Et si on supprimait la Politique de la ville ?

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Les député-e-s ont approuvé mercredi 27 novembre en première lecture le projet de loi “Ville et cohésion urbaine”, présenté par François Lamy, réformant la Politique de la ville. L’abstention des députés Front de Gauche sur ce texte apparaît être une position tout à fait pertinente tant ce texte, sans être particulièrement mauvais, n’est absolument pas à la hauteur des enjeux économiques, sociaux et écologiques auxquels sont confrontés les quartiers dit “prioritaires”. Encore une fois, derrière les ambitions politiques affichées de faire “différent”, de mettre en œuvre le “changement”, c’est la continuité qui prévaut, la répétition des pratiques initiées par les socialistes dans les années 1980 et mises en œuvre alternativement par les socio-démocrates (devenus libéraux) et la droite. Rien de révolutionnaire donc pour cette nouvelle réforme.

Mais comment pourrait elle l’être alors qu’il est toujours privilégiée l’idée que les problèmes socio-économiques rencontrés dans les banlieues ne peuvent être réglés qu’en intervenant sur ces quartiers ? Développer un regard géographique d’échelle restreinte, sur un quartier ou une ville, empêche d’avoir une vision entière et systémique. Autrement dit, observer les inégalités sociales en partant des banlieues permet d’éviter d’avoir à s’interroger sur les conséquences néfastes globales du système capitaliste, visibles sur l’ensemble du territoire national, mais exacerbées dans les quartiers populaires et certaines zones rurales (le taux de pauvreté est 3 fois supérieur et le taux de chômage 2,5 fois plus élevé).

Le projet de loi fait mine de mettre en œuvre un véritable changement en prescrivant des modifications marginales : changement de la liste et diminution (le gouvernement reste austéritaire) du nombre de quartiers concernés, définition d’un unique critère de pauvreté pour le choix de ces derniers, pilotage des nouveaux contrats par les intercommunalités (au lieux des communes), création des “conseils de citoyens”, lancement d’un nouveau programme de renouvellement urbain, etc. Bref, rien de bien novateur. La plus grosse nouveauté s’apparente malheureusement à une hypocrisie, il s’agit de la mobilisation du “droit commun”.

Alors que cette idée semblerait être une bonne solution sur le papier, elle est parfaitement hypocrite dans le cadre actuel de la politique menée par le gouvernement de contraction de la dépense publique. Quels crédits de droit commun, c’est à dire ceux accordés par les différents ministères concernés par les actions (par exemple le ministère de l’éducation, de la justice, de l’économie sociale et solidaire, etc.), peuvent bien être mobilisés alors que le climat actuel est celui de la fermeture des vannes budgétaires (sauf pour les grandes entreprises qui profitent de la générosité du gouvernement Ayrault et du Président de la République) ?

De plus, si une forme de mobilisation des politiques de droit commun, comme pourrait l’envisager un gouvernement du Front de gauche, aurait comme conséquence de changer la vision que l’on porte sur les quartiers populaires, en “normalisant” le regard que l’on porte sur ceux-ci, le “droit commun” du gouvernement participe, au contraire, à leur stigmatisation. En effet, celui-ci repose toujours sur la définition d’une géographie stigmatisante pour les bénéficiaires, avec les conséquences négatives que cela peut avoir en matière de recherche d’emploi, d’attractivité du quartier et de “honte” d’y habiter ressentie par les habitant-e-s.

Le principal travers de la Politique de la ville est de contribuer à considérer les quartiers où elle intervient comme des enclaves où s’expriment des problématiques spécifiques alors qu’ils sont, à l’inverse, des révélateurs des conséquences humaines générale du système capitaliste. Depuis 30 ans les réformes successives ont toutes eu pour ambition d’en finir avec la question des “banlieues à problèmes”. Aujourd’hui plus personne ne se fait d’illusions, et pourtant ça continue comme avant.

La meilleure façon de rendre efficace la politique de la ville serait de supprimer la politique de la ville. Il ne s’agit pas, comme le souhaiterait les plus libéraux, d’arrêter de soutenir les associations intervenant sur ces quartiers ou d’empêcher toutes mesures de rénovation urbaine et de désenclavement, mais au contraire de mener une politique volontariste de partage des richesses pour refaire circuler le produit de la prospérité nationale et réduire le chômage, maladie endémique, notamment chez les jeunes. Nous ne devons pas avoir une vision “angélique” en croyant pouvoir supprimer la misère de tous les quartiers, mais nous devons permettre à ceux-ci de faire valoir leur rapport de force et d’exprimer leurs potentialités propres. Le paternalisme protecteur et stigmatisant n’est jamais la solution, alors que la démocratie et la répartition des richesses en font partie.

