Un ANI et des ennemis

MIM

La classe médiatique imbue d’elle même a le mérite d’être efficace, à peine le MEDEF avait fini de rédiger ce qui servira de base à « l’accord national interprofessionnel » (ANI) qu’elle le défendait becs et ongles comme étant LA grande avancée du quinquennat solférinien, celle qui redonne « de la stature » à un président de la République au plus bas dans les enquêtes d’opinion. Cette position de la part des éditocrates, accrochés au privilège de pouvoir déjeuner avec les puissants, ne peut pas nous étonner car nous commençons à multiplier les preuves de leur haine antisociale et de leur dégout du peuple et des travailleurs. Taper sur ceux qui relèvent la tête et sur les syndicats qui se mobilisent est leur fond de commerce, fond de commerce partagé avec les (socio)libéraux et le Front national. Face à cette déferlante de pensée unique quelques journaux et médias d’information tels que l’Humanité, Politis ou Médiapart, continuent bien difficilement à informer les citoyens plutôt que défendre les intérêts du grand patronat et de la finance.

Mais le soutien le plus « étonnant » (quoique plus grand chose nous étonne de leur part) à cet « accord » est celui du PS et du gouvernement. Alors qu’il y a un an, dans l’opposition, le parti solférinien critiquait les accords dits « compétitivité emploi » que Sarkozy souhaitait mettre en place, les voilà soutenir presque unanimement un accord dont la substance reste quasi-identique. Voyez par vous-même : l’ANI légalise le chantage à l’emploi en permettant au travailleur d’accepter une hausse du temps de travail ou une baisse de salaire sous peine d’un licenciement sans droits (article 18), il prévoit pour l’employeur l’imposition d’une « mobilité forcée » à son salarié sans limite de distance (article 15) et il réduit les délais d’action en justice des salariés pour défendre ses droits (article 26). A coté de ces contraintes les quelques mesures dite « favorables » aux travailleurs sont bien maigres : l’obligation de souscrire à une complémentaire santé privée (les grands groupes d’assureurs sont ravis), l’encadrement du temps partiel subi dont les nombreuses dérogations vide la mesure de sa substance et les droits « rechargeables » à l’assurance chômage qui ne seront accordés qu’à condition de « ne pas aggraver le déséquilibre financier de l’assurance chômage » (sic). Enfin, la grande avancée sociale que devait être la taxation des contrats courts, qui concernera au final moins de 30% des CDD, se retrouve être un cadeau au patronat qui verra, « en contrepartie », ses cotisations sociales baisser pour les embauches en CDI de jeunes de moins de 26 ans.

Le PS a beau se cacher derrière le fait qu’il s’agisse d’un accord professionnel, en ne présentant pas de projet de loi alternatif, il a lancé volontairement les travailleurs dans la cage au lion du MEDEF. Laurence Parisot et son association de dépeceurs du peuple ne s’y trompent pas, elle exige « que le Sénat et  l’Assemblée nationale respectent à la lettre ce texte ». Cette position est d’ailleurs partagée à droite par l’ensemble de l’UMP et notamment par Jean-François Copé. Or il est nécessaire de rappeler que cet accord, s’il est accepté par la majorité des organisations représentatives des employeurs, est rejeté par la majorité des travailleurs et par ses deux plus grandes centrales syndicales la CGT et FO, qui ressortent encore renforcées des dernières élections professionnelles, mais aussi par d’autres organisations comme Sud-Solidaire et la FSU, et des associations comme ATTAC. Et à l’intérieur même des organisations signataire de l’accord MEDEF, en particulier à la CFDT, les adhérents à « la base » ressentent comme une trahison les courbettes de leurs dirigeants face au patronat.

