Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

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A partir de demain commencera le troisième Congrès du Parti de Gauche. A cette occasion je vous invite à lire la contribution que j’ai co-rédigé avec Rémi Vincent, camarade toulousain spécialiste des questions de prévention de la délinquance, de sécurité et de tranquillité publique. Je vous invite par ailleurs à lire sa tribune publiée aujourd’hui dans le Journal Toulousain en réaction aux propos de Moudenc, député de Toulouse et candidat UMP aux municipales de 2014.

 

Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

La question de la sécurité de nos concitoyens est une question trop sérieuse pour la laisser entre les mains de nos adversaires et des lobbyistes du secteur. Pour nous, l’inclusion de la question de la sécurité dans la question sociale est nécessaire pour compléter notre logiciel politique, et ce pour différentes raisons :

1. les inégalités sont facteurs d’apparition de processus délinquants ;

2. le sentiment d’insécurité et la délinquance frappent davantage les plus vulnérables ;

3. le libre-échange capitaliste engendre des trafics transfrontaliers ;

4. l’économie parallèle est plus exploiteuse encore que l’économie officielle ;

5. le service public de la sécurité est touché par la réduction de ses moyens et sa privatisation ;

6. le lieu le plus dangereux est le foyer familial, ce qui nous ramène à la lutte féministe ;

7. les policiers sont des travailleurs dont les tâches sont aujourd’hui souvent déshumanisantes ;

8. la politique pénale d’enfermement est contraire à nos combats humanistes ;

9. les quartiers « difficiles » et les « classes dangereuses » sont maintenus dans cette ségrégation sociale et géographique.

Nous survolons plus ou moins ces différentes façons de lier ces deux questions, en espérant que le Parti de gauche puisse davantage assumer les débats sur ce sujet.

1. Les villes face à la délinquance : exclusion géographique, déclassement et sentiment d’insécurité

1.1 L’abandon des quartiers populaires

1.1.1 Misère sociale et exclusion géographique

Le capitalisme financiarisé a cette particularité d’inscrire les inégalités dans l’espace, cette inscription spatiale se traduisant par une ségrégation sociale entre les différentes villes mais également à l’intérieur même des villes, entre les quartiers. Tandis que les plus riches ont accès aux territoires les plus agréables, aux centres-villes avec leurs équipements, services et commerces variés de proximité, les plus pauvres sont parqués dans des territoires de seconde zone, véritables ghettos urbains abandonnés des services publics et des entreprises.

La population des quartiers populaires est plus qu’ailleurs touchée par le chômage et a comme unique perspective celle de la précarité à perpétuité. Cette exclusion géographique et sociale du peuple, couplée à un marché du logement dominé par les logiques spéculatives de préservation de « l’entre-soi » de la classe dominante, contribuent à entretenir un cercle vicieux de relégation et de ghettoïsation.

1.1.2 Sentiment d’abandon et d’insécurité

De cette situation d’insécurité sociale naissent les conditions favorables d’un développement de différentes formes de délinquances et d’incivilités, causant elles-mêmes un fort « sentiment d’insécurité ». C’est le capitalisme ses rapports d’exploitation et d’exclusion des plus faibles, qui crée chez les individus un sentiment d’abandon, qui peut être renforcé par une stigmatisation ethnique ou sociale (celle-ci entraînant elle-même des comportements de repli communautaire.)

Dans ces quartiers délaissés par la République, laissés à leurs habitants qui sont rendus à « autogérer leur misère » pour beaucoup d’entre eux, se développe une économie parallèle de trafics. Cette économie, constituant un palliatif au chômage de masse, est plus violente encore vis-à-vis de ses travailleurs que le capitalisme « officiel » et assure enfin aux exclus du marché de l’emploi d’intégrer la norme de consommation du capitalisme. De plus, chaque jour, la publicité institue la richesse ostentatoire comme marque de réussite personnelle.

