Les élections départementales, pour quoi faire ?

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Nous sommes nombreux, militant(e)s ou non, à en avoir assez de « courir » d’élections en élections, c’est à dire de n’avoir comme perspective politique que le court terme de l’échéance qui vient. Cette situation entraine une profonde lassitude chez les plus impliqués politiquement comme chez les électeurs et électrices « de base », d’autant plus qu’elle s’accompagne souvent d’un profond sentiment d’inutilité du vote, qui est renforcé encore par les alternances stériles et les promesses bafouées. Devant cette lassitude qui gagne toutes les catégories sociales (l’abstention aux élections européennes n’était plus uniquement le fait des classes populaires, mais un phénomène majoritaire dans l’ensemble de la population), nous devons être clair quant à la manière d’aborder les élections départementales de mars 2015.

Pour cela, nous devons d’abord être lucide sur nos capacités. Même si le Front de Gauche n’a pas subi de cuisantes défaites aux élections municipales et européennes, nous avons été loin de réaliser l’objectif que nous nous étions fixé. Celui de passer devant les solférinien(ne)s qui se sont pourtant écroulés. Ne nous faisons pas d’idée, les élections départementales seront, partout en France, une véritable déroute pour l’ensemble des forces de, et dites de gauche. Face à une droite et une extrême droite en dynamique, et un électorat de gauche qui ne souhaite plus se mobiliser pour des fossoyeurs de droits sociaux et qui s’abstient massivement de voter, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Nous n’avons donc pas les capacités d’appréhender cette future élection comme nous en avions l’habitude et cela doit nous inciter à être innovant.

L’élection départementale doit nous servir de premier tremplin pour avancer nos arguments sur la 6ème République. Alors que le gouvernement Valls et le Président Hollande, surveillés par une poignée de notables locaux, hésitent entre suppression et « dévitalisation » de l’institution départementale, nous pouvons nous appuyer sur la campagne électorale pour réaffirmer notre attachement à celle-ci et en rappeler les principes et l’histoire révolutionnaire de sa constitution. Il s’agit  également de nous opposer à ce mode débile de scrutin « binominal paritaire », véritable pirouette de Manuel Valls, ex-ministre de l’Intérieur, pour respecter la parité dans les assemblées départementales sans avoir à mettre en place un scrutin proportionnel. Couplé à un redécoupage des cantons sur-mesure, ce mode de scrutin est le témoignage de l’absence de considération démocratique du pouvoir en place.

Mener la lutte pour la 6ème République durant la campagne départementale c’est chercher à redonner sens à une institution aujourd’hui mal comprise des français(e)s et qui pourtant est une échelle pertinente pour conduire des politiques sociales et écologiques efficaces. C’est également « préparer l’avenir », profiter des conditions offertes par l’État (financière notamment), pour constituer des comités locaux pour la 6ème République (voir mon article du 29 septembre 2014), prendre des contacts avec des citoyen(ne)s qui jusque là n’étaient pas impliqué(e)s politiquement. Cette élection doit permettre de travailler les consciences et former les militant(e)s à un objectif plus général : celui de la Constituante, et redonner espoir dans l’action politique.

Il n’est cependant pas question de laisser le champ libre à l’UMP, aux solfériniens (qui auront surement, et malheureusement dans beaucoup de départements, des accords bien ficelés avec nos camarades du PCF et d’EELV) et à l’extrême droite, en nous lavant les mains d’une éventuelle participation, mais au contraire, de présenter comme candidate la 6ème République, partout où cela est possible et en privilégiant les candidatures citoyennes et « d’ouverture ». Nous n’avons à gagner des élections départementales que d’avantage de conscientisation du peuple, tachons donc d’y participer dans cet objectif en menant une campagne d’éducation populaire.

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Quelle organisation territoriale pour quel projet politique ?

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Le sujet d’une « nécessaire » réforme de l’organisation territoriale décentralisée de la République n’est pas une préoccupation nouvelle pour les gouvernements français, libéraux et socio-libéraux. En effet, la loi du 16 décembre 2010 portant réforme des collectivités territoriales, élaborée à partir des préconisations du « comité Balladur » créé en 2008, prévoyait déjà de revoir la carte des intercommunalités (en rendant les groupements de communes obligatoires) et de fusionner les assemblées des départements et des régions. Si certaines dispositions prévues dans cette loi ont été abrogées par les parlementaires solfériniens, les différentes lois de décentralisation soutenues par le gouvernement actuel poursuivent la même idéologie libérale.

