L’égalité des chances pour perpétuer les inégalités

Le système capitaliste libéral a une force qu’on ne peut pas lui retirer : il est très bon pour inculquer aux individus la responsabilité de ses propres échecs. Bien qu’il subisse des crises à répétitions, dont il se sort la plupart du temps par des mesures « non-capitalistiques », il reste particulièrement difficile de remettre en cause son efficacité sociale, écologique et même économique à assurer le « bien vivre » de l’humanité. La quasi-totalité des observateurs de la société, quel que soit leur domaine d’analyse, décrivent un affaiblissement des comportements solidaires dans la vie des individus. Or ce constat est particulièrement vrai pour la classe ouvrière qui a tendance à s’individualiser (au détriment de ses intérêts de classes) tandis que la classe supérieure/dominante continue à mettre en place son processus historique, de reproduction et de perpétuation de sa position sociale, à partir d’une solidarité basée sur les réseaux de connaissances. Cet affaiblissement de la solidarité de la classe ouvrière ne provient pas d’une situation où les travailleur-se-s seraient plus « égoïstes » ou « moins motivé-e-s » par l’action collective par choix, mais d’une stratégie politique de long terme mise en place par les (socio)-libéraux depuis les années 1980.

L’intériorisation de l’idée que l’individu touché par une difficulté sociale (précarité, chômage, pauvreté …,) l’est par sa faute exclusive, résulte en partie de l’idéologie de « l’égalité des chances » promue par l’école. Si l’égalité des chances, c’est-à-dire la réduction conséquente des inégalités de naissance, est un objectif politique digne, la situation actuelle apparait éloignée de l’idéal. Tandis que l’on fait croire aux élèves, quel que soit le niveau scolaire, qu’avec du « travail » chacun a sa chance de réussir à avoir une « bonne place », la réalité est bien différente : les inégalités persistes entre les enfants recevant de leurs parents un capital culturel important (le même que celui demandé en « savoir scolaire ») et ceux qui en reçoivent peu, ayant des parents moins diplômés et moins informés des « voies royales » à suivre en matière d’études. Sous le couvert d’offrir à tous la même « chance », le système justifie les inégalités toujours plus importantes entre quelques privilégiés et la masse de ceux qui galèrent au quotidien.

L’argument de l’égalité des chances pour justifier les inégalités est souvent accompagné d’une insistance sur les différences sociales et culturelles. Lorsque les pouvoirs politiques se rendent compte que les inégalités deviennent trop criantes, ils mettent en place des mesures dite de « discrimination positive ». Les enfants issus de banlieue populaire ont le droit à leur collège en ZEP (Zone d’éducation prioritaire) et les « minorités visibles » (sic) voient leurs « semblables » (physiquement mais pas socialement) dans des émissions de télévisions. La société capitaliste valorise celui qui a réussi à « s’en sortir », sortir du ghetto urbain et de sa situation sociale, celui qui a su profiter de l’égalité des chances, au détriment de tous les autres. L’idée sous-jacente est que si certain peuvent « gagner » en partant de loin, « l’égalité des chances » existe réellement dans les faits.

Mais cette idée est lourde de conséquences. En plus de favoriser la stigmatisation en groupant des individus par des caractères physiques ou sociaux communs, au détriment de l’unité nationale républicaine, elle contribue à l’intériorisation des « échecs » de ceux qui ne rentrent pas dans la catégorie des « gagnants ». A force de croire, à tort, que chacun a eu la même chance que son voisin, les individus pensent que s’ils sont au chômage depuis des années ou qu’ils doivent enchainer des « petits boulots » intermittents et mal payés, cela ne peut être que de leur faute. Or le chômage de masse est plus le fait d’une absence de demande de travail (« d’offre d’emploi ») que d’une fainéantise supposée des travailleurs. Intérioriser l’échec a comme répercussion directe l’augmentation du stress quotidien, du nombre de dépressions et de suicides. Dans ces conditions la lutte sociale collective apparait difficile, les situations individuelles de repli sur la sphère domestique sont plus fréquentes.

En prônant cette forme « d’égalité des chances » (qui n’en est pas une dans les faits), le système libéral fait perpétuer les inégalités et les rend légitimes : comment être contre la réussite d’un individu qui a eu la même chance que tout le monde mais qui a réussi à se démarquer par un « travail acharné » ? Si l’on poursuit le raisonnement, comment vouloir imposer un revenu maximum a quelqu’un qui n’est dans cette situation que par son mérite individuel ? Croire aveuglement dans « l’égalité des chances » est, je pense, une erreur pour la gauche. Préférons à celle-ci une idée tendant à l’égalité réelle, une situation où le travail de l’ouvrier serait reconnu comme ayant la même utilité sociale que celui du cadre ou du chef d’entreprise, plutôt qu’une situation où l’ouvrier est vu avant tout comme quelqu’un n’ayant pas réussi à être cadre. Il ne s’agit pas de prôner un modèle qui effacerait tous les particularismes ou toutes les différences, mais un modèle qui favorise la collaboration plutôt que la compétition généralisée, bref un modèle républicain hérité de la Révolution française ayant mis à bas les privilèges.

 

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18 mars, une date pour tourner la page et faire (re)vivre la démocratie

Quelle bouffée d’oxygène que ce grand rassemblement qui se prépare. Quel plaisir de voir enfin réunie la grande majorité de l’autre gauche dans un objectif qui dépasse le simple replâtrage du système pour celui d’un bouleversement de nos institutions. Cette Révolution citoyenne est le passage obligé d’un système démocratique à bout de souffle où les volontés populaires sont, soit complètement ignorées soit bafouées allègrement. Alors que la légitimité des dirigeants devrait être la base du pouvoir politique, l’oligarchie au sommet de l’Etat n’en a plus, et malgré tout s’attache à remettre en cause les acquis démocratiques de décennies de luttes sociales. Face à cette situation il n’est pas étonnant que de plus en plus de nos concitoyens se détournent de la participation électorale et que l’abstention constatée grandie d’élections en élections. Et ce sont encore une fois les classes populaires qui en sont les principales victimes. A l’inverse c’est quand le débat démocratique se crée et se développe dans l’ensemble de la population que les taux de participation sont les plus élevés. Le référendum de 2005 portant sur la ratification du Traité constitutionnel européen est un événement exemplaire car malgré une campagne de la classe médiatique dominante défendant corps et âme la position du « oui », l’appropriation populaire du débat a permis la victoire du « non » avec une participation de près de 70% (et ce malgré la véritable complexité du document proposé au vote).

Cette marche du 18 mars est une façon de montrer aux « belles personnes » (Terra Nova, Think Tank proche du PS en tête) que la classe populaire, classe sociale la plus nombreuse est capable de prendre en main son destin et d’agir, non pas pour ses intérêts propres, mais pour l’intérêt général. Il s’agit pour le peuple de reprendre le pouvoir, de lutter contre le régime de monarchie présidentielle qu’impose la Vème République critiquée par Mitterrand dans son livre « le Coup d’Etat permanent » (1964) comme une « dictature » où le général de Gaulle était décrit comme un « putschiste ». En mettant en avant cet élan populaire, le Front de gauche marque une rupture forte avec la gauche libérale du Parti socialiste qui se refuse à modifier les institutions actuelles, et qui en organisation des primaires confirme son ancrage dans ce système. Par ailleurs l’organisation ce type de scrutin pour désigner le candidat à la présidentielle du parti marque à mon sens la fin du caractère militant de celui-ci pour se déplacer vers un caractère d’organisation d’élus et de notables (à quoi bon militer pendant des années quand une bonne stratégie de communication permet de s’assurer l’investiture « suprême »). C’est aussi contre cette stratégie du PS, ignorant les « forces vives » de la gauche que représentent les militants, les organisations syndicales ou associatives, intellectuels, classes populaires et j’en passe, que la marche du 18 mars s’impose dans la campagne électorale comme une voie démocratique nouvelle.

Aujourd’hui le Front de gauche est la seule force politique mettant au centre de son programme un processus constituant dans le but d’élire une Assemblée constituante, elle même chargée d’établir une nouvelle Constitution : la Constitution de la VIème République. De toute évidence, cette Constitution, devra remettre au centre des institutions les droits des femmes et des hommes, le respect de la nature, garantir de nouveaux droits pour les citoyens en matière d’action politique (en favorisant les initiatives citoyennes par exemple), sortir de la logique libérale de l’accumulation sans fin et du productivisme pour aller vers une plus grande démocratie dans les organisations économiques et financières et enfin réaffirmer la souveraineté populaire à la fois au niveau international, contre les « instances de la finance » (G20, FMI, OMC … ) et au niveau local en favorisant encore la libre administration des collectivités territoriales. L’enjeu fondamental de cette nouvelle Constitution sera de redonner le pouvoir au peuple confisqué par une oligarchie au service des actionnaires des grandes entreprises capitalistes. En reprenant le pouvoir, c’est l’intérêt général du grand nombre qui triomphe des intérêts particuliers du petit nombre de possédants.

Comme en 1789, 1792, 1848, 1870 et 1946, le Front de gauche vous propose de faire avancer l’histoire vers le progrès humain. Et quoi de mieux que cette date du 18 mars, date du soulèvement populaire en 1871 de la grande Commune de Paris. Celle-ci permit pendant quelques mois de formidables avancées démocratiques en matière d’émancipation des femmes, de liberté de la presse, de laïcité, d’organisation du travail mais surtout en matière de démocratie où l’on trouva, parmi les 92 membres du Conseil de la Commune, de nombreux élus issus des classes populaires et notamment 25 ouvriers. Revenons donc tous, et tous ensemble, le 18 mars à la Bastille pour faire perdurer l’héritage glorieux des luttes ouvrières et sociales et, tournons la page de cette Vème République monarchique et antidémocratique.

(Et en cadeau bonus, les photos de l’enregistrement à l’Usine du clip de la chanson « Reprenons la Bastille » des copains du groupe l’Art mais Rouge !)