1.2 Les doctrines sécuritaires à l’œuvre dans les villes

1.2.1 La prévention situationnelle : vidéosurveillance et urbanisme

Le développement des comportements délinquants étant avant tout un produit des conditions sociales, agir uniquement sur l’urbanisme pour régler le problème d’insécurité est illusoire. L’idéologie anglo-saxonne de la « prévention situationnelle » comme modèle à l’action publique d’aménagement relève pourtant de cette logique. Elle part du principe qu’on ne peut pas empêcher le crime ou le délit, mais que l’on peut le rendre plus difficile à réaliser ou plus risqué pour son auteur, via des aménagements publics ou privés particuliers.

Cette doctrine, qui domine aujourd’hui chez les élus locaux et les cabinets de conseil, pousse à la production d’espaces standardisés, purement fonctionnels où aucune place n’est laissée à une appropriation différente que celle prévue par l’aménageur. Elle promeut l’utilisation de contrôles informatisés et déshumanisés pour lesquels les caméras de vidéosurveillances ont un rôle prépondérant (et dont l’absence d’efficacité pour élucider, prévenir passage à l’acte ou pour rassurer les habitants a été démontrée par plusieurs études scientifiques). Or, en refusant de s’attaquer aux causes « réelles » de la délinquance cette réponse est purement « superficielle ».

1.2.2 Police réactive et répressive

La police d’aujourd’hui est une police « réactive » car ses missions de « police secours » constituent la majorité de ses interventions sur le terrain. Ayant pour rôles principaux de maintenir/rétablir l’ordre ou de faire cesser les infractions, elle ne se voit que trop peu confier des objectifs de proximité et d’investigation.

La raison fondamentale est d’abord le manque de moyens humains, ne permettant pas pour une unité locale d’assurer à la fois les missions de police administrative, judiciaire, de secours et de proximité.

Cette raison a été légitimée et entretenue par l’acceptation doctrinale selon laquelle le rôle de la police, c’est de « combattre les méchants. »

2. Quand nous serons aux responsabilités : réponses républicaines et solutions sociales

2.1 Résoudre la question sociale

2.1.1 Abolir la pauvreté et la précarité

Ne nous berçons pas d’illusions, jamais nous ne règlerons la question de la délinquance sans avoir régler la question sociale.

La réponse sociale doit être posée sur le long terme, doit être la lutte contre le chômage et contre la précarité, et la première réponse que doivent apporter les dirigeants face au phénomène de la délinquance. Le combat contre le capitalisme et ses normes d’accumulation et de compétition est la première étape vers une pacification de la société.

L’abolition de la pauvreté comme du précariat doit passer par une politique claire de rupture avec le capitalisme financiarisé. A l’opposé des politiques libérales (de droite et de gauche) nous devons proposer une relance de l’activité garantissant le respect des individus comme de l’écosystème, mettant en avant le travail et la satisfaction des besoins contre les intérêts financiers d’une petite minorité de possédants.

2.1.2 Assurer le respect de la règle par l’éducation et la démocratie

La règle est, en République, la condition du respect de l’intérêt général, car la loi dit ce qui est bon pour tous.

Régler la question sociale, c’est-à-dire abolir la pauvreté et la précarité, devra s’accompagner selon nous d’un objectif de refondation de la nation (en tant qu’entité rassemblant des individus se sentant liés par leur égalité, et surtout souhaitant partager le même avenir), seul moyen efficace de lutter contre la prolifération de comportements communautaristes.

Nous proposons donc que l’Ecole et la démocratie soient mises en avant dans ce but également. Assurer le respect de la règle, c’est d’abord s’assurer de sa légitimité et de sa bonne compréhension en tant que condition d’égalité et de liberté.

La démocratie directe, l’élection à la proportionnelle des représentants de la nation et le développement de la participation des citoyens à la vie de la cité auront cet impact sur la légitimité de la règle de droit. L’Ecole –nationale et publique- aura cet impact sur l’étude de l’intérêt général.

