L’hypocrisie de l’éco-quartier

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 L’éco-quartier est le concept à la mode chez les élus locaux en matière d’aménagement. Symbole de modernité pour la collectivité locale qui porte le projet, il permet aux édiles de ces dernières de mettre en avant leur « fibre » d’environnementaliste et d’attirer les voix des citoyennes et citoyens toujours plus sensibles aux conséquences néfastes des activités humaines sur l’environnement. Développer un éco-quartier sur son territoire est une des plus efficaces façons de témoigner de sa propre prise de conscience et par la même occasion, et de manière bien évidemment fortuite et non-calculée, de mettre en place une stratégie de marketing territorial orienté vers les classes moyennes supérieures. C’est à dire vers les « dominés de la classe dominante », qui échappent, pour le moment, à la crise économique et qui disposent de revenus suffisamment importants pour envisager un changement de leur mode de consommation vers du « responsable » et de « l’éthico-biologique ».  Or cette volonté de tout transformer en vert, en espérant tirer profit du marketing territorial, conduit à  labelliser « éco » et « durable » tout et n’importe quoi, et notamment des projets parfaitement anti-écologiques, productivistes et ségrégatifs.

 Car il ne faut pas grand chose pour transformer un projet urbain « traditionnel » en projet urbain « éco-quartier ». J’entends par là que les obligations légales à la labélisation sont bien minces et engagent peu les décideurs et les maitres d’œuvres. Ces obligations concernent avant tout des mesures techniques telle que des obligations en termes d’isolation thermique avec les fameuses normes BBC (bâtiments basse consommation) et HQE (haute qualité environnementale), l’utilisation de matériaux « écologiques », ou des procédés de récupération et de traitement des eaux de pluies, de transformation de l’énergie solaire ou éolienne  en électricité, etc. Les projets les plus avancés doivent être à « énergie positive », c’est à dire créant plus d’énergie qu’ils n’en consomment. Je suis conscient de l’importance de ces procédés techniques pour réduire les impacts anthropiques sur la planète mais je suis également conscient des éléments, au moins aussi importants, qui sont mis de côté, voire passés sous silence.

Derrière les procédés techniques et les composants des projets urbains d’éco-quartiers tels que la valorisation des trames vertes et bleues, ou la création de voies de circulation douce, parfaitement consensuels et donc ne créant pas de vagues électorales, d’autres enjeux sont dissimulés.  Si les consciences évoluent et commencent à accepter de plus en plus que l’on pose la question de la densité urbaine (à la condition légitime qu’elle soit « bien faite » et qu’elle ne soit pas synonyme de promiscuité), souvent en raison de la mise en place ou de l’amélioration des transports publics qu’elle permet, d’autres questions n’ont pas le droit de parole. Ce sont en particulier celles tournant autour des « stratégies de peuplement », avec comme corolaire la question du nombre de logements sociaux dans ces quartiers, mais également celles concernant la place de la voiture dans la ville, et particulièrement le nombre de places de stationnement accordées à chaque logement. Ces deux questions sont aussi importantes que celles touchants à l’isolation thermique ou aux matériaux utilisés mais font rarement l’objet de réflexion dans la création d’éco-quartier car jugées trop sensibles pour les décideurs ; les élus ayant peur de froisser la susceptibilité de quelques habitants réactionnaires et égoïstes qui refusent de voir des pauvres vivres à leur proximité.

Mais l’hypocrisie des éco-quartiers ne s’arrête pas là. En effet, créer un éco-quartier c’est également un moyen de se donner « bonne conscience » en refusant de voir les relations directes entre le développement du modèle productiviste capitaliste et les dégradations de l’environnement. C’est cantonner le problème à un niveau local, voire individuel en pointant l’égoïsme de ceux qui ne font pas l’effort de vivre dans un éco-quartier, pour ne pas avoir à se poser des questions globales. Questions qui se poseraient plus facilement à des échelles plus vastes.  Jamais la question de la répartition des richesses, pourtant condition centrale à la mise en place d’une réelle et efficace politique écologique, n’est abordée.  Elle n’est jamais abordée car les publics cibles des projets d’éco-quartier sont les catégories sociales « supérieures », celles qui recherchent un entre soi protecteur, loin des classes populaires et de la « mauvaise image » qu’elles véhiculent.

