De l’Ecosocialisme à la 6ème République, cohérence et prise de conscience

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Entre le premier tour de l’élection présidentielle de l’année dernière et aujourd’hui, l’enchainement des évènements semble avoir “changé de braquet”. Les analyses du Front de Gauche quant à l’écroulement du Monde politique ancient, des “grands partis de gouvernement”, semblent plus que jamais d’actualités sous le coup des “affaires” qui n’ont rien de “personnelles” mais qui relèvent au contraire d’un système oligarchique bien huilé. Ce système de collusions entre les milieux d’affaires, politiques et médiatiques, s’étendant du FN au PS, témoigne jour après jour de sa pourriture intrinsèque. Mais malheureusement, face à ce déferlement de corruption et d’autoritarisme (les instances de l’Union Européenne en “chef de file”), les citoyen-ne-s ont bien du mal à saisir leur colère pour la transformer en débouché politique concret.

Or si l’extrême droite peut paraître “séduisante” car fidèle à son discours de rejet de l’UMP et du PS, son implication directe dans “l’affaire Cahuzac” la discrédite totalement (sans parler bien évidemment de l’absurdité de son programme anti-étrangers aussi inefficace pour l’intérêt général que coûteux pour les finances publiques). Plus que jamais le combat contre les idées du FN est nécessaire, ne le laissons pas profiter, sur une somme de mensonges, de ce climat et soyons présents avec notre bonne humeur !

Les campagnes présidentielle et législatives ont été marquées par une cohérence sans faille du programme du Front de Gauche. Des associations de France Nature Environnement à la Fondation Abbé Pierre, celle-ci fut d’ailleurs remarquée et saluée. Alors que nos adversaires et concurrents refusent de s’appuyer sur des bases programmatiques claires et définies, laissant au tout un chacun la liberté de choisir les mesures qui l’intéresse, quitte à dire tout et son contraire au cours d’une même semaine (Par exemple : “mon ennemi c’est la finance” au Bourget et “i’m not dangerous” à la City). Au Parti de Gauche et au Front de Gauche nous ne cherchons pas à plaire à tout le monde car nous savons que les classes sociales ont des intérêts antagonistes. Nous ne considérons pas le MEDEF comme un “partenaire social” des travailleurs  car le MEDEF ne partage pas les mêmes objectifs que ces derniers. Nous cherchons autant que possible (dans le respect des tendances de la dizaine d’organisations du Front de Gauche) de définir une ligne politique claire et clivante pour faire émerger la prise de conscience du conflit.

Cette ligne politique, notre idéologie, c’est l’écosocialisme. Mais n’y voyez aucune rigidité ni aucun dogmatisme aveugle. Nous ne sommes pas des “curés rouges (et verts)” car nous cherchons continuellement à faire évoluer cette idéologie par des exemples concrets et des réflexions théoriques issues d’horizons divers. Cette construction idéologique a officiellement commencée le 1er décembre 2012 avec les Assises nationale pour l’écosocialisme à Paris et se poursuit localement aux quatre coins de la France mais également à l’étranger. Le Parti de Gauche de l’Essonne (dont je fais parti) organise par exemple ses propres assises locales à Viry-Châtillon le samedi 20 décembre à partir de 9h30. Alors que l’héritage du socialisme apparaît de plus en plus comme une contrainte à certains représentants de Solférino (le Président de la République n’a t-il pas affirmé devant les français-e-s ne pas être un Président socialiste ?), nous revendiquons, au contraire, et haut et fort l’héritage. Nous reprenons les principes, les valeurs, les symboles et rendons hommages à ses dignes représentants, qu’ils s’appellent Maximilien Robespierre, Jean Jaurès ou Hugo Chavez.

L’idéologie écosocialiste, porteuse de nouvelles façons de concevoir le partage et l’exercice du pouvoir politique, ne peut s’appliquer dans les cadres tantôt oligarchiques, tantôt monarchiques de la 5ème République. Plus que d’une mesure de dépoussiérage la Nation a besoin du renouveau qui fera naître l’espoir et la confiance dans l’action collective. Tandis que l’écosocialisme définit le mode de production, la Révolution citoyenne est la méthode d’action, c’est à dire la façon de faire. La Marche du 5 mai 2013 pour la 6ème République, à laquelle de nombreuses personnalités et organisations politiques appellent à participer, doit (et serra) un acte important de la Révolution citoyenne, comme l’ont été les rassemblements à la Bastille, au Capitole et au Prado l’année dernière.