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En Politique de la ville, politique d’austérité

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S’il y a un domaine où il est urgent d’agir, c’est bien celui des quartiers populaires. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui ont, de la manière la plus évidente, signalés leurs envies de changement en votant massivement aux élections présidentielle et législatives pour les candidat-e-s de gauche. Or, encore une fois, le gouvernement solférinien n’est pas à la hauteur des attentes et des enjeux. Le projet de réforme de la Politique de la ville (qui pourrait se définir comme un ensemble coordonné d’actions publiques et crédits spécifiques visant à réduire les inégalités que subissent certains quartiers), présenté le 2 aout 2013 au Conseil des ministres par François Lamy, s’inscrit malheureusement, et comme tant d’autres projets gouvernementaux, dans une démarche d’austérité mortifère pour ces quartiers, subissant des taux de chômage et de pauvreté faramineux, des dégradations des conditions de vie et de santé et d’avantage de situation d’échec scolaire.

Initiées au début des années 1980, la Politique de la ville a connue de nombreuses réformes de plus ou moins grandes ampleurs mais jamais sans grands résultats. L’ambition du ministre délégué à la ville d’en finir avec l’inefficacité n’est évidemment pas contestable, mais l’idéologie socio-libérale sous-jacente ne peut conduire à d’autres choses qu’à l’impuissance. Si la superposition des zonages, accumulés, en même temps que les dispositifs particuliers qui y avaient recours, conduisent à un manque de lisibilité de l’action publique, la simplification ne doit pas se traduire par une baisse des moyens accordés aux différents territoires. Or, en supprimant l’ensemble des anciens zonages (les ZUS, ZRU, ZFU, territoires CUCS, etc.) pour transformer quelques-uns en « Quartiers prioritaires », c’est ce qui est fait par le ministre. Et en matière d’économie, il apparait plus difficile de toucher aux exonérations fiscales des entreprises qu’aux crédits de fonctionnement des associations, premières touchées par les baisses de dotations (qui changent de nom).

Derrière l’affichage « moderniste » d’une remise à jour de la liste des quartiers concernés il s’agit d’abord de rationaliser la dépense au profit de ceux les plus mal en point, au risque d’abandonner tous les autres, pourtant encore souvent très fragiles. Si cette liste n’est pas encore définitive, il est fortement pressenti par le gouvernement de diviser par deux le nombre de quartiers concernés par les crédits spécifiques. De la même manière, le nouveau critère de revenus risque de faire fi des différents « couts de la vie » entre les régions française. Cela confirme ce que nous savions déjà, la « modernisation de l’action publique » a un prix, et ce sont les citoyen-ne-s qui payent.

Si l’objectif économique est critiquable, la méthode l’est également. En effet, l’absence de visibilité concrète concernant la liste des nouveaux « quartiers prioritaires », et la proximité avec les élections municipales, font que sa définition subit de nombreuses tractations et discussions de couloirs entre les édiles concernés et le gouvernement. Celles-ci se faisant avec comme petite musique de fond l’échange de bons procédés et les politicailleries. Les citoyennes et citoyens, pourtant directement concernés, car vivant à plus de 8 millions dans ces quartiers, sont décidément bien loin de tout ça. De manière générale, et c’est renforcé par la réforme, le peuple est trop souvent cantonné à un rôle anti-démocratique de légitimation, comme dans les conseils de quartier ou comme dans les futurs « conseils de citoyens », où à un rôle de clientèle à satisfaire. Dans tous les cas il est exclu des processus de décision.

