Le transport, enjeu de l’émancipation individuelle

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La question des transports, en aménagement du territoire, est un élément central. La possibilité de se déplacer comme on le souhaite participe à l’émancipation individuelle des citoyen-ne-s, et les inégalités sont fortement marquées entre les classes supérieures qui intègrent le déplacement dans leur mode de vie, sans le ressentir comme une véritable contrainte, et les classes populaires assignées à résidences dans des quartiers isolés, premières victimes des faiblesses des transports collectifs. Ne tombons pas dans le mythe qui voudrait que nous soyons passée à une société qui, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, serait celle de la « fin de la distance ». Aujourd’hui, et encore plus qu’hier, les individus ont plus que besoin de se déplacer.

L’augmentation conséquente des prix de l’immobilier des centre-villes entrainant un mouvement de périurbanisation, les fermetures d’usines et le développement des contrats de travail précaires (mais la liste n’est pas exhaustive) contribuent à la naissance de nouveaux besoins en matière de transport, besoins qui malheureusement ne sont pas pris en compte par les pouvoirs publics. Encore pire, les principaux réseaux de transports collectifs apparaissent souvent dépassés par l’influence sans qu’ils soient prévus de véritables politiques d’investissement. Dans la région parisienne, les lignes du RER sont saturées, inconfortables et onéreuses pour les usagers mais semblent misent de côtés par la Région, l’Etat et la direction de la SNCF qui préfèrent miser sur les lignes du « Grand Paris ».

Car dans la région parisienne comme dans beaucoup d’autres périphéries urbaines, les politiques publiques en matière de transport relèvent d’une politique de classe. Au lieu de partir de l’humain et des travailleur-se-s qui subissent chaque jour les retards et les disfonctionnements de réseaux dépassés, les décideurs suivent la voie de la « compétitivité territoriale », en visant les individus à « haute valeur ajoutée », c’est à dire les cadres supérieurs, les chercheurs, les créatifs, bref tous ceux qui disposent d’un fort capital culturel, économique et social. Cette politique conduit à orienter les investissements publics sur des territoires où se concentrent les classes supérieures plutôt que vers le désenclavement des quartiers populaires ou périurbains qui voient leur situation se dégrader.

Si la situation semble s’améliorer pour certains quartiers grâce au volontarisme de certains élus locaux (voir par exemple le désenclavement de la Grande Borne à Grigny dans l’Essonne), les banlieues péri-urbaines et pavillonnaires paraissent moins armées pour s’en sortir, notamment en raison d’une densité relativement faible. Cette forme urbaine contraint les habitants à utiliser leur véhicule personnel avec les conséquences que nous connaissons tous en terme de temps de trajet, de pollution, de consommation énergétique et de cout en essence et en entretien. Alors que les mentalités évoluent (la voiture devient, et notamment chez les jeunes, de moins en moins un marqueur important de réussite sociale) et que de plus en plus de citoyens prennent consciences de la nécessité d’agir contre l’impasse écologique vers laquelle le système nous mène, ils n’ont souvent pas la possibilité d’utiliser des modes de transport moins polluant que l’automobile.

Le développement de nouvelles façons d’utiliser la voiture telle que l’autopartage (ou « covoiturage ») permet d’apporter une réponse temporaire à ce problème. Néanmoins nous ne pouvons pas nous contenter de ce genre de bricolage sans repenser globalement et sans investir massivement dans des transports plus écologiques. Si la relocalisation d’activité est un objectif central, nous ne pourrons cependant jamais nous  passer de transports. Il est par ailleurs frappant pour n’importe quel curieux d’observer le nombre de voies de chemin de fer abandonnées dans nos villes (et notamment dans les « zones industrielles ») au profit d’un développement exponentiel du transport routier pourtant polluant et dangereux.