Cette idéologie repose sur le postulat, partagé par la droite et le PS, que les collectivités territoriales coutent « trop cher » et qu’il n’y a pas de raison que celles-ci ne participent pas à la politique d’austérité. Le gouvernement Valls, et Ayrault avant lui, ont donc décidés de faire baisser drastiquement les dépenses des collectivités, et peut importe que celles-ci représentent moins de 20 % des dépenses publiques pour plus de 70 % des investissements publics, en réduisant les dotations qui leurs sont versées (et qui normalement accompagnent le transfert de compétences) de 11 milliards d’euros en 3 ans. Or, et d’avantage encore en ce qui concerne les collectivités locales de proximité, la diminution des dépenses publiques entraine une baisse au moins aussi conséquente des services publics offerts aux habitant(e)s.

Mais en plus de réduire les dotations, le gouvernement Valls a prévu de modifier l’organisation territoriale du pays, avec pour uniques buts affichés de réaliser des économies et de mettre en compétition les territoires. Il ne s’agit donc pas de chercher à améliorer l’offre de services publics ou de se préoccuper de l’intérêt général, mais de répondre à des injonctions du grand patronat s’inquiétant de ses capacités à verser des dividendes à ses actionnaires (la fameuse « compétitivité » dans la langue des médias dominants) et de l’Union Européenne. Mais les promoteurs de ce projet de nouvelle organisation territoriale plus « compétitives » oublient souvent de dire que la réduction des dotations et les changements de territoires poursuivent un projet politique de privatisation des services publics : ceux-ci devant être réalisés de plus en plus par des opérateurs privés.

Les discussions stériles sur le nombre de régions ou sur la taille des intercommunalités d’Ile-de-France (bien qu’elles puissent soulever de véritable interrogation quant à l’expression d’une démocratie locale) permettent en quelques sortes de faire détourner le regard des changements institutionnels plus profonds, qui concernent les compétences et pouvoirs de ces entités. La possibilité donnée aux régions de déroger à la loi, donc à la règle commune et unique, sous prétexte « d’expérimentation », et l’approfondissement des compétences des groupements de communes (et leur possible transformation en véritable collectivité territoriale), au détriment de celles-ci, sont pourtant des sujets biens plus préoccupants.

Les projets défendus par le Premier ministre auront donc comme conséquences concrètes l’affaiblissement de la démocratie de proximité (et donc le renforcement de monarques locaux modelés par la 5ème République) et le détricotage de l’unité de la République, déjà bien entamée depuis 2004. Dans ce contexte, les territoires les plus populaires : zones rurales éloignées des métropoles et espaces urbains enclavés, sont les grands perdants de la compétition mondiale organisée par les puissants.

Le projet de réforme de l’organisation des collectivités territoriales ne doit pas être combattu, comme le font les notables locaux attachés à leurs mandats (et indemnités), sous le seul angle d’une prétendue « proximité » ou « homogénéité » du territoire, mais d’abord en contestant le projet politique sous-jacent de compétition territoriale et de privatisation des services publics. Ne soyons pas attachés aux échelons communaux et départementaux uniquement pour des raisons « culturelles » qui essentialisent les habitant(e)s, mais soyons le parce qu’ils sont pertinents pour mener des politiques écologiques et sociales dans le respect de la démocratie. De la même manière, n’ayons pas peur des grandes intercommunalités si c’est pour revenir à l’essence de celles-ci : la collaboration volontaire de communes pour mener un projet politique. Les limites territoriales importent peu, seule doit compter l’implication du peuple et le projet qu’il souhaite porter, dans le cadre d’une République une et indivisible.


Prendre ses responsabilités et choisir

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Nous voilà dans la dernière ligne droite avant les dates des prochains scrutins municipaux. Bien qu’elles aient toutes une plus ou moins grande part de spécificités « locales », je crois que nous pouvons être fièr-e-s des campagnes qui ont été menées, au nom du Front de Gauche quand cela fût possible, au nom du Parti de Gauche quand les conditions de l’union n’ont malheureusement pas été garanties. Nous savions longtemps à l’avance que ça ne serait pas une sinécure d’arriver à pérenniser cette organisation, si belle et efficace pour mobiliser et pourtant si fragile lorsqu’il est question, pour quelques élus, de défendre des intérêts personnels aux détriments de l’intérêt général du peuple. Nous pouvons nous réjouir que dans certaines situations, les militants des partis concernés aient pu faire un autre choix que celui des élus sortants, et ainsi pérenniser localement la dynamique du Front de Gauche. C’est par exemple le cas à Évry où la candidate PCF pour le Front de Gauche, Farida Amrani, mène une très belle campagne collective contre l’équipe de bagages accompagnés du ministre de l’intérieur.

