2013, une année charnière

26122012-12

Qui aurait cru que le Front de Gauche, construction politique loin d’être naturelle (nous avons encore en mémoire l’éparpillement de « l’autre gauche », qui devient de plus en plus et malheureusement la « seule gauche », en 2007), serait encore présent en 2013 ? Qui aurait cru que celui-ci supporterait une élection présidentielle et son lot de mystifications individuelles pourtant si propices aux déchirements égocentriques ? C’est toutefois ce qui a été fait, et les militants des nombreuses forces politiques, par leur dévouement  et leur grande maturité intellectuelle, en sont les principaux artisans. Même si nous n’avons pas réalisé les objectifs espérés en fin de campagne présidentielle, et notamment celui de passer devant le Front national, nous sommes devenus une force politique majeure, une force dont plus personne ne doit nier l’existence.

L’année 2013 qui commence sera une année différente des précédentes sur de nombreux points.  Pour la première fois depuis 4 ans, c’est-à-dire depuis l’existence du Front de Gauche et du Parti de Gauche, nous avons une année sans élection. C’est aussi une année où le bilan du social-libéralisme gouvernemental pointera ses premiers effets de masse sur le peuple, bilan à n’en pas douter à tous points semblables à celui des différents pays où il a été appliqué de manière sans aucune clairvoyance. Il est absurde de penser que nous « parions » sur un quelconque échec de ce gouvernement car il n’est pas question de savoir ci-celui échoue ou réussi mais de savoir quelle ligne politique il suit : dans les faits, et contre toute « tradition » socialiste (ou du moins socialisante), il privilégie le capital au travail et le fait particulièrement bien. Le pacte de compétitivité, la « règle d’or », la MAP (modernisation de l’action publique), etc., relèvent bien d’une ligne libérale « cohérente » et il parait illusoire de la faire bifurquer avec des effets d’annonces à la Montebourg.

Mais face à la « cohérence libérale » du social-libéralisme du PS nous, au Front de Gauche, ne cédons à aucune forme de résignation. Rassemblement de forces de natures et d’histoires variées nous nous devons de mettre en place un processus permanent d’élaboration théorique de la Révolution citoyenne. Les « assises de l’écosocialisme », organisés par le Parti de Gauche mais auxquelles  d’autres forces et individus membres ou extérieurs du Front de Gauche ont bien voulu prendre part, en décembre dernier, marquent cette volonté de repenser les doctrines Socialiste et Républicaine pour y intégrer  une dimension écologique, dimension centrale car nécessaire à la survie même de l’espèce humaine. Avec l’écosocialisme comme fil rouge (et vert) de la pensée politique, nous ouvrons une année d’élaboration programmatique et quel bonheur intellectuel d’y participer ! Quel bonheur mais aussi quelle responsabilité face à l’avenir et à l’impasse vers laquelle nous sommes conduit à toute vitesse par le gouvernement.

Cette année d’élaboration programmatique doit nous permettre de préparer « convenablement » les élections prochaines de 2014. Il serait dangereux pour le Front de Gauche de partir dans une « campagne municipale » avec pour seules idées celle des étiquettes politiques et des petites alliances dépassées permettant d’obtenir un adjoint au maire à un endroit et quelques conseillers municipaux à un autre. Nous devons au contraire montrer notre autonomie face au social-libéralisme et son austérité, et notre capacité à mettre en œuvre des « radicalités concrètes ». Pour cela le peuple doit pouvoir s’emparer de nos propositions et être capable de les exiger partout. Seules ces radicalités concrètes appropriées par le peuple doivent conduire notre action politique. Contrairement au Parti socialiste, nous n’existons par pour nous même, mais pour l’intérêt général. Cette rigueur dans l’élaboration de notre programme et de notre stratégie pour les élections municipales sera facilitée par la possibilité, via les élections européennes qui auront lieux quelque temps après, de mener une campagne à grande échelle contre l’austérité qui mine le vieux continent. Notre responsabilité est trop grande pour laisser passer cette possibilité de dire STOP.