Alors que la Commission européenne souhaite que l’ensemble du réseau ferroviaire français soit privatisé à l’horizon de 2019, nous devons pointer du doigt cette décision complètement inefficace, inégalitaire et hors du temps. L’exemple voisin du Royaume-Uni de ces dix dernières années en la matière vient nous apporter la preuve de l’inefficacité du marché pour organiser le transport public. A l’inverse de ce que pensent ces irresponsables bien trop payés, nous devrions plutôt orienter l’investissement public vers l’intérêt général. Or cela réclame de ne plus partir d’impératifs financiers de rentabilité mais de partir des besoins des femmes et des hommes, en considérant la possibilité de se déplacer en transport public de manière décente et efficace, non pas comme un luxe élitiste, mais comme un moyen de participer à l’émancipation individuelle de l’ensemble des citoyen-ne-s.

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La « vie stable » comme élément d’un modèle écosocialiste

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Les récents débats sur le « coût du travail » en France, mis sur la table par les branches les plus « financières » du patronat, mais également par l’ensemble des libéraux et socio-libéraux, permettent de faire la lumière sur la conception de la mobilité des élites financières. La mise en concurrence globalisée des Etats doit garantir l’absence de « frottement » en matière de flux, et notamment en ce qui concerne les flux de marchandise et de capitaux. En revanche, en ce qui concerne les flux « de personnes » la situation est à priori moins nette : avant de permettre les déplacements des individus le système capitaliste doit évaluer les bénéfices et les pertes de l’accueil de « certains types » d’individus. Les individus les mieux formés, dit « à haute valeur ajoutée », ont à peu près l’ensemble des pays ouverts tandis qu’à l’inverse les plus fragiles se retrouvent excluent d’à peu près partout. Lorsqu’une usine ferme en France pour ouvrir en Inde, les ouvriers français devraient accepter avec le sourire cette « nouvelle perspective de carrière ».

Cette position idéologique des classes dominantes en faveur de la mobilité est directement en lien avec leur mode de vie. En effet, la société capitaliste valorise, pour ceux qui en ont accès, l’accélération quotidienne des échanges et fait de la connexion permanente de chaque point de la Planète un marqueur de réussite sociale. L’imaginaire collectif est d’ailleurs fourni de « grands patrons » ou de « star du showbiz » passant la moitié de leurs vies dans des jets privés au dessus des océans. La classe dominante a compris que la clé de sa domination était dans la multiplicité des voyages d’affaires ou de loisirs. Par ailleurs, dès le plus jeune âge les enfants sont invités à réaliser de nombreux « voyages initiatiques », et plus tard, sont fortement incités à faire une partie de leurs études supérieures dans une école prestigieuse d’un pays étranger. Peut importe le moment de la vie de l’individu, il s’agit le plus souvent d’entretenir des relations entre les différents cercles de sociabilité, d’entretenir le fait d’être « une classe pour soi ».

Si cette mobilité apparaît pour la partie la plus aisée de la population, comme un moyen d’augmenter son capital social, culturel et donc économique, elle est pour la grande majorité subie et entraine une détérioration des conditions de vie. Le lieu de vie est plus qu’un simple lieu de résidence, c’est dans celui-ci que l’individu va se créer de multiples liens de sociabilité et de solidarité. Ces liens sont d’origines diverses : familiaux, amicaux, de voisinages, professionnels, mais fournissent un « bien social » et créé un sentiment d’identité lié au fait d’appartenir à un certain territoire. Les rixes entre les quartiers sont des preuves particulièrement tristes de ce constat pour les militants de gauches (qui aimeraient voir une solidarité de classe plutôt que des affrontements stériles). Si les classes supérieures ont des liens sociaux beaucoup plus déterritorialisés (en raison notamment de leur facilité économique de déplacement) ce n’est pas le cas des classes populaires. Parmi celles-ci, les personnes le plus précaires souffrent d’être condamnés au nomadisme forcé : foyer de travailleurs, hôtels miteux, squats, hébergements d’urgence, etc. La perte d’un domicile fixe entraine dans la plupart des cas un affaiblissement des relations sociales.

