Le logement social comme solution à l’impasse écologique

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Il m’est déjà arrivé, et à maintes reprises, de soutenir sur ce blog la construction de logements sociaux. Mais au-delà du présupposé, trop souvent caricatural, qui ferait du militant de gauche un partisan du logement « public » et collectif parce que « social » par nature, tandis que le militant de droite défendrait l’accession à la propriété individuelle, nous avons d’autres bonnes raisons de soutenir la construction de logements sociaux : des raisons d’ordres écologiques.

Alors qu’il est admis par tous les observateurs spécialisés, institutionnels ou associatifs (la Fondation Abbé Pierre notamment), que la situation sociale des individu-e-s vis-à-vis du logement se dégrade depuis bientôt une décennie, rien n’a réellement été fait par les gouvernements de droite ou solférinien (la « mobilisation » du foncier public n’a rien d’une politique volontariste) pour enrayer cette spirale. Je parle de spirale car les difficultés d’accès au logement entrainent des difficultés pour accéder à un emploi stable, et inversement. La première des répercutions écologiques de la construction de logements sociaux est d’abord d’ordre humaine : le logement social permet aujourd’hui à 11 millions de français d’avoir un toit pour vivre et s’émanciper, quel que soit leur niveau de revenu, quelle que soit leur activité professionnelle.

De plus, l’activité de construction (mais également de réhabilitation) en tant que telle contribue à créer de l’activité et des emplois locaux non-délocalisables. L’Union Sociale pour l’Habitat (USH), organisation représentative des organismes d’HLM, chiffre à 14 milliards d’euros le montant des travaux liés à la construction ou à la réhabilitation de logements sociaux chaque année. Le logement social est un levier de croissance et d’emploi important reposant sur un domaine utile socialement, qui permet d’augmenter le bien être de la population. Par ailleurs, en encadrant les prix des loyers à des niveaux relativement bas, il permet d’augmenter sensiblement le pouvoir d’achat et le niveau de vie des plus modestes.

Dépendant d’une gouvernance publique et d’une réglementation interdisant la réalisation de profit sur les opérations de construction (à l’inverse des promoteurs privés dont c’est la principale fonction), c’est l’intérêt général qui motive la construction de logements HLM, là où le besoin se fait sentir et là où la mixité sociale devient un impératif. Il est un outil pour organiser le « vivre ensemble » et mettre en œuvre le lien social. Bien utilisé, le logement social devient un outil politique et démocratique d’aménagement. Au sein des effectifs des bailleurs sociaux, des hommes et des femmes sont souvent engagés au maintien de bonnes conditions d’habitat des locataires, mais également pour animer la vie locale et font pour cela un travail remarquable. La réalisation de jardins familiaux aux pieds des immeubles est un exemple des démarches concrètes conduites par les bailleurs.

Parce qu’il poursuit un intérêt général, le logement social est également le mieux à même, dans le domaine de l’habitat, d’organiser la planification écologique. La non lucrativité de son action permet de mettre en œuvre des initiatives qui ne rapportent pas d’argent à court terme mais qui ont des bénéfices sociaux et environnementaux à long terme. C’est le cas, par exemple, des actions de réhabilitation des logements pour qu’ils respectent des normes environnementales et énergétiques strictes et permettent de lutter contre la précarité et de favoriser une amélioration des conditions de santé. Ces actions sont rendues d’autant plus nécessaires que beaucoup d’habitations se révèlent -des dizaines d’années après leur construction- de véritables passoires énergétiques.

Or, encore une fois, en limitant drastiquement les capacités d’interventions publiques, de l’Etat comme des collectivités locales, la politique d’austérité conduite par le gouvernement et le Président Hollande mettent des bâtons dans les roues à la construction de logements sociaux. Face à cette raréfaction des ressources les bailleurs sont obligés de limiter leurs projets et de prioriser les opérations les plus « rentables », c’est-à-dire les moins risquées pour l’opérateur qui mobilisera ses fonds propres. De plus, la baisse continuelle des taux de rémunération du Livret A (dont l’objet premier et original est le financement du logement social) contribue à cette baisse d’activité. L’austérité nuit à l’intérêt général, contribue à empêcher les citoyennes et citoyens de vivre correctement et empêche toute transition écologique.