Et désolé pour ceux, éditocrates et militants politiques de tous bords,  qui voudraient voir le Front de Gauche enterré sous les chamailleries partisanes. Nous sommes plus unis que jamais contre les politiques d’austérités dont les conséquences ne cessent de s’empirer pour une grande partie des citoyens et nous laçons collectivement, dès le début de l’année, une grande campagne anti-austérité ! Si 2013 est une année sans élection ce n’est pas pour autant une année où nous mettons de côté notre engagement politique aux côtés du peuple, aux côtés des travailleurs, des chômeurs, des exclus, de toutes les victimes de ce système injuste doux avec les puissants et dur avec les faibles. Enfin, les congrès respectifs du PCF et du PG qui ont lieux en février et mars 2013 renforceront à coup sûr cette stratégie collective, les textes d’orientations politiques, pour les années à venir, adoptés par les différentes instances nationales et par les militants de ces deux parties le démontrent déjà.

Le chemin de la Révolution citoyenne est semé d’embuche, soyons organisés, matures et conscients des enjeux et de nos responsabilités. En ces temps de repos nécessaire, je vous souhaite à tous une heureuse et révolutionnaire année 2013.

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De l’habitant au citoyen conscient

Nous, militants politiques, syndicaux et associatifs, nous connaissons l’importance des mots utilisés, de la signification politique de ceux-ci. Utiliser un terme plutôt qu’un autre permet de donner un sens particulier à ses propos et par cette occasion faire passer ses idées. Le langue des libéraux est particulièrement fournie en mots et formules : ils parlent de charges sociales plutôt que des cotisations, de coût du travail plutôt que du prix du travail (mais jamais du coût du capital) ou de la fameuse compétitivité. Cette terminologie antisociale apparaît encore plus fréquente aujourd’hui, le parti dit « socialiste » au pouvoir, ayant décidé d’abandonner la lutte idéologie sociale en donnant des gages à l’idéologie patronale. En bref, le langage des dominants devient le langage dominant.

En ce qui concerne la « démocratie locale » (terme volontairement imprécis servant simplement à  différencier de la forme « classique » de démocratie représentative) se développe la notion « d’habitant », en particulier dans les communications politiques et/ou institutionnelles des collectivités. L’habitant serait l’expert « de situation », celui qui connaît les réalités locales (de son quartier, de sa ville …) car les vivant quotidiennement. Les « élus » de la démocratie représentative invitent l’habitant dans les instances de démocratie locale car il sait celui-ci « désintéressé politiquement » : il ne défend pas une idéologie particulière et n’a pas d’ambition politique individuelle. Il n’apparaît pas comme une menace pour le pouvoir en place car il ne le remet pas en cause. L’habitant a simplement un rôle d’assister le « gestionnaire de la collectivité ». En étant plus direct, il aide les notables locaux et légitime leurs actions en donnant un aspect « démocratique » de façade. Cette façon de mettre en avant l’habitant répond à un contexte d’une volonté pour les partis majoritaires (libéraux et socio-libéraux) de dépolitiser les enjeux locaux en supprimant toute réflexion globale. Dépolitiser permet d’éviter d’avoir à critiquer les politiques menées nationalement, et notamment des conséquences de l’austérité sur les budgets des collectivités par exemple.

Mais à l’inverse de l’habitant, « égoïste » par définition car intégré à un territoire particulier, il faudrait valoriser le « citoyen » : l’individu libre et conscient qui agit au nom de l’intérêt général, plutôt que pour ses intérêts propres. Valoriser le citoyen dans les instances locales de démocratie demande de dépasser la simple évocation du quotidien pour une réflexion plus globale de l’intérêt général. Cela permet de lutter contre les comportements NIMBY (« Not in my backyard », « Pas dans mon arrière-cour » en français) qui poussent les habitants à se mobiliser contre un projet particulier proche de chez eux, par exemple la construction d’une usine d’incinération ou une centrale nucléaire, sans remettre en cause le système global, le niveau de déchets produits ou l’énergie nucléaire. Or, si le citoyen poursuit un objectif politique beaucoup plus ambitieux, cela nécessite un peuple éduqué politiquement qui fasse d’importants efforts « sur soi ». Ce sont ces efforts qui permettent de poser les bases d’une société du « vivre ensemble », c’est à dire une société où chacun consenti pour les autres.