La relation entre mobilité et sédentarité n’est donc pas considérée de la même façon en fonction de sa classe sociale. Les dominants, qui ont intériorisés l’idée que le déplacement était source de réussite, ne comprenant pas cyniquement la réticence des travailleurs français à vouloir travailler en Inde pour un salaire ne dépassant pas les 2€ pour une journée. Mais leur mode de vie sous entend un accroissement sans limite des déplacements, contresens terrible avec l’objectif de réduction de la consommation d’énergie et de rejet de gaz à effet de serre. Dans une perspective écosocialiste nous devons réfléchir à des possibilités de garantir une forme de droit à la stabilité des individus. Il ne s’agit pas d’une forme « d’assignation à résidence » mais de développer des garanties à la proximité des lieux de travail et de résidence (via la relocalisation et le développement des circuits courts), de permettre l’accès pour tous à un logement de qualité à en limitant la ségrégation socio-spatiale mais également en soutenant une politique de transport public efficace pour que la mobilité ne soit plus subie mais choisie.

Ces différentes préconisations demandent une remise en cause globale du système capitaliste dominé par la logique du court terme, de la surconsommation et de la brièveté des relations sociales. A l’inverse un système écosocialiste doit permettre la garantie pour toutes et tous d’une vie stable, plus sobre et moins anxiogène, où l’abondance de liens remplace l’abondance de biens.


La qualité urbaine pour toutes et tous !

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En ce qui concerne le cadre de vie les inégalités sont criantes et difficiles à cacher. Alors que les plus riches profitent souvent d’une situation géographique agréable et d’un logement de bonne qualité, les plus pauvres doivent se contenter de ce que le marché de l’immobilier, et l’offre en locatif social leurs mettent à disposition. Ces derniers sont donc souvent condamnés à loger dans des habitations de fabrication ancienne, aujourd’hui dégradées à défaut d’un entretien régulier et suffisant, d’un bâti sans recherche esthétique et standardisé construit à la chaine en « chemin de grues », et qui aujourd’hui se retrouvant être de véritable passoire énergétique. Cette situation contribue à maintenir les populations les plus précaires dans des situations où les couts de chauffage deviennent exorbitant et difficilement supportables.

Les inégalités concernent la qualité des logements mais également les territoires où ils sont implantés. Dans ce domaine ce sont encore une fois les plus fortunés qui ont accès aux lieux les plus agréables, villes ou quartiers, ceux où la proportion d’espaces naturels est la plus importante, où le patrimoine historique est le plus remarquable et où les aménagements sont les plus soignés. Nous nous retrouvons avec une opposition plutôt franche entre des espaces avec une identité marquée, un cadre historique mis en avant, et des espaces délaissés avec une architecture standardisée et sans âme née d’une politique d’aménagement mettant de coté l’esthétisme pour un fonctionnalisme aveugle. De la même manière, les équipements de loisirs et les liaisons de transports en communs les plus efficaces se concentrent souvent dans les secteurs les plus cotés tandis que les quartiers populaires restent renfermés sur eux-mêmes.

Pour perpétuer cette situation les classes privilégiées mettent fréquemment en place une stratégie particulière : celle de la préservation de « l’entre-soi ». Bien qu’ils aient un objectif d’origine qui puisse paraître tout autre, les Parcs Naturels Régionaux, en limitant drastiquement les possibilités de construction sur un territoire donné, participent à cette ségrégation en contribuant à la rareté du foncier et à l’augmentation des prix. Car c’est là d’où vient le principal problème : le marché immobilier, le plus impitoyable avec les plus faibles, décide de l’aménagement du territoire au détriment d’une politique de mixité sociale. Les travailleurs les moins précarisés car ayant (encore) un emploi stable qui cherchent eux aussi une bonne qualité de vie sont, pour leurs parts, contraint de s’éloigner de plus en plus des centres urbains vers les banlieues périurbaines. Or cette situation participe à l’étalement urbain et paradoxalement contribue à dégrader le cadre de vie en supprimant des espaces naturels et agricoles.

