L’austérité entretien la crise du logement

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Chaque année, au début du mois de février, la Fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. La publication de ce rapport chiffré est un moyen particulièrement utile pour mesurer l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat et les collectivités territoriales en ce qui concerne le logement. Le « changement » de majorité politique au cours de l’année 2012 devait marquer une nouvelle façon d’agir politiquement en faveur du logement vers plus de contrôle du marché immobilier, vers plus de volontarisme dans la construction et vers plus de solidarité à destination de ceux qui n’ont plus les moyens de se loger correctement (ou de ne plus se loger du tout). Or, la Fondation Abbé Pierre est au moins aussi intransigeante que le Front de Gauche pour juger l’inaction du gouvernement et du Parti de Solferino en la matière.

Selon le rapport, il y a aujourd’hui plus de 3,6 millions de personnes en situation de mal logement, dont 685 000 privés de domicile personnel, auxquels il faut ajouter 5,2 millions de personnes en situation « de fragilité » par rapport au logement. Ces chiffres devraient entrainer une mobilisation sans faille des forces politiques au pouvoir, or les actions menées par le gouvernement sont tellement timides qu’elles peinent à masquer l’absence de volontarisme pour affronter les mécanismes du marché immobilier et les effets de la crise. Pire, la politique d’austérité pousse toujours plus loin les individus dans la « trappe » à pauvreté et à précarité, dont il devient impossible de s’en sortir, et les victimes des saccages économiques industriels, menés par les financiers, rejoignent chaque jour la troupe des mal-logés. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la peur d’être privé de domicile devienne une des craintes les plus importantes des français.

Une politique de gauche et volontariste ne peut pas être menée de manière unilatérale sans prendre en compte le contexte économique et social dans lequel elle s’applique. Face à l’austérité, à la contraction de l’économie et à la hausse du chômage, les actions politiques, telles que la publication d’une courte liste de bâtiments réquisitionables, les quelques terrains publics pouvant être cédés gracieusement aux collectivités ou la parodie de blocage des loyers, menées par la ministre du logement Cécile Duflot, apparaissent bien incapable de régler la situation et d’inverser le processus de précarisation et de « déstabilisation » des familles et des individus. Si les familles monoparentales et les jeunes restent principalement les plus touchés, les difficultés à accéder à un logement digne touchent aujourd’hui la quasi-totalité des catégories sociales, et même des travailleurs « stables ».

Si le gouvernement actuel a, il est vrai, hérité d’une partie des conséquences de la crise financière et économique, son inaction d’aujourd’hui est de sa propre responsabilité. La volonté de faire passer le taux de TVA à 10% (au lieu de 7% sous Sarkozy) en 2014 sur des secteurs comme le bâtiment et les travaux publics entrainera sans doute un frein aux travaux de mise aux normes écologiques et de confort des logements, et portera un coup supplémentaire à ceux qui envisageraient de sortir d’une situation de précarité énergétique. De plus, la baisse conséquente des dotations de l’Etat accordées aux collectivités territoriales (entre 750 millions et 1,5 milliards d’euros de baisse par an en 2014 et 2015), risque également de rendre difficile la mise en œuvre des projets de construction de logements sociaux des collectivités locales.

En plus d’une inaction criante pour lutter contre les processus spéculatifs du marché immobilier et pour réaliser les 500 000 logements par an promis par le candidat solférinien (le gouvernement peine à en prévoir la construction de 300 000), l’orientation politique social-libérale du Président de la République et de ses ministres aggrave la situation. Dans les pas de Nicolas Sarkozy, François Hollande persiste à mettre les territoires en concurrence les uns aux autres. Le projet « d’acte III » de Décentralisation en visant à faire des régions des autorités régulatrices du logement participe à la croissance des inégalités et à la hausse des loyers dans les zones en tensions, zones où se concentrent les emplois.

Le diagnostic de la situation et de son action est accablant pour un gouvernement qui s’affirme comme étant « de gauche » et Cécile Duflot n’est malheureusement pas la seule à avoir une muselière. Une véritable politique en faveur du logement et alternative à la logique capitaliste doit commencer par rompre avec l’austérité. Ce n’est qu’une fois cette première étape réalisée qu’il sera possible de mettre en place des actions spécifiques pour lutter contre la crise du logement telles qu’un plan volontariste de construction de logements sociaux, un encadrement (et une baisse dans certains endroits) strict des loyers sur le marché privé, une loi de réquisition des logements vacants et la création d’un service public national et décentralisé du logement. Ces quelques mesures, non exhaustives, montrent que la crise du logement n’est pas une fatalité, le pouvoir politique peut en venir à bout, à condition de le vouloir.