Le « citoyen » apparaît donc comme l’habitant ayant fait abstraction de ses intérêts propres. Au Parti de Gauche et au Front de Gauche, nous sommes partisans de la Révolution citoyenne et d’une 6ème République réellement démocratique. Or dans celle-ci les divers processus de démocratie locale (dont beaucoup sont encore à inventer) auront une importance toute particulière. En effet, à l’échelle locale les actions ont (quasi)directement des conséquences visibles et peuvent aider les citoyens les plus éloignés aujourd’hui de la politique à reprendre gout pour l’action publique. Mais elle est aussi une échelle pertinente pour mettre au point la planification écologique et les relocalisations d’activités. La participation citoyenne locale de la 6ème République doit être complètement différente de ce que l’on peut observer aujourd’hui et doit donner au citoyen un réel pouvoir de décision (par exemple en matière budgétaire). Mais développer la démocratie locale ne peut pas se faire de manière autonome du pouvoir « central » qui lui même doit aller à contre-courant des reculs démocratiques que nous connaissons : dispositions du TSCG (lui même approuvé sans référendum), valorisation des instances non élues, mépris des choix électoraux quand ils ont lieux …

Le développement de la démocratie locale n’est pas un objectif accessoire dans le processus de Révolution citoyenne. Elle doit permettre de renouveler un système de moins en moins démocratique afin d’impliquer les citoyens (et en particulier les plus éloignés aujourd’hui du système politique) aux décisions collectives. Commençons dès maintenant à réclamer un « haut niveau » de politique en refusant les barrières physiques et symboliques à la participation. Le peuple n’est pas seulement composés d’habitant(e)s de la cité mais de citoyen(ne)s libres et éduqué(e)s. A partir de là, la situation où les notables élus de pères en fils (pas de féminisation possible ici…) souvent grâce à du clientélisme, ne pourra que prendre fin, et la démocratie aura un nouveau souffle.


La Révolution citoyenne en réponse au mépris du peuple

Elections après élections, nombreux sont les médias et acteurs de la vie politique à regretter les taux d’abstentions toujours plus élevés, ceux-ci étant le miroir du désintéressement politique des citoyens. Les raisons de ce désintéressement sont souvent liées au sentiment d’impuissance (conforté par les défenseurs de l’idéologie dominante) face aux politiques libérales contre lequel on ne « pourrait rien », ainsi qu’il est souvent difficile de s’impliquer politiquement lorsque le quotidien devient une lutte au jour le jour pour la survie, lot malheureux de plus en plus de nos concitoyens. Face à cette criante précarité les questions politiques, et notamment dans la manière dont elles sont traitées, semblent de plus en plus éloignées du vécu direct du peuple.

Le TSCG (Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance), nouveau traité européen, aussi appelé Pacte budgétaire, est l’archétype de cette situation. Ce texte juridique « imbuvable » pour les non initiés au langage technocratique, semble complètement abstrait pour de nombreux citoyens qui n’arrivent pas à en mesurer la portée directe. Il faut dire que ni les « journalistes », ne faisant aucun travail réel de lecture et d’explication, ni le gouvernement social-libéral, cherchant chaque jour à en minimiser les conséquences (par exemple Cécile Duflot sur France Inter le 18 septembre 2012), n’ « aide » le peuple à s’y retrouver et à agir en pleine conscience. Pire, certain(e)s mentent effrontément en nous faisant croire qu’il est une condition à la survie de l’Europe ou de la monnaie unique.