La Politique de la ville a sans aucun doute besoin d’une véritable réforme. Mais celle-ci ne doit pas être un prétexte à réduire les dépenses et les services accordés aux habitants des quartiers. Alors qu’elle privilégie encore trop souvent une logique urbaine, à coup de milliards pour la rénovation du bâti, elle devrait plutôt axer sa stratégie d’intervention sur l’humain, sur les habitants. Les politiques « d’amélioration du cadre de vie » et de recherche de mixité sociale, financées par l’ANRU, ont trop souvent été des prétextes à des logiques spéculatives, profitant d’abord aux gros trusts bétonneurs, sans limiter (voire en les confortant) les processus de ségrégation et de gentrification. Bien que la « mobilisation du droit commun » pour les quartiers sortant des dispositifs de politique de la ville puisse paraitre une bonne idée (elle était d’ailleurs écrite dans le programme l’Humain d’abord), elle perd toute efficacité dans un contexte d’austérité. En effet, comment mobiliser le droit commun, c’est-à-dire les politiques publiques et crédits des différents ministères, lorsque ceux-ci ne disposent même plus des moyens financiers et humains pour fonctionner normalement ?

La politique en faveur des quartiers populaires doit être une politique de droit commun. Mais elle doit être une politique de lutte contre le chômage, de relance et de réorientation de l’activité économique, d’amélioration de la vie quotidienne des habitant-e-s, de démocratisation de la vie politique, de développement de services publics, d’accès aux savoirs et à la culture, etc. Bref, elle doit être une politique de gauche, solidaire et écologique, finalement bien loin de celle présentée par le ministre délégué à la ville et qui sera sans doute avalée telle-quelle par les parlementaires, juste avant les élections municipales, en mars 2014.


Penser l’écosocialisme dans le périurbain

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Le(s) territoire(s) périurbain, parce qu’il est difficile à définir physiquement et symboliquement (il l’est souvent par une double négation « ni ville, ni campagne ») est, pour la gauche, un impensé politique. Son exclusion des réflexions idéologiques visant à l’élaboration des programmes des forces politiques progressistes, comme des stratégies d’actions spécifiques, se traduit dans les résultats électoraux par des votes largement marqués à droite, et de plus en plus tournés vers les plus réactionnaires (le FN notamment). S’il fut un temps où le vote périurbain de droite pouvait s’expliquer par la représentation numérique importante de la petite bourgeoisie, il en est autrement aujourd’hui. L’accélération du mouvement de périurbanisation depuis une vingtaine d’années fait que la moitié des communes françaises peuvent être considérées comme « périurbaines ». Parallèlement, cette forme de massification s’est accompagnée d’une paupérisation des habitants de ces espaces, de la montée d’un sentiment et de l’expression d’une peur du déclassement. Le temps du périurbain peuplé par la (frange dominée de la) classe dominante est donc révolu.

La gauche a souvent refusé de penser des programmes et des stratégies politiques spécifiques au périurbain, car celui-ci, dans l’imaginaire collectif, représente le triomphe de l’individualisme et du « way of life » étatsunien : celui de la maison pavillonnaire avec clôture et de la voiture individuelle. Peu d’histoires collectives de solidarité et de luttes sociales sont attachées à ces lieux qui sont plutôt apparentés à des « villes dortoirs », sans partage d’une vie sociale forte entre les habitants. Mais en plus de symboliser l’individualisme, le périurbain paraît être le modèle d’organisation spatiale le moins écologique, celui de l’étalement urbain répondant à des fins individualistes, et de la dépendance au véhicule individuel polluant pour ses déplacements quotidiens. Il sous-entend souvent un mode de vie particulier, marqué à droite, qui contribue à ne pas le transformer en espace politique vivant pour la gauche.

Or le périurbain n’est pas homogène : il est plus ou moins peuplé, plus ou moins compact (ou inversement étalé), plus ou moins solidaire, plus ou moins connecté à la ville centre, plus ou moins riche, etc., mais il est surtout plus ou moins subit. L’installation dans le périurbain des individus et des ménages peut être motivé par des envies comme celle d’être plus proche de « la nature » ou d’avoir un plus grand logement que dans la ville centre, mais peut aussi résulter de contraintes économiques. La hausse des prix de l’immobilier dans les centres-villes conduit à l’expulsion progressive des ménages les moins aisés financièrement (surtout lorsqu’ils ont des enfants et des besoins particuliers en termes d’espaces) qui se retrouvent à devoir faire un choix entre habiter dans les « quartiers populaires », dégradés et stigmatisés, ou s’éloigner vers les communes périurbaines où le foncier est encore accessible (donc de plus en plus loin du centre). Qu’il soit choisi ou subit une grande partie des habitants de ces territoires craignent d’être (encore) déclassés, d’être apparentés à « celui qui est encore plus bas » dans l’échelle sociale. Or cela conduit à développer des comportements défensifs voire réactionnaires : je m’enferme en me mobilisant contre les nouvelles constructions, je vote (bien) à droite, etc.