Les 23 et 30 mars il faudra donc faire un choix. Conscient de la défaite annoncée, le parti solférinien cherche par tous les moyens à restreindre les enjeux à des questions exclusivement municipales (par ailleurs je regrette qu’il ne soit que très peu question d’intercommunalité dans ces campagnes alors qu’elle est pourtant une échelle où il est possible de faire de belles choses, et la communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne en est l’exemple vivant), tandis que les difficultés dont souffrent les habitants et habitantes trouvent principalement leurs origines dans une politique nationale qui favorise le capital au travail. Choisir les listes Front de Gauche c’est marquer clairement son opposition à la politique du triumvirat Hollande / Ayrault / Gattaz qui, loin du « changement » tant annoncé, n’est que la continuité de celui Sarkozy / Fillon / Parisot. Insistons auprès de celles et ceux qui se sentent spoliés de leurs victoires de 2012 et qui sont tentés par l’abstention, en leur montrant qu’un bulletin de vote peut aussi servir à sanctionner, à condition qu’il soit crédible. Ceux marqués du sceau Front de Gauche ou Opposition de Gauche le sont !

Choisir les listes Front de Gauche c’est aussi vouloir pour sa commune une politique plus solidaire et plus écologique. C’est défendre un projet écosocialiste pour faire de nos territoires les espaces de la transition énergétique pour sortir de notre dépendance morbide aux énergies carbonées et au nucléaire ; les espaces du développement de nouveaux modes de vie plus respectueux des humain-e-s et de l’environnement ; les espaces de l’innovation sociale et écologique débarrassée des impératifs financiers à court termes et les espaces de défense des services publics, qui sont souvent les derniers biens de ceux qui n’ont plus grand-chose. En choisissant le Front de Gauche vous affirmez clairement que les financiers n’ont rien à faire dans la gestion des communes et des intercommunalités et qu’il est préférable, pour faire baisser le montant des factures et améliorer la qualité, de reprendre en régie publique l’ensemble des services publics, qui ont été délégués à des entreprises privées depuis les années 1980, dans des domaines aussi variés que la distribution de l’eau potable ou le ramassage des ordures.

En baissant les dotations versées par l’État aux collectivités territoriales (dont les montants devraient normalement accompagner le transfert des compétences du premier vers les secondes) de 10 milliards d’euros pour financer les cadeaux aux grands patrons (via le pacte de « responsabilité »), le Président Hollande et le gouvernement compliquent volontairement la tâche de toutes celles et ceux qui souhaitent porter un projet de transformation écologique et sociale. Parce qu’il est insupportable de faire encore payer les dons sans condition aux plus riches par les classes moyennes et populaires, choisir le Front de Gauche c’est entrer dans une logique de résistance. C’est résister en déléguant sa voix à des élus combatifs mais aussi résister en affirmant vouloir participer directement à l’élaboration du budget, au travers notamment des instances de budgets participatifs qui seront déployées sur l’ensemble des communes du Front de gauche.

Malheureusement, et souvent malgré les efforts acharnés de nos camarades, tou-te-s les citoyen-ne-s n’auront pas la chance de pouvoir voter pour une liste du Front de Gauche ou d’Opposition de gauche. Celles et ceux qui peuvent le faire ont donc une responsabilité particulière. C’est le cas par exemple à Étampes dans l’Essonne où mon amis et camarade Mathieu Hillaire conduit avec courage et abnégation la liste « Étampes Solidaire 2014 » qui rassemble des ex-socialistes, des non-encartés, des responsables associatifs, des militants PG et PCF, etc., à Sainte-Geneviève-des-Bois où François Delapierre bouscule avec une très belle équipe les notables solfériniens locaux, à Paris où Danielle Simonnet apporte une alternative au duel médiatique entre les deux héritières, à Grenoble, à Toulouse, à Pau, à Montreuil, etc. Bref, dans des milliers de communes, avec un bulletin de vote Front de gauche, il est possible de faire autrement que ce qui est fait, à tous les niveaux, par le PS et l’UMP. En allant voter dimanche, rappelons-nous bien que notre responsabilité de citoyen-ne est engagée !