Or s’il peut paraître éloignée des préoccupations quotidiennes des populations toujours plus touchées par la précarité, le chômage et la pauvreté, il est à l’inverse à la fois la clé de voute et le symbole d’un système économique qui ne fonctionne pas et, pire, qui entraine l’Europe dans une crise écologique et sociale sans fin. En imposant une « règle d’or » via l’obligation pour les états membres de limiter les déficits publics à 0,5% du PIB (alors qu’aucun état de l’Union Européenne, y compris l’Allemagne, n’arrive aujourd’hui à respecter la limite de 3% fixée par le traité de Maastricht), on empêche toute politique de relance de l’économie en la contractant, et on bloque finalement les investissements futurs. Comment répondre aux enjeux écologiques demandant une réorientation de l’économie vers une production soutenable, une politique efficace de recherche en matière d’énergie renouvelable et d’économie d’énergie … et aux enjeux sociaux tels que la lutte contre le chômage, la relocalisation de l’activité et la ré-industrialisation de l’économie, si les moyens financiers ne sont pas disponibles pour le faire. La règle d’or a donc des conséquences directes sur les conditions de vie actuelles et futures. Les déficits publics ne sont qu’un outil économique au service des humains et non pas un problème en soi. En revanche les taux d’intérêts toujours plus faramineux demandés par les banques aux états le sont !

Mais en plus d’être absurde économiquement, le TSCG est parfaitement anti-démocratique. Dans le but de « rassurer » les marchés financiers, le pacte budgétaire impose un contrôle de la part d’une « institution indépendante »  non élue, et par la Commission européenne de tous les budgets nationaux avant même le vote par leurs parlements respectifs. Or les commissaires européens, tous laudateurs de l’idéologie libérale, ne sont pas élus mais désignés par chaque état membre tandis que le Parlement européen, dont la représentation est issue du suffrage universel, n’a qu’un rôle d’observateur. Les avis des personnes désignées directement par le peuple ne compte pas, les citoyens perdent leur souveraineté politique. De plus, la manière dont le gouvernement français dit « socialiste » souhaite le faire appliquer dans le droit français témoigne d’un profond mépris pour le peuple, celui-là même qui a porté François Hollande et sa majorité au pouvoir. Alors que le candidat devenu Président promettait de le renégocier, c’est le traité Merkel-Sarkozy (deux noms qui resteront assurément dans l’histoire de l’Europe pour avoir fait triompher l’idéologie réactionnaire antisociale) qui est prévu d’être appliqué, au mot près, par les parlementaires dit « socialistes ». Or François Hollande a été élu en promettant de renégocier le trait. Ne l’ayant pas fait, il n’a aucune légitimité populaire pour l’appliquer.

Comment les socio-libéraux peuvent ils encore se lamenter de la faible participation aux élections quand ce sont les premiers à mépriser les citoyens ? A l’inverse, le camp progressiste, dont le Front de Gauche a toute sa place, n’a pas peur du suffrage populaire. C’est pour cette raison que nous appelons l’ensemble des citoyens à se mobiliser en faveur d’un référendum à ce sujet. Nous ne considérons pas les citoyens comme de simples électeurs, comme des consommateurs de produits électoraux que l’on tenterait de séduire à chaque élection, à coup de phrases chocs et de slogans, mais avons comme but premier la participation de toutes et tous à la vie de la cité. Il ne s’agit pas uniquement d’exprimer un désaccord avec une politique libérale qui ruine l’Europe, détruit la planète et exacerbe les tensions nationalistes, mais de redonner une substance à la démocratie et aux valeurs de la République. « Prenez le pouvoir » n’était pas seulement un slogan de campagne, mais demeure une orientation politique : celle de la Révolution citoyenne et de la 6ème République, écologique et sociale, qu’elle doit faire naitre. La grande manifestation du 30 septembre 2012 se doit d’être une réussite car, mettant de coté nos différences, nous devons montrer l’unité du peuple de gauche en faveur du respect de la souveraineté populaire.


Nous avons déjà gagné.

De retour du meeting du Parc des Expositions à Paris et peu importe les résultats de dimanche soir, nous avons déjà gagné. Nous avons déjà gagné par la ferveur populaire qu’a soulevée la campagne du Front de gauche et de son candidat Jean-Luc Mélenchon durant ces 10 mois, depuis le meeting place Stalingrad à Paris. Cette ferveur populaire n’est pas la masse idiote que les médias voudraient qu’elle soit mais un groupe qui prend conscience de ses intérêts de classes. En effet, le Front de gauche a permis de contribuer à créer le passage difficile de la « classe en soi », des individus qui partagent les mêmes conditions de vie, à la « classe pour soi » lorsque ces derniers prennent conscience que collectivement ils peuvent renverser la table capitaliste. Les rassemblements de la Bastille, de Toulouse ou de Marseille ont été plus que de simples grands évènements d’une campagne présidentielle, ils ont été des véritables insurrections populaires pour défendre une société plus juste et plus égalitaire.