Mais le périurbain, n’étant plus un espace petit-bourgeois, n’est plus condamné à voter à droite, à condition que la gauche soit capable de lui donner des débouchés politiques. Cela commence par changer le regard que l’on porte à ces espaces afin que les habitants en portent un nouveau également. Il s’agit pour cela de donner au périurbain une identité propre, de nommer ses problèmes (un territoire abandonné par les pouvoirs publics qui profite très peu des « efforts » politiques et n’est pas concerné par des crédits spécifiques, etc.) et ses caractéristiques propres (c’est un « poumon vert » à préserver, il est moins anxiogène que la ville, etc.) pour permettre à ses habitants de se sentir appartenir à un collectif et de partager un objectif politique.

Les expériences d’écosocialisme les plus poussées peuvent naître dans les espaces périurbains car c’est dans ceux-ci que s’expriment d’abord les enjeux sociaux et environnementaux : l’individualisme, la perte de repère collectif et des solidarités de voisinages, la pression foncière la plus palpable sur les espaces naturels et agricoles, la dépendance croissante à des modes de transport sur-consommateurs d’énergies fossiles, la croissance du chômage et l’éloignement des zones d’emplois, l’affaiblissement des services publics sous le coup de l’austérité, etc. Il convient donc de ne pas balayer d’un revers de main la situation particulière des territoires périurbains et d’y construire collectivement un projet politique, intégré à un objectif global de planification écologique. Un projet comme celui-ci devra permettre de favoriser la réappropriation citoyenne des projets d’aménagements trop souvent abandonnés au bien vouloir des promoteurs et spéculateurs fonciers, et d’y recréer des centralités.

Les espaces périurbains ne doivent plus être considérés par la gauche comme des espaces périphériques sans enjeux politiques. Elle doit s’y investir pour ne pas laisser le champ libre aux petits notables locaux clientélistes et y chercher à mettre en place les conditions d’une véritable participation populaire écosocialiste.


La gentrification : expulser pour mieux régner

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L’aménagement et l’urbanisme, comme toutes les disciplines de sciences humaines et sociales, disposent d’un vocabulaire particulier pour nommer des phénomènes sociaux. Le terme de « gentrification » fait parti de ce vocabulaire, et est défini généralement comme étant un phénomène d’embourgeoisement des quartiers populaires. La gentrification est marquée dans certaines villes européennes (qui entretiennent un rapport particulier avec l’espace, rapport différent de ce qui est visible aux Etats-Unis par exemple) et ne résulte pas d’une quelconque « loi de la nature », mais est bel et bien la conséquence de choix politiques. Par ailleurs, elle s’inscrit dans un contexte plus large de reproduction, dans l’espace, des rapports de domination capitaliste, où sont également inscrits les processus de développement des banlieues périurbaines et de d’appauvrissement des quartiers populaires. Ces différentes transformations politiques de la ville ont été décrites par le sociologue Jacques Donzelot par le concept de « ville à trois vitesse ».

Phénomène politique, la gentrification est toujours la conséquence d’une politique publique d’aménagement, qui s’appuie sur des investissements publics conséquents, en faveur de la classe dominante. Derrière le discours de chercher à réaliser de la « mixité sociale » il s’agit surtout d’augmenter les valeurs foncières et immobilières des zones concernées, au bénéfice, dans la quasi-totalité des cas, d’intérêts privés.  Ces augmentations sont encore confortées, un peu plus tard, par le départ des classes populaires « indésirables » de ces quartiers « renouvelés ». La gentrification est donc une façon pour la classe dominante de se réapproprier des lieux de centralité (les centres-villes sont les premiers touchés) et des lieux « confortables » car pourvus d’équipements publics, culturels, sportifs, etc., au détriment de la classe populaire, condamnée à plus ou moins long terme à quitter les quartiers gentrifiés.