Acte 3 : le notable métropolitain contre le peuple

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Le gouvernement solférinien a décidément cette capacité sans égale à déposséder le peuple de toute capacité d’expression de sa souveraineté populaire. Après avoir voté le TSCG en octobre 2012 et délégué à la Commission européenne, institution composée d’androïdes libéraux non-élus, la capacité de valider les orientations budgétaires nationales, le voilà qu’il s’attaque à l’expression populaire locale. En effet, en reprenant la direction idéologique du précédent gouvernement (de droite également), et de sa loi du 16 décembre 2010 de « réforme des collectivités territoriales », dont un des objectifs principaux était de favoriser le développement des « métropoles », c’est un nouvel échelon technocratique et anti-démocratique qui est créé.

Alors que les citoyennes et les citoyens restent fortement attachés aux collectivités locales « républicaines », issues directement ou indirectement de la Révolution française, qui sont les communes et les départements, le projet de loi dit de « modernisation de l’action publique territoriales et d’affirmation des métropoles » en discussion actuellement au Parlement, privilégie les régions et les groupements de communes (« EPCI à fiscalité propre » ). Et parmi ces groupements les nouvelles métropoles apparaissent encore plus technocratiques et éloignées des préoccupations quotidiennes du peuple. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la seule métropole créée à l’heure actuelle soit celle de Nice, connue pour ses caméras de surveillances et son Président d’extrême-droite.

Les solfériniens aujourd’hui, comme les élus UMP hier, ont très bien compris qu’ils ont tout intérêt à tenir le peuple éloigné des instances de décision territoriales réelles et concrètes. Pour cela ils éloignent les représentants en ajoutant des « degrés » aux processus de désignations, et technicisent les enjeux pour que le citoyen et la citoyenne se sente incompétent pour répondre à ceux-ci. Le « mille-feuille » institutionnel actuel apparait déjà trop incompréhensible pour la majorité de nos concitoyen-ne-s, à un point où il est difficile de comprendre quelles sont les compétences respectives de chacune des collectivités. Compétences qui permettent pourtant de mettre en œuvre des services publics indispensable au bien être quotidien. Cette complexité institutionnelle entretien également le fait qu’il est impossible pour le/la citoyen-ne-s « lambda » de participer correctement au débat parlementaire en cours.

Tel qu’il est présenté actuellement à l’Assemblée Nationale, le premier projet de loi dit « d’Acte 3 de Décentralisation » ambitionne de renforcer encore le pouvoir des notables locaux. Si certains élus solfériniens mettent en avant la création de nouvelles instances de participation telle que les « conseils de développement » ou de nouveaux droits liés à la publication des données publiques (« open data ») ou au droit de pétition, nous sommes, au mieux, devant de la mauvaise fois, au pire, devant une grossière tentative de manipulation des citoyen-ne-s. De la même manière, le rapport commandé par le Ministère de la Ville, à la sociologue Marie-Hélène Bacqué et au Président de l’association « AC le feu » Mohamed Mechmache, pour développer la participation citoyenne dans les quartiers populaires, restera une déclaration de bonnes intentions tant que les conditions concrètes de la prise de pouvoir populaire, à toutes les échelles territoriales, ne sont pas désirées par la classe dominante.

L’autre argument avancé par les partisans de la dépossession populaire est que « l’affirmation des métropoles » doit permettre de mutualiser les recettes et les dépenses budgétaires et, par la même occasion, réduire les inégalités à l’intérieur d’un territoire. Si nous prenons le cas de la « Métropole du Grand Paris », la « péréquation horizontale » doit permettre de faire financer par les communes riches de l’Ouest parisien, Neuilly-sur-Seine par exemple, les dépenses des communes du Nord-Est comme La Courneuve. Encore une fois, quel exemple de malhonnêteté de la part d’élus votant les politiques d’austérité et la baisse des dotations de l’Etat vers les collectivités locales. Dotations dont l’objet principal est de réduire les inégalités entre les territoires à l’échelle nationale.