Face à ce constat il apparaît urgent de mettre en œuvre une politique publique de promotion universelle de la qualité urbaine, et cela pour plusieurs raisons. D’abord des raisons d’ordre écologique en privilégiant la densification des centres villes qui doivent être des lieux où se localisent l’ensemble des activités urbaines, en veillant à la qualité des constructions permettant de réaliser des économies substantielles en consommation énergétique ou en valorisant les espaces naturels et paysagers, véritables « poumons verts » nécessaire à la respiration de la ville. Ces quelques exemples de raisons écologiques sont à complétées avec des raisons sociales telles que la réduction de l’anxiété quotidienne des individus, la pacification possible des relations sociales, le plus grand respect des espaces publics, ou économiques en faveur de l’emploi local et « non délocalisable » comme par exemple avec la mise en œuvre de chantiers de travaux de mise aux normes écologiques des logements.

Que l’on soit bien clair, il ne s’agit pas comme c’est souvent le cas lorsque l’Etat et les collectivités font du « renouvellement urbain », de substituer une politique en faveur de l’accès à la qualité urbaine à une politique de droit commun de redistribution des richesses et de lutte contre le chômage, mais d’accompagner cette dernière. Permettre à toutes et tous de se sentir bien dans sa ville, son quartier et son logement, parce que touchant directement au domaine de l’intime de l’individu et à ses relations sociales, est une condition à l’émancipation individuelle.


Des îlots de richesses et des ghettos de pauvreté

De nombreux observateurs s’accordent pour dire que le taux de pauvreté moyen (calculé à partir du seuil de pauvreté,  définit pour sa part à 50 ou 60% du revenu médian national) ne cesse d’augmenter dans de nombreux pays européens (du « sud » en particulier), d’abord du fait de la crise financière et économique, puis à cause des politiques d’austérité misent en place par la « Troïka » (Commission européenne, FMI et Banque centrale) qui contractent l’économie. Si la France voyait son taux de pauvreté se réduire depuis les années 1970, l’arrivée au pouvoir de la droite en 2002 et la crise de 2008 ont inversées la tendance. En 2010, date de la dernière enquête de l’INSEE, le nombre de personnes pauvres était de 8,6 millions (calculé à 60% du revenu médian), c’est à dire très proche de 1975 où les personnes touchées étaient 9 millions. Or comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, le budget d’austérité voté par l’Assemblée nationale visant à respecter d’absurdes principes budgétaires dictés par l’Union européenne, va assurément contribuer à dégrader cette situation.

Mais la pauvreté a cette caractéristique de n’être pas répartie également sur l’ensemble du territoire. Alors que certaines villes sont épargnées, d’autres ont un taux de pauvreté proche de 50%. Et la situation semble condamnée à s’empirer. Les villes les plus touchées par la pauvreté sont d’abord les villes  de province en déclin industriel. Par exemple avec un taux de pauvreté de 46% la ville de Roubaix est en tête d’un classement réalisé par le bureau d’étude Compas en aout 2012. Les villes de Mulhouse, Béziers et Calais sont également dans le haut du peloton avec plus de 30% de pauvre dans chacune d’elle.  Ces taux extrêmement importants sont le résultat des politiques de désindustrialisations, menées par les gouvernements de droite mais non contredites par la gauche sociale-libérale au pouvoir depuis mai 2012, condamnant les travailleurs au chômage ou à la précarité.

Les villes en périphérie des grandes agglomérations (de Paris en particulier) sont aussi particulièrement touchées. Celles-ci concentrent des populations qui ont été éjectées de Paris par la hausse continue des prix de l’immobilier et par les différents processus de gentrification, visant à « requalifier » les quartiers populaires pour y attirer des ménages plus riches. Les populations les plus pauvres se concentrent dans les quartiers populaires dit « en politique de la ville » dont il est très difficile de sortir : à la fois parce que les transports publics y sont trop rachitiques mais aussi parce que le « quartier », par les solidarités qu’il met en œuvre, apporte un sentiment de protection face à un « extérieur » menaçant. De la même manière que pour les communes en déclin industriel décrites précédemment, c’est la raréfaction des formes stables d’emplois, causant chômage et précarité, qui explique en grande partie des taux de pauvreté important.  Ce sont par exemple les villes d’Aubervilliers, Saint-Denis, Sarcelles et Vénissieux dont les taux de pauvreté sont supérieur à 30% de la population totale.