Mais en plus des investissements publics financiers conséquents, les pouvoirs publics vont mener un travail important sur l’image. Les acteurs de création de « représentation collectives » comme les médias ou les services de communication politique, vont également jouer un rôle primordial pour la gentrification. L’exemple le plus frappant est la construction de la figure de l’individu aisé (financièrement, socialement et culturellement) venant chercher dans ces quartiers de la mixité sociale. Cette dernière disparaissant à mesure que les populations les plus précaires sont condamnées à partir par le renchérissement. Le travail de communication a souvent pour objectif de « naturaliser » ce phénomène urbain, à le rendre inexorable car guidé par les « lois du marché »  et par des choix individuels (qui seraient « inconscients ») alors qu’il s’agit d’une politique délibérée de remplacement de populations. Un travail particulier de réflexion sur l’image est notamment fait pour effacer complètement la figure de l’ouvrier en détruisant ses symboles (de nombreuses usines remplacées par des « éco-quartiers » par exemple).

Le phénomène de gentrification est parti-prenante du système capitaliste. Comme le disait déjà Henri Lefebvre dans Le droit à la Ville en 1967 : les inégalités sociales s’inscrivent dans l’espace. Nous pouvons même ajouter que les inégalités spatiales renforcent les inégalités sociales. Les processus urbains sont donc directement liés aux rapports de production : ils expriment l’exploitation d’une classe sur une autre, l’oppression par des mesures de sécurisation de l’espace public (dit d’urbanisme de « prévention situationnelle »), et l’aliénation car les individus ne semblent plus avoir emprise sur leur existence, ne disposant plus de la capacité de choix de leur lieu d’habitation. Sur ce dernier point le déterminisme de classe est beaucoup plus important que les déterminismes ethniques, nationaux, religieux, culturels, etc. La gentrification entretien particulièrement l’aliénation en détruisant des constructions, souvent anciennes, de liens sociaux. Les différentes formes et expressions de solidarité qui pouvaient exister avant la « rénovation » disparaissent, laissant les habitant-e-s seul-e-s face à leurs difficultés.

Enfin, la gentrification entretien les inégalités socio-spatiales et la ségrégation entre les différentes classes. Le discours du gouvernement visant à « l’égalité des territoires » est une gageure entre le pouvoir politique oligarchique et les spéculateurs qui s’enrichissent sur le dos des plus fragiles. Pour ces derniers la gentrification n’est synonyme que de perte de qualité de vie en raison de la perte d’une forme de confort liée à « l’urbanité » d’un lieu, c’est-à-dire à la présence d’équipements, de liens sociaux, ou liée directement au logement, en les contraignant à déménager dans des appartements plus petits ou vers des zones délaissées.

Contre les processus de gentrification, et encore plus généralement contre les formes d’aménagement capitalistes, inégalitaires et ségrégatives, il faut penser l’aménagement et la transformation de la ville comme une politique publique au service de l’intérêt général, de l’intérêt du peuple contre celui du spéculateur. Si des résistances existent aujourd’hui, elles restent trop localisées sur un territoire et ne cherchent pas à globaliser les enjeux. Face au PS qui, comme le dit Anne Clerval, chercheuse spécialiste de la question, accompagne la gentrification dans le Nord-Est parisien (et ailleurs), le Front de Gauche doit s’approprier la question. Cela suppose de faire comprendre le phénomène et alerter les premiers concernés, mais surtout d’offrir un débouche politique qui ne transige pas sur la réalisation de logements sociaux et sur la baisse des loyers (et non pas une « baisse des hausses » à la sauce solférienne). Seul le peuple conscient, organisé et agissant peut mener une politique urbaine alternative à celle de la droite et du PS (qui est plus ou moins la même). Impliquer le plus largement possible les citoyens et citoyennes est la seule façon de lutter contre les processus de ségrégation sociale et de permettre l’émancipation sociale dans la ville.


Le transport, enjeu de l’émancipation individuelle

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La question des transports, en aménagement du territoire, est un élément central. La possibilité de se déplacer comme on le souhaite participe à l’émancipation individuelle des citoyen-ne-s, et les inégalités sont fortement marquées entre les classes supérieures qui intègrent le déplacement dans leur mode de vie, sans le ressentir comme une véritable contrainte, et les classes populaires assignées à résidences dans des quartiers isolés, premières victimes des faiblesses des transports collectifs. Ne tombons pas dans le mythe qui voudrait que nous soyons passée à une société qui, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, serait celle de la « fin de la distance ». Aujourd’hui, et encore plus qu’hier, les individus ont plus que besoin de se déplacer.