Mais il est vain d’attendre, même d’un gouvernement qui se dit de gauche, un partage des responsabilités. Le pouvoir n’est pas quelque chose qui se donne mais quelque chose qui se prend. Les citoyen-ne-s doivent refuser de se laisser conter des histoires sur la prétendue technicité des réformes et faire mettre en avant les aspects réellement politiques. Pour cela les militants politiques de gauche ont un rôle particulier à jouer. En effet, il s’agit d’être des « décrypteurs » de la technicité et de susciter, sans encadrer, les mobilisations en incitant chacune et chacun à expliquer ce qu’il en est du projet. Refuser le sacre des notables que renforce l’Acte 3 de décentralisation, c’est permettre d’éviter la dépossession du peuple des questions politiques fondamentales et, par la même occasion, de refuser le rabattement de la démocratie vers des questions « hyper-locales » dépolitisées qui s’apparenterait à la gestion des massifs de fleurs et des trottoirs.

S’il parait aujourd’hui difficile d’imaginer une mobilisation populaire contre le(s) projet(s) de Marylise Lebranchu, nous pouvons néanmoins nous mettre en formation de combat pour les élections municipales (et européennes). Les collectivités locales souffrent d’une forme de mimétisme étatique présidentialiste où le maire, le président, etc., est le détenteur d’un monopole de la parole politique sur son territoire. Comme pour les élections présidentielles et législatives, les mots d’ordres doivent être « place au peuple » et « prenez le pouvoir », nous ne pouvons pas faire de la politique sans le peuple car cela reviendrait à la faire contre le peuple. Cette première condition respectée nous pourrons faire des nos communes des espaces démocratiques de résistances à l’austérité par des programmes de radicalités concrètes.


Gouverner en imposant au peuple

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Alors qu’il est bon ton, dans la bonne société et dans ses relais médiatiques quotidiens, de dénoncer les prétendues atteintes à la démocratie chez les autres, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’Amérique du Sud et des Révolutions citoyennes qui s’y expriment, les manquements démocratiques « chez nous » ne semblent pas faire l’objet d’une quelconque dénonciation. Pire, ceux-ci semblent s’imposer comme une façon novatrice et « moderne » de gouverner, à l’opposé des volontés forcément « populistes » des citoyen-ne-s qui, de toute façon, n’y comprennent pas grand-chose à toutes ces questions compliquées.

A l’échelle européenne, si « l’Eurogroupe » réunion mensuelle des 17 ministres des finances des pays membres de la zone euro a fait parler d’elle au cours du mois de mars, lorsqu’elle a voulu imposer une taxation des dépôts bancaires des épargnants chypriotes (projet qui au final a été rejeté par le Parlement national de Chypre), d’autres « instances » présentent le même degré de faiblesse démocratique. La commission européenne, sorte d’exécutif de l’Union Européenne, a ses membres désignés par les différents chefs d’Etats, tandis que la Banque Centrale Européenne est complètement « indépendante du pouvoir politique », c’est-à-dire inflexible sur sa ligne libérale. De manière générale le traitement des différentes « crises » de dette publique des pays membres de l’UE, montée en épingle par les médias internationaux, s’est fait exclusivement au détriment des processus démocratiques nationaux.

En France, l’alternance politique de l’année dernière aurait pu nous laisser présager un « changement » de façon de faire après dix ans de mise sous silence des volontés populaires (avec le Non au Traité Constitutionnel Européen en 2005 et les mobilisations monstres de 2010 contre la réforme du système de retraite comme zéniths de cette situation), il n’en est rien. Comme hier pour les libéraux, le peuple est toujours considéré, par les socio-libéraux au pouvoir, comme une masse idiote, soit incapable de comprendre les enjeux des différentes problématiques, soit tombant trop facilement dans les bras des forces politiques « populistes ». Le refus d’organiser un référendum pour approuver le TSCG, dernier traité européen limitant pourtant la souveraineté budgétaire nationale au profit d’instances européenne non-élues, fut le premier marqueur de cette absence de changement en matière de démocratie.

Mais ce déni démocratique ne concerne malheureusement pas uniquement les échelles nationales et internationales mais également des échelles régionales et locales. Cette façon de gouverner sans le peuple devient une sorte de « norme », une coutume agréable pour les petits monarques locaux qui en deviennent dépendants. Les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII) tels que l’Aéroport de Notre-Dame des Landes dans la banlieue de Nantes, la ligne ferroviaire haute vitesse Lyon-Turin ou le projet de complexe commercial géant Europa City à proximité de l’aéroport de Roissy-Charles-De-Gaulle (dans lequel il y aura vraisemblablement « une piste de ski » (sic)), sont des symboles de l’autoritarisme des certains élus. Bien que l’aéroport de Notre-Dame des Landes soit le plus médiatisé en raison du fait que c’est l’actuel Premier Ministre, et ancien maire de Nantes, qui en a été le commanditaire, l’ensemble de ces projets fait l’objet d’une vive contestation locale voire nationale et internationale.

