Europa City, l’archétype de l’absurdité de l’aménagement capitaliste

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La mondialisation libérale, voulue et mise en œuvre par l’oligarchie politique, entretien la nécessité de tout mettre en concurrence et, comme nous l’avons déjà vu, les différents territoires n’échappent pas à cette règle. Cette situation a pour conséquence une spécialisation fonctionnelle de chaque territoire dans un domaine d’activité économique précis (c’est la stratégie des avantages comparatifs décrite par l’économiste Ricardo en 1817 dans ses Principes de l’économie politique et de l’impôts). Cette spécialisation conduit les dirigeants à orienter des espaces vers la réalisation d’activités industrielles ou de recherche mais également vers des activités commerciales ou de « loisirs » (qui pour l’idéologie dominantes est souvent synonyme d’activité commerciale). Europa City, futur grand parc d’activités et de commerces, à proximité de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy dans le Nord de Paris, est l’archétype de l’absurdité de l’aménagement capitaliste.

Europa City est un futur complexe géant d’une emprise au sol de 80 hectares où les aspects « culturels » et « récréatifs » sont envisagés uniquement comme étant au service des marchands (500 boutiques devront y être construite). Pour cela, les architectes et urbanistes, répondant à une commande publique, ont pensés un espace où le chaland doit « se sentir bien » et en confiance. Cette exigence particulière se traduit par une configuration sécuritaire névrotique où chaque élément ou mobilier de l’édifice est pensé et conçu pour empêcher le comportement « déviant » et le passage à l’acte délinquant, mais également par une « verdisation » artificielle des espaces de promenade. Dans les deux cas il s’agit de montrer une forme de domestication des humains comme des espèces naturelles rendues lisses et inoffensives. L’aménagement capitaliste de nos villes témoigne de son cynisme en détruisant des espaces naturels pour recréer plus tard, et à la place, une nature artificielle.

Mais en plus de l’aspect « dénaturalisant » décrit précédemment, le projet Europa City est anti-écologique dans sa conception comme dans son fonctionnement. Dans sa conception, la réalisation d’un complexe de cette taille nécessite un bétonnage conséquent. Or un espace minéralisé est un espace cultivable perdu « pour toujours ». Dans ce contexte impossible d’imaginer pouvoir garder des terres cultivables pour organiser des maraichages et des circuits courts qui seraient pourtant nécessaires pour nourrir une partie de la population de la région parisienne. En ce qui concerne son fonctionnement le constat est pire : l’urbanisation éclatée et étalée ainsi que la dépendance à la voiture individuelle (en raison d’une faiblesse de l’offre en transport public) va entrainer des flux massifs, des encombrements et donc une hausse de la pollution et de l’émission de gaz à effet de serre (encore accentuée par la destruction d’espaces naturels). De plus, par leur consommation immodérée de climatisation et de chauffage, les centres commerciaux de cette envergure sont également connus pour être particulièrement énergivore. Et comme par provocation, il est prévu de réaliser à l’intérieur du centre « un parc de neige » avec une piste de ski artificielle. Le groupe Auchan, propriétaire du complexe, a beau communiquer sur les (ses) principes du développement durable, le seul élément « vert » sera bien celui des billets offerts aux actionnaires.

Enfin ce projet est également caractéristique d’un déni complet de démocratie territoriale. Les habitant-e-s des territoires directement touché-e-s (aujourd’hui constitués en diverses associations), mais également les citoyen-ne-s concerné-e-s par les préoccupations écologiques (donc dans l’absolu chaque membre de l’espèce humain) doivent subir les conséquences d’un projet décidé et imposé, sans concertation, par une minorité. Intégré au périmètre d’intervention du « Grand Paris » sous Sarkozy, ni François Lamy ministre de la ville, ni Cécile Duflot ministre à l’égalité des territoires, ni François Hollande ne semblent prêt aujourd’hui à revenir sur ce choix.

Aliénant, sécuritaire, privé, faux, couteux, polluant, imposé… les adjectifs ne manquent pas pour décrire ce projet exemplaire de l’idéologie capitaliste appliquée à l’aménagement du territoire. De la même manière, et pour quasiment les mêmes raisons, que nous nous mobilisons contre la construction de l’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes, nous devons nous opposer à la réalisation de ce centre commercial géant. Une gauche progressiste écosocialiste doit défendre une conception urbaine tournée vers la satisfaction des besoins humains (s’épanouir, se reposer, se nourrir, réaliser des activités professionnelles ou de loisir, etc.) en supprimant les espaces aliénants dont la seule fonction est de pousser femmes et hommes à consommer toujours plus. L’aménagement écosocialiste se doit d’être définanciarisé et pensé pour les humains plutôt que pour le capital, donc débarrassé de ces grands projets inutiles et imposés.

