Le « petit pavillonnaire » et l’homogénéisation des consciences

Ce n’est être pas évident pour tout le monde mais tout est politique ! Le choix par les individus d’un type de logement plutôt qu’un autre n’échappe pas à cette logique et est le résultat d’un choix idéologique. Celui-ci se fait à plusieurs échelles: à l’échelle de la société dans son ensemble où l’idéologie dominante va chercher à imposer sa vision de « ce qui est la norme » ; c’est par exemple l’idéologie fonctionnaliste après la 2nde Guerre Mondiale avec les Grands Ensembles d’habitat collectif ; mais aussi à l’échelle individuelle où les choix que les individus font sont marqués par leur position sociale. En effet, c’est la condition sociale des individus et notamment leur capital culturel qui va les pousser à vivre dans un pavillon de banlieue périurbaine ou un collectif de centre-ville.

La forme urbaine du « petit pavillonnaire » s’est fortement développée depuis les années d’après guerre pour devenir une forme architecturale complètement stéréotypée. Plusieurs éléments ont contribués à cette situation. Le premier est l’émergence du « modèle américain », lui même reposant sur l’essor de l’automobile et l’extension de l’espace urbain. Celui-ci repose également, sur l’idée de conquête du territoire et d’accès à la maison individuelle, bordée par un jardin, comme une marque de réussite personnelle. Poussée par une recherche fantasmée de la tranquillité et de la proximité avec la nature, l’idéologie du « propriétaire à tout prix » a été prônée par la droite depuis des années et la « maison à 100 00€ » de Jean-Louis Borloo en est la caricature. Or si cela correspond bien avec le cadre de pensé libéral, celui-ci, comme souvent, n’a pas de réflexion d’ensemble sur ce que doit être un aménagement du territoire qui prend en compte le respect de la nature. Enfin il serait erroné d’oublier la dimension économique dans les stratégies de logement des ménages et dans le développement de la forme pavillonnaire. En effet, face à la hausse des prix et des loyers des appartements dans le centre ville, les individus vont se rendre compte qu’il est à première vue moins onéreux d’acquérir un pavillon en banlieue périurbaine que de continuer à loger dans le centre. Or c’est oublier de nombreux couts « cachés » et en particulier l’utilisation accrue du véhicule individuel.

Comme au début du 19ème siècle où la standardisation et les procédés de montage à la chaine ont pu faire émerger une société de consommation, en réduisant fortement les dépenses pour la production et donc le cout des marchandises, le petit pavillonnaire relève de cette logique de diminution des couts de production. En effet, dans cette recherche effrénée du prix le plus bas, nous avons affaire le plus souvent à des constructions stéréotypées construites à la chaine, sans recours à un architecte (l’obligation d’avoir recours à un architecte ne concerne que les constructions de plus de 170m2). Or cela entraine une homogénéisation des formes urbaines et architecturales. La société de consommation concerne maintenant les manières d’habiter et le « petit pavillonnaire », peuplant les banlieues périurbaines des villes françaises, est l’archétype de celle-ci.

Comme pour l’expulsion des activités commerciales des centres villes, l’étalement urbain qu’entraine le « tartinage » de pavillon dans les lotissements, consomme de nombreuses terres agricoles. Or une terre agricole qui disparaît le fait le plus souvent pour toujours. Une politique d’aménagement du territoire doit répondre à un impératif de long terme et de planification écologique. Cette dernière doit faire admettre à la population une nouvelle façon d’habiter et pour cela il est nécessaire de combattre l’idéologie dominante individualiste qui a imposé le pavillon individuel comme unique marqueur de réussite sociale. Sans tomber dans les travers du fonctionnalisme des années d’après guerre qui ont amenées à la construction des grands ensembles sous les formes de « tours » et de « barre » d’immeubles, il faut concevoir des villes denses en favorisant la mixité fonctionnelle et sociale.

Publicités

L’agriculture urbaine, consommer et produire en ville.

Très souvent les villes, et particulièrement dans les banlieues périurbaines, s’étendent d’une façon anti-écologique en détruisant des terres agricoles ou naturelles. C’est pourquoi il est généralement admis que c’est la ville en elle-même la cause du problème. Or c’est plutôt un mode d’aménagement du territoire conduit par le « marché libre », qui pose problème. Dans un processus de planification écologique il est nécessaire de repenser celui-ci en favorisant l’environnement et l’humain à l’opposé du désordre libéral. L’agriculture urbaine qui se développe, pour l’instant, majoritairement outre-Atlantique et dont je vais parler ici, relève de cette logique.

Commençons d’abord par nous poser la question de savoir qui peuvent bien être ces fermiers urbains. Le plus souvent ce sont des bénévoles, des gens passionnés par la culture de la terre, qui vont dans un premier temps décider de cultiver des espaces mis à disposition par les collectivités ou prêtés par des propriétaires privés, pour ensuite partager les fruits de cette récolte mais aussi du savoir concret ! La forme d’agriculture urbaine la plus célèbre est celle des jardins partagés qui se développent doucement mais surement, et souvent aux pieds des ensembles d’habitat social. Elle concerne, pour l’instant, majoritairement des « petites productions » et notamment des maraichages et des arbres fruitiers pour la simple et bonne raison que ce sont des cultures qui ne demandent que très peu d’espace.