Alors que les discours politiques sont peuplés de références à « la gouvernance » voire à la « démocratie participative », celles-ci s’affichent comme pour masquer une tendance plus lourde de retrait des classes populaires de la sphère politique, de la sphère de décision. L’abstention dans certains quartiers n’est que la partie visible de l’iceberg du dégout de toute forme organisée de participation politique. Mais comment ne pas comprendre la colère du peuple mis de côté par les « biens pensants » libéraux, abrutis par les émissions de télévisions et la pensée unique médiatique ? Les « nouvelles formes de participation » n’apparaissent finalement que comme une mascarade anti-démocratique généralisée dans laquelle seuls les notables politiques et économiques tirent un bénéfice. Il n’y a qu’à voir comment « l’acte III » de décentralisation ou la création des « Métropoles » favorisent la concentration des pouvoirs vers quelques barons et institutionnalise les négociations de couloir. Nous voyons donc que l’affaiblissement des formes démocratiques est une stratégie politique voulue par les libéraux et les socio-libéraux au pouvoir en France et en Europe.

Or la démocratie n’est pas une « concession » faite au peuple par les puissants mais l’unique moyen de faire émerger l’intérêt général contre les différents intérêts particuliers. C’est pour cette raison que jamais une quelconque forme de « gouvernance » où s’invitent des acteurs de la société civile (sans bien sur remettre en question la pertinence et l’efficacité des actions de ces acteurs dans de nombreux domaine) ou des groupes de pression ne remplacera une « véritable » démocratie où chaque citoyen et citoyenne, peu importe sa classe sociale, dispose d’une voix identique à son voisin ou sa voisine, et où chacun-e doit recevoir une éducation républicaine de qualité lui permettant de faire des choix uniquement guidés par sa raison. Le processus de marchandisation de l’enseignement et des savoirs mis en place par la droite et confirmé par le Parti de Solférino contribue donc à l’affaiblissement de la démocratie.

N’ayons pas peur des mots, la démocratie en France comme en Europe mérite aujourd’hui, comme hier l’Amérique du Sud, un grand coup de balais sur ses institutions toujours plus éloignées de la réalité du peuple. C’est en cela que le pays a besoin d’une Révolution citoyenne que le Parti de Gauche  et le Front de Gauche se proposent d’accompagner. Il n’est plus possible de continuer sur ce chemin austéritaire qui spolie les citoyens et citoyennes de leur souveraineté pour la donner aux banquiers et actionnaires des grandes puissances économiques. Nous devons renouer avec les idéaux de la Grande Révolution de 1789 et reprendre le pouvoir dans la cité comme dans l’usine, faisons de l’exigence démocratique un des piliers de nos programmes européen et municipaux.


Un ANI et des ennemis

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La classe médiatique imbue d’elle même a le mérite d’être efficace, à peine le MEDEF avait fini de rédiger ce qui servira de base à « l’accord national interprofessionnel » (ANI) qu’elle le défendait becs et ongles comme étant LA grande avancée du quinquennat solférinien, celle qui redonne « de la stature » à un président de la République au plus bas dans les enquêtes d’opinion. Cette position de la part des éditocrates, accrochés au privilège de pouvoir déjeuner avec les puissants, ne peut pas nous étonner car nous commençons à multiplier les preuves de leur haine antisociale et de leur dégout du peuple et des travailleurs. Taper sur ceux qui relèvent la tête et sur les syndicats qui se mobilisent est leur fond de commerce, fond de commerce partagé avec les (socio)libéraux et le Front national. Face à cette déferlante de pensée unique quelques journaux et médias d’information tels que l’Humanité, Politis ou Médiapart, continuent bien difficilement à informer les citoyens plutôt que défendre les intérêts du grand patronat et de la finance.