Les projets d’éco-quartiers s’inscrivent pleinement dans les standards de l’aménagement capitaliste. Ils sont la plupart du temps réalisés par les grandes entreprises de travaux publics, trustant l’ensemble des marchés publics, ils permettent d’augmenter sensiblement la valeur immobilière des terrains et font donc s’enrichir les spéculateurs, et ne sont pas dénués de grands espaces commerciaux, ces derniers devenant les espaces publics de référence. Label « Eco-quartier » ou pas, le PPP (Partenariat Public Privé), la privatisation des espaces publics, et la prévention situationnelle, restent des modèles dominants en matière d’aménagement, et les aménageurs sont peu nombreux à pointer la contradiction.

On observe donc, de manière schématique, une polarisation entre les classes supérieures qui se concentrent dans les centres-urbains et les éco-quartiers, et les classes populaires dans les quartiers populaires et les banlieues péri-urbaines. Or ce modèle de développement ségrégatif n’est ni soutenable écologiquement, ni soutenable socialement. Nous devons sortir d’une logique d’aménagement urbain s’appuyant sur des « projets modèles » pour passer à une logique planifiée d’ensemble. Pour être véritablement écologique l’aménagement territorial doit être pensé dans une politique globale éco-socialiste de rupture avec le modèle capitaliste. Il ne s’agirait plus uniquement de chercher à préserver l’environnement par des mesurettes techniques et consensuelles, mais de prendre en compte la planification territoriale, à l’ensemble des échelles, dans une stratégie de redistribution des richesses, de dé-financiarisation, d’exigence démocratique, et de planification écologique pour réduire nos consommations énergétiques.

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Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

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A partir de demain commencera le troisième Congrès du Parti de Gauche. A cette occasion je vous invite à lire la contribution que j’ai co-rédigé avec Rémi Vincent, camarade toulousain spécialiste des questions de prévention de la délinquance, de sécurité et de tranquillité publique. Je vous invite par ailleurs à lire sa tribune publiée aujourd’hui dans le Journal Toulousain en réaction aux propos de Moudenc, député de Toulouse et candidat UMP aux municipales de 2014.

 

Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

La question de la sécurité de nos concitoyens est une question trop sérieuse pour la laisser entre les mains de nos adversaires et des lobbyistes du secteur. Pour nous, l’inclusion de la question de la sécurité dans la question sociale est nécessaire pour compléter notre logiciel politique, et ce pour différentes raisons :

1. les inégalités sont facteurs d’apparition de processus délinquants ;

2. le sentiment d’insécurité et la délinquance frappent davantage les plus vulnérables ;

3. le libre-échange capitaliste engendre des trafics transfrontaliers ;

4. l’économie parallèle est plus exploiteuse encore que l’économie officielle ;

5. le service public de la sécurité est touché par la réduction de ses moyens et sa privatisation ;

6. le lieu le plus dangereux est le foyer familial, ce qui nous ramène à la lutte féministe ;

7. les policiers sont des travailleurs dont les tâches sont aujourd’hui souvent déshumanisantes ;

8. la politique pénale d’enfermement est contraire à nos combats humanistes ;

9. les quartiers « difficiles » et les « classes dangereuses » sont maintenus dans cette ségrégation sociale et géographique.

Nous survolons plus ou moins ces différentes façons de lier ces deux questions, en espérant que le Parti de gauche puisse davantage assumer les débats sur ce sujet.

1. Les villes face à la délinquance : exclusion géographique, déclassement et sentiment d’insécurité

1.1 L’abandon des quartiers populaires

1.1.1 Misère sociale et exclusion géographique

Le capitalisme financiarisé a cette particularité d’inscrire les inégalités dans l’espace, cette inscription spatiale se traduisant par une ségrégation sociale entre les différentes villes mais également à l’intérieur même des villes, entre les quartiers. Tandis que les plus riches ont accès aux territoires les plus agréables, aux centres-villes avec leurs équipements, services et commerces variés de proximité, les plus pauvres sont parqués dans des territoires de seconde zone, véritables ghettos urbains abandonnés des services publics et des entreprises.

La population des quartiers populaires est plus qu’ailleurs touchée par le chômage et a comme unique perspective celle de la précarité à perpétuité. Cette exclusion géographique et sociale du peuple, couplée à un marché du logement dominé par les logiques spéculatives de préservation de « l’entre-soi » de la classe dominante, contribuent à entretenir un cercle vicieux de relégation et de ghettoïsation.

1.1.2 Sentiment d’abandon et d’insécurité

De cette situation d’insécurité sociale naissent les conditions favorables d’un développement de différentes formes de délinquances et d’incivilités, causant elles-mêmes un fort « sentiment d’insécurité ». C’est le capitalisme ses rapports d’exploitation et d’exclusion des plus faibles, qui crée chez les individus un sentiment d’abandon, qui peut être renforcé par une stigmatisation ethnique ou sociale (celle-ci entraînant elle-même des comportements de repli communautaire.)

