L’économie sociale et solidaire pour redynamiser un territoire

Les périodes estivale et de rentrée auront été un théâtre d’annonces difficiles pour l’emploi, particulièrement pour les nombreux salariés restés sur le carreau. La couardise politique des dirigeants socialistes, rompus aux caprices de la finance et des « marchés » (qu’il ne faut surtout pas « déstabiliser ») prive des régions entières de leurs sources d’emplois. Les effets en matière de dynamisme économique et d’attractivité du territoire sont désastreux et, comme après une catastrophe naturelle, qui pourtant n’a rien de « naturelle », il n’est pas exagéré de parler de régions sinistrées. Mais en plus des conséquences sociales, dont tout le monde a conscience, nous avons également des conséquences écologiques beaucoup plus perfides. Il est illusoire aujourd’hui de penser qu’il y a une « désindustrialisation », nous consommons toujours autant de produits manufacturés, ceux-ci sont simplement produit ailleurs, en particulier là où les travailleurs sont les moins protégés. Ces produits traversent ensuite la planète pour irriguer les marchés des pays occidentaux. Les « externalités négatives » de cette façon de concevoir la production, sont nombreuses et mortelles.

Les crises économiques, écologiques et sociales doivent nous obliger à repenser nos modes de production et nos façons de concevoir l’activité économique. Aujourd’hui l’économie sociale et solidaire (ESS) apparaît comme une alternative crédible et directement applicable au modèle capitaliste, modèle qui a fait preuve de son incapacité à garantir un progrès humain durable, mais également à lutter contre les crises systémiques qu’il cause. L’économie sociale et solidaire est fondamentalement différente du modèle capitaliste car elle poursuit un but social : celui de l’intérêt général. Il est intéressant de constater que la promotion de cette forme alternative d’entreprise n’est pas uniquement l’œuvre de militants de gauche, mais se développe aussi chez les citoyens et les entrepreneurs. Or cela est la preuve que les gens se rendent compte que tout le monde a à y gagner quand la recherche du profit à court terme n’est plus l’unique moteur de l’entreprise. En effet, dans une entreprise de l’ESS il y a une très forte obligation de placer les bénéfices dans l’investissement productif à long terme, le seul capable de garantir le maintien  des emplois sur un territoire.

Les entreprises de l’économie sociale et solidaire ont aussi un rôle important à jouer en matière de création de lien social et particulièrement dans les communes rurales et périurbaines, territoires souvent laissés à l’abandon par les pouvoirs publics. Contrairement à l’entreprise capitaliste mondialisée, l’entreprise sociale et solidaire s’intègre et devient une composante de son environnement proche : elle cherche des partenariats locaux et sa clientèle est principalement locale. La petite taille des entreprises et le partage du processus de décision entre les employés favorisent également cette proximité. Une entreprise à « taille humaine » où les décisions sont prises en commun (chaque salarié détient une part de l’entreprise et a le droit de vote, avec comme principe une personne = une voix) permet l’implication de tous car chacun est concerné. Les répercussions sur l’ensemble de la société sont positives car seul le peuple sait ce qu’est l’intérêt général, contre les intérêts particuliers des dominants de la compétition mondiale généralisée.

Les entreprises avec une « inscription territoriale » sont une ressource en emplois « non délocalisables », l’offre et la demande existent et existeront sur le long terme, car la production doit également être socialement utile à l’ensemble de la société. Ce marquage territorial est également visible par le fait que 75% des plus grandes entreprises de l’ESS ont leur siège social dans une région autre que l’Ile-de-France alors que c’est l’inverse pour 91% des sociétés capitalistes « standards », mais également par les activités qu’elles réalisent sur le territoire en lien avec les collectivités ou les entreprises locales (telles que les « entreprises d’insertions » ou les missions de service public dans le cadre de délégations).

Si l’ensemble des partis politiques de gauche semblent conscient du rôle qu’ont à jouer les entreprises de l’ESS au niveau national (rappelons qu’elles regroupent plus de 2 millions de salariés dans plus de 160000 entreprises) comme au niveau local, les mesures prisent en leur faveur sont encore beaucoup trop timides, voire inexistantes. Il est d’abord nécessaire de clarifier leur statut juridique afin de permettre une mise en place de politiques publiques efficaces en faveur de cette forme d’entreprise. Ces politiques publiques peuvent avoir différentes configurations. Ce sont par exemple des aides financières pour les salariés qui veulent reprendre une entreprise en coopérative, ou des « aides institutionnelles » comme des clauses visant à favoriser les entreprises de l’ESS dans les marchés publics. La souffrance de certains territoires subissant de plein fouet la mondialisation capitaliste doit nous amener à réfléchir et agir à de nouvelles façons de concevoir la production et l’activité. Or aujourd’hui seule une vraie force de gauche, comme le Front de gauche, a pour objectif de tendre vers un modèle prenant en compte l’Humain et son environnement, et tant pis si ça ne plait pas aux marchés et aux laudateurs de l’Europe libérale.