Mais le soutien le plus « étonnant » (quoique plus grand chose nous étonne de leur part) à cet « accord » est celui du PS et du gouvernement. Alors qu’il y a un an, dans l’opposition, le parti solférinien critiquait les accords dits « compétitivité emploi » que Sarkozy souhaitait mettre en place, les voilà soutenir presque unanimement un accord dont la substance reste quasi-identique. Voyez par vous-même : l’ANI légalise le chantage à l’emploi en permettant au travailleur d’accepter une hausse du temps de travail ou une baisse de salaire sous peine d’un licenciement sans droits (article 18), il prévoit pour l’employeur l’imposition d’une « mobilité forcée » à son salarié sans limite de distance (article 15) et il réduit les délais d’action en justice des salariés pour défendre ses droits (article 26). A coté de ces contraintes les quelques mesures dite « favorables » aux travailleurs sont bien maigres : l’obligation de souscrire à une complémentaire santé privée (les grands groupes d’assureurs sont ravis), l’encadrement du temps partiel subi dont les nombreuses dérogations vide la mesure de sa substance et les droits « rechargeables » à l’assurance chômage qui ne seront accordés qu’à condition de « ne pas aggraver le déséquilibre financier de l’assurance chômage » (sic). Enfin, la grande avancée sociale que devait être la taxation des contrats courts, qui concernera au final moins de 30% des CDD, se retrouve être un cadeau au patronat qui verra, « en contrepartie », ses cotisations sociales baisser pour les embauches en CDI de jeunes de moins de 26 ans.

Le PS a beau se cacher derrière le fait qu’il s’agisse d’un accord professionnel, en ne présentant pas de projet de loi alternatif, il a lancé volontairement les travailleurs dans la cage au lion du MEDEF. Laurence Parisot et son association de dépeceurs du peuple ne s’y trompent pas, elle exige « que le Sénat et  l’Assemblée nationale respectent à la lettre ce texte ». Cette position est d’ailleurs partagée à droite par l’ensemble de l’UMP et notamment par Jean-François Copé. Or il est nécessaire de rappeler que cet accord, s’il est accepté par la majorité des organisations représentatives des employeurs, est rejeté par la majorité des travailleurs et par ses deux plus grandes centrales syndicales la CGT et FO, qui ressortent encore renforcées des dernières élections professionnelles, mais aussi par d’autres organisations comme Sud-Solidaire et la FSU, et des associations comme ATTAC. Et à l’intérieur même des organisations signataire de l’accord MEDEF, en particulier à la CFDT, les adhérents à « la base » ressentent comme une trahison les courbettes de leurs dirigeants face au patronat.

Au lieu d’œuvrer pour l’amélioration des conditions de travail et de vie du peuple, le PS et le gouvernement se retrouvent encore une fois du mauvais côté, du côté des cyniques, des égoïstes et des profits à court terme qui broient des vies et des familles. Loin de moi l’idée de remettre en question la sincérité de l’ancrage à gauche de certains de mes amis militants au PS, mais comment ne pas voir dans leur inaction une forme de complicité à la casse sociale menée par les forces réactionnaires ? Comment interpréter la forme avancée de schizophrénie qui fait dire à ces militants qu’ils sont du côté des travailleurs tandis que leur parti « se félicite » de cet accord en affirmant dans un communiqué que les « entreprises pourront mieux anticiper les mutations de l’économie ». Cette position est intenable car elle est hypocrite, le PS choisi le camp du capital et de la finance, celui qui fait tirer sur des manifestants et expulse des milliers de sans papiers, choisissez le votre ou vous finirez par, vous aussi, être tenu responsable de ça. Manifestons tous ensemble le 5 mars 2013 à l’appel des syndicats et des forces politiques progressistes et montrons que la gauche, à la différence du gouvernement, ne baisse pas les yeux devant le MEDEF.


La réaction en ordre de marche

26122012-10

La traditionnelle bataille de chiffres entre la préfecture de Police et les organisateurs de la manifestation de dimanche ne doivent pas nous masquer un enseignement important de cette dernière. Bien qu’il serait naturel pour toute personne progressiste de sous-estimer la portée d’une mobilisation comme celle-ci, d’autant plus que le gouvernement s’est promis de rester intransigeant sur ce sujet annonçant « qu’aucun compromis n’est possible face au projet de loi », organiser marches et rassemblements de plus de 300000 personnes (méfions nous des individus comme Jean-François Copé qui arriveraient à faire tenir plus de 10 personnes au m2 sur la place de la Concorde) relève d’un travail tout particulier, travail qui prouve que les forces réactionnaires sont en ordre de marche.