Dans ces quartiers délaissés par la République, laissés à leurs habitants qui sont rendus à « autogérer leur misère » pour beaucoup d’entre eux, se développe une économie parallèle de trafics. Cette économie, constituant un palliatif au chômage de masse, est plus violente encore vis-à-vis de ses travailleurs que le capitalisme « officiel » et assure enfin aux exclus du marché de l’emploi d’intégrer la norme de consommation du capitalisme. De plus, chaque jour, la publicité institue la richesse ostentatoire comme marque de réussite personnelle.

1.2 Les doctrines sécuritaires à l’œuvre dans les villes

1.2.1 La prévention situationnelle : vidéosurveillance et urbanisme

Le développement des comportements délinquants étant avant tout un produit des conditions sociales, agir uniquement sur l’urbanisme pour régler le problème d’insécurité est illusoire. L’idéologie anglo-saxonne de la « prévention situationnelle » comme modèle à l’action publique d’aménagement relève pourtant de cette logique. Elle part du principe qu’on ne peut pas empêcher le crime ou le délit, mais que l’on peut le rendre plus difficile à réaliser ou plus risqué pour son auteur, via des aménagements publics ou privés particuliers.

Cette doctrine, qui domine aujourd’hui chez les élus locaux et les cabinets de conseil, pousse à la production d’espaces standardisés, purement fonctionnels où aucune place n’est laissée à une appropriation différente que celle prévue par l’aménageur. Elle promeut l’utilisation de contrôles informatisés et déshumanisés pour lesquels les caméras de vidéosurveillances ont un rôle prépondérant (et dont l’absence d’efficacité pour élucider, prévenir passage à l’acte ou pour rassurer les habitants a été démontrée par plusieurs études scientifiques). Or, en refusant de s’attaquer aux causes « réelles » de la délinquance cette réponse est purement « superficielle ».

1.2.2 Police réactive et répressive

La police d’aujourd’hui est une police « réactive » car ses missions de « police secours » constituent la majorité de ses interventions sur le terrain. Ayant pour rôles principaux de maintenir/rétablir l’ordre ou de faire cesser les infractions, elle ne se voit que trop peu confier des objectifs de proximité et d’investigation.

La raison fondamentale est d’abord le manque de moyens humains, ne permettant pas pour une unité locale d’assurer à la fois les missions de police administrative, judiciaire, de secours et de proximité.

Cette raison a été légitimée et entretenue par l’acceptation doctrinale selon laquelle le rôle de la police, c’est de « combattre les méchants. »

2. Quand nous serons aux responsabilités : réponses républicaines et solutions sociales

2.1 Résoudre la question sociale

2.1.1 Abolir la pauvreté et la précarité

Ne nous berçons pas d’illusions, jamais nous ne règlerons la question de la délinquance sans avoir régler la question sociale.

La réponse sociale doit être posée sur le long terme, doit être la lutte contre le chômage et contre la précarité, et la première réponse que doivent apporter les dirigeants face au phénomène de la délinquance. Le combat contre le capitalisme et ses normes d’accumulation et de compétition est la première étape vers une pacification de la société.

L’abolition de la pauvreté comme du précariat doit passer par une politique claire de rupture avec le capitalisme financiarisé. A l’opposé des politiques libérales (de droite et de gauche) nous devons proposer une relance de l’activité garantissant le respect des individus comme de l’écosystème, mettant en avant le travail et la satisfaction des besoins contre les intérêts financiers d’une petite minorité de possédants.

2.1.2 Assurer le respect de la règle par l’éducation et la démocratie

La règle est, en République, la condition du respect de l’intérêt général, car la loi dit ce qui est bon pour tous.

Régler la question sociale, c’est-à-dire abolir la pauvreté et la précarité, devra s’accompagner selon nous d’un objectif de refondation de la nation (en tant qu’entité rassemblant des individus se sentant liés par leur égalité, et surtout souhaitant partager le même avenir), seul moyen efficace de lutter contre la prolifération de comportements communautaristes.

Nous proposons donc que l’Ecole et la démocratie soient mises en avant dans ce but également. Assurer le respect de la règle, c’est d’abord s’assurer de sa légitimité et de sa bonne compréhension en tant que condition d’égalité et de liberté.

La démocratie directe, l’élection à la proportionnelle des représentants de la nation et le développement de la participation des citoyens à la vie de la cité auront cet impact sur la légitimité de la règle de droit. L’Ecole –nationale et publique- aura cet impact sur l’étude de l’intérêt général.