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L’habitat coopératif, l’anticapitalisme au service du logement.

Si j’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur la question de la crise du logement, il est nécessaire, je pense, d’approfondir les réponses à lui apporter. Cette crise résulte en grande partie des logiques capitalistes de « marché », celui-ci étant sensé structurer l’offre immobilière. Or depuis des années il a prouvé son incapacité à faire face aux évolutions sociales et économiques d’une population qui se fragilise. En parallèle les réponses apportées par la droite, favorisant l’aide à l’accès à la propriété, n’ont pas contribuées à ralentir la crise, voire l’ont aggravée (notamment avec la loi Scellier). La raison est que pour l’idéologie libérale la propriété en matière de logement est une règle quasi-divine qu’il ne faut pas remettre en cause sous peine de risquer de faire écrouler le système. Or il existe aujourd’hui des formes novatrices de propriétés dégagées de la logique du marché, les formes coopératives d’habitat font parties de celles-ci.

Les coopératives, mouvement né en Angleterre au milieu du 19ème siècle puis qui s’est propagé dans toute l’Europe, ont pour caractéristiques d’être un groupement de personnes qui visent à répondre à un projet collectif tout en respectant une gestion démocratique. C’est une façon de produire collectivement des biens et des services tout en mettant en avant l’intérêt général plutôt que l’intérêt individuel. C’est aussi une forme particulière de propriété, opposée à la logique capitaliste, car chaque « coopérateur » dispose d’une partie de la coopérative et les possibilités de reverser des profits sont strictement encadrées.

En ce qui concerne l’habitat coopératif, c’est la coopérative qui va être la propriétaire des logements (d’un immeuble ou d’un parc d’immeubles par exemple) et c’est elle, qui va louer aux habitants individuellement, mais qui va aussi les faire acheter des « parts sociales » de l’immeuble. Les habitants vont être en situation où ils sont locataire vis-à-vis de la coopérative, mais aussi en situation de « coopérateur », c’est-à-dire de propriétaire « collectivement » du bien. Cette forme permet d’éviter les comportements spéculatifs car les parts sociales ne sont pas en lien avec la valeur de l’immeuble et il est interdit de se partager les bénéfices lorsque celui-ci est vendu. L’habitat coopératif permet de proposer une véritable alternative au modèle de propriété capitaliste car c’est l’intérêt général de la communauté habitante qui va primer sur le profit individuel.

Mais en plus de changer le rapport au patrimoine, l’habitat coopératif permet d’envisager de nouvelles formes de solidarité et de « vivre ensemble ». Tout d’abord, les principes de gestion qui sont appliqués sont des principes parfaitement démocratiques : comme dans les Sociétés coopératives de production (SCOP) chaque coopérateur possède une voix à l’assemblé générale et peu importe le nombre de parts sociales qu’il détient. De plus, la coopérative d’habitat peut permettre de favoriser la solidarité entre les habitants. De la même manière à ce que l’on peut observer dans les squats, l’habitat coopératif permet assez facilement la mise en place de systèmes d’aide réciproque, de mise en commun de matériel (matériel de bricolage par exemple) ou de services divers comme la garde d’enfants. De plus le partage « d’espaces communs » aux locataires, si la décision revient à ces derniers, est néanmoins favorisé. Ce sont notamment les buanderies ou les salles de jeux pour les enfants. Cette manière de favoriser le lien social est une façon de répondre aux maux dont souffre la société du chacun pour soi, mais aussi d’agir en substance sur les problèmes de nos villes dortoirs et étalées, en favorisant la densification et la redynamisation des territoires. Enfin l’habitat coopératif est une manière de créer une mixité sociale car c’est une manière souple d’accès à la propriété et est une façon « bon marché » pour l’Etat de créer des logements pour les revenus modestes.

Malgré les qualités non négligeables de cette forme de propriété collective pour contribuer à sortir de la crise du logement, et si elle commence à se développer dans des pays voisins, le gouvernement et les parlementaires de droite refusent de donner un véritable statut juridique aux coopératives d’habitat. Cette situation est notamment dénoncée par l’Association Habicoop ( http://www.habicoop.fr/ ) qui appelle à une évolution juridique. Nous, au Front de gauche, sommes conscient(e)s de l’intérêt à porter à ces projets, car soutenir l’habitat collectif c’est agir en faveur du lien social entre les habitants mais aussi entre les générations en favorisant la mutualisation des services et des biens. Cela s’inscrit pleinement dans le projet de Planification écologique, prémisse de toute action politique novatrice !