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(Re)faire la ville sur la ville

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N’en déplaise aux partisans de l’immobilisme en matière d’aménagement, et en particulier à ceux qui, sous couvert de vouloir protéger l’environnement, pensent avant tout à protéger leur propre cadre de vie ; aux plus prompts à se lever voire s’insurger, prenant comme prétexte le refus des « densités », pour ne pas à avoir à affirmer haut et fort qu’ils sont effrayés par l’idée d’avoir des « pauvres » à proximité de chez eux (la préservation de la valeur foncière est un vrai carburant à mobilisation) ; nous devons répondre à une pénurie grave de logements. Nous devons donc construire dense et nous devons construire en recherchant autant que possible la mixité sociale. Répondre à l’impératif conséquent de construction de logements (500 000 logements par an à construire sur l’ensemble du territoire national et 70 000 rien que dans la région parisienne), et d’équipements publics correspondants, nécessite de mettre en œuvre une stratégie planificatrice, reposant sur un volontarisme politique marqué afin d’éviter l’étalement urbain, véritable fléau qui est aujourd’hui la cause de la disparition d’un département en France tous les 7 ans et dont le rythme s’accélère continuellement. La reconversion des espaces en friches, abandonnés ou inutilisés, peut aujourd’hui permettre d’apporter une première solution à cet objectif sans avoir à recourir au grignotage de terres agricoles.

Au-delà de quelques opérations particulièrement mises en avant, véritables vitrines de communication pour les élu-e-s locaux et les pouvoirs publics : dans mon département, en Essonne, c’est notamment le cas du quartier Clause-Bois Badeau à Brétigny-sur-Orge, « éco-quartier » construit sur une ancienne friche agro-industrielle, où du quartier des Docks à Ris Orangis, réalisé sur une ancienne friche militaire et industrielle (en éjectant le squat artistique implanté depuis 30 ans dont il restera le clip de la chanson Mala Vida de la Mano Negra), il s’agit de recourir à plus grande échelle à cette forme d’urbanisation qui ne minéralise pas d’avantage les territoires. Il n’est donc pas question de bétonner « encore plus » mais de mettre en œuvre les moyens d’améliorer le « rendement urbain » des espaces existants, c’est-à-dire de les optimiser. Cela passe par des destructions et reconstructions mais ce n’est pas le seul outil. Il est, par exemple, également possible de rénover les logements qui sont des passoires énergétiques, de réquisitionner les logements vacants ou d’utiliser, pour un temps donné et limité, des locaux industriels à toutes autres fonctions que celles prévues à l’origine. Cette dernière solution a été mise en œuvre à Viry-Châtillon par la Communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne, en réhabilitant une ancienne usine pour organiser des actions culturelles et des évènements divers.

Seuls des élu-e-s combatif-ve-s peuvent développer ce type d’actions politiques, car seuls des élu-e-s combatif-ve-s sont capables de résister aux pressions des promoteurs, pour qui la reconversion est un coût supplémentaire dans leur plan de financement (sauf dans les hyper-centres très bien desservis par les réseaux de transport en commun), alors que les marges financières sont beaucoup plus importante dans le diffus et en extension, et certain-e-s individu-e-s déployant des comportements NIMBY (« Not In My BackYard ») et considérant leur voisinage comme une « chasse gardée ». Contre l’expression, souvent pressante, des intérêts particuliers du petit nombre, l’élu-e doit tenir le cap de l’intérêt général. L’opposition aux reconversions urbaines est même dans certains cas portée par des professionnels de l’aménagement et de l’architecture qui survalorisent le patrimoine (surtout quand ils ont participé à l’élaboration de celui-ci) au détriment du vécu des habitant-e-s. L’architecte Paul Chemetov s’est par exemple opposé vivement à la destruction d’un immeuble, qu’il avait dessiné dans la commune de Courcouronnes dans l’Essonne, avant d’être débouté en première instance (mais il a fait appel de cette décision).

Sans, pour autant, défendre la « table rase » absolue et appliquée aveuglement, la mystification du patrimoine bâti apparait trop souvent comme un frein à la reconversion. Cependant, les urbanistes, architectes, promoteurs et politiques soumis-e-s à ces derniers, n’hésitent pas à détruire lorsque le patrimoine « n’est pas le leur ». Parce qu’elles se sont faites sur des ensembles d’habitats collectifs, où vivaient des habitant-e-s de classes populaires, les opérations de renouvellement urbain dans le cadre de la Politique de la ville (financées en partie par l’ANRU) n’ont pas données lieux à des mobilisations massives, des procédures juridiques et des reports de projets. En matière d’habitat et de cadre de vie, le patrimoine des pauvres n’a pas la même valeur que celui des riches. Or les opérations de renouvellement urbain, et notamment lorsqu’elles ont été coproduites avec les habitant-e-s des quartiers concernés, ont été les seuls exemples de mises en œuvre planifiées et à grandes échelles de stratégies de reconversion de territoires en difficultés. La reconversion urbaine est donc un véritable outil efficace de planification écologique pour les territoires, pour développer du logement et pour corriger les défauts en termes de mixité sociale et fonctionnelle, à condition qu’elle soit démocratique et coupée de toute logique financière et de spéculation. C’est malheureusement rarement le cas aujourd’hui.


