La 6ème République pour renforcer le pouvoir d’agir

L1005343-2

S’il y a des objectifs politiques enthousiasmants pour les militant(e)s, celui de défendre et promouvoir une 6ème République, débarrassée des travers anti-démocratiques d’une 5ème à l’agonie, surpasse à mes yeux bien d’autres, fussent ils parfaitement légitimes et pertinents. Loin d’être une question secondaire, celle des institutions, et de la « règle du jeux » du fonctionnement de notre démocratie, est l’élément principal pour en penser bien d’autres. En effet, comment garantir l’émancipation collective et individuelle, et la souveraineté populaire, quand prime le pouvoir d’un monarque irresponsable ? Comment conquérir des droits nouveaux, économiques et sociétaux, quand le fonctionnement institutionnel même en empêche l’expression ?

Le mouvement pour la 6ème République a cette capacité de pouvoir mobiliser plus largement que les cercles, (malheureusement) toujours plus restreints, de militant(e)s. Sans présumer d’un contenu précis et définitif, composé de « vérités révélées » et imposées, il permet à chacun(e) de se positionner dans une dynamique politique, de se mobiliser et d’agir, à partir du seul moment où le diagnostic est partagé. Il n’est cependant pas un objet de consensus mou et dépolitisé, mais au contraire un excellent moyen de susciter le débat, de co-construire ensemble une « démocratie réelle » (comme le disent nos camarades espagnols) débarrassée de l’influence de l’oligarchie, de ses lobbies et relais médiatiques.

L’objectif de la 6ème République est donc de renforcer le « pouvoir d’agir » des citoyen(ne)s, dans tous les domaines de la vie sociale : dans la cité, dans l’entreprise, dans les services publics, etc. La construction d’une nouvelle République, écologique et sociale, doit permettre de changer la façon dont les citoyen(ne)s sont considérés vis-à-vis des élus, et de valoriser le rôle social de chacun(e). Elle doit donner le pouvoir de soutenir des initiatives « ascendantes », de la base vers les représentant(e)s, et ainsi de définir une nouvelle façon de concevoir l’action publique. La dynamique participative doit, sans s’y substituer en totalité, renforcer les politiques publiques institutionnelles à toutes les échelles de prise de décision.

Les comités locaux pour la 6ème République, qui seront prochainement constitués partout sur le territoire, devront avoir un rôle particulier à jouer pour renforcer ce « pouvoir d’agir ». Ceux-ci devront être parfaitement identifiés pour devenir des appuis et soutiens aux initiatives citoyennes collectives. Loin des logiques clientélistes, trop souvent visibles dans nos quartiers, qui décrédibilisent la parole politique et maintiennent les individus dans une situation de dépendance, ils doivent, au contraire, inciter les citoyen(ne)s à agir par eux-mêmes, à construire des solutions collectives et solidaires. Enfin, ils doivent également constituer un support à l’expression populaire en donnant des moyens à celle-ci, et notamment en produisant des clés de compréhension de sujets jugés parfois trop « techniques ».

Le comité local pour la 6ème République doit donc être ce lieu qui permet l’apprentissage de l’émancipation et la prise de conscience de sa propre force, individuelle et collective. Il doit jeter les bases d’une Révolution citoyenne qui trouve ses fondements dans les racines de l’implication populaire.


La tentation comptable

tumblr_mo4tl3RfYW1qed11lo1_1280

 Il y a une multitude de manières d’envisager les élections. Il y a des procédés légitimes car politiques : mesurer l’imprégnation d’idées dans la société, établir un rapport de force et prendre le pouvoir pour améliorer la vie quotidienne. Ceux-ci partent “de la base”, c’est à dire des citoyen-ne-s, et permettent d’élaborer une expression de l’intérêt général. A l’inverse il est possible d’envisager une élection d’un point de vue purement comptable et notabiliaire à des fins illégitimes car égoïstes. Que ce soit par “goût” individuel pour le pouvoir ou pour faire valoir des intérêts particuliers, tels que ceux d’un groupe social spécifique (les solfériniens s’obstinent par exemple à répondre aux intérêts du patronat) voire à une institution comme un parti politique (faire vivre la structure pour la structure), nous sommes dans ces cas là bien éloignés de la satisfaction de l’intérêt général qui disparait au profit d’une comptabilité de courte vue. Or c’est souvent par ce biais là que sont envisagées les élections locales et c’est notre responsabilité de citoyen et citoyenne de devoir s’opposer à tous ceux qui seraient tenté de succomber à cette tentation comptable.