L’augmentation conséquente des prix de l’immobilier des centre-villes entrainant un mouvement de périurbanisation, les fermetures d’usines et le développement des contrats de travail précaires (mais la liste n’est pas exhaustive) contribuent à la naissance de nouveaux besoins en matière de transport, besoins qui malheureusement ne sont pas pris en compte par les pouvoirs publics. Encore pire, les principaux réseaux de transports collectifs apparaissent souvent dépassés par l’influence sans qu’ils soient prévus de véritables politiques d’investissement. Dans la région parisienne, les lignes du RER sont saturées, inconfortables et onéreuses pour les usagers mais semblent misent de côtés par la Région, l’Etat et la direction de la SNCF qui préfèrent miser sur les lignes du « Grand Paris ».

Car dans la région parisienne comme dans beaucoup d’autres périphéries urbaines, les politiques publiques en matière de transport relèvent d’une politique de classe. Au lieu de partir de l’humain et des travailleur-se-s qui subissent chaque jour les retards et les disfonctionnements de réseaux dépassés, les décideurs suivent la voie de la « compétitivité territoriale », en visant les individus à « haute valeur ajoutée », c’est à dire les cadres supérieurs, les chercheurs, les créatifs, bref tous ceux qui disposent d’un fort capital culturel, économique et social. Cette politique conduit à orienter les investissements publics sur des territoires où se concentrent les classes supérieures plutôt que vers le désenclavement des quartiers populaires ou périurbains qui voient leur situation se dégrader.

Si la situation semble s’améliorer pour certains quartiers grâce au volontarisme de certains élus locaux (voir par exemple le désenclavement de la Grande Borne à Grigny dans l’Essonne), les banlieues péri-urbaines et pavillonnaires paraissent moins armées pour s’en sortir, notamment en raison d’une densité relativement faible. Cette forme urbaine contraint les habitants à utiliser leur véhicule personnel avec les conséquences que nous connaissons tous en terme de temps de trajet, de pollution, de consommation énergétique et de cout en essence et en entretien. Alors que les mentalités évoluent (la voiture devient, et notamment chez les jeunes, de moins en moins un marqueur important de réussite sociale) et que de plus en plus de citoyens prennent consciences de la nécessité d’agir contre l’impasse écologique vers laquelle le système nous mène, ils n’ont souvent pas la possibilité d’utiliser des modes de transport moins polluant que l’automobile.

Le développement de nouvelles façons d’utiliser la voiture telle que l’autopartage (ou « covoiturage ») permet d’apporter une réponse temporaire à ce problème. Néanmoins nous ne pouvons pas nous contenter de ce genre de bricolage sans repenser globalement et sans investir massivement dans des transports plus écologiques. Si la relocalisation d’activité est un objectif central, nous ne pourrons cependant jamais nous  passer de transports. Il est par ailleurs frappant pour n’importe quel curieux d’observer le nombre de voies de chemin de fer abandonnées dans nos villes (et notamment dans les « zones industrielles ») au profit d’un développement exponentiel du transport routier pourtant polluant et dangereux.

Alors que la Commission européenne souhaite que l’ensemble du réseau ferroviaire français soit privatisé à l’horizon de 2019, nous devons pointer du doigt cette décision complètement inefficace, inégalitaire et hors du temps. L’exemple voisin du Royaume-Uni de ces dix dernières années en la matière vient nous apporter la preuve de l’inefficacité du marché pour organiser le transport public. A l’inverse de ce que pensent ces irresponsables bien trop payés, nous devrions plutôt orienter l’investissement public vers l’intérêt général. Or cela réclame de ne plus partir d’impératifs financiers de rentabilité mais de partir des besoins des femmes et des hommes, en considérant la possibilité de se déplacer en transport public de manière décente et efficace, non pas comme un luxe élitiste, mais comme un moyen de participer à l’émancipation individuelle de l’ensemble des citoyen-ne-s.