La Métropole de la classe dominante

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Parce que plus de la moitié de la population mondiale vit en ville et parce que le « mode de vie urbain » dépasse largement les frontières mêmes des zones urbanisées, la ville est au centre des enjeux de société. Le mode de vie urbain est finalement l’expression spatiale du mode de production capitaliste. Si les « marchés » économiques et financiers, en cherchant sans cesse à faciliter la circulation des facteurs de production (du capital et du travail), ont participés et participent à la construction des villes que nous connaissons, ne perdons pas à l’esprit que cette construction est aussi politique. La fameuse « Métropole » est la ville de la classe dominante car dans celle-ci, plus qu’ailleurs, s’expriment les rapports sociaux du mode de production capitaliste ainsi que l’idéologie ultra-libérale qui l’accompagne. Plus qu’une simple « grande ville » sur le plan démographique, la Métropole, par la présence de nombreux sièges sociaux d’entreprises ou de grandes institutions, par des équipements culturels prestigieux, de grands centres de recherches à rayonnement international, etc., se définit comme un lieu de concentration et d’expression du pouvoir politique et économique.

Les métropoles s’inscrivent dans la logique économique de compétition mondialisée qui pousse à une ultra-spécialisation des territoires. Chaque métropole se doit d’avoir sa spécialité et être la meilleure dans son domaine au niveau mondial. Or cette spécialisation conduit  à des absurdités écologiques (multiplication des flux de transport et de capitaux) ainsi qu’à des inégalités sociales entre les intégré-e-s à la métropole (les habitants des centre-villes) et les relégué-e-s à la marge de celle-ci.

A l’inverse des « villes lentes » et des « villes en transition » qui se fixent une limite démographique restreinte, les métropoles qui fonctionnent sur une recherche permanente d’économies d’échelles et sur l’expression d’un rapport de force compétitif, ont besoin d’un nombre d’habitant-e-s importants pour s’affirmer. Or cette croissance démographique sans fin de certaines villes, et pendant que d’autres perdent inexorablement des habitant-e-s, va à l’encontre d’une soutenabilité et d’une bonne qualité de vie pour toutes et tous. Cette stratégie politique démographique « expansionniste » des territoires les plus attractifs pour le capital, s’accompagnant souvent d’une marchandisation des services urbains, sape la capacité des villes à contribuer à l’émancipation des individus. Notre combat idéologique doit s’inspirer des penseurs socialistes du 19ème siècle qui n’hésitaient pas à proposer des systèmes urbains cohérents avec leur critique du système productif.

Refuser la « métropolisation » des villes c’est également lutter contre la ségrégation spatiale. Tandis que le Centre-ville est l’espace de la classe dominante où se concentrent lieux de décision, boutiques de luxe et équipements prestigieux, la banlieue apparaît comme le lieu d’accueil des rejetés de la compétition mondialisée, des migrants et des classes populaires. Mais la banlieue n’est pas uniquement lieu d’accueil des populations rejetées, elle l’est aussi pour les activités et équipements dont le centre de la métropole ne veut pas directement sur son territoire : cimetières, déchèteries, entrepôts divers, dépôts de bus… Toutes ces activités sont indispensables au bon fonctionnement de la ville mais sont bannies des espaces de la classe dominante. De la même manière les villes n’ayant pas les ressources pour accéder au statut convoité de « Métropole » deviennent des lieux mis au rebut, à l’attractivité déclinante. S’il est souvent difficile de tracer les « contours » de la ville, prendre du recul sur la façon dont elle est conçue permet d’observer les conflits de classe dans la lutte pour les meilleures places.

Mais la « Métropole » c’est aussi une construction non-démocratique. Face à ce constat partagé par tous, la classe dominante n’hésite pas à mettre en avant la difficile « gouvernance » à cette échelle. Les métropoles partagent cette caractéristique d’exclure les citoyen-ne-s des processus de décision. Le déni démocratique métropolitain s’exprime en premier lieu par la création de nouveaux échelons de décision, rendus volontairement illisibles pour les habitant-e-s, disposant de compétences de plus en plus nombreuses et approfondies. Au lieu d’une « ville pour tous, faite par tous », la Métropole est une « ville pour une minorité de possédants, faite par cette minorité ». En matière de démocratie locale les baronnies solfériniennes ressemblent parfaitement aux baronnies de l’UMP : le premier projet de loi de « l’acte III » de décentralisation dit de « modernisation (sic) de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles » présenté en Conseil des Ministres le 10 avril 2013 renforce la concentration des pouvoirs dans les mains de « grands » notables locaux, en dépouillant par la même occasion les petites collectivités échelons démocratiques de proximité. Le modèle présidentialiste de la 5ème République devient la norme à appliquer sur tous les territoires.