Les espaces de la bourgeoisie

Cet article est beaucoup inspiré des ouvrages des sociologues Michel et Monique Pinçon-Charlot qui font depuis des années des travaux capitaux pour comprendre les modes de vie de la bourgeoisie. Leurs ouvrages sont de véritables outils militants d’éducation populaire que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire. Je vous conseille bien évidemment de faire de même.

Après avoir décrit, dans une précédente note de blog (https://emancipationurbaine.wordpress.com/2011/12/10/le-lieu-du-ban/), le processus qui a amené les banlieues populaires à devenir des lieux de ségrégation et de bannissement pour les plus pauvres, nous allons voir qu’en ce qui concerne les plus riches, ces derniers ont une manière particulière d’occuper l’espace. La manière d’habiter un lieu n’est pas neutre politiquement, l’aménagement spatial est une « projection au sol des rapports sociaux », c’est à dire que l’endroit où l’on habite traduit d’une manière la position sociale que l’on occupe dans la société.

Alors que les plus pauvres sont rejetés de plus en plus loin du cœur historique, les plus riches profitent des opérations de renouvellement urbain des centres villes. Ce processus de « gentrification » entraine une augmentation très forte des prix de l’immobilier dans ces zones, augmentation qui rend impossible l’installation d’individus issus des classes populaires de plus en plus précarisées. Ces inégalités spatiales ne sont pas le fruit du hasard mais de raisons politiques : une recherche de ségrégation volontaire de la part de la bourgeoisie.

La recherche permanente de l’entre soi doit être une garantie, pour l’oligarchie dominante, de perpétuer sa domination par la reproduction sociale. En effet, pouvoir choisir sa ville ou son quartier d’habitation (luxe que de moins en moins d’individus peuvent s’offrir) permet de choisir ses voisins et les fréquentations de ses enfants. Derrière l’idée de préserver son « milieu de vie », il y a la volonté de sélectionner son environnement social. Sélection qui est faite par le niveau des revenus qui sont nécessaires pour accéder au logement.

Cette proximité des bourgeois avec leurs semblables permet de « mobiliser les réseaux » et créer ainsi une véritable solidarité de classe. Cette solidarité est particulièrement visible lorsqu’il s’agit de se mobiliser contre des projets qui mettent en danger, directement ou indirectement, leurs intérêts. Le plus caricatural est la mobilisation contre la construction de logements sociaux à proximité des foyers de l’oligarchie. Quand la bourgeoisie s’organise dans une lutte sociale c’est pour empêcher la construction de logement HLM à proximité. Et pour éviter d’avoir à respecter l’article 55 de la loi SRU (article qui rend obligatoire la construction de 20% de logements sociaux) l’oligarchie fait preuve de nombreux stratagèmes : si certaines communes, comme Neuilly sur Seine préfèrent payer des (trop faible) amendes, d’autres profitent d’avoir comme voisine des communes populaires avec un taux de logement social dépassant fréquemment 50% pour s’abstenir de leurs obligations. Les amendes apparaissent comme le prix à payer pour se protéger de la proximité des plus pauvres.

La solidarité bourgeoise apparaît aussi dans les règles stricte qu’elle s’impose pour garantir la valeur d’usage et la valeur marchande du bien immobilier. Cette forme d’autocontrôle est particulièrement palpable dans les espaces surveillés des « gated community ». Cette forme de quartier résidentiel qui prend son essor aux Etats-Unis dans les années 1990 se définit comme un quartier complètement fermé sur lui même, « sécurisé » par des clôtures, barrières et gardes à l’entrée. Il est impossible d’y rentrer si un des propriétaires n’a pas donné l’autorisation au gardien. La Villa Montmorency, villa « refuge de nombreuses riches personnalités », dans les 16ème arrondissement de Paris est l’archétype des quartiers résidentiels fermés de l’entre soi bourgeois.

Alors que le terme de ghetto est souvent utilisé pour désigner des territoires en déshérence où vivent les populations les plus précaires, nous pouvons voir que les espaces bourgeois sont finalement bien plus homogènes socialement. Dans la même idée, la lutte des classes n’a pas été abandonnée par la bourgeoisie qui n’hésite pas à se mobiliser, et à parler comme un seul homme, pour défendre leurs intérêts. Warren Buffet, milliardaire américain, énonçait avec un cynisme inouï que « Tout va très bien pour les riches dans ce pays, nous n’avons jamais été aussi prospères. C’est une guerre de classes, et c’est ma classe qui est en train de la gagner ». Il est important que nous agissions pour revendiquer un meilleur partage des richesses. Prenons exemple sur la bourgeoisie, non pas pour leur mode de consommation mortifère, mais sur leur façon de s’organiser pour défendre leurs intérêts de classe.