La tentation comptable c’est être prêt à brader idéaux de gauche et lutte de classe pour son intérêt personnel. C’est faire alliance avec le “centre” (mais qui peut bien être encore crédule au point de ne pas voir que les soi-disant “centristes” ne sont que des mauvaises copies d’une droite modérée) comme l’envisage Anne Hidalgo, la candidate du PS, à Paris. C’est également noyer les valeurs républicaines dans des collectifs communautaristes pour s’attirer les votes des communautés religieuses, ethniques et culturelles, au détriment de l’unité de la République. Mais c’est aussi réaliser des tractations et compromis de couloirs et d’anti-chambres dorées biens loin du peuples souverains. Mais pour les militants du Front de gauche dont je me considère comme membre, la tentation comptable c’est de fermer les yeux sur ceux qui mènent aujourd’hui des politiques d’austérités et qui, délibérément et avec un cynisme fou, jettent des milliers de personnes au chômage et dans la misère, et envisager des alliances sur ces mêmes bases politiques austéritaires et anti-sociales.

Favoriser l’alliance avec des forces politiques austéritaires pour espérer grappiller quelques élus est d’abord une erreur politique. C’est une erreur car elle repose sur le système représentatif oligarchique, dont les “affaires” de corruption qui caractérisent celui-ci, le placent à la limite de l’implosion. Pour les forces progressistes il ne s’agit plus de vouloir encore une fois déposséder les citoyen-ne-s de leurs pouvoirs d’agir et de décider, mais de chercher à développer de nouvelles façons de faire faire au peuple de la politique concrète. Pour cela, il faut bannir toute tendance à considérer les élections comme des “marchés d’électeurs et d’électrices”, où chaque parti politique mettrait à disposition d’une alliance son électorat (forcément figé), mais comme un processus en perpétuelle mutation. Cette situation est la conséquence directe d’un affaiblissement des clivages traditionnels entre la gauche et la droite (aidé par la droitisation vulgaire du PS) où une grande partie des électeur-trice-s ne se reconnaissent plus dans leur représentation. Plutôt que des arrangements de couloirs, privilégions donc la création d’une dynamique populaire sur des bases programmatiques exigeantes, volontaristes et clairement de gauche..

Mais en plus d’être une erreur politique, c’est une erreur stratégique. A mon sens, l’argument fumeux qui consiste à dire qu’une alliance avec les solfériniens (puisqu’il s’agit d’eux le plus souvent) permettrait d’avoir des élus pour ensuite, combattre l’austérité de “l’intérieur” et améliorer la vie quotidienne des administré-e-s, est dangereux. L’analyse des derniers scrutins, et notamment des “législatives partielles”, montrent que François Hollande, le gouvernement Ayrault et l’ensemble des solfériniens ont transformés le PS (et souvent l’ensemble de la gauche), dans l’imaginaire collectif en un pestiféré, et notamment chez les électeurs portés à gauche. Dans ce contexte Vouloir embarquer sur le “pédalo en pleine tempête” est une profonde idiotie. L’autonomie conquérante n’est pas une posture égoïste mais un devoir pour lutter contre les réactionnaires et pour la survie de la gauche !

Mais le danger de succomber à la tentation comptable concerne également des aspects idéologiques. Les élus du Front de gauche, parce qu’ils font prévaloir l’intérêt général avant les intérêts économiques, ne doivent pas succomber à cette tendance technocratique qui leur impose de devenir des “gestionnaires” au lieu d’être des militants humbles et combatifs. En terme de stratégie politique, comme en terme de programme, nous devons faire prévaloir les citoyen-ne-s et leurs aspirations et nous devons proscrire les comportements d’élus notables aux dents longues et de techniciens. Les collectivités territoriales disposent déjà de techniciens talentueux et intègres, l’élu n’a pas à se substituer mais à définir une ligne politique.

La tentation comptable sera, à ne pas douter, celle qui conduira la gauche à la défaite. Ne tombons pas dans cette double erreur politique et stratégique en refusant d’avoir des ambitions. Le peuple en a assez de ces représentants qui ne représentent que leurs propres intérêts, qui le considèrent comme une marchandise électorale mobilisable à un instant T (les élections) puis oublient leurs promesses dès les résultats tombés. Ne bradons pas nos idéaux pour quelques écharpes (inutiles dans des municipalités et intercommunalités gouvernées par des austéritaires), cherchons à poursuivre l’ensemble des voies qui permettent la prise de conscience et l’implication populaire dans nos quartiers et nos communes. La gauche n’en sera que plus valeureuse pour mener à bien la définanciarisation des biens communs, mettre en place la gratuité des transports, soutenir l’économie sociale et solidaire, promouvoir un aménagement du territoire écologique, bref, mener une politique écosocialiste.