Le caractère dit « apolitique » de la manifestation est, au mieux une preuve d’une crédulité à peine croyable, au pire une sournoiserie manipulatrice et grossière des différentes forces de droite. Des catholiques intégristes en croisade contre « l’homofolie » (sic), des partisans du Front national qui témoignent de leur vrai visage antisocial et anti-égalitaire, du Bloc identitaire et de divers groupuscules d’extrême droite, jusqu’aux militants et élus UMP avec, à la tête de l’organisation Jean-François Copé et ses pains au chocolat ; les différentes tendances réactionnaires ont trouvé un cheval commun de bataille. Ne tombons pas dans le piège et soyons conscient de qui nous avons à faire, à la droite la plus dure. La figure de Frigide Barjot (Virginie Merle), présentée comme « moderne » ou comme une « catho décomplexée » par la classe médiatique, n’est pas moins que les autres une militante politique. Il n’est d’ailleurs pas anodin que son mari, Basile de Koch, fut un membre du Club de l’Horloge (club de « réflexion » d’extrême droite qui a notamment théorisé le concept de « préférence nationale ») et assistant de Charles Pasqua. Cette manifestation réalise en quelque sorte un des principes fondateurs du club de l’horloge, celui de réaliser « l’union des droites ».

Le choix d’un sujet dit « de société » au lieu d’un sujet « social » pour mobiliser son camp n’est pas non plus fruit du hasard. L’égalité des droits civils est souvent mère de l’égalité des droits sociaux, et ça la « droite rassemblée » n’en veut pas. Il est frappant de regarder des affiches de la première moitié du 20ème siècle appelant à refuser le droit des votes des femmes, pour ne pas déstabiliser un ordre social et familial ancestral, et constater les similitudes avec les arguments utilisés aujourd’hui. Alors que, pour ces derniers, le libéralisme économique apparaît comme un horizon indépassable, comme une « loi de la nature », le libéralisme culturel est présenté comme une dérive, comme un symbole de la décadence des sociétés modernes. Serge Dassault, sénateur UMP de l’Essonne et propriétaire du Figaro, n’a t-il pas prophétisée, en novembre 2012, la disparition de la société si nous avions « un pays d’homos » ? La présence d’un cortège du Front national dans une manifestation « contre » une mesure égalitaire est un marqueur tangible de l’absence d’un quelconque  « tournant social » que les médias voudraient nous vendre. Car pendant ce temps, rappelons que personne à droite ne remet en cause l’austérité et ses conséquences sociales sur l’ensemble des citoyen-ne-s. De la même manière, la tolérance des « prières de rues » dont nous avons tous vu les images, montre que pour les partisans de droite l’offense à la laïcité est à géométrie variable.

Ne prenons pas cette mobilisation à la légère. Les forces réactionnaires nous prouvent qu’elles sont capables de se rassembler et de se mettre en marche. Loin de l’image idyllique que l’on a pu voir à la télévision de « la petite famille », pleine de fraternité et de bons sentiments pour défendre un modèle familial, qui n’hésite pas à ouvrir ses portes et à héberger d’autres manifestants, les têtes pensantes de la mobilisation sont des militant-e-s de longue date, prêts à bondir sur la moindre faiblesse. Il est particulièrement mal venu, dans notre camp, de critiquer à ces personnes le droit de manifester un désaccord dans la rue ou ailleurs, tant nous en avons recours quand nous estimons que le combat doit passer par cet outil (nous étions par ailleurs au moins 6 fois plus nombreux lors des grandes manifestations contre la réforme des retraites de François Fillon en 2010).  Mais cette mouvance réactionnaire ne doit pas gagner sans résistance.  Alors que le gouvernement et le Parti socialiste semblent encore une fois fuir leurs responsabilités même sur des sujets « sociétaux » (nous n’attendons malheureusement plus rien de lui, et depuis  bien longtemps, sur le social), notamment avec l’éviction de la Procréation Médicalement Assistée du texte du projet de loi sur le mariage pour tous, le Front de Gauche n’hésitera pas à mener le combat politique. La lutte pour le mariage pour tous est plus qu’une bataille pour la nuptialité, c’est une bataille pour l’émancipation, pour l’égalité, pour la laïcité et contre l’homophobie encore trop tolérée par les pouvoirs publics.

Nous serons dans la rue, plus nombreux que les réactionnaires de tout bords, le 27 janvier 2013, pour exiger l’égalité des droits et montrer notre détermination. Faisons barrage aux obscurantistes qui, de l’opposition à l’abolition de l’esclavage à celle contre l’interruption volontaire de grossesse, se sont toujours battus contre les idéaux progressistes des philosophes des lumières, principes fondateurs de notre République.