Nous avons aussi gagné par la forme de la campagne. Chaque meeting, assemblée citoyenne ou réunion publique se transformait en lieu d’éducation populaire. Dans chacun d’eux, à des échelles différentes, il a fallu expliquer, débattre, contribuer à l’amélioration du programme. Ce travail politique d’information et d’éducation politique est nécessaire dans une société où la population est maintenue volontairement dans l’ignorance, où la culture est reléguée derrière les exigences de rentabilité à court terme. Or ce que nous avons appris collectivement les uns des autres durant ces réunions ne disparaitra plus. Nous avons appris à défendre nos intérêts de classe et à résister à cette société libérale. Comme pour le tube de dentifrice, nous sommes sortis de l’ignorance politique et vous ne pourrez plus nous y faire rentrer !

Nous avons également gagné par la richesse du programme que nous avons porté et que nous continuerons à porter même après les élections. Les ventes de celui-ci  à plus de 300 000 exemplaires témoignent du processus de conscientisation que j’ai décris plus haut. L’Humain d’abord est plus qu’un slogan, c’est une orientation pour la société. C’est un programme qui a la qualité d’être global, c’est-à-dire qui ne fait pas qu’annoncer une succession de mesure(tte)s détournant l’attention des vrais sujets de sociétés, mais qui est un ensemble cohérent où les principaux thèmes sont liés et nécessaires les uns aux autres. En effet, nous ne défendons pas une succession de « propositions » mais un véritable projet. Enfin, nous avons montré et démontré par celui-ci qu’une autre société était possible et que nous savons, mais également pouvons, mettre en place un changement véritable pour faire prévaloir l’humain et la planète sur l’argent et la finance. Nous avons prouvé par notre force que le Front de gauche ne sera jamais une simple force politique de témoignage !

Les attaques contre nous qui s’accumulent depuis que nous avons franchi la barre sondagière des 10% d’intention de vote ne trompent pas : Les tenants de l’ancien régime savent ce qu’il s’est passé, ils savent que nous avons gagné dans les cœurs et les esprits et que plus rien ne sera comme avant. Mais ces personnes ne représentent rien, ce sont des concurrents/adversaires politiques de la « Nème gauche » qui ne croient plus depuis longtemps au socialisme, des éditorialistes bourgeois, des philosophes sans talents, la fine fleur des patrons du CAC40 ; bref, des gens qui ont peur d’avoir à partager, avec le peuple qu’ils méprisent, les sommes considérables qu’ils ont accumulés sur le dos des autres. Ce sont des gens qui défendront ad vitam aeternam l’idéologie libérale.

Enfin, cette campagne présidentielle fut pour moi ma première expérience réelle et approfondie de militantisme politique. Entre joie et fatigue, j’y ai gagné personnellement en superbes rencontres, en intenses moments de camaraderies et comme beaucoup de mes camarades, j’ai réfléchis et affiné ma pensée sur la société future que je souhaite, pas seulement pour moi mais pour l’intérêt général humain.

Nous avons déjà gagné dans les consciences et les âmes mais gagnons pour de vrai, pour la 6ème République, pour le partage des richesses, pour l’écologie, pour la paix, pour l’émancipation humaine, votons dimanche pour le Front de Gauche et pour son porte drapeau Jean-Luc Mélenchon.