Comment les marchands façonnent l’espace public

_DSF2495

Les marchands ont façonnés les villes telles que nous les connaissons aujourd’hui. Parce que la présence marchande permettait les relations avec l’extérieur, la découverte de nouvelles cultures, de nouveaux produits, etc., les « villes riches » actuelles sont le plus souvent celles qui avaient sur leurs territoires les commerces les plus développés. Les marchands créaient « de fait » des espaces publics où fourmillaient les individus et les rencontres.

Les commerces dits de « proximité » s’inscrivent dans cet héritage du commerce comme créateur de lien social mais tendant aujourd’hui à disparaître (notamment dans les communes périurbaines) au profit de grandes zones commerciales. Or si le premier favorise l’utilisation de l’espace public le deuxième en est la négation. En effet, dans les centres villes « classiques », le chaland visite des espaces privés qui sont séparés par des espaces publics où l’accès est libre tandis que dans les centres commerciaux de périphérie, l’espace public n’existe pas, seul existe un espace privé dont l’usage s’apparente à un usage public. Ces deux formes de commerces s’opposent complètement. Le premier favorise le lien social, notamment via la relation de proximité entre le commerçant et le client, le deuxième est impersonnel et uniformise l’acte de consommation. Malgré une présence importante de visiteurs, les relations sont froides et distantes. Le centre commercial situé en périphérie des villes, apparaît pour les habitants des zones urbaines marginales comme une façon simple et rapide de faire ses courses, en raison notamment des facilités de stationnements que l’on ne trouve pas dans les centres villes.

Ce développement de zones commerciales érode les espaces publics des centres villes pour offrir une alternative bien différente. Alors que ceux qui disparaissent s’étaient bâtis au cours de longues années, chacun ayant une identité particulière, fruits de l’histoire régionale, les centres commerciaux sont artificiels et standardisés. Les formes urbaines et architecturales, extérieures comme intérieures, inspirées des « malls » américains, sont reconnaissables et visibles dans de nombreux pays occidentaux. L’artificialisation des espaces publics est la conséquence de la « marchandisation » de ceux-ci. En effet, derrière l’aménagement d’espaces commerciaux il n’y a pas seulement l’idée de vendre un produit ou un service mais également de promouvoir un style de vie particulier. Ce sont les marques internationales du commerce qui vont faire un espace public « adapté à leurs activités ».

L’autre méthode d’appropriation des espaces publics par les marchands semble d’avantage connue que celle décrite précédemment, il s’agit de la publicité. Aujourd’hui, à l’époque de la consommation de masse, la publicité est très présente dans l’espace public et a des effets sur ce dernier. La fréquentation d’un espace public, et notamment par les piétons apparaît comme une aubaine pour les publicitaires qui veulent profiter de la rêverie des visiteurs pour faire connaître leur message. Chaque surface de l’espace, y compris du mobilier urbain, est susceptible d’accueillir un message publicitaire. Or cette situation aliène l’individu en le matraquant quotidiennement de slogans. S’il est possible de parler de privatisation des espaces publics par la publicité, c’est également en raison du fait que l’expression politique à l’intérieur de ceux-ci devient de plus en plus difficile. Parallèlement au développement des formes publicitaires toujours plus variées, les possibilités de manifestation politique dans l’espace public se restreignent par une sévérité accrue des pouvoirs publics lorsqu’il s’agit de donner des autorisations.

L’exploitation par les marchands de l’espace public est donc une remise en cause de celui-ci. Cette forme de privatisation a pour conséquence, notamment dans les communes périurbaines, la déperdition des centres villes au profit des zones commerciales de périphérie, mais aussi une artificialisation et une standardisation des villes et des comportements. Enfin, c’est également la dimension politique qui s’ébranle car celle-ci est jugée trop peux compatible avec les modes de vie promus par les publicitaires. L’essence même d’un espace public urbain recule à mesure que les marchands s’approprient l’espace. Il apparaît souvent difficile de s’asseoir en dehors d’un café pour profiter d’un espace public et il apparaît inutile de se poser la question de la liberté d’accès à celui-ci.


Cinq ans dans une université de « banlieue »

Voilà c’est fait, je viens de finaliser mon inscription en Master 2 à l’Université d’Evry. J’aurais donc passé cinq ans, c’est à dire l’ensemble de mes années d’après bac dans cette université. Celles-ci ont été pour moi des années superbes de rencontres, d’acquisition et de partage de connaissances, grâce à des enseignant-e-s pour la plupart, dévoué-e-s et passionné-e-s. Mais ce fut surtout cinq années de formation et de combats, politiques et syndicaux. Si le « microcosme universitaire » est propice à la découverte de la chose politique, la confrontation à la réalité sociale, particulièrement cruelle dans une fac accueillant des étudiants issus de quartiers populaires, lui donne une autre dimension. C’est donc avec une certaine nostalgie que j’entamerais, à la rentrée, ma dernière année.