2.2 Mener une politique pénale et de sécurité au service de l’intérêt général

2.2.1 Faire une police au service des citoyens

La fonction de police est une fonction d’intérêt général, qui doit être assurée dans un objectif de service public : gratuite, publique et pour tous. Elle assure le maintien de l’ordre, la sécurité des biens et des personnes, la tranquillité publique, la salubrité publique et le respect des droits fondamentaux.

Cette fonction connaît des dérives insupportables (ex. dictature et manipulation des statistiques) et, dans le même temps, que les fonctionnaires de police vivent de plus en plus mal.

Une police de proximité, ce sont des unités au plus près de la population, aux relations pérennes et pacifiées avec la population, ce sont des policiers formés comme de véritables « généralistes » qui pourront apporter une réponse aux problèmes quotidiens des habitants d’un quartier (orientation, prise de plainte, remontée de doléances aux élus…)

Il faudra faire disparaître les dérives (discriminations, familiarités…) ou lacunes actuelles (ex. l’accueil des femmes victimes de violences sexuelles) qui portent atteinte à l’égalité des droits et à la cohésion sociale.

2.2.2 Utiliser la peine et son sens pour lutter contre la réitération

La frénésie pathétique de la logique « un fait divers = une loi », a tenté de nous faire avaler que l’alourdissement d’une peine aurait pour conséquence la dissuasion des potentiels auteurs.

L’enfermement, qui est la règle aujourd’hui, montre ses limites (en terme de taux de récidive et de réitération) pour de nombreuses « catégories » d’infractions et d’auteurs (bien que les magistrats disposent de nombreuses alternatives à l’enfermement et aux poursuites et qu’ils les utilisent.)

Nous devons assumer la proposition d’un renversement du sens de la peine, qui ne doit pas uniquement punir, mais surtout améliorer la situation de fait qui est née de la commission de l’infraction.

L’auteur peut être en état de potentielle rupture d’insertion dans le tissu social. C’est à cette dernière rupture que la peine doit en priorité s’attaquer. Et elle ne pourra le faire qu’à la condition que les moyens de la justice soient augmentés (en particulier ceux de l’administration pénitentiaire, dont les services d’insertion et de probation.)

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L’égalité des chances pour perpétuer les inégalités

Le système capitaliste libéral a une force qu’on ne peut pas lui retirer : il est très bon pour inculquer aux individus la responsabilité de ses propres échecs. Bien qu’il subisse des crises à répétitions, dont il se sort la plupart du temps par des mesures « non-capitalistiques », il reste particulièrement difficile de remettre en cause son efficacité sociale, écologique et même économique à assurer le « bien vivre » de l’humanité. La quasi-totalité des observateurs de la société, quel que soit leur domaine d’analyse, décrivent un affaiblissement des comportements solidaires dans la vie des individus. Or ce constat est particulièrement vrai pour la classe ouvrière qui a tendance à s’individualiser (au détriment de ses intérêts de classes) tandis que la classe supérieure/dominante continue à mettre en place son processus historique, de reproduction et de perpétuation de sa position sociale, à partir d’une solidarité basée sur les réseaux de connaissances. Cet affaiblissement de la solidarité de la classe ouvrière ne provient pas d’une situation où les travailleur-se-s seraient plus « égoïstes » ou « moins motivé-e-s » par l’action collective par choix, mais d’une stratégie politique de long terme mise en place par les (socio)-libéraux depuis les années 1980.

L’intériorisation de l’idée que l’individu touché par une difficulté sociale (précarité, chômage, pauvreté …,) l’est par sa faute exclusive, résulte en partie de l’idéologie de « l’égalité des chances » promue par l’école. Si l’égalité des chances, c’est-à-dire la réduction conséquente des inégalités de naissance, est un objectif politique digne, la situation actuelle apparait éloignée de l’idéal. Tandis que l’on fait croire aux élèves, quel que soit le niveau scolaire, qu’avec du « travail » chacun a sa chance de réussir à avoir une « bonne place », la réalité est bien différente : les inégalités persistes entre les enfants recevant de leurs parents un capital culturel important (le même que celui demandé en « savoir scolaire ») et ceux qui en reçoivent peu, ayant des parents moins diplômés et moins informés des « voies royales » à suivre en matière d’études. Sous le couvert d’offrir à tous la même « chance », le système justifie les inégalités toujours plus importantes entre quelques privilégiés et la masse de ceux qui galèrent au quotidien.