Tandis que les grandes villes françaises ont généralement des taux plus élevés que la moyenne nationale métropolitaine (15%) en raison de leur attraction en terme d’emploi et d’équipements (Lille 27%, Marseille 26%, Nice 20%, Toulouse 19%, Bordeaux 18%, Rennes 18%, Paris 16%, Lyon 15%), les communes qui disposent le moins de pauvres sont celles où les revenus sont les plus importants et où les stratégies de démarcation sociale sont les plus fortes. Des villes de l’Ouest parisien comme Neuilly-sur-Seine, Versailles et Rueil-Malmaison ont moins de 7% de pauvre sur leur commune. Cette situation s’explique par les barrières physiques politiques misent en place par les municipalités pour empêcher les plus précaires d’habiter ces territoires ségrégés, par exemple en limitant la mixité sociale en empêchant la construction de logements sociaux.

Lutter contre la pauvreté demande de lutter sur plusieurs fronts. Nos territoires meurent d’avoir vu partir des instruments de production à l’autre bout de la planète, condamnant une grande part des travailleurs formés et qualifiés au chômage ou à des emplois précaires, ne permettant pas d’appréhender l’avenir. Il est urgent de mettre en place une politique de relocalisation des activités dans une politique globale de planification écologique. Avoir une activité industrielle locale fait vivre un territoire en donnant du travail (ce qui se répercute sur d’autres secteurs d’activité) et est bon pour la planète car limite les émissions de gaz à effet de serre liées au transport. Le deuxième élément est celui des salaires. Le salaire minimum est aujourd’hui à peine 200 euros plus élevé que le seuil de pauvreté. En l’augmentant significativement c’est l’ensemble de l’économie qui trouve une respiration car l’agent circule et alimente des activités diverses (car les travailleurs les plus pauvres ne spéculent pas sur les marchés financiers, mais utilisent plus de 90% de leur salaire pour consommer des biens et services). Il en va de même pour les différentes aides sociales destinées aux personnes exclues du marché de l’emploi pour différentes raisons. Enfin d’un point de vue territorial, il apparaît nécessaire de mettre tout en œuvre pour lutter contre la ségrégation sociale qui maintien les territoires en souffrance dans des cercles vicieux dont il est très difficile de sortir. Lutter contre la pauvreté c’est répondre à une urgence sociale mais c’est aussi un moyen de faire bifurquer notre économie vers un mode de production plus respectueux de la planète et de ses habitants.


L’agriculture urbaine, consommer et produire en ville.

Très souvent les villes, et particulièrement dans les banlieues périurbaines, s’étendent d’une façon anti-écologique en détruisant des terres agricoles ou naturelles. C’est pourquoi il est généralement admis que c’est la ville en elle-même la cause du problème. Or c’est plutôt un mode d’aménagement du territoire conduit par le « marché libre », qui pose problème. Dans un processus de planification écologique il est nécessaire de repenser celui-ci en favorisant l’environnement et l’humain à l’opposé du désordre libéral. L’agriculture urbaine qui se développe, pour l’instant, majoritairement outre-Atlantique et dont je vais parler ici, relève de cette logique.

Commençons d’abord par nous poser la question de savoir qui peuvent bien être ces fermiers urbains. Le plus souvent ce sont des bénévoles, des gens passionnés par la culture de la terre, qui vont dans un premier temps décider de cultiver des espaces mis à disposition par les collectivités ou prêtés par des propriétaires privés, pour ensuite partager les fruits de cette récolte mais aussi du savoir concret ! La forme d’agriculture urbaine la plus célèbre est celle des jardins partagés qui se développent doucement mais surement, et souvent aux pieds des ensembles d’habitat social. Elle concerne, pour l’instant, majoritairement des « petites productions » et notamment des maraichages et des arbres fruitiers pour la simple et bonne raison que ce sont des cultures qui ne demandent que très peu d’espace.