18 mars, une date pour tourner la page et faire (re)vivre la démocratie

Quelle bouffée d’oxygène que ce grand rassemblement qui se prépare. Quel plaisir de voir enfin réunie la grande majorité de l’autre gauche dans un objectif qui dépasse le simple replâtrage du système pour celui d’un bouleversement de nos institutions. Cette Révolution citoyenne est le passage obligé d’un système démocratique à bout de souffle où les volontés populaires sont, soit complètement ignorées soit bafouées allègrement. Alors que la légitimité des dirigeants devrait être la base du pouvoir politique, l’oligarchie au sommet de l’Etat n’en a plus, et malgré tout s’attache à remettre en cause les acquis démocratiques de décennies de luttes sociales. Face à cette situation il n’est pas étonnant que de plus en plus de nos concitoyens se détournent de la participation électorale et que l’abstention constatée grandie d’élections en élections. Et ce sont encore une fois les classes populaires qui en sont les principales victimes. A l’inverse c’est quand le débat démocratique se crée et se développe dans l’ensemble de la population que les taux de participation sont les plus élevés. Le référendum de 2005 portant sur la ratification du Traité constitutionnel européen est un événement exemplaire car malgré une campagne de la classe médiatique dominante défendant corps et âme la position du « oui », l’appropriation populaire du débat a permis la victoire du « non » avec une participation de près de 70% (et ce malgré la véritable complexité du document proposé au vote).

Cette marche du 18 mars est une façon de montrer aux « belles personnes » (Terra Nova, Think Tank proche du PS en tête) que la classe populaire, classe sociale la plus nombreuse est capable de prendre en main son destin et d’agir, non pas pour ses intérêts propres, mais pour l’intérêt général. Il s’agit pour le peuple de reprendre le pouvoir, de lutter contre le régime de monarchie présidentielle qu’impose la Vème République critiquée par Mitterrand dans son livre « le Coup d’Etat permanent » (1964) comme une « dictature » où le général de Gaulle était décrit comme un « putschiste ». En mettant en avant cet élan populaire, le Front de gauche marque une rupture forte avec la gauche libérale du Parti socialiste qui se refuse à modifier les institutions actuelles, et qui en organisation des primaires confirme son ancrage dans ce système. Par ailleurs l’organisation ce type de scrutin pour désigner le candidat à la présidentielle du parti marque à mon sens la fin du caractère militant de celui-ci pour se déplacer vers un caractère d’organisation d’élus et de notables (à quoi bon militer pendant des années quand une bonne stratégie de communication permet de s’assurer l’investiture « suprême »). C’est aussi contre cette stratégie du PS, ignorant les « forces vives » de la gauche que représentent les militants, les organisations syndicales ou associatives, intellectuels, classes populaires et j’en passe, que la marche du 18 mars s’impose dans la campagne électorale comme une voie démocratique nouvelle.

Aujourd’hui le Front de gauche est la seule force politique mettant au centre de son programme un processus constituant dans le but d’élire une Assemblée constituante, elle même chargée d’établir une nouvelle Constitution : la Constitution de la VIème République. De toute évidence, cette Constitution, devra remettre au centre des institutions les droits des femmes et des hommes, le respect de la nature, garantir de nouveaux droits pour les citoyens en matière d’action politique (en favorisant les initiatives citoyennes par exemple), sortir de la logique libérale de l’accumulation sans fin et du productivisme pour aller vers une plus grande démocratie dans les organisations économiques et financières et enfin réaffirmer la souveraineté populaire à la fois au niveau international, contre les « instances de la finance » (G20, FMI, OMC … ) et au niveau local en favorisant encore la libre administration des collectivités territoriales. L’enjeu fondamental de cette nouvelle Constitution sera de redonner le pouvoir au peuple confisqué par une oligarchie au service des actionnaires des grandes entreprises capitalistes. En reprenant le pouvoir, c’est l’intérêt général du grand nombre qui triomphe des intérêts particuliers du petit nombre de possédants.

Comme en 1789, 1792, 1848, 1870 et 1946, le Front de gauche vous propose de faire avancer l’histoire vers le progrès humain. Et quoi de mieux que cette date du 18 mars, date du soulèvement populaire en 1871 de la grande Commune de Paris. Celle-ci permit pendant quelques mois de formidables avancées démocratiques en matière d’émancipation des femmes, de liberté de la presse, de laïcité, d’organisation du travail mais surtout en matière de démocratie où l’on trouva, parmi les 92 membres du Conseil de la Commune, de nombreux élus issus des classes populaires et notamment 25 ouvriers. Revenons donc tous, et tous ensemble, le 18 mars à la Bastille pour faire perdurer l’héritage glorieux des luttes ouvrières et sociales et, tournons la page de cette Vème République monarchique et antidémocratique.