2.2 Mener une politique pénale et de sécurité au service de l’intérêt général

2.2.1 Faire une police au service des citoyens

La fonction de police est une fonction d’intérêt général, qui doit être assurée dans un objectif de service public : gratuite, publique et pour tous. Elle assure le maintien de l’ordre, la sécurité des biens et des personnes, la tranquillité publique, la salubrité publique et le respect des droits fondamentaux.

Cette fonction connaît des dérives insupportables (ex. dictature et manipulation des statistiques) et, dans le même temps, que les fonctionnaires de police vivent de plus en plus mal.

Une police de proximité, ce sont des unités au plus près de la population, aux relations pérennes et pacifiées avec la population, ce sont des policiers formés comme de véritables « généralistes » qui pourront apporter une réponse aux problèmes quotidiens des habitants d’un quartier (orientation, prise de plainte, remontée de doléances aux élus…)

Il faudra faire disparaître les dérives (discriminations, familiarités…) ou lacunes actuelles (ex. l’accueil des femmes victimes de violences sexuelles) qui portent atteinte à l’égalité des droits et à la cohésion sociale.

2.2.2 Utiliser la peine et son sens pour lutter contre la réitération

La frénésie pathétique de la logique « un fait divers = une loi », a tenté de nous faire avaler que l’alourdissement d’une peine aurait pour conséquence la dissuasion des potentiels auteurs.

L’enfermement, qui est la règle aujourd’hui, montre ses limites (en terme de taux de récidive et de réitération) pour de nombreuses « catégories » d’infractions et d’auteurs (bien que les magistrats disposent de nombreuses alternatives à l’enfermement et aux poursuites et qu’ils les utilisent.)

Nous devons assumer la proposition d’un renversement du sens de la peine, qui ne doit pas uniquement punir, mais surtout améliorer la situation de fait qui est née de la commission de l’infraction.

L’auteur peut être en état de potentielle rupture d’insertion dans le tissu social. C’est à cette dernière rupture que la peine doit en priorité s’attaquer. Et elle ne pourra le faire qu’à la condition que les moyens de la justice soient augmentés (en particulier ceux de l’administration pénitentiaire, dont les services d’insertion et de probation.)


Des îlots de richesses et des ghettos de pauvreté

De nombreux observateurs s’accordent pour dire que le taux de pauvreté moyen (calculé à partir du seuil de pauvreté,  définit pour sa part à 50 ou 60% du revenu médian national) ne cesse d’augmenter dans de nombreux pays européens (du « sud » en particulier), d’abord du fait de la crise financière et économique, puis à cause des politiques d’austérité misent en place par la « Troïka » (Commission européenne, FMI et Banque centrale) qui contractent l’économie. Si la France voyait son taux de pauvreté se réduire depuis les années 1970, l’arrivée au pouvoir de la droite en 2002 et la crise de 2008 ont inversées la tendance. En 2010, date de la dernière enquête de l’INSEE, le nombre de personnes pauvres était de 8,6 millions (calculé à 60% du revenu médian), c’est à dire très proche de 1975 où les personnes touchées étaient 9 millions. Or comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, le budget d’austérité voté par l’Assemblée nationale visant à respecter d’absurdes principes budgétaires dictés par l’Union européenne, va assurément contribuer à dégrader cette situation.

Mais la pauvreté a cette caractéristique de n’être pas répartie également sur l’ensemble du territoire. Alors que certaines villes sont épargnées, d’autres ont un taux de pauvreté proche de 50%. Et la situation semble condamnée à s’empirer. Les villes les plus touchées par la pauvreté sont d’abord les villes  de province en déclin industriel. Par exemple avec un taux de pauvreté de 46% la ville de Roubaix est en tête d’un classement réalisé par le bureau d’étude Compas en aout 2012. Les villes de Mulhouse, Béziers et Calais sont également dans le haut du peloton avec plus de 30% de pauvre dans chacune d’elle.  Ces taux extrêmement importants sont le résultat des politiques de désindustrialisations, menées par les gouvernements de droite mais non contredites par la gauche sociale-libérale au pouvoir depuis mai 2012, condamnant les travailleurs au chômage ou à la précarité.