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L’appropriation populaire pour régénérer espace public

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L’espace public urbain est créateur d’émotions et de fantasmes divers. Lieu de croisements, de rencontres et d’échanges il nourrit les représentations collectives des habitant-e-s. Or ces représentations sont souvent faiblement nuancées : soit « l’espace » est considéré majoritairement par la population comme positif, c’est-à-dire qu’il est « bien vu » et « agréable », soit négatif quand il souffre d’une stigmatisation, lorsqu’il est « mal fréquenté » et semble dangereux à celui ou celle qui souhaite s’y aventurer de jour comme de nuit. Parce qu’il dépend en grande partie de l’appropriation individuelle et collective des individus (non prévisible à l’avance), l’aménagement d’un espace public urbain est souvent un élément difficile à prendre en compte dans les opérations d’urbanisme.

La perception des individu-e-s de leur lieu de vie est un élément primordial dans la construction de leur sensation de bien être. Ce constat est par ailleurs vérifié par le marché de l’immobilier. A « toutes choses égales par ailleurs », vivre à proximité d’un espace public de bonne qualité, sur lequel de nombreux soins sont apportés, apporte une véritable plus-value financière, non négligeable par rapport à un même type d’habitation qui serait, pour sa part, situé non loin d’un espace public anxiogène, non entretenu et « mal fréquenté ». Les images positives ou négatives d’un espace sont soumises à un effet de réverbération qui, comme un écho à travers les montagnes, est répété, déformé et souvent accentué par le bouche-à-oreille et les médias. Les individus les plus fragiles par rapport au « sentiment d’insécurité » sont également les plus sensibles aux discours dégradants et ont tendance à les sur-interpréter.

La réussite de la réalisation d’un espace public urbain dépend donc autant de sa qualité que de l’image donnée par celui-ci, cette dernière étant principalement la conséquence de son appropriation par les habitants. Or en matière d’appropriation la planification précise et rigide dans la définition des différentes fonctions a trop souvent montrée son inefficacité. Nous avons tous en tête ces grands espaces dépourvus de vie car réservés à la circulation rapide des piétons, dans lesquels la peur de la « mauvaise appropriation » (les SDF ou les « bandes de jeunes à capuche » sont particulièrement visés) a rendu tout arrêt impossible par une absence d’endroit ou s’asseoir, rendus anxiogènes et sans fréquentation. A l’opposé de cette manière d’aménager l’espace devront nous pas plutôt laisser aux principaux intéressés (habitant-e-s, travailleur-e-s) le soin de « ménager » l’espace comme ils ou elles le souhaitent en leur laissant la définition des fonctions de chaque espace partagé de la ville ?

Cette façon novatrice et plus démocratique d’aménager l’espace peut s’appuyer sur des éléments et des espaces naturels et paysagers. En effets, au lieu de les considérer comme des « zones sanctuarisées », des réservoirs intouchables de biodiversité cherchons plutôt à les utiliser comme espaces publics valorisant pour l’ensemble de la ville. Cela suppose d’ouvrir les espaces naturels aux individu-e-s grâce à des cheminements adaptés et respectueux de l’environnement mais aussi, d’une autre manière, de laisser la nature prendre possession des espaces publics existants d’une façon plus ou moins anarchique. Si cette proposition semble encore inconcevable pour certains urbanistes encore trop marqués par une pensée hygiénistes et rationalistes pour qui « rien ne doit dépasser », l’idée de faire pénétrer la nature en ville se développe dans les idées et les pratiques.

L’espace public fantasmé comme lieu de tous les dangers a besoin de verdure pour se pacifier. Loin d’être une lubie d’environnementaliste béat, lier les questions d’aménagement urbain et de valorisation des espaces naturels cherche à améliorer l’existence quotidienne des femmes et des hommes souvent condamné-e-s à subir leur environnement proche dégradé, et s’inscrit pleinement dans une démarche écosocialiste appliqué à des principes d’aménagement. Enfin, terminons sur un avertissement : cette (ré)appropriation sociale par les citoyennes et citoyens d’un espace public de meilleure qualité et plus vivable doit se prémunir contre toute forme de privatisation, qu’elle soit directe via un contrôle des fréquentations (le « vigile » est l’indicateur privilégié du degré de privatisation) ou indirecte à travers la publicité, qui dépossède et aliène les citoyen-ne-s.


Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

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A partir de demain commencera le troisième Congrès du Parti de Gauche. A cette occasion je vous invite à lire la contribution que j’ai co-rédigé avec Rémi Vincent, camarade toulousain spécialiste des questions de prévention de la délinquance, de sécurité et de tranquillité publique. Je vous invite par ailleurs à lire sa tribune publiée aujourd’hui dans le Journal Toulousain en réaction aux propos de Moudenc, député de Toulouse et candidat UMP aux municipales de 2014.

 

Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

La question de la sécurité de nos concitoyens est une question trop sérieuse pour la laisser entre les mains de nos adversaires et des lobbyistes du secteur. Pour nous, l’inclusion de la question de la sécurité dans la question sociale est nécessaire pour compléter notre logiciel politique, et ce pour différentes raisons :

1. les inégalités sont facteurs d’apparition de processus délinquants ;

2. le sentiment d’insécurité et la délinquance frappent davantage les plus vulnérables ;

3. le libre-échange capitaliste engendre des trafics transfrontaliers ;

4. l’économie parallèle est plus exploiteuse encore que l’économie officielle ;

5. le service public de la sécurité est touché par la réduction de ses moyens et sa privatisation ;

6. le lieu le plus dangereux est le foyer familial, ce qui nous ramène à la lutte féministe ;

7. les policiers sont des travailleurs dont les tâches sont aujourd’hui souvent déshumanisantes ;

8. la politique pénale d’enfermement est contraire à nos combats humanistes ;

9. les quartiers « difficiles » et les « classes dangereuses » sont maintenus dans cette ségrégation sociale et géographique.

Nous survolons plus ou moins ces différentes façons de lier ces deux questions, en espérant que le Parti de gauche puisse davantage assumer les débats sur ce sujet.

1. Les villes face à la délinquance : exclusion géographique, déclassement et sentiment d’insécurité

1.1 L’abandon des quartiers populaires

1.1.1 Misère sociale et exclusion géographique

Le capitalisme financiarisé a cette particularité d’inscrire les inégalités dans l’espace, cette inscription spatiale se traduisant par une ségrégation sociale entre les différentes villes mais également à l’intérieur même des villes, entre les quartiers. Tandis que les plus riches ont accès aux territoires les plus agréables, aux centres-villes avec leurs équipements, services et commerces variés de proximité, les plus pauvres sont parqués dans des territoires de seconde zone, véritables ghettos urbains abandonnés des services publics et des entreprises.

La population des quartiers populaires est plus qu’ailleurs touchée par le chômage et a comme unique perspective celle de la précarité à perpétuité. Cette exclusion géographique et sociale du peuple, couplée à un marché du logement dominé par les logiques spéculatives de préservation de « l’entre-soi » de la classe dominante, contribuent à entretenir un cercle vicieux de relégation et de ghettoïsation.

1.1.2 Sentiment d’abandon et d’insécurité

De cette situation d’insécurité sociale naissent les conditions favorables d’un développement de différentes formes de délinquances et d’incivilités, causant elles-mêmes un fort « sentiment d’insécurité ». C’est le capitalisme ses rapports d’exploitation et d’exclusion des plus faibles, qui crée chez les individus un sentiment d’abandon, qui peut être renforcé par une stigmatisation ethnique ou sociale (celle-ci entraînant elle-même des comportements de repli communautaire.)

Dans ces quartiers délaissés par la République, laissés à leurs habitants qui sont rendus à « autogérer leur misère » pour beaucoup d’entre eux, se développe une économie parallèle de trafics. Cette économie, constituant un palliatif au chômage de masse, est plus violente encore vis-à-vis de ses travailleurs que le capitalisme « officiel » et assure enfin aux exclus du marché de l’emploi d’intégrer la norme de consommation du capitalisme. De plus, chaque jour, la publicité institue la richesse ostentatoire comme marque de réussite personnelle.

1.2 Les doctrines sécuritaires à l’œuvre dans les villes

1.2.1 La prévention situationnelle : vidéosurveillance et urbanisme

Le développement des comportements délinquants étant avant tout un produit des conditions sociales, agir uniquement sur l’urbanisme pour régler le problème d’insécurité est illusoire. L’idéologie anglo-saxonne de la « prévention situationnelle » comme modèle à l’action publique d’aménagement relève pourtant de cette logique. Elle part du principe qu’on ne peut pas empêcher le crime ou le délit, mais que l’on peut le rendre plus difficile à réaliser ou plus risqué pour son auteur, via des aménagements publics ou privés particuliers.