L’argument de l’égalité des chances pour justifier les inégalités est souvent accompagné d’une insistance sur les différences sociales et culturelles. Lorsque les pouvoirs politiques se rendent compte que les inégalités deviennent trop criantes, ils mettent en place des mesures dite de « discrimination positive ». Les enfants issus de banlieue populaire ont le droit à leur collège en ZEP (Zone d’éducation prioritaire) et les « minorités visibles » (sic) voient leurs « semblables » (physiquement mais pas socialement) dans des émissions de télévisions. La société capitaliste valorise celui qui a réussi à « s’en sortir », sortir du ghetto urbain et de sa situation sociale, celui qui a su profiter de l’égalité des chances, au détriment de tous les autres. L’idée sous-jacente est que si certain peuvent « gagner » en partant de loin, « l’égalité des chances » existe réellement dans les faits.

Mais cette idée est lourde de conséquences. En plus de favoriser la stigmatisation en groupant des individus par des caractères physiques ou sociaux communs, au détriment de l’unité nationale républicaine, elle contribue à l’intériorisation des « échecs » de ceux qui ne rentrent pas dans la catégorie des « gagnants ». A force de croire, à tort, que chacun a eu la même chance que son voisin, les individus pensent que s’ils sont au chômage depuis des années ou qu’ils doivent enchainer des « petits boulots » intermittents et mal payés, cela ne peut être que de leur faute. Or le chômage de masse est plus le fait d’une absence de demande de travail (« d’offre d’emploi ») que d’une fainéantise supposée des travailleurs. Intérioriser l’échec a comme répercussion directe l’augmentation du stress quotidien, du nombre de dépressions et de suicides. Dans ces conditions la lutte sociale collective apparait difficile, les situations individuelles de repli sur la sphère domestique sont plus fréquentes.

En prônant cette forme « d’égalité des chances » (qui n’en est pas une dans les faits), le système libéral fait perpétuer les inégalités et les rend légitimes : comment être contre la réussite d’un individu qui a eu la même chance que tout le monde mais qui a réussi à se démarquer par un « travail acharné » ? Si l’on poursuit le raisonnement, comment vouloir imposer un revenu maximum a quelqu’un qui n’est dans cette situation que par son mérite individuel ? Croire aveuglement dans « l’égalité des chances » est, je pense, une erreur pour la gauche. Préférons à celle-ci une idée tendant à l’égalité réelle, une situation où le travail de l’ouvrier serait reconnu comme ayant la même utilité sociale que celui du cadre ou du chef d’entreprise, plutôt qu’une situation où l’ouvrier est vu avant tout comme quelqu’un n’ayant pas réussi à être cadre. Il ne s’agit pas de prôner un modèle qui effacerait tous les particularismes ou toutes les différences, mais un modèle qui favorise la collaboration plutôt que la compétition généralisée, bref un modèle républicain hérité de la Révolution française ayant mis à bas les privilèges.

 


L’économie sociale et solidaire pour redynamiser un territoire

Les périodes estivale et de rentrée auront été un théâtre d’annonces difficiles pour l’emploi, particulièrement pour les nombreux salariés restés sur le carreau. La couardise politique des dirigeants socialistes, rompus aux caprices de la finance et des « marchés » (qu’il ne faut surtout pas « déstabiliser ») prive des régions entières de leurs sources d’emplois. Les effets en matière de dynamisme économique et d’attractivité du territoire sont désastreux et, comme après une catastrophe naturelle, qui pourtant n’a rien de « naturelle », il n’est pas exagéré de parler de régions sinistrées. Mais en plus des conséquences sociales, dont tout le monde a conscience, nous avons également des conséquences écologiques beaucoup plus perfides. Il est illusoire aujourd’hui de penser qu’il y a une « désindustrialisation », nous consommons toujours autant de produits manufacturés, ceux-ci sont simplement produit ailleurs, en particulier là où les travailleurs sont les moins protégés. Ces produits traversent ensuite la planète pour irriguer les marchés des pays occidentaux. Les « externalités négatives » de cette façon de concevoir la production, sont nombreuses et mortelles.

Les crises économiques, écologiques et sociales doivent nous obliger à repenser nos modes de production et nos façons de concevoir l’activité économique. Aujourd’hui l’économie sociale et solidaire (ESS) apparaît comme une alternative crédible et directement applicable au modèle capitaliste, modèle qui a fait preuve de son incapacité à garantir un progrès humain durable, mais également à lutter contre les crises systémiques qu’il cause. L’économie sociale et solidaire est fondamentalement différente du modèle capitaliste car elle poursuit un but social : celui de l’intérêt général. Il est intéressant de constater que la promotion de cette forme alternative d’entreprise n’est pas uniquement l’œuvre de militants de gauche, mais se développe aussi chez les citoyens et les entrepreneurs. Or cela est la preuve que les gens se rendent compte que tout le monde a à y gagner quand la recherche du profit à court terme n’est plus l’unique moteur de l’entreprise. En effet, dans une entreprise de l’ESS il y a une très forte obligation de placer les bénéfices dans l’investissement productif à long terme, le seul capable de garantir le maintien  des emplois sur un territoire.

Les entreprises de l’économie sociale et solidaire ont aussi un rôle important à jouer en matière de création de lien social et particulièrement dans les communes rurales et périurbaines, territoires souvent laissés à l’abandon par les pouvoirs publics. Contrairement à l’entreprise capitaliste mondialisée, l’entreprise sociale et solidaire s’intègre et devient une composante de son environnement proche : elle cherche des partenariats locaux et sa clientèle est principalement locale. La petite taille des entreprises et le partage du processus de décision entre les employés favorisent également cette proximité. Une entreprise à « taille humaine » où les décisions sont prises en commun (chaque salarié détient une part de l’entreprise et a le droit de vote, avec comme principe une personne = une voix) permet l’implication de tous car chacun est concerné. Les répercussions sur l’ensemble de la société sont positives car seul le peuple sait ce qu’est l’intérêt général, contre les intérêts particuliers des dominants de la compétition mondiale généralisée.

Les entreprises avec une « inscription territoriale » sont une ressource en emplois « non délocalisables », l’offre et la demande existent et existeront sur le long terme, car la production doit également être socialement utile à l’ensemble de la société. Ce marquage territorial est également visible par le fait que 75% des plus grandes entreprises de l’ESS ont leur siège social dans une région autre que l’Ile-de-France alors que c’est l’inverse pour 91% des sociétés capitalistes « standards », mais également par les activités qu’elles réalisent sur le territoire en lien avec les collectivités ou les entreprises locales (telles que les « entreprises d’insertions » ou les missions de service public dans le cadre de délégations).

Si l’ensemble des partis politiques de gauche semblent conscient du rôle qu’ont à jouer les entreprises de l’ESS au niveau national (rappelons qu’elles regroupent plus de 2 millions de salariés dans plus de 160000 entreprises) comme au niveau local, les mesures prisent en leur faveur sont encore beaucoup trop timides, voire inexistantes. Il est d’abord nécessaire de clarifier leur statut juridique afin de permettre une mise en place de politiques publiques efficaces en faveur de cette forme d’entreprise. Ces politiques publiques peuvent avoir différentes configurations. Ce sont par exemple des aides financières pour les salariés qui veulent reprendre une entreprise en coopérative, ou des « aides institutionnelles » comme des clauses visant à favoriser les entreprises de l’ESS dans les marchés publics. La souffrance de certains territoires subissant de plein fouet la mondialisation capitaliste doit nous amener à réfléchir et agir à de nouvelles façons de concevoir la production et l’activité. Or aujourd’hui seule une vraie force de gauche, comme le Front de gauche, a pour objectif de tendre vers un modèle prenant en compte l’Humain et son environnement, et tant pis si ça ne plait pas aux marchés et aux laudateurs de l’Europe libérale.