Nous ne pouvons pas avoir l’ambition d’appréhender correctement le processus de métropolisation en mettant de coté sa dimension politique et idéologique. Alors que le capitalisme a son modèle de ville, l’écosocialisme doit également avoir le sien. Ce dernier doit favoriser l’émancipation des individus, le « droit à la ville », c’est à dire le droit de pouvoir jouir pleinement des possibilités qu’offre la ville et peut importe sa classe sociale, et celui de « pouvoir faire sa ville » en mettant en avant la capacité des habitant-e-s à prendre le pouvoir. La forme urbaine étant directement liée à notre mode de production, le passage d’un mode de production capitaliste à un mode de production écosocialiste doit s’accompagner d’un changement dans la façon de concevoir la ville. Pour ce faire la méthode est la planification écologique, car seule celle-ci peut prendre en compte le temps long, rapprocher les lieux de travail des lieux de vie, réaffirmer et développer des services publics de qualité, valoriser les mobilités douces, l’autoconstruction des logements, l’habitat participatif, etc. Sortir de la logique des métropoles c’est avoir un haut degré d’exigence écologique, seul niveau acceptable pour sortir de l’impasse vers laquelle le système capitalisme nous mène. A l’inverse poursuivre dans la direction de la métropolisation c’est cantonner l’écologie à des lieux d’expérimentation du capitalisme vert (« les éco-quartiers ») et faire preuve d’un aveuglement destructeur.


L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est une dangereuse aberration anachronique.

Les expulsions brutales des occupants de l’espace réservé à la construction du nouvel aéroport de Nantes, situé sur la commune de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), nous rappellent  les pires années où la droite était au pouvoir, et où celle-ci n’hésitait pas à réprimer toutes formes de militantisme politique, syndical ou associatif. Cette posture véritablement agressive du pouvoir en place témoigne de son absence d’argument face aux opposants, il s’agit pour eux simplement de « faire respecter la loi » sans se poser la question de son bien fondé et de sa légitimité, mais témoigne aussi de son acharnement à vouloir imposer un projet dont la grande majorité de la population à du mal à en comprendre l’utilité et qui s’apparente à un « caprice princier » de la part du premier ministre. Car quelle peut bien être l’utilité d’un nouvel aéroport à l’heure du « développement durable » (sic), dans une région qui n’en a pas le besoin ?

Si le gouvernement, et particulièrement son premier ministre, maire de Nantes il y a encore 6 mois, souhaitent à tous prix construire un aéroport international, c’est qu’ils ont intégrés dans leur idéologie l’absurde « nécessité » de faire participer quelques territoires nationaux à la compétition mondiale généralisée. Celle-ci consiste à créer des pôles métropolitains (Nantes dans notre cas) vers où convergent les flux internationaux de marchandises, d’informations et de personnes (à condition qu’elles soient diplômées et de classes sociales supérieures). Cette façon de concevoir le développement des villes peut sembler efficace sur un point purement comptable et libéral, mais est mortifère sur le plan écologique car basée sur une utilisation toujours plus importante d’énergie carbonée. Tandis qu’une politique urbaine écologique chercherait à favoriser la réutilisation de l’existant et à limiter les modes de transports polluants, c’est l’inverse qui est fait ici car l’ensemble des observateurs nous affirment que l’actuel aéroport de Nantes n’arrive même pas à saturation en terme d’utilisation. Nous sommes bel et bien dans le caprice !

Alors que le « Pic Pétrolier » (« Peak Oil » en anglais), point limite de production de pétrole à partir duquel les ressources commencent à décliner définitivement, a surement déjà été dépassé il y a quelques années, il est anachronique de réaliser un investissement (qui par définition engage la collectivité pour des décennies) basé sur l’aviation. Si nous voulons éviter les graves crises qui vont naitre de la raréfaction des énergies carbonées il conviendrait plutôt d’utiliser l’énorme masse d’argent destinée au projet, estimée à plus de 550 millions d’euros (et surement sous-estimé comme souvent avec les Partenariats Public/Privé), pour développer des moyens de transports plus écologiques.

Car ce projet d’aéroport est couteux financièrement mais il l’est encore plus pour l’environnