail est trop élevé ! Sous entendus trop élevé par rapport aux travailleurs de l’autre bout du Monde qui, eux, acceptent de travailler plus de 12 heures par jour pour des cacahouètes.

Or ce raisonnement oubli un élément fondamental en économie, celui qui fait que si le salaire est un cout pour l’employeur, c’est aussi un revenu pour l’employé. Il est par ailleurs particulièrement intéressant d’expliquer à un libéral « pur jus » qu’il y a plusieurs façons de mesure son PIB fétiche (Produit intérieur brut). La première façon, la plus connue, se base sur la production mais la deuxième se base sur les revenus. Il existe même une relation d’égalité entre la production et les revenus, ce qui signifie que lorsque l’on augmente les revenus on augmente la production donc on réalise de la croissance. Paradoxalement cette démonstration n’est pas issue d’une obscure théorie marxiste-léniniste mais d’une théorie macroéconomique « classique ». Nous voyons bien que l’intérêt général économique n’est pas une priorité des libéraux au pouvoir. Partir de la théorie économique permet donc de donner une assise au raisonnement et faire fermer le clapet à tout ceux qui voudraient nous imposer une politique d’austérité.

D’un point de vu plus concret une hausse de salaire, et encore plus pour les plus bas revenus, est une condition nécessaire pour la mise en place d’une politique de croissance respectant les principes d’une planification écologique. Par exemple une hausse du SMIC à 1700€ comme le propose le Front de Gauche permet à l’employé et l’ouvrier d’accéder à des produits de qualité (et notamment dans le domaine alimentaire). En achetant ces produits, et couplé à des mesures écologiques de soutien à l’économie locale, c’est toute cette économie de proximité qui se remet en route. De plus l’augmentation des salaires des plus modestes (car ils ont une propension marginale à consommer plus importante) est directement réintégrée dans l’économie car consommée rapidement alors que les cadeaux fiscaux aux plus riches ne servent qu’à alimenter la spéculation. L’augmentation des salaires permet de faire « respirer » l’économie, et couplée à une politique efficace de transition écologique du capitalisme, de créer des emplois. Pour la petite histoire : Henry Ford grand patron de l’industrie de fabrication automobile avait dès le début du siècle bien compris l’intérêt d’augmenter les salaires de ses employés qui pouvaient ensuite devenir ses clients et donc augmenter ses parts de marchés. Ce n’était pas de la philanthropie mais du bon sens économique.

Enfin, vous entendez tous les réactionnaires de tout poils dire qu’il y a trop de « charges » sociales. Cette affirmation est déjà une erreur sémantique : il n’existe pas de charge sociale mais seulement des cotisations, sociales lorsqu’elles sont payées par l’employé, patronales lorsqu’elles sont (soit disant) payées par l’employeur. Or, comme pour les salaires, si d’un point de vue elles peuvent être un coût elles sont aussi un revenu, un revenu « indirect » ou « différé » car il reviendra plus tard au travailleur lorsqu’il sera au chômage ou à la retraite. Cette part du salaire, que l’on appelle « salaire mutualisé », n’est pas une épargne mais une façon de créer de la solidarité entre les membres de la communauté nationale. C’est aussi une garantie pour que chacun puisse continuer à vivre dignement lorsqu’un malheur de la vie le touche. Mais d’un point de vu purement économique c’est aussi une manière de continuer à garantir la stabilité économique en garantissant l’accès à la consommation.

Finalement, nous pouvons nous rendre compte qu’en suivant aveuglement leur idéologie moribonde, les (ultra/néo)libéraux contribuent à maintenir un système qui privilégie le court terme de la rentabilité financière contre le long terme de la production. Or une politique de redistribution des richesses comme le propose le Front de gauche permet de répartir équitablement les fruits de l’activité économique tout en garantissant une production respectueuse de l’environnement et de l’humain.