La précarité est un parachutage permanent

Il y a des polémiques qui pourraient faire doucement rigoler si elles ne cachaient pas des réalités beaucoup plus sombres. Alors que notre camarade Jean-Luc Mélenchon choisissait la 11ème circonscription du Pas-de-Calais pour mener bataille, Marion Anne Perrine Le Pen visiblement gênée de voir sa victoire présumée remise en cause, a pendant des jours accusés celui-ci d’être un « parachuté ». Sans revenir sur cette remarque particulièrement gonflée de la part de la présidente d’un (infâme) parti politique dont les principaux cadres cherchent à se faire élire dans des circonscriptions où ils n’ont pas domicile, mais qui ont le point commun d’apparaitre comme des zones où la victoire est plutôt simple. Mon propos porte plutôt sur tous les « parachutés contraints » par les situations de pauvreté et de précarité, et ils sont nombreux.

Parlons des usines qui ferment du manque de courage politique des libéraux et socio-libéraux refusant de remettre en cause leur sacro-saint modèle capitaliste de concurrence libre et non faussée et qui laissent sur le carreau employé-e-s et ouvrier-e-s. Un candidat à la députation subit un bien maigre parachutage comparée au travailleur à qui on propose cyniquement d’aller travailler à l’autre bout de l’Europe ou du Monde pour un salaire dix fois moins important. Or ce dernier type de parachutage est bien plus destructeur socialement que le premier et il s’en produit chaque jour.

Parlons également des parachutages quotidiens des millions de personnes qui ne peuvent pas ou plus se loger à proximité de leur lieu de travail. Les enquêtes sur les déplacements domicile-travail traduisent une augmentation de ce phénomène en raison de l’expulsion des plus pauvres des centres-villes qui ne peuvent plus faire face aux hausses régulières des loyers. Ceux-là se retrouvent parachutés dans des banlieues périurbaines de plus en plus loin des pôles d’activités où se concentrent les emplois. L’augmentation de la distance parcourue chaque jour et la faiblesse de l’offre de transport en commun sur ces territoires entrainent une dépendance au véhicule individuel et une augmentation des couts en matière de transport sur le budget total des ménages (tandis que les salaires n’augmentent pas). L’accroissement du recours aux contrats précaires et à l’intérim contribue lui aussi à faire subir à nos concitoyens des parachutages d’un lieu à un autre en fonction des jours ou des saisons, au détriment d’une stabilité pourtant vitale à l’émancipation.

Mais les parachutés sont aussi les locataires malheureux qui, après avoir subis des difficultés de la vie, se retrouvent sans toit ni droits pour n’avoir pas pu faire face aux exigences du propriétaire. Enfin, n’oublions pas nos ami-e-s qui s’arrachent de leur pays d’origine, parce qu’ils y souffrent, et viennent chercher un peu de réconfort dans d’autres lieux. Ces réfugiés politiques, politiques voire climatiques ou écologiques subissent eux aussi de douloureux parachutages.

Le parachutage est donc avant tout une situation de souffrance pour les plus démunis et les plus précaires et non pas seulement une manière, pour un notable, de gérer sa carrière. Mais ça, ça ne viendrait même pas à l’idée des dirigeants du parti anti-social qu’est le front national, trop occupés à trouver des boucs-émissaires. Mais avec « L’Humain d’abord » (en particulier avec la planification écologique pour relocaliser l’activité et l’économie), et la remise en cause de l’abject dogme libéral qui sévit, nous avons une véritable arme de lutte contre la précarité, principale cause de parachutage social subit. Les parachutages politiques ne sont que des phénomènes sans importance, ne nous laissons pas détourner et continuons la lutte : le 10 et 17 juin votons pour le Front de gauche, pour une République sociale et écologique et finissons en avec la peine de ceux qui souffre quotidiennement, d’être des « parachutés » de la vie.


Le réveil de la jeunesse, condition de la Révolution citoyenne

Si la crise sociale n’épargne qu’une poignée de riches oligarques, la jeunesse apparait comme la victime la plus touchée. Bien que nous puissions observer des différences en fonction des milieux sociaux d’origines, l’ensemble de la jeunesse souffre de plonger dans une pauvreté toujours plus importante et de l’absence de véritables perspectives d’avenir.  D’un coté nous avons des jeunes pas ou très peu diplômé, expulsés d’un système scolaire qui n’a plus les moyens d’assurer sa mission républicaine, et qui sont condamnés par le système libéral concurrentiel au chômage ou à une succession d’emplois instables et de « petits boulots », et d’un autre coté des jeunes, toujours plus diplômés, mais qui ne sont pas à l’abris des situations de précarités. Le précariat, néologisme particulièrement utile pour désigner cette condition nouvelle du système capitaliste, va toucher l’ensemble de la jeunesse, du prolétaire cognitif diplômé au prolétaire tout court refoulé toujours plus tôt de l’école. C’est parce que  la jeunesse subit en premier lieu les politiques libérales que celle-ci doit être un élément moteur de la résistance au capitalisme.

Or aujourd’hui la jeunesse souffre de l’absence de repères idéologiques de gauches concrets. Discuter avec mes camarades de classes m’a permis de me rendre compte de l’effacement des consciences collectives de l’antagonisme idéologique entre la droite et la gauche. Ceux-ci, rassemblés dans les esprits sous le vocable du « tous pareils » ou vus comme incapables d’agir en faveur de l’intérêt général. Or la gauche sociale-démocrate a une responsabilité particulière dans cette situation. En effet, en adoptant aveuglement, et depuis des années, le dogme libéral, notamment en mettant en œuvre la domination des marchés financiers par la politique de « dérégulation » des années 1980 et en mettant aujourd’hui au centre de leurs préoccupations la volonté de « rassurer les marchés », la « social-démocratie » n’apparait plus comme porteuse d’espoir d’un véritable changement. En refusant de résister contre les inégalités et les injustices sociales ce sont les valeurs de gauches qui sont enterrées sous la résignation, celle-ci touchant en premier lieu la jeunesse, normalement berceau de la résistance.

A l’inverse, en ce qui concerne la droite, celle-ci a bien conscience d’avoir en quelque sorte fait triompher ses idées. Cette situation de « vainqueur » lui permet d’être toujours plus ravageuse par ses coups portés aux services publics ou au système de protection sociale sans risquer de voir son leadership contesté. En faisant rentrer par petites touches les idées du « tous contre tous » et de la compétition généralisée, les jeunes les plus fragiles, ceux qui galèrent quotidiennement, finissent par intégrer ce système de domination et se sentent responsables de leurs propres échecs. Ce système de responsabilisation individuelle et de concurrence entraine une passivité des uns et des autres, et finalement une absence de volonté de résistance.

Mais il ne faut pas oublier, que lorsqu’elle se réveille, la jeunesse a une force de mobilisation considérable. Le mouvement social de mai 1968, avant d’être un formidable rassemblement de l’ensemble des travailleurs, est né dans les universités, critiquant au départ le renfermement de la société sur des principes dépassés. Plus récemment, en 2006, souvenons nous que ce n’est qu’à partir du moment où les lycéen(ne)s et les étudiant(e)s se sont mis à s’organiser et à manifester de manière massive que la lutte contre le CPE (Contrat Première Embauche) a pris une tout autre ampleur. Enfin les exemples des « Révolutions arabes » et dans une moindre mesure les mouvements des « indignés » à travers le Monde témoignent de l’importance des jeunes dans les révoltes populaires et nuancent quelque peu le constat d’une dépolitisation de la jeunesse.