Faire de la politique pour favoriser l’implication populaire

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Alors qu’elles devraient être le cœur même du peuple, les classes populaires sont souvent les plus éloignées du système politique traditionnel « représentatif ». Cette situation se vérifie notamment par les taux d’abstention toujours plus important à chaque élection où seule l’élection présidentielle semble échapper. Or celle-ci, par sa personnalisation effrénée, tant à limiter la politisation des enjeux économiques et sociaux pour des considérations de personnes, pour des postures voire des sentiments. Les élections législatives, d’avantages portées sur des éléments programmatiques, subissent pour leurs parts des taux d’abstention catastrophiques dépassant souvent 50% dans les quartiers populaires. Cette abstention témoigne et accompagne un sentiment profond de déclassement et d’exclusion des classes populaires qui, fuyant un débat qu’elles on peur de ne pas maitriser, préfèrent affirmer qu’elles « ne font pas de politique ».

Mais contrairement à ces affirmations qui témoignent d’un profond manque de confiance en ses capacités d’actions, la classe populaire a toujours été, et reste encore aujourd’hui, une classe profondément politisée qui comprend ses intérêts de classe (sans forcément trouver les moyens de les défendre). Cette conscience de classe s’exprime par les résultats électoraux des quartiers populaires votant principalement, poussée par la raison de leurs intérêts, pour la gauche, toutes orientations confondues (environ 75% en « cumulé » à l’élection présidentielle dans les quartiers populaires). Elle s’exprime également par le bouillonnement associatif et communautaire (à ne pas confondre avec « communautariste ») dans des domaines divers et variés. Cette conscience de classe s’exprime, mais s’exprime donc hors des cadres politiques traditionnels tels que les mouvements sociaux, l’adhésion à un parti politique voire même hors de la participation électorale via le vote.

Or si les classes populaires se trouvent si loin des formes de participation politique cela s’explique, en partie, par l’énergie développée par l’oligarchie pour éloigner le peuple des instances de décision. Le premier obstacle à franchir est celui de la technicité du discours qui empêche le « profane » de s’exprimer car il se trouve dans la crainte de ne pas comprendre l’ensemble des enjeux qui lui sont soumis. Cette technicité apparente du discours accompagne la professionnalisation de la vie politique, avec des élus « professionnels » qui défendent leurs positions et leurs « intérêts corporatistes » en verrouillant et en bloquant l’émergence de voix nouvelles. L’émergence est d’autant plus difficile pour les individus issus de classe populaire qui ne partagent pas le « langage politique » qu’il est possible d’acquérir dans les « canaux traditionnels » de la carrière politique qu’ils soient « scolaires » (Instituts d’étude politique, universités, etc.) ou « organisationnels » (comme le « syndicalisme étudiant »).

La 6ème République que nous appelons de nos vœux remettra au centre du système de décision politique les classes populaires. Mais en attendant la prise du pouvoir par le peuple, nous devons militer contre le cumul des mandats (en nombre mais aussi dans le temps) pour décloisonner les potentiels politiques mais également faire un travail particulier d’éducation populaire. Ce travail doit s’appuyer sur deux mécanismes : fournir aux citoyens une grille de lecture politique claire et dépolluée du discours dominant, qu’ils pourront s’approprier et transmettre ; et former les militants politiques à la simplification et à l’explication des écrits. Faire de l’éducation populaire c’est rendre accessible l’information « à tous » pour que chacun puisse former sa conscience à la décision politique. Il ne s’agit pas de mépriser l’intelligence collective du peuple mais de sortir d’une logique de discours à destination des « bac +5 ».

Favoriser l’implication populaire c’est aussi faire de la politique, c’est à dire donner à voir les oppositions entre les idéologies. Les alternances sans fin et qui ne changent rien, entre l’UMP et le PS, donnent du grain à moudre au discours ambiant de l’impuissance politique et légitiment finalement les positions abstentionnistes (« à quoi ça sert de voter si c’est pour qu’ils fassent la même chose ? »). Faire de la politique c’est montrer qu’il est possible de faire autrement que ce qui est mis en place par l’oligarchie. Cela demande une rigueur sans faille dans la démonstration de nos propositions (le contre-budget du Parti de Gauche présenté à la fin de l’année 2012 relève de cette logique) et une implication des travailleurs. Nous ne sortirons pas de l’impasse écologique vers laquelle le capitalisme nous pousses si nous ne nous appuyons pas sur la richesse des expériences des ouvriers, employés et cadres des entreprises privés comme publiques, et sans réhabiliter le temps long de la décision. C’est en cela que l’implication politique de tous est une nécessité.