(Et en cadeau bonus, les photos de l’enregistrement à l’Usine du clip de la chanson « Reprenons la Bastille » des copains du groupe l’Art mais Rouge !)


La gouvernance contre la démocratie

PS: Je m’excuse par avance, ce texte a été écrit il y a quelques temps, je me décide à le poster avec un peu de retard.

Comme un coup de semonce le fameux philosophe allemand Jürgen Habermas déclarait dans une tribune publiée sur le site internet du Monde, le 17 novembre 2011, que la gouvernance était un « euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique ». Alors que cette notion apparaît pour les différents « penseurs » du développement durable comme le symbole même de la modernité participative, celle où enfin tous les exclus du Monde (pas le quotidien) pourrait s’exprimer dans un superbe consensus, voilà qu’un des plus grands penseurs de notre siècle (enfin surtout du précédent) jette un pavé dans la marre, passé (presque) inaperçu. Pour resituer le contexte l’intellectuel revenait sur les différents accords entre les pays européens pour gérer les coups d’états des marchés financiers.

Le terme gouvernance qui pourrait sans difficulté entrer de le dictionnaire de la Novlangue (inventé par Georges Orwell pour son roman d’anticipation 1984 vise a modifier la façon de s’exprimer pour rendre impossible l’expression d’une pensée révolutionnaire) est d’inspiration néolibérale et a particulièrement la « cote » auprès de ces derniers. Celui-ci va se développer dans un premier temps dans le monde de l’entreprise avec comme objectif de favoriser la participation de tous au processus de décision. Mais attention, il n’y a aucunement une volonté de remettre en cause l’absence de démocratie dans l’entreprise mais juste d’améliorer l’implication des employés dans leur travail et donc le profit de cette dernière. Progressivement la gouvernance va se développer à d’autres institutions et à la « société toute entière » avec comme objectif de faire reconnaître une voix démocratique à des acteurs économiques et institutionnels. Pour faire simple, c’est l’intégration du capitalisme dans les processus de décision politique.

La gouvernance n’est donc qu’un substitut à la démocratie, parfaitement adapté à un système politique oligarchique basé sur le « capital social » des individus, c’est à dire sur leur facilité à faire marcher leurs relations dans un sens ou un autre. D’une manière concrète cela peut se traduire par une gestion élitiste des affaires au détriment du peuple tout entier. Dans le monde du travail nous allons par exemple assister, et comme le souhaitent le MEDEF mais aussi certains (socio)libéraux, à une supériorité juridique du contrat et de l’accord individuel contre la loi générale et protectrice pour les travailleurs. Marie-Claude Smouts, directrice de recherche au CNRS, parle du « piège de la gouvernance » et d’un « outil idéologique pour une politique de l’Etat minimum ».

Au niveau local, celui du quotidien, la notion de gouvernance est loin de réaliser l’idéal libertaire de participation autogérée des habitants et ce malgré une augmentation visible de la volonté de participation citoyenne des habitants. Les différents exemples de « démocratie participative » montre à l’inverse une recherche de contrôle par les élus locaux dans le but d’empêcher l’émergence de contre-pouvoirs réels. Ce contrôle se fait par l’installation de cadres stricts et rigides et concernant des sujets souvent sans réels enjeux. Il n’est pas rare que l’on demande à un Conseil de quartier de choisir la forme des bancs que l’on a prévu d’installer, le « fond politique » est évité. La frontière entre participation citoyenne véritable et « communication politique » est parfois mince. Enfin si certaines instances de participation semblent attirer un succès important, ce dernier masque une croissance des inégalités entre les intégrés qui participent d’avantage et les exclus qui participent de moins en moins.