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La santé de proximité en mauvaise forme

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Parce qu’ils sont indispensables à la vie humaine et à l’émancipation personnelle, certains domaines devraient être particulièrement protégés des méfaits du capitalisme. Ce sont l’éducation, la santé, la sécurité, bref tous les domaines qui permettent la vie en communauté et le progrès humain. Mais le capitalisme est une machine infernale qui doit sans cesse trouver de nouvelles sources de profit pour ne pas s’écrouler sur lui même, et fini par transformer tout en marchandise. Or, en « marchandisant » des domaines relevant du « bien commun » le fossé se creuse entre les plus riches et les plus pauvres (qui ne peuvent pas se financer des services autrefois payés par la collectivité en fonction des ressources de chacun). En matière d’accès à la santé le schéma est tout à fait valable d’autant plus qu’il est un bon témoignage de l’absurdité du système. En effet, les microbes ne s’intéressant pas au contenu du portefeuille des individus, si les « pauvres » sont mal soignés c’est toute la société qui souffre, et même les riches.

Cette marchandisation de l’accès à la santé est un phénomène contemporain de la volonté politique de faire des économies dans les dépenses publiques. La mise en place par la droite de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) en 2007 puis la loi Hôpital, patients, santés et territoires, dite « loi Bachelot » en 2009, a porté le coup de grâce de cette politique plus que contestable. Cette conception valorise la création de Grands Pôles hospitaliers dans lesquels sont centralisés de nombreux services, et incite fortement la fermeture des petites structures considérées comme « non rentable » malgré leur ancrage local important. La rentabilité devient un objectif en soi à la place de la question du bien être. Or à ce jeux là, les grands « supermarchés » de soins sont les plus armés pour résister à la concurrence entre les établissements, concurrence entretenue volontairement par les pouvoirs publics qui y voient, dans leur cécité libérale, un moyen de tirer « le meilleur » d’une gestion entrepreneuriale des établissements hospitaliers.

Mais les petites structures « non rentables » ont, ou avaient, un ancrage local, que les gros hôpitaux à parking géant n’ont plus. Une structure médicale intégrée à un territoire particulier est plus à même de réaliser sa mission de service public d’accueillir les personnes les plus fragiles qui n’ont pas forcément accès à la médecine libérale (quand elle existe) et qui peuvent être vite découragées de devoir faire des dizaines de kilomètres pour se rendre au centre de santé le plus proche (en particulier pour les personnes qui ne possèdent pas de véhicule individuel ou à faible mobilité). Le désengagement de l’Etat dans le financement des hôpitaux et dans les remboursements des traitements peut avoir des conséquences sanitaires et sociales catastrophiques. Le retour en Grèce, de maladies que l’on pensait éradiquées sur le « vieux continent » (comme la malaria) doit nous alerter sur les conséquences des plans d’austérité.

En plus du désengagement financier public la médecine libérale privée connaît de nombreux disfonctionnements. En terme de répartition géographique nous pouvons observer une surreprésentation de médecins dans certaines zones (et notamment à l’Assemblée Nationale) tandis que d’autres sont de véritables « déserts médicaux », selon l’expression consacrée. Les régions qui souffrent d’un manque d’offre publique souffrent de la même manière de l’absence d’une offre privée, le capitalisme et « le marché » ne s’intéressant pas aux territoires où les économies d’échelles ne sont pas possibles, c’est à dire où il ne serait pas assez rentable de s’installer. Cette logique marchande est dangereuse car elle s’ajoute souvent à d’autres éléments (fermeture de bureau de poste, d’école, etc.) qui contribuent à faire de certains espaces des espaces laissés à l’abandon, n’étant pas considéré comme étant dignes d’intérêt à la compétition territoriale.

Une politique publique ambitieuse en matière de santé pour les territoires doit passer par la garantie pour chaque « bassin de vie » de posséder son propre hôpital afin d’éviter les drames liés aux temps de transport. Ces hôpitaux doivent être le plus généraliste possible et avoir un maximum de disciplines : nous ne devons pas nous poser la question de la rentabilité mais de la santé des citoyens. La garantie pour les femmes de pouvoir librement disposer de leur corps passe en particulier par la création ou le maintien de « centres IVG » et de maternités. Une politique efficace suppose également de mettre fin au numérus clausus qui crée une rareté injustifiée et augmenter le nombre de diplômés (sans remettre en cause la qualité du diplôme). Comme les zones rurales, les quartiers populaires demandent des attentions particulières et les collectivités territoriales peuvent créer des centres de santés municipaux afin de garantir un accès à toutes et tous à une médecine de proximité. Ces quelques points montrent qu’il existe des solutions pour améliorer notre système de santé, à condition d’avoir le courage d’affronter la finance et de puissants lobbys, ce que le gouvernement actuel ne semble pas, malheureusement, décidé à faire.