Les villes en périphérie des grandes agglomérations (de Paris en particulier) sont aussi particulièrement touchées. Celles-ci concentrent des populations qui ont été éjectées de Paris par la hausse continue des prix de l’immobilier et par les différents processus de gentrification, visant à « requalifier » les quartiers populaires pour y attirer des ménages plus riches. Les populations les plus pauvres se concentrent dans les quartiers populaires dit « en politique de la ville » dont il est très difficile de sortir : à la fois parce que les transports publics y sont trop rachitiques mais aussi parce que le « quartier », par les solidarités qu’il met en œuvre, apporte un sentiment de protection face à un « extérieur » menaçant. De la même manière que pour les communes en déclin industriel décrites précédemment, c’est la raréfaction des formes stables d’emplois, causant chômage et précarité, qui explique en grande partie des taux de pauvreté important.  Ce sont par exemple les villes d’Aubervilliers, Saint-Denis, Sarcelles et Vénissieux dont les taux de pauvreté sont supérieur à 30% de la population totale.

Tandis que les grandes villes françaises ont généralement des taux plus élevés que la moyenne nationale métropolitaine (15%) en raison de leur attraction en terme d’emploi et d’équipements (Lille 27%, Marseille 26%, Nice 20%, Toulouse 19%, Bordeaux 18%, Rennes 18%, Paris 16%, Lyon 15%), les communes qui disposent le moins de pauvres sont celles où les revenus sont les plus importants et où les stratégies de démarcation sociale sont les plus fortes. Des villes de l’Ouest parisien comme Neuilly-sur-Seine, Versailles et Rueil-Malmaison ont moins de 7% de pauvre sur leur commune. Cette situation s’explique par les barrières physiques politiques misent en place par les municipalités pour empêcher les plus précaires d’habiter ces territoires ségrégés, par exemple en limitant la mixité sociale en empêchant la construction de logements sociaux.

Lutter contre la pauvreté demande de lutter sur plusieurs fronts. Nos territoires meurent d’avoir vu partir des instruments de production à l’autre bout de la planète, condamnant une grande part des travailleurs formés et qualifiés au chômage ou à des emplois précaires, ne permettant pas d’appréhender l’avenir. Il est urgent de mettre en place une politique de relocalisation des activités dans une politique globale de planification écologique. Avoir une activité industrielle locale fait vivre un territoire en donnant du travail (ce qui se répercute sur d’autres secteurs d’activité) et est bon pour la planète car limite les émissions de gaz à effet de serre liées au transport. Le deuxième élément est celui des salaires. Le salaire minimum est aujourd’hui à peine 200 euros plus élevé que le seuil de pauvreté. En l’augmentant significativement c’est l’ensemble de l’économie qui trouve une respiration car l’agent circule et alimente des activités diverses (car les travailleurs les plus pauvres ne spéculent pas sur les marchés financiers, mais utilisent plus de 90% de leur salaire pour consommer des biens et services). Il en va de même pour les différentes aides sociales destinées aux personnes exclues du marché de l’emploi pour différentes raisons. Enfin d’un point de vue territorial, il apparaît nécessaire de mettre tout en œuvre pour lutter contre la ségrégation sociale qui maintien les territoires en souffrance dans des cercles vicieux dont il est très difficile de sortir. Lutter contre la pauvreté c’est répondre à une urgence sociale mais c’est aussi un moyen de faire bifurquer notre économie vers un mode de production plus respectueux de la planète et de ses habitants.


Des méninges remuées et des perspectives, l’exemple des fablabs

La remise en route après la période estivale est toujours difficile. Or cette année elle l’est encore plus particulièrement. L’année scolaire dernière fut une intense période électorale et il est normal de faire une pause pour se vider l’esprit et se détendre. Néanmoins cette rentrée est motivante par les perspectives politiques qu’elle ouvre. L’absence de volontarisme politique, catastrophique vis à vis des attentes populaires de la part du pouvoir dit « socialiste », ainsi que l’absence d’élection cette année ouvre des débouchés intéressants dans l’élaboration de mesures programmatiques, celles-ci devant être des traductions concrètes des principes de la République sociale à laquelle on inspire (la fameuse « radicalité concrète » appliquée par les élus du Parti de gauche et du Front de Gauche).

Le « Remue-Méninges du Parti de Gauche » puis les « Estivales du Front de Gauche » ont marqués la fin d’une séquence politique particulière, mais également, par les différents débats et rencontres, éclaircis l’horizon et définis les aspects généraux d’une véritable politique de gauche, pour les élections municipales et les territoriales de 2014. Parmi les ateliers auxquels j’ai assistés lors de ces quatre jours, je souhaite revenir sur un en particulier, car celui-ci est l’exemple même de cette radicalité concrète, possible et applicable. Je reviens donc sur un atelier consacré aux fablabs (contraction anglaise de laboratoire de fabrication) qui fut animé par la brillante camarade Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale à l’écologie au Parti de gauche et rédactrice du blog « Les petits pois sont rouges ». Avant de rentrer dans le détail signalons que les fablabs sont également appelés ateliers, recycleries  ou ressourceries communales et peuvent prendre des formes variées, en fonction de la situation et des capacités locales.