L’Université d’Evry, comme les autres universités de la banlieue parisienne, sont souvent décriées voire boudées par les futur-e-s étudiant-e-s. La raison première est la situation géographique jugée « défavorable » par rapport aux universités parisiennes, dont le prestige supposé fait fantasmer. Pour ces individus mal informés, ce n’est pas la situation géographique en soi qui pose problème, l’université « de banlieue » étant souvent bien plus proche du lieu d’habitation que son homologue parisienne, mais un recrutement catégorisé comme étant plus « social ». Elles apparaissent souvent, dans l’imaginaire collectif, comme un témoignage des carences du système scolaire, primaire et secondaire, dans sa mission de réduction des inégalités, dans la distribution du capital culturel, et subissent très souvent des taux de « décrochages » importants durant les premières années.  Cependant, ces taux de décrochages, certes beaucoup trop élevés, ne sont pas l’apanage des universités « de banlieue » mais sont à peu près identiques partout.

La deuxième raison qui pousse les lycéen-ne-s à bouder les facs comme Evry  est la recherche d’un certain « entre-soi », c’est à dire la volonté de se retrouver en cours avec des gens du même milieu social. Or l’université d’Evry est inversement un lieu de brassage culturel où les origines sociales et géographiques se mélangent. Cette situation est, à mon sens, ce qui fait la force de ce type d’institutions d’enseignement supérieur car permet aux étudiants une véritable ouverture sur la diversité du Monde et permet également la rencontre de gens dont on n’aurait pas eu spontanément l’occasion de le faire.

Malheureusement, cette mauvaise réputation, colportée par des ignorants, est relativement importante et beaucoup de futur-e-s étudiant-e-s choisissent l’université d’Evry par « dépit » (souvent parce qu’ils n’ont pas été pris « ailleurs »). Ces opinions infondées, à propos d’une supposée moindre qualité des enseignements dispensés dans les universités « de banlieue », sont le plus souvent l’œuvre d’individus n’y ayant jamais mis les pieds, la réalité étant complètement différente. Mon expérience d’étudiant à l’université d’Evry m’a fait découvrir des cours en petits groupes, un suivi personnalisé de chaque étudiant qui le souhaite et une solidarité très forte entre les étudiants. Nous sommes donc bien loin des « machines à transmettre du savoir » des grandes universités parisiennes où la norme est à l’amphi impersonnel de 600 personnes.

Néanmoins il est difficile d’être optimiste face à l’avenir. La LRU, aussi nommée « loi d’autonomie des universités », impose une concurrence territoriale entre celles-ci et risque à terme de faire disparaître les petites universités pluridisciplinaires comme Evry, au profit de « grands pôles » spécialisés dans des domaines particuliers, et « rentables » à court terme. Car « l’autonomie » de la LRU c’est avant tout un désengagement de l’Etat dans le financement, et une augmentation de la dépendance vis à vis des capitaux privés, pour lesquels la recherche n’est concevable que si elle est suivie d’applications directement utilisables sur le marché. Cette priorité donnée au privé impacte donc à la fois la recherche fondamentale et les filières universitaires non directement « profitables », particulièrement l’ensemble des « sciences humaines ». Cette logique de privatisation a des conséquences dramatiques sur les universités les plus populaires car ce sont elles les plus fragiles.

Une université comme celle d’Evry est une nécessité pour ce type de territoire particulier et notamment pour les classes populaires. Posons nous la question de savoir combien d’individus issus d’une classe sociale défavorisée irait jusqu’à Paris pour suivre des cours. Le nombre serait évidemment faible. Disposer d’institutions d’enseignement supérieur à coté de chez soi pousse à la démocratisation de celui-ci, et cela profite avant tout aux populations disposant de moins de capital culturel, économique et social. C’est donc une véritable mission de service public en faveur de la transmission des savoirs qui est mis en œuvre ici et c’est cette mission qu’il faut défendre corps et âmes, contre ceux qui veulent tout « marchandiser ». Mais la lutte doit également passer par les consciences : les facs « de banlieue » ne sont pas « moins bien que les autres » ce sont au contraire là où se profile la société de demain.

Enfin bref, j’ai étudié à l’université d’Evry avec beaucoup de bonheur et de fierté, j’y ai rencontré des amis et des camarades. J’espère finalement, qu’à la fin de cette dernière année de Master, j’aurais encore l’occasion d’y retourner, et pourquoi pas pour y enseigner …