Les objectifs de l’agriculture urbaine sont variés. Le premier est de faire de celle-ci un espace d’éducation dans le but d’améliorer les connaissances des individus en ce qui concerne les produits de la terre et d’apprendre à se réapproprier nos façons de consommer pour consommer autrement. Alors que la mondialisation capitaliste nous a appris à avoir tout type de produit à n’importe quel moment de l’année avec des conséquences désastreuses pour l’environnement et le climat, éduquer les populations à l’agriculture est un moyen de comprendre l’importance du respect des saisons et connaitre les productions locales d’une région. C’est une manière de (ré)éduquer les urbains à des savoirs ancestraux qui ont pour beaucoup été perdus. Le deuxième objectif de l’agriculture urbaine est un objectif social. Celle-ci permet d’organiser la solidarité sur un territoire et de créer du lien social. Il est même possible de mettre en place des mesures de « réinsertions sociales » pour de nombreuses personnes désocialisées comme certains chômeurs de « longue durée » par exemple.

Mais l’agriculture urbaine est aussi un moyen de modifier les comportements de consommation. De nombreuses associations organisent des ventes à bas prix voire des distributions gratuites pour les individus aux revenus les plus modestes. Il est même possible dans certains cas, pour les individus qui le souhaitent, de venir se servir à sa guise. C’est aussi un moyen de créer des circuits courts et de favoriser la coopération entre les acteurs locaux. L’ambition est de relocaliser la production alimentaire et de rendre les communautés locales autosuffisantes, ou si ce n’est pas possible, de s’approcher de celle-ci. L’idée globale est de produire à proximité pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées aux transports.

Si en France les initiatives en matière d’agriculture urbaine restent encore trop timides, les expériences menées aux Etats-Unis, en particulier dans la ville de Détroit, ville qui connait un très fort taux de chômage et de pauvreté et qui a de nombreux terrains abandonnés, me permettent de penser que c’est une des solutions à la crise écologique. Il est en revanche nécessaire de penser l’agriculture urbaine dans un processus de planification écologique, celle-ci étant nécessaire pour l’encadrer démocratiquement. Elle est notamment fondamentale pour s’assurer d’une meilleure répartition des activités afin de garantir que les terres cultivables restent nombreuses en villes. Penser une production agricole plus proche des gens est un moyen de dépasser le productivisme qui a des conséquences graves sur l’ensemble des pays de la planète (et en particulier chez les moins biens armés pour lutter contre les injonctions du FMI et de l’OMC).


Pour vivre mieux, ralentissons la ville

Dans l’imaginaire collectif la ville est un lieu de mouvements. Les différents flux (automobiles, piétons, de marchandises, voire immatériels … ) qui s’entrecroisent à des vitesses toujours plus importantes contribuent à cette sensation et les « villes mondes » sont l’archétypes de ce processus d’accélération aliénant pour les individus. Mais en parallèle une prise de conscience écologique que « nous ne pouvons pas continuer comme ça » émerge chez les citoyens de nombreux pays développés. En réponse au productivisme destructeur pour l’environnement va naitre le mouvement des « Villes lentes ».

Ce concept qui prend son inspiration dans les mouvements d’écologie politique et de décroissance, en prenant exemple sur l’association américaine Slowfood créée une dizaines années auparavant pour lutter contre les fast-foods et la « malbouffe »,  va questionner nos usages de la ville et réfléchir à des solutions à apporter à la crise écologique (notamment en visant à se rapprocher des rythmes « naturels »). Né en Italie en 1999 le « citttaslow » va intéresser au départ quatre villes italiennes progressistes sur la préservation de la qualité de vie des habitants et sur la préservation de l’identité locale face à la globalisation culturelle en matière d’aménagement du territoire.  Aujourd’hui le réseau des villes lentes touche plus d’une centaine de villes en majorité dans l’Union Européenne mais aussi aux Etats-Unis et en Australie. A mon sens ce mouvement apparaît comme une véritable bouffée d’air pur contre les politiques hypocrites de développement durable et de capitalisme vert car c’est une critique en profondeur de l’essence même du système capitaliste.

Concrètement une ville qui souhaite participer au mouvement doit obligatoirement s’inscrire dans un respect du manifeste Cittaslow comprenant soixante-dix recommandations. Ces recommandations vont concerner divers éléments comme la réduction des consommations énergétiques et la protection de l’environnement : en donnant par exemple la priorité à l’utilisation des transports en commun et par la mise en place de programmes très poussés de recyclage, mais concerne aussi la préservation du patrimoine urbain historique qui apparaît comme une richesse face à l’homogénéisation culturelle qu’entraine la mondialisation des échanges. Contre la dictature de la finance c’est l’humain qui doit être au centre de la ville : une ville lente doit favoriser l’émergence d’une démocratie participative réelle et mettre en place des structures collectives publiques pour favoriser la cohésion sociale, mais doit aussi favoriser le piéton contre tout autre mode de transport.

Le bien-être urbain est l’élément central du projet politique des villes lentes. Celui-ci se traduit par la construction d’un nombre important de zones piétonnes mais aussi « d’espaces verts » ou de loisirs pour faire « vivre la ville ». Ces mesures nous rapprochent des idéaux d’Henri Lefebvre et de son « Droit à la ville ». Le citadin ne doit pas être simplement consommateur de la ville mais acteur de celle-ci.

Enfin, si le mouvement des villes lentes m’intéresse particulièrement, c’est que je le trouve particulièrement adapté au projet du Front de gauche de planification écologique. En effet, de nombreuses recommandations du manifeste comme la nécessaire relocalisation des activités économiques, le développement de commerces de proximités et la priorité donnée aux transports collectifs font parties intégrantes du programme politique du Front de gauche pour une société plus juste et plus vivable pour les humains. Comme le programme du Front de gauche, la charte des villes lentes concerne tous les aspects de la société et cherche à agir sur l’ensemble du système et comme le programme du Front de gauche, la charte des villes lentes met au centre de son action politique l’humain et cherche à améliorer les conditions de son existence, en mettant de coté les volontés des marchés financiers et les conséquences sur ces derniers.