Les fablabs, hérités de la tradition DIY (Do It Yourself : « fais le toi même ») apparaissent comme un moyen efficace de lutter contre la société productiviste qui pousse à une surconsommation matérielle et qui a des conséquences désastreuses, sur l’environnement et les conditions sociales. En mettant en avant le recyclage et la réparation d’objets « démodés » ou « obsolètes », c’est l’essence même du système, basé sur l’obsolescence programmée, qui est remise en cause. Il ne s’agit plus de jeter mais de réfléchir comment un objet quelconque peut être réutilisé et ainsi éviter les gaspillages.  Mais créer un fablab sur une commune permet également de se réapproprier des savoirs et des compétences productives, savoir-faires qui disparaissent à mesure que les emplois sont délocalisés à l’autre bout du Monde. De plus, cela permet d’amener un changement dans les mentalités en offrant réflexion sur l’utilité sociale et « réelle » des produits consommés. Les fablabs fournissent également un espoir important (quoiqu’il puisse paraître un peu trop « techniciste »), grâce au développement des « imprimantes 3D », de pouvoir produire, via un partages de manière libre de plan de fabrication sur internet, des pièces nécessaires à la réparation d’objets divers. Pièces qui ne sont plus forcément conçues par les fabricants officiels, ce qui rend de fait, impossible la réparation. Enfin, les laboratoires de fabrications permettent également de redynamiser un quartier, une ville ou un territoire rural laissé à l’abandon. En effet, cette forme de « bricolage moderne » favorise le lien social et peut jusqu’à permettre l’intégration (ou la réintégration) par le travail d’individu(e)s qui s’en sont éloigné(e)s. La souplesse des formes et fonctions des ateliers communaux permettent d’envisager de nombreux projets et ainsi, d’offrir une réponse adaptée à chaque difficulté locale.

Je ne rentre volontairement pas d’avantage dans les détails car ce point (avec beaucoup d’autres) est traité magistralement dans l’ouvrage « Terre de Gauche, abécédaire des radicalités concrètes », coordonné par Gabriel Amard, venant de sortir aux éditions Bruno Leprince, dont certains des contributeurs sont des amis, mais tous des camarades. L’atelier comme le livre sont pour moi une véritable bouffée d’air pur. En effet, tandis que le TINA (« There is no alternative ») libéral semble triompher partout, et notamment au PS et chez ses supplétifs muselés, le Parti de Gauche et plus globalement le Front de Gauche nous montrent qu’il est toujours possible de résister à l’ordre capitaliste dominant… à condition de le vouloir.


Aménager c’est planifier !

Dans le palmarès des concepts politiques les plus mal compris et interprétés, celui de « planification » occupe une place centrale. Il n’y a qu’à voir les réactions des libéraux, pendant la campagne présidentielle, à la proposition du Front de gauche de planification écologique pour s’en rendre compte. En effet, nous avons été taxé plus d’une fois de « soviétique »,  de manière idiote et inculte, par la droite et l’extrême droite, mais également par les membres du parti dit « socialiste » et d’Europe dit « écologie » – les verts (qui pourtant, quelques mois plus tôt, avaient voté la proposition de loi en faveur de la planification écologique à l’Assemblée nationale, allez comprendre …). Si le concept de planification donne des boutons aux penseurs de l’économie (socio)libérale, c’est qu’ils considèrent le Marché comme horizon indépassable de l’action politique. Pour eux, il ne peut pas y avoir d’interventions d’autres acteurs que les offreurs et les demandeurs à un instant T, et tant pis si, dans ces conditions, seul le court terme a son mot à dire. Car c’est bien ça dont il est question lorsque l’on parle de planification : la prise en compte du temps long, le temps à l’échelle de la planète et des humain-e-s. De plus, l’argument taxant les partisans de la planification de militants au service de l’URSS, ne tient pas une seconde : la planification est partout et notamment dans les entreprises. Dans ces dernières les dirigeants se fixent des objectifs à différentes temporalités (court, moyen et long termes), exactement de la même manière que les états, il y a quelques dizaines d’années.

Mais c’est bien au niveau de l’aménagement du territoire que l’action de planifier est fondamentale. Dans ce cadre chaque acte et/ou construction relève du long terme, avec des objectifs qui dépassent souvent le demi-siècle voire bien davantage. Dans ces conditions le « marché libre et non faussé » se révèle bien incapable de produire un urbanisme cohérent et durable. Nous en avons la traduction physique visible avec l’étalement urbain, souvent produit à partir de potentialités foncières incontrôlées.