Au lieu d’œuvrer pour l’amélioration des conditions de travail et de vie du peuple, le PS et le gouvernement se retrouvent encore une fois du mauvais côté, du côté des cyniques, des égoïstes et des profits à court terme qui broient des vies et des familles. Loin de moi l’idée de remettre en question la sincérité de l’ancrage à gauche de certains de mes amis militants au PS, mais comment ne pas voir dans leur inaction une forme de complicité à la casse sociale menée par les forces réactionnaires ? Comment interpréter la forme avancée de schizophrénie qui fait dire à ces militants qu’ils sont du côté des travailleurs tandis que leur parti « se félicite » de cet accord en affirmant dans un communiqué que les « entreprises pourront mieux anticiper les mutations de l’économie ». Cette position est intenable car elle est hypocrite, le PS choisi le camp du capital et de la finance, celui qui fait tirer sur des manifestants et expulse des milliers de sans papiers, choisissez le votre ou vous finirez par, vous aussi, être tenu responsable de ça. Manifestons tous ensemble le 5 mars 2013 à l’appel des syndicats et des forces politiques progressistes et montrons que la gauche, à la différence du gouvernement, ne baisse pas les yeux devant le MEDEF.

Publicités

Des vigiles aux « milices » du capital dans l’espace public

Comme moi vous avez surement remarqué depuis quelques années une prolifération des « agents de sécurité » (sécurité du capital évidemment) de toutes sortes. Installés traditionnellement aux entrées-sorties des espaces privés à usages publics, telles que les boutiques des centres commerciaux, ils ont de plus en plus comme mission de « protéger » également l’espace public. Nous avons donc vu les « professionnels de sécurité » coloniser les espaces publics tels que les gares ou les universités.

Mais contrairement aux agents de police ou de gendarmerie qui, employés par l’Etat, poursuivent une mission d’intérêt général, les agents de sécurités ne sont les gardiens que d’intérêts particuliers. En effet, les forces de police et de gendarmerie doivent veiller à protéger l’intégrité physique et les intérêts, ces derniers étant définis par la loi, de l’ensemble des citoyens de la République, sans distinction d’aucune sorte. Elles sont (sauf cas exceptionnellement graves) au service de la population et doivent rendre des comptes dans le cas contraire. A l’inverse les « vigiles » postés à l’entrée des magasins ne sont là que pour empêcher les vols, c’est à dire servir les intérêts directs de leur employeur. De plus, contrairement aux forces légales de police et de gendarmerie qui tirent leur capacité d’action du « monopole de la violence légitime de l’Etat », les agents de sécurité n’ont aucun droit particulier de plus que les « simples citoyens ». Lorsqu’un individu, vigile ou non, vous demande d’ouvrir votre sac, rien ne vous oblige à le faire. Le seul « pouvoir » de l’agent de sécurité est de pouvoir appeler la police et n’a surtout pas la possibilité de vous retenir.

Or, les vigiles n’hésitent pas à jouer sur l’ambiguïté de leur situation pour s’attribuer des droits qu’ils n’ont pas. Avec une tenue vestimentaire particulière composée d’épaulettes, de logo divers et de talkie-walkie…, la confusion avec un service particulier de la police est vite faite, d’autant plus si les individus ne sont pas informés de leurs droits. En employant un ton fortement directif, voire en donnant carrément des « ordres », l’agent de sécurité exerce sur l’individu une forme de violence dont il n’a ni le droit, ni la légitimité.

Il ne s’agit pas ici de pointer du doigt des individus mais un système qui favorise les atteintes quotidiennes aux libertés individuelles, et qui tend à se développer à mesure que l’Etat contracte les dépenses publiques en matière de sécurité publique. En laissant le vigile regarder dans son sac, les individus participent à la création d’une société de suspicion où la charge de la preuve est inversée, et où la présomption d’innocence n’existe plus (c’est à l’individu de prouver qu’il n’a rien volé). Dans Surveiller et Punir le philosophe Michel Foucault parlait d’un abaissement du « seuil de tolérance » en faveur d’un « registre extralégal », celui de la « discipline ». Commençons par tolérer l’ouverture du sac, on tolérera plus tard la surveillance généralisée sous prétexte que l’on « a rien à se reprocher » !