Cette doctrine, qui domine aujourd’hui chez les élus locaux et les cabinets de conseil, pousse à la production d’espaces standardisés, purement fonctionnels où aucune place n’est laissée à une appropriation différente que celle prévue par l’aménageur. Elle promeut l’utilisation de contrôles informatisés et déshumanisés pour lesquels les caméras de vidéosurveillances ont un rôle prépondérant (et dont l’absence d’efficacité pour élucider, prévenir passage à l’acte ou pour rassurer les habitants a été démontrée par plusieurs études scientifiques). Or, en refusant de s’attaquer aux causes « réelles » de la délinquance cette réponse est purement « superficielle ».

1.2.2 Police réactive et répressive

La police d’aujourd’hui est une police « réactive » car ses missions de « police secours » constituent la majorité de ses interventions sur le terrain. Ayant pour rôles principaux de maintenir/rétablir l’ordre ou de faire cesser les infractions, elle ne se voit que trop peu confier des objectifs de proximité et d’investigation.

La raison fondamentale est d’abord le manque de moyens humains, ne permettant pas pour une unité locale d’assurer à la fois les missions de police administrative, judiciaire, de secours et de proximité.

Cette raison a été légitimée et entretenue par l’acceptation doctrinale selon laquelle le rôle de la police, c’est de « combattre les méchants. »

2. Quand nous serons aux responsabilités : réponses républicaines et solutions sociales

2.1 Résoudre la question sociale

2.1.1 Abolir la pauvreté et la précarité

Ne nous berçons pas d’illusions, jamais nous ne règlerons la question de la délinquance sans avoir régler la question sociale.

La réponse sociale doit être posée sur le long terme, doit être la lutte contre le chômage et contre la précarité, et la première réponse que doivent apporter les dirigeants face au phénomène de la délinquance. Le combat contre le capitalisme et ses normes d’accumulation et de compétition est la première étape vers une pacification de la société.

L’abolition de la pauvreté comme du précariat doit passer par une politique claire de rupture avec le capitalisme financiarisé. A l’opposé des politiques libérales (de droite et de gauche) nous devons proposer une relance de l’activité garantissant le respect des individus comme de l’écosystème, mettant en avant le travail et la satisfaction des besoins contre les intérêts financiers d’une petite minorité de possédants.

2.1.2 Assurer le respect de la règle par l’éducation et la démocratie

La règle est, en République, la condition du respect de l’intérêt général, car la loi dit ce qui est bon pour tous.

Régler la question sociale, c’est-à-dire abolir la pauvreté et la précarité, devra s’accompagner selon nous d’un objectif de refondation de la nation (en tant qu’entité rassemblant des individus se sentant liés par leur égalité, et surtout souhaitant partager le même avenir), seul moyen efficace de lutter contre la prolifération de comportements communautaristes.

Nous proposons donc que l’Ecole et la démocratie soient mises en avant dans ce but également. Assurer le respect de la règle, c’est d’abord s’assurer de sa légitimité et de sa bonne compréhension en tant que condition d’égalité et de liberté.

La démocratie directe, l’élection à la proportionnelle des représentants de la nation et le développement de la participation des citoyens à la vie de la cité auront cet impact sur la légitimité de la règle de droit. L’Ecole –nationale et publique- aura cet impact sur l’étude de l’intérêt général.

2.2 Mener une politique pénale et de sécurité au service de l’intérêt général

2.2.1 Faire une police au service des citoyens

La fonction de police est une fonction d’intérêt général, qui doit être assurée dans un objectif de service public : gratuite, publique et pour tous. Elle assure le maintien de l’ordre, la sécurité des biens et des personnes, la tranquillité publique, la salubrité publique et le respect des droits fondamentaux.

Cette fonction connaît des dérives insupportables (ex. dictature et manipulation des statistiques) et, dans le même temps, que les fonctionnaires de police vivent de plus en plus mal.

Une police de proximité, ce sont des unités au plus près de la population, aux relations pérennes et pacifiées avec la population, ce sont des policiers formés comme de véritables « généralistes » qui pourront apporter une réponse aux problèmes quotidiens des habitants d’un quartier (orientation, prise de plainte, remontée de doléances aux élus…)

Il faudra faire disparaître les dérives (discriminations, familiarités…) ou lacunes actuelles (ex. l’accueil des femmes victimes de violences sexuelles) qui portent atteinte à l’égalité des droits et à la cohésion sociale.

2.2.2 Utiliser la peine et son sens pour lutter contre la réitération

La frénésie pathétique de la logique « un fait divers = une loi », a tenté de nous faire avaler que l’alourdissement d’une peine aurait pour conséquence la dissuasion des potentiels auteurs.

L’enfermement, qui est la règle aujourd’hui, montre ses limites (en terme de taux de récidive et de réitération) pour de nombreuses « catégories » d’infractions et d’auteurs (bien que les magistrats disposent de nombreuses alternatives à l’enfermement et aux poursuites et qu’ils les utilisent.)

Nous devons assumer la proposition d’un renversement du sens de la peine, qui ne doit pas uniquement punir, mais surtout améliorer la situation de fait qui est née de la commission de l’infraction.

L’auteur peut être en état de potentielle rupture d’insertion dans le tissu social. C’est à cette dernière rupture que la peine doit en priorité s’attaquer. Et elle ne pourra le faire qu’à la condition que les moyens de la justice soient augmentés (en particulier ceux de l’administration pénitentiaire, dont les services d’insertion et de probation.)


A trop vouloir sécuriser l’espace public

La sécurité est une condition qui doit être garantie à tous les individus. Celle-ci est par ailleurs énoncée dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 comme un des principes politiques, économiques et sociaux « particulièrement nécessaire à notre temps ». La sécurité est une des conditions premières pour qu’il y est une société. C’est notamment ce qu’ont théorisé les philosophes Thomas Hobbes, Jean-Jacques Rousseau et John Locke aux 17ème et 18ème siècles, considérant que la sécurité est l’objet même de l’engagement en société. Or si personne ne remet en cause le fait que les espaces publics doivent garantir la sureté et être des territoires où l’on respecte la loi, il existe différente façon de concevoir un espace public sécurisé et les méthodes mises en place sont souvent peu adaptées à la sauvegarde de l’essence des espaces publics.

Il apparaît d’abord nécessaire de faire un constat. Concernant les faits les espaces publics sont de plus en plus sûrs, même si les individus n’en ont pas conscience : les atteintes personnelles « tout venant » ainsi que les vols « sans violence » ont fortement baissés depuis le début des années 1990 et concernent des territoires et des temps sociaux très déterminés. La question de la sécurité des espaces publics relève donc avant tout d’une question de sensation des individus. Les médias parlent couramment pour désigner la désigner de « sentiment d’insécurité ». Comme l’insécurité est avant tout un sentiment, la réduire demande de prendre en compte les ressentis des individus pour agir sur les représentations, en favorisant notamment le confort et le bien être. Il est possible de lutter contre l’insécurité dans l’espace urbain en cherchant à concevoir des lieux agréables à vivre et fluides, où l’on accorde à la nature une place importante, à la place des lieux anxiogènes dont l’unique objectif est de favoriser l’accélération des flux.

De plus il revient de rappeler que l’insécurité est avant tout liée à des conditions sociales défavorables et non pas à l’aménagement et l’urbanisme. Agir sur ce dernier, sans traiter les causes sociales de la délinquance, ne faites que repousser le problème à d’autres endroits (peut être moins visibles). Néanmoins les aménageurs cherchent de plus en plus à garantir la sécurité dans l’espace public via une forme d’urbanisme particulière dite de « prévention situationnelle ». Ce modèle théorique est originaire de Grande Bretagne mais s’est d’abord développé aux États-Unis. Il ne cherche pas à améliorer la société pour empêcher le crime, mais à aménager l’espace pour le rendre plus difficile. Or si cette méthode est de plus en plus utilisée par les pouvoirs publics c’est que ceux-ci en tirent un avantage politique indéniable auprès des électeurs car ils montrent un dynamisme dans l’action sans avoir à traiter des problèmes de fonds.

Mais à trop vouloir sécuriser les espaces publics c’est l’inverse qui se produit car ceux-ci sont rendus inhumains. Si ces méthodes peuvent rassurer quelques individus elles fragilisent dans l’ensemble l’espace public et fait disparaître la dimension politique de celui-ci. La recherche effrénée de contrôle de l’ensemble des relations sociales va à l’encontre de la vitalité des espaces publics. A considérer l’autre comme un danger potentiel pour sa propre vie ou pour ses propres biens, c’est la notion même de confiance, fondement des sociétés humaines, qui s’écroule. Faire société demande des relations sociales pacifiées, mais des relations sociales réelles, or c’est dans l’espace public que celles-ci sont le mieux à même de se faire.

Enfin, garantir la sécurité d’un espace public passe par une fréquentation importante de celui-ci. Or pour cela, il faut d’abord donner envie aux individus de le faire. La sécurisation excessive des espaces publics paraît donc inadaptées à la valorisation de l’espace public et entraine également une disparition progressive de sa fonction politique, fonction souvent jugée déviante et potentiellement conflictuelle par les pouvoirs publics. Ne tombons pas dans le piège de la droite qui veut dépolitiser l’espace public en mettant en avant le spectre de l’insécurité, la meilleure réponse est politique et doit agir pour le partage des richesses, seule réponse concrète aux problèmes sociaux !