En aménagement du territoire, il y a de nombreux domaines où l’on ne peut pas se passer de planification. Dans la construction de logements par exemple où, d’autant plus dans un contexte de forte tension comme nous le connaissons aujourd’hui, il faut chercher à prévoir les besoins futurs en fonction de nombreux paramètres comme la croissance démographique, l’attraction de la commune et le desserrement des ménages (nombre de personnes par ménage qui diminue en raison de comportements sociétaux particuliers telles que les décohabitations). Ces différents paramètres nous permettent de construire des scénarios politiques pour définir le nombre de constructions futures et le type de logements à construire. En matière de politique de transport, la planification est aussi fondamentale car, seulement elle, permet de prendre en compte la crise écologique et l’affaiblissement des ressources en énergies fossiles, dont les villes dépendent, pour mettre en place une politique de transport public écologique. Enfin, planifier sur le long terme permet également de prévoir un nombre suffisant d’équipements et espaces publics et lutter contre la transformation des villes et des quartiers en dortoirs géants, anxiogènes et affaiblissant les sentiments de solidarités pourtant nécessaires à la société humaine.

Mais planifier c’est également fixer un cadre politique à l’aménagement, car laisser faire le marché c’est laisser le hasard et la spéculation décider à la place de la population. Or, c’est le citoyen qui doit être le seul décideur du futur de sa ville car lui seul peut agir en faveur de l’intérêt général. Faire du citoyen le maitre à bord des politiques d’aménagement c’est aussi palier à une défaillance du système politique représentatif qui fait que le temps électif, c’est-à-dire celui du mandat de l’élu, n’est pas forcément compatible avec celui du long terme urbanistique. Trop souvent les élus locaux ont tendance à être frileux vis-à-vis de l’action politique de peur de froisser leur électoral. Et ceci est particulièrement vrai dans les petites communes en matière de construction de logements (sociaux ou non). Si interdire le cumul des mandats dans le temps est le début d’une solution, l’aboutissement ne pourra se faire qu’à partir du moment où le peuple prendra le pouvoir directement. A l’échelle du quartier, de la commune ou de l’intercommunalité cela peut se faire notamment en généralisant des outils tels que le referendum local ou avec des conseils ayant un véritable rôle de décision. Il s’agit d’ouvrir de nouvelles portes en matière de démocratie locale tout en globalisant les questionnements (car n’oublions pas que la quasi-totalité des questions locales relèvent de problématiques nationales voire internationales).

La prise en compte du temps long en matière d’aménagement ne pourra se faire que si le peuple s’approprie ces questions. Or cela nécessite une population plus éduquée politiquement et cela nous renvoie encore une fois à l’impératif d’éducation populaire.


Vers une conception urbaine plus humaine ?

Se questionner sur la forme urbaine peut sembler à première vue une préoccupation de techniciens, ceux-ci bien souvent trop éloignés des réalités concrètes vécues par les habitants des quartiers conçus de toutes pièces. Qui ne s’est jamais dit que telle réalisation architecturale ou urbanistique n’est pas faite pour que des femmes et des hommes puissent y vivre de manière correcte. Si ces réalisations peuvent être réussies sur le plan esthétique elles peuvent en revanche être un cauchemar pour les habitants. L’urbaniste ou l’architecte ne doivent plus se considérer sur un nuage déconnecté de la réalité, où seul importe de pouvoir briller dans l’entre-soi des salons, mais prendre en compte les préoccupations habitantes dans les débats qui concernent la création de la « ville que nous voulons ».

Il faut en effet sortir d’un mode de conception où l’esthétisme a une valeur prépondérante sur tous les autres éléments. Rien ne sert de s’extasier sur des dessins fastueux agrémentés de silhouettes humaines impersonnelles et artificielles, plus proche du cliché de la vie occidentale fantasmée que de l’exactitude de la population locale, si c’est pour créer un territoire anxiogène. Si ces silhouettes ont normalement la mission de rendre l’espace (encore) virtuel plus vivant, l’effet produit est inverse : on sent le quartier habité par des spectres.

Si on cherche à ajouter du vivant à un projet urbanistique ou architectural qui ne l’est pas,  c’est le contraire que le bon sens voudrait que l’on fasse. Nous ne devons pas oublier que les premiers acteurs de la construction d’un quartier sont les habitants et les travailleurs. Ce sont les femmes et les hommes qui, respectant ou non la fonction imaginée par le concepteur d’un espace, qui vont choisir comment celui-ci va leur servir dans la vie quotidienne. A l’inverse une conception plus « sociale » de la ville doit se faire en prenant en compte les modes de vie des populations concernées. De plus, cela permettra, en anticipant les transformations liées aux usages, de concevoir des quartiers et des équipements durables. Comme en science économique, la théorie classique ne fonctionnant pas car basée sur des théories modélisées erronées, la conception urbanistique ne doit pas se faire selon des modélisations simplistes mais en partant de la réalité, du vécu quotidien.