Le Front de gauche, en refusant le fatalisme et les politiques austéritaires, est la seule force aujourd’hui qui peut redonner à la jeunesse confiance en l’avenir. En luttant contre l’insécurité sociale et la précarité, en donnant les moyens à l’école publique d’être le lieu de l’émancipation humaine et en garantissant l’accès à un véritable statut social pour les jeunes, notamment via une allocation d’autonomie, la jeunesse peut se remettre à espérer à un avenir meilleur, plus équitable et plus solidaire. Enfin, par une campagne axée sur une volonté de faire de l’éducation populaire couplé à un programme cohérent de radicalité concrète, le Front de gauche redonne de la consistance à l’idéologie de gauche. Cette cohérence est nécessaire pour que la jeunesse puisse s’approprier la Révolution citoyenne, pour la faire triompher.

Signez l’appel les jeunes avec le Front de gauche !


La crise du logement, une fatalité ?

Notre pays connait depuis de longues années une très forte crise du logement. Le constat est sans appel, il y a selon la Fondation Abbé Pierre 3 657 000 personnes qui sont sans logements ou très mal logées et 8 236 000 personnes en situation de mal-logement. Cela représente 10% de la population française. Ce manque de logement, particulièrement important dans les zones de « tension » comme les régions Ile-de-France, PACA, le Nord et Rhône-Alpes, a pour principales causes la pénurie de logements sociaux, la baisse des financements des politiques publiques du logement et la baisse du pouvoir d’achat des ménages qui résulte de l’aggravation de la situation sociale des individus.

Si le problème de la pénurie de logement n’est pas nouveau, la crise économique a aggravé cette situation en augmentant le décalage entre les revenus des ménages et le cout du logement, celui-ci devenant le premier poste de dépense et notamment pour les plus pauvres (pour les 10% des ménages les plus pauvres cette dépense représente 50% du budget total). De plus, les situations de précarités que connaissent de plus en plus de salariés (et notamment les plus jeunes) contribuent à rendre de plus en plus fin le fil qui permet d’échapper au mal-logement.

Or les politiques en matière de logement mises en place par la droite ont fait la preuve de leur inefficacité. Bien que le gouvernement communique sur le fait que l’Etat n’a jamais autant financé le logement social, ces mesures ne concernent pas des logements sociaux véritables. En effet, Les constructions concernent avant tout des logements en PLS (Prêt Locatif Social) dont les niveaux de loyer sont inabordables pour les demandeurs les plus pauvres. A l’inverse les logements en PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Insertion) pour lesquels les populations les plus précaires pourraient postuler souffrent d’une pénurie catastrophique.

De plus, cette crise du logement est exacerbée par un phénomène très important de spéculation concernant le parc privé. L’augmentation exponentielle des loyers du parc privé favorise la ségrégation sociale et spatiale en créant d’un coté des « ghettos de riches » fermés sur eux-mêmes et de l’autre coté des « ghettos de pauvres » où la misère sociale règne. Or, parce qu’il structure l’individu le logement n’est pas une marchandise comme une autre et il est nécessaire de mettre en œuvre une autre politique.

C’est pour garantir un logement digne à tous que le Front de Gauche fera du logement un droit et une priorité nationale. Un plan de construction de 200 000 logements réellement sociaux sera mis en chantier avec notamment une prise en compte des besoins particuliers des jeunes. Pour lutter contre la précarité, l’APL sera revalorisé, une tarification sociale sera mise en place pour garantir à tous l’accès à l’eau et à l’énergie et il sera fixé comme objectif que le cout du logement (loyer et charges diverses) ne dépasse pas 20% du budget total des ménages. Des mesures de blocage des loyers et de réquisition des logements vacants seront mises en place pour lutter contre la spéculation.

Face à la droite qui a mis en place une politique du logement centrée sur l’accession à la propriété, favorisant les plus riches, il est nécessaire de répondre par une politique qui garantie un habitat respectueux des humains et de son environnement. Celle-ci doit être détachée de la logique du marché, qui a fait la preuve de son incapacité à assurer un accès à tous à un logement décent.