La participation de l’ensemble des habitants nécessite que l’on lutte contre les exclusions des plus précaires en leur garantissant le droit à la ville par des politiques de services publics efficaces et par l’abolition des craintes face au logement. C’est seulement après avoir transformé la vie des exclus de la « citadinité » que ceux-ci s’intéresseront « naturellement » à la vie démocratique de la cité. L’émancipation urbaine passe par une réappropriation des « affaires de la cité » par les habitants eux-mêmes et cette question doit être au centre des réflexions pour la refondation Républicaine que l’on souhaite.


Pourquoi la densité fait peur ?

La densité urbaine apparaît souvent comme un problème fondamental contre lequel il faut lutter corps et âme. La représentation collective voudrait accabler la densité de l’ensemble des problèmes que connaissent les villes et en particulier les quartiers populaires. Or si la promiscuité des plus pauvres, dans des habitats précaires est un problème qu’il est nécessaire de combattre, la densité en elle même n’est pas un problème, elle pourrait même apparaître comme une des solutions à la crise écologique.

Si les politiques de forte densité sont très mal vue par la population, cela relève d’une question idéologique. En effet, nous avons depuis quelques dizaines d’années une hégémonie d’un discours conservateur qui place la maison individuelle et l’accession à la propriété au centre des politiques publiques en matière de construction de logements. L’idée de l’ancien ministre de la ville, Jean-Louis Borloo de permettre d’offrir des maisons individuelles à « 100 000 € » relève de cette politique conservatrice fortement consommatrice d’espace. Nous avons en France une importation du modèle américain d’étalement spatial qui n’est vivable quotidiennement qu’en permettant à tout à chacun de posséder sa propre voiture.  Si ce discours est finalement assez populaire, c’est qu’il touche à l’inconscient collectif d’une recherche d’une vie plus agréable, plus proche de la nature, finalement le plus loin possible des tours et des barres.

Or, il est nécessaire de détruire le mythe que les fortes densités, espaces où les gens vivent « les uns sur les autres », sont l’apanage des cités populaires. Les centres des villes sont le plus souvent bien plus denses que les quartiers d’habitat social construits au sortir de la 2nde Guerre mondiale. L’exemple le plus significatif est celui de Paris. Alors que la capitale, en excluant par des politiques de rénovations urbaines et de spéculation les populations les plus pauvres, s’embourgeoise, elle est l’une des villes les plus denses du Monde. Le 16ème arrondissement de Paris, quartier bourgeois par excellence, possède par exemple une densité de 20190 hab/km2 alors que la commune de Grigny, connue pour ses deux grands quartiers populaires a une densité de 5584 hab/km2. Cette constatation nous permet de nous rendre compte que les problèmes urbains ne sont pas causés par une densité d’habitation « contre-nature » mais qu’ils dépendent avant tout de la situation économique et sociale des habitants.

Il est nécessaire de lutter contre les « fantasmes » d’une densité urbaine qui serait la cause d’une barbarie dans les villes modernes pour comprendre les nombreux avantages qu’elle permet. Le plus visible de ceux-ci est le fait qu’elle permet de mettre en place une politique de transport public efficace. En effet, plus la ville s’étend, moins il est possible de faire du transport en commun à l’intérieur de celle-ci. Or nous savons que le modèle de société basé sur la prépondérance du véhicule individuel est dépassé par la crise écologique et la nécessité de sortir au plus vite des énergies fossiles. De plus une densité importante permet la mise en place d’équipements publics accessibles facilement et permet de réfléchir à de nouvelles formes de « vivre-ensemble », impossible à mettre en œuvre avec le modèle « pavillonnaire » individualiste. Enfin, contre le développement des zones commerciales en entrées de villes « péri-urbaines », aussi laides qu’énergivores, renforcer la densité des centres villes permet de redynamiser ces derniers.

Et après ça, si les conservateurs de tout bords continuent à brandir comme étendard « le problème de densité » pour éviter de mettre en place une politique de logement social sur leur commune nous n’aurons qu’à leur rétorquer que la politique urbaine la plus efficace est une politique globale de redistribution des richesses.

Je vous souhaite tous une très heureuse année 2012, et que celle-ci soit l’année de la Révolution citoyenne.