Capitale de la rupture, Marseille vue par Keny Arkana

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S’il existe de nombreuses façons de faire passer des messages, et en particulier des messages politiques, les chants et chansons ont toujours été un médium particulier. Particulier car touchant, parfois à l’intime des individus et parfois ayant une force collective hors du commun. Qui n’a jamais été ému à l’écoute d’une musique rappelant des instants de vie personnelle ou lorsque qu’un groupe se met à chanter à l’unisson un même thème chargé d’histoire. Ceux qui étaient le 18 mars sur la place de la Bastille au moment où l’on a fait résonner l’Internationale comprendront de quoi je veux parler. La chanson a donc cette force qu’elle permet de toucher directement au cœur un public insensible aux formes de communication politique plus classique, comme les tracts ou les affiches.

Venons-en aux faits. Vous connaissez peut être Keny Arkana, rappeuse militante marseillaise originaire d’Argentine, devenue célèbre pour son rap engagé et notamment pour des morceaux comme « La Rage » ou « Nettoyage au Karcher » datant déjà de 2007. Son dernier album Tout tourne autour du Soleil sorti début décembre 2012 possède une petite perle pour les gens qui, comme moi, s’intéresse à l’aménagement du territoire et aux transformations urbaines : il s’agit du morceau Capitale de la rupture. Dans ce morceau Keny Arkana nous décrit les transformations de Marseille, sa ville d’adoption, emprise aux politiques de gentrification urbaine, de sécurisation et d’aseptisation des espaces publics sous le prétexte fallacieux de faire de celle-ci « la capitale européenne de la culture ».

Gentrification d’abord. Malgré les divers événements liés aux trafics et aux règlement de compte, Marseille, et notamment son centre (« où est mon centre-ville, celui d’avant a disparu »), n’est pas épargnée par la hausse des prix du logement (foncier et loyer) qui contraint les classes populaires à devoir s’éloigner du centre pour une périphérie toujours plus éloignée. Ce processus dit de « gentrification » est renforcé par des politiques d’aménagement du territoire qui cherchent à attirer les classes dominantes sur des zones autrefois peuplées d’ouvriers et de migrants, avec ici, pour objectif « d’en faire une belle ville de la Côte d’Azur ». Ville où les pauvres et marginaux n’ont évidemment pas leur place.

Cette gentrification se traduit par la perte du caractère populaire de la ville de Marseille. De la fin des « rues indomptées » aux « expulsions par centaines », c’est l’aseptisation des logements et des espaces  publics (via notamment une politique de vidéosurveillance généralisée) qui est le maitre mot de la « cité en chantier » et qui rendent les rues « tristes ». Or cette « fracture qui s’ouvre » contribue à maintenir les populations les plus précaires dans un sentiment de dépossession du quotidien par l’action des nouveaux « colons ». Colons dont les « plans sont à l’opposés de la tradition, de l’esprit de la ville millénaire qui a toujours rassemblée les communautés ».

Derrière la « refonte des quartiers » les pouvoirs publics s’appuient sur un prétexte culturel : celui de faire de Marseille la « capitale de la culture de l’Europe ». Mais comme le décrit Keny Arkana cette culture n’est pas la culture ancestrale de la cité phocéenne, « terre d’accueil, ouvert à l’autre, rebelle aux rois, terre d’asile des apôtres » qui est la « porte de l’Orient », mais celle d’une élite culturelle mondialisée et uniforme. La culture populaire d’une ville construire comme une porte vers l’Afrique est complètement mise de coté pour une culture globalisée capitaliste niant les spécificités locales (« où est passée la ville du bled »).

Et pendant ce temps rien n’est fait pour « la jeunesse en péril entassée dans des blocs », avec comme seule et malheureuse issue les trafics en tout genre et les règlements de compte. Car l’aseptisation, les expulsions, les requalifications urbaines déstabilisent et dispersent les groupes de sociabilité construits par des années de relations sociales, et entraine la fin de l’esprit de « camaraderie » remplacé par celui des « carabines ».

Comme le décrit brillamment Keny Arkana Marseille est la Capitale de la rupture provoquée par le capitalisme pour masquer la présence et effacer l’histoire des classes populaires. Mais face aux enjeux du « business », tachons de faire de Marseille la Capitale de la rupture avec ces politiques absurdes et antisociale de gentrification, et Keny Arkana nous montre, à son échelle et avec ses mots, qu’un esprit de résistance est bel et bien présent, c’est rafraichissant !

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