De manière plus concrète cela sous entend que le technicien doit prendre en compte l’histoire d’une ville ou d’un quartier. Les représentations collectives des habitants jouent en effet beaucoup dans le ressenti et dans l’appropriation d’un nouveau projet. L’attachement d’un individu à son quartier, à son immeuble est la résultante d’une construction historique personnelle. Au lieu, et comme c’est encore trop souvent le cas, d’imposer un renouvellement voire une destruction « par la force », il apparaît plutôt nécessaire de coproduire le futur avec les habitants. Par ailleurs, à travers la France, de nombreux exemple de mobilisation d’habitants contre la destruction de leur immeuble, jugé inesthétiques ou sociofuge par les « experts », montre l’attachement de ceux-ci à leur ville et à leur quartier.

Enfin la conception urbaine ne peut se faire que par le biais d’une planification. Comme en matière de transition écologique des activités industrielles et commerciales, créer la ville ne peut se faire que sur un temps long. Planifier permet de dépasser la logique capitaliste de recherche de profitabilité à court terme mais aussi de surmonter l’inconvénient de la brièveté d’un mandat politique. En effet, si la conduite d’un projet urbain doit être impulsée par les élus, ce sont les citoyens qui doivent être les concepteurs réels de celui-ci et finalement avoir le « dernier mot ». Cette manière de planifier en mettant au centre de décision les citoyens désarme l’argument du cumul des mandats dans le temps qui serait nécessaire pour garantir la bonne application du projet. Or cette participation citoyenne demande un développement des instances de démocratie participative à tous les niveaux de décision.

En proposant une 6ème République, le Front de gauche est aujourd’hui la seule force politique à répondre à cet impératif démocratique qui est une solution pour garantir la qualité des projets urbains menés sur les territoires, qualité qui permettra à son niveau d’ajouter une pierre à l’édifice de la lutte contre la ségrégation spatiale et l’exclusion sociale.


Article 1, Brève présentation

Bonjour à tous.

L’envie de tenir un blog parcourait mon esprit depuis quelques temps, j’ai décidé de franchir la marche. Je ne garanti pas sa persistance dans la durée car je sais ô combien c’est un exercice difficile et j’éprouve la plus grande admiration pour toutes celles et ceux qui le font de manière régulière, pour notre plus grand plaisir de lecteur.

Je suis actuellement étudiant en Master d’aménagement du territoire à l’Université d’Evry et passionné par les questions urbaines au sens large. Trop souvent celles-ci sont abordées sous un angle technique et avec des politiques ciblés alors qu’elles devraient être démocratiques et relever du droit commun. Mon engagement politique au Parti de Gauche (et donc au Front de Gauche) relève d’une volonté d’agir de manière globale pour l’intérêt général. J’espère modestement, par le biais de ce blog, donner quelques clés de compréhension des diverses problématiques urbaines et citoyennes.

Le discours médiatique dominant en matière d’aménagement du territoire nous fait encore croire trop souvent que la «Politique de la ville» va permettre de régler l’ensemble des problèmes que connaissent les quartiers en déshérence sociale. Or pour moi, et c’est le sens de mon combat, il serait plutôt nécessaire de dépasser les logiques marchandes / capitalistes, pour répondre aux préoccupations des populations. En effet, celles-ci ne demandent qu’à vivre dignement, contre toute stigmatisation.

Néanmoins, contrairement à ce que l’on cherche à nous faire croire, les questions  actuelles en matière d’aménagement du territoire ne se concentrent pas uniquement dans les quartiers d’habitats sociaux de «banlieues», mais concernent aussi les espaces péri-urbains et ruraux. Ces derniers ont, et auront, un rôle prépondérant à jouer dans la «transformation qui vient» en ce qui concerne la mise en place d’une planification écologique.

La mise en place de ces politiques ne pourra passer que par un dépassement de l’économie capitaliste. En proposant une radicalité concrète le Front de Gauche est, à mes yeux, le mieux à même à réaliser cet objectif.

J’espère pouvoir avec ce blog, profiter de la chance que l’internet libre nous offre, pour m’exprimer sur l’ensemble des sujets qui me tiennent à cœur.

En espérant ne pas vous décevoir.