Pour ne pas laisser se développer une société compromettant nos libertés individuelles et collectives pour la seule faveur de la protection du capitalisme marchand, il nous faut résister. Résister individuellement d’abord en refusant d’obéir à des gens ne disposant d’aucune autorité supérieure au « simple citoyen », particulièrement s’ils cherchent à s’imposer par la violence physique, verbale et symbolique, et résister collectivement en poussant les pouvoirs publics à contrôler cette profession (ces professions), et en informant l’ensemble des citoyens sur l’ensemble des droits de chacun face aux abus de pouvoir. Résister aujourd’hui peut permettre d’éviter d’avoir des milices privées au service du capital demain, réprimant grèves et revendications populaires à loisir.


L’Humain d’abord dans les urnes et dans la rue.

Ce dimanche le peuple français a décidé de tourner la page du sarkozysme, de ses gabegies et de ses échecs. Une grosse partie du travail a été réalisée et nous pouvons enfin commencer à penser nos plaies ; celles de la précarité et du chômage qui n’ont cessées d’augmenter durant ce dernier quinquennat ; celles des millions de travailleurs pauvres qui doivent choisir chaque mois entre se nourrir ou se chauffer correctement ; celles de nos frères et sœurs venus d’ailleurs meurtris par tant de stigmatisation et de rejet et celles de notre planète qui ne supporte plus ce modèle de concurrence effréné. Pour toutes ces raisons nous pouvons déjà pousser un « ouf » de soulagement.

Or cette victoire du candidat du parti socialiste ne nous garantie en rien du dépassement du modèle libéral par cette nouvelle représentation politique. Après quelques semaines où François Hollande surfera sur la « popularité du changement » celui-ci sera vite repris par la violence et le cynisme des marchés financiers. Face à ces futures attaques en rang serré, ses propositions sociales-libérales montreront vite leurs limites et leurs inefficacités. Cette absence de volonté de résistance, marquée notamment par l’acceptation implicite de la « règle d’or » ou par le refus de mettre en place un audit public de la dette, fait courir le risque au nouveau Président de la République de se retrouver dans le même fauteuil de soumission que son « camarade », l’ex-premier ministre grec Papandréou, qui n’a jamais souhaité défier les marchés.

A l’inverse, le Front de gauche a compris que pour lutter contre les invectives de la finance mondiale un programme de gauche, basé sur la solidarité et le partage des richesses, est la condition nécessaire à la résistance. C’est pour cela que nous continuons à défendre notre programme, l’Humain d’abord, comme un programme de refus aux politiques libérales, qu’elles viennent de la droite comme des sociaux libéraux. Nous sommes encore les seuls, avec le Front de gauche, à porter le rejet des politiques d’austérités qui contractent l’économie et contribuent à maintenir le pays dans un état stationnaire financièrement et régressif socialement. Contre cela, nous ne cédons pas au fatalisme et proposons de partager les richesses et notamment en augmentant les plus bas salaires, de reprendre le pouvoir aux marchés financiers et de favoriser la croissance par l’investissement sous les cadres d’une planification écologique. Et parce que le système politique actuel est à bout de souffle nous continuons à nous battre pour une 6ème République, sociale et écologique.

Certes Sarkozy est parti, mais ne tombons pas dans le piège ! Le « programme » porté par le parti socialiste et son candidat durant cette campagne présidentielle ne propose rien d’autre qu’une austérité allégée, à des années lumières de nos solutions. C’est pour cela qu’il est nécessaire de ne rien lâcher et de continuer la lutte. Celle-ci doit passer dans un premier temps par le vote pour les candidats du Front de gauche aux élections législatives du 10 et 17 juin 2012. Il est encore possible de faire fléchir la politique de François Hollande vers la « gauche pour de vrai » en envoyant le plus de députés du Front de gauche à l’Assemblée Nationale. Rappelons nous, il y a quelques mois, de l’abstention de la quasi-totalité des députés et sénateurs « socialistes » concernant le mécanisme européen de stabilité, nous ne pouvons faire confiance qu’aux députés du Front de gauche !

Enfin, le nouveau Président comprendra bien vite qu’il ne sera pas à l’abri de la colère de la rue. Nous resterons vigilant(e)s et mobilisé(e)s derrières nos syndicats et partis politiques de gauche pour faire entendre et comprendre nos revendications. Durant ces cinq prochaines années, si nous ne faisons pas les moutons, nous ne serons pas tondus.