Avec l’écosocialisme et la Révolution citoyenne nous avons à la fois un contenu idéologique fort, identifiable et reconnu, et une stratégie de prise du pouvoir qui repose sur la conscientisation (par la confrontation des idées, quitte à parler cru et dru) et la mise en mouvement des classes populaires. La tache ne sera pas facile mais elle a le mérite d’être motivante !

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La Nation et la pensée socialiste

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Dans l’histoire de la gauche, certains concepts connaissent des périodes de lumière et des périodes sombres. Je ne vais pas vous parler ici du concept de « lutte des classes » balayé d’un revers de main sur un plateau de télévision par Jérome Cahuzac, dont il est plus qu’absurde de nier sa matérialité (les antagonismes de classes sont d’ailleurs plus que visibles dans l’espace public) mais du concept de « nation ».  Ce terme est aujourd’hui abandonné par la gauche car il sous-entend dans la doxa actuelle une forme de racialisme, au « moins pire » (pour ne pas dire au mieux) une forme affirmée de chauvinisme patriotique et une fermeture à l’altérité, et « au pire » une adhésion au principes xénophobes et réactionnaires du Front national.

Il apparaît utile de signaler que le terme de nation, à partir du XVIIIème siècle, est partagé entre deux conceptions diamétralement opposées : la conception dite « française » et la conception dite « allemande ». Or la raison pour laquelle le terme de nation semble complètement dévalorisé aujourd’hui dans les milieux de gauche est que c’est la conception allemande, portée par l’extrême droite et la droite réactionnaire qui semble triompher. Celle-ci considère que la nationalité, c’est à dire le fait d’appartenir à une nation, est le fruit de la nature et de la transmission par le sang. Pour le camp réactionnaire on nait français (ou pas) mais on ne peut pas le devenir si aucune filiation n’est visible.

Mais le concept n’a pas toujours été mis de côté par la gauche. Contrairement à la conception « allemande » du concept expliquée précédemment, la conception « française » est dite « universaliste » car basée sur un partage de valeurs et une volonté de se regrouper en une communauté de citoyens plutôt que sur une transmission de sang. Cette conception met en avant la Raison, permettant la libre adhésion du peuple à un projet politique collectif. La Nation est révolutionnaire car c’est elle qui permet la souveraineté populaire et l’intérêt général et c’est de celle-ci dont se réclame de grands socialistes comme Jean Jaurès. Contrairement à la vision allemande défendue par la droite et l’extrême droite, cette conception de la Nation n’empêche pas l’internationalisme car bien que, comme l’écrivaient Marx et Engels en 1848 dans le Manifeste du Parti Communiste, « les travailleurs n’ont pas de patrie », ils partagent des principes communs de liberté et d’égalité.

Au cours du XXème siècle l’image de la Nation, pour la gauche, va se détériorer. La Première Guerre Mondiale et son lot d’esprit « revanchard » va exacerber les replis communautaires et va transformer le sens de la notion vers un synonyme de militarisme et de haine du voisin allemand. Si la Nation continue cependant d’être glorifiée durant « l’entre deux guerre », le régime pétainiste collaborationniste et sa « Révolution Nationale » vont porter un coup terrible à l’universalisme Républicain. A partir de ce moment la gauche va fuir le terme pour ne pas être mêlée de près ou de loin aux idéaux abjects des collaborateurs vichystes. C’est une certaine vision de la nation qui va triompher et qui perdure encore jusqu’à aujourd’hui.

La gauche (éco)socialiste doit-elle abandonner le terme ? Cette question sous-entend celle de la réappropriation d’une notion connoté négativement dans l’opinion publique et montre à quel point la question du langage est un point central de la lutte idéologique contre la droite et l’extrême droite. Lutte à mener en parallèle de la lutte sociale. La réappropriation de la notion de Nation doit permettre à la fois de dénoncer l’hypocrisie du Front national qui est toujours du coté du capital, et la politique social-libérale menée par le gouvernement actuel. Seule une gauche anti-capitaliste dispose d’une cohérence politique qui lui permet de se réapproprier le sens révolutionnaire de la Nation républicaine car seule celle-ci défend des principes de liberté, d’égalité et de démocratie. Ces principes sont ceux qui ont guidés l’élaboration de la Constitution de notre Première République en 1792, raisonnant à l’élan populaire de la bataille de Valmy. Contre la pensée libérale actuelle défendons une Nation révolutionnaire libre, égalitaire, démocratique et internationaliste.