Les objectifs de l’agriculture urbaine sont variés. Le premier est de faire de celle-ci un espace d’éducation dans le but d’améliorer les connaissances des individus en ce qui concerne les produits de la terre et d’apprendre à se réapproprier nos façons de consommer pour consommer autrement. Alors que la mondialisation capitaliste nous a appris à avoir tout type de produit à n’importe quel moment de l’année avec des conséquences désastreuses pour l’environnement et le climat, éduquer les populations à l’agriculture est un moyen de comprendre l’importance du respect des saisons et connaitre les productions locales d’une région. C’est une manière de (ré)éduquer les urbains à des savoirs ancestraux qui ont pour beaucoup été perdus. Le deuxième objectif de l’agriculture urbaine est un objectif social. Celle-ci permet d’organiser la solidarité sur un territoire et de créer du lien social. Il est même possible de mettre en place des mesures de « réinsertions sociales » pour de nombreuses personnes désocialisées comme certains chômeurs de « longue durée » par exemple.

Mais l’agriculture urbaine est aussi un moyen de modifier les comportements de consommation. De nombreuses associations organisent des ventes à bas prix voire des distributions gratuites pour les individus aux revenus les plus modestes. Il est même possible dans certains cas, pour les individus qui le souhaitent, de venir se servir à sa guise. C’est aussi un moyen de créer des circuits courts et de favoriser la coopération entre les acteurs locaux. L’ambition est de relocaliser la production alimentaire et de rendre les communautés locales autosuffisantes, ou si ce n’est pas possible, de s’approcher de celle-ci. L’idée globale est de produire à proximité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports.

Si en France les initiatives en matière d’agriculture urbaine restent encore trop timides, les expériences menées aux Etats-Unis, en particulier dans la ville de Détroit, ville qui connait un très fort taux de chômage et de pauvreté et qui a de nombreux terrains abandonnés, me permettent de penser que c’est une des solutions à la crise écologique. Il est en revanche nécessaire de penser l’agriculture urbaine dans un processus de planification écologique, celle-ci étant nécessaire pour l’encadrer démocratiquement. Elle est notamment fondamentale pour s’assurer d’une meilleure répartition des activités afin de garantir que les terres cultivables restent nombreuses en villes. Penser une production agricole plus proche des gens est un moyen de dépasser le productivisme qui a des conséquences graves sur l’ensemble des pays de la planète (et en particulier chez les moins biens armés pour lutter contre les injonctions du FMI et de l’OMC).


Le partage des richesses, étape n°2 : une fiscalité écologique, juste et efficace

Si je ne partage pas l’ensemble des solutions proposées par les économistes Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, il faut reconnaître que leur petit ouvrage « Pour une révolution fiscale » paru l’année dernière a permis d’ouvrir le débat sur la fiscalité en France. Le diagnostic est particulièrement alarmant : notre système fiscal n’est pas aussi égalitaire qu’on voudrait le croire. Il apparaît même particulièrement généreux pour les classes dominantes (les 1% les plus riches) qui vont verser à l’Etat, en proportion de leurs revenus, une part moindre de leurs revenus que les plus pauvres. Ce constat est la conséquence d’une faible imposition des revenus du capital qui, à partir d’un certain niveau de revenus, deviennent la principale ressource. A l’inverse si les plus pauvres vont s’acquitter d’une part plus minime de l’impôt sur le revenu, c’est la TVA (impôt dégressif car les plus pauvres consomment plus que les plus riches qui peuvent épargner) et les diverses cotisations sociales qui vont alourdir le taux d’imposition.

Or la politique menée par la droite depuis 10 ans favorise clairement la classe dominante et creuse les inégalités au détriment des plus modestes. La suppression de l’ISF, l’instauration d’un « bouclier fiscal » (bouclier contre les pulsions partageuses de l’Etat évidemment) et la suppression de tranches de progressivités pour l’impôt sur le revenu sont les mesures concrètes les plus célèbres (et non pas populaire) de cette politique cynique en faveur des plus riches.  Dans le domaine économique le gouvernement et les députés de la majorité ont eu la main lourde sur les allègements d’impôts pour les entreprises. Les exonérations de cotisations patronales et notamment la fameuse loi TEPA de 2007, application concrète du « Travailler plus pou gagner plus » de Sarkozy, coute chaque année plus de 30 milliards d’euros à l’Etat. Mais en plus d’être couteuse ces mesures sont totalement inefficaces : ni augmentation du pouvoir d’achat des ménages (si ce n’est de plus riches), ni réduction du chômage. De plus, dans les causes de la dette des riches nous avons aussi les nombreuses niches fiscales qui profitent aux individus qui possèdent le plus de capital et des employés pour le gérer. Enfin l’argument donné par la droite visant à faire revenir les exilés fiscaux est une plaisanterie cynique : il n’y a jamais eu autant de fuite fiscale que depuis l’arrivée au pouvoir du président des riches.

L’urgence écologique à laquelle nous devons répondre dès à présent nous oblige à repenser l’ensemble de notre système de redistribution des richesses. Une politique fiscale menée par le Front de gauche doit se faire dans l’optique d’une planification écologique nécessaire au progrès humain.

Dans cet objectif il est possible d’agir tout de suite. Commençons d’abord par revenir sur l’ensemble des cadeaux de la droite à ses amis de la classe dominante : on supprime le bouclier fiscal, on augmente l’ISF et l’impôt sur les revenus du capital. Pour lutter contre la recherche de la profitabilité financière à court terme, le Front de gauche taxera les revenus financiers des entreprises. En faisant cela nous rendrons moins rentable les placements sur les marchés boursiers et plus rentable le véritable investissement productif. Cette mesure est une manière de favoriser la relocalisation de l’économie. De plus, mettre en place des mesures de modulation des taux de l’impôt sur les sociétés ou sur les cotisations sociales en fonction des objectifs et comportements d’une entreprise permet de favoriser une finalité sociale. En effet, les entreprises seront incitées à réaliser une production de qualité, localement en favorisant l’augmentation des salaires plutôt que des dividendes car tout comportement contraire au bien être collectif sera couteux pour elles. L’objectif n’est pas de punir mais d’inciter à la production visant à la satisfaction des besoins humains.

Enfin une mesure semble incontournable de toute politique fiscale écologique : l’instauration d’un revenu maximum autorisé. L’accumulation sans fin de richesse est une des causes, par le gaspillage et la consommation ostentatoire, de la destruction de la planète et il apparaît facile d’y remédier. Si les autres candidats semblent refuser toute hausse d’impôt pour les plus riches (la dernière tranche d’imposition à 45% proposée par François Hollande me paraissant presque être une provocation), rappelons que le principe d’une « imposition confiscatoire » n’est pas nouveau. Durant la période Roosevelt, que personne ne soupçonne être de gauche, le taux d’imposition des plus riches était de 91%. Ce n’est que Ronald Reagan qui dès son élection en 1980 a décidé de le baisser. Le projet du Front de gauche prévoit donc un revenu maximum à hauteur de 20 fois le revenu médian, c’est à dire à 360 000€ par an. Car finalement, aucun besoin humain véritable ne nécessite de gagner plus que ça. Et puis si ça ne plait pas à certains, qu’ils s’en aillent ! Le Trésor public, sur le modèle des Etats-Unis, leur fera payer la différence entre ce qu’ils payent dans le pays où ils vivent et ce qu’ils auraient du payer s’ils étaient restés en France, ça ne sera que le juste retour des choses pour avoir profité pendant un certain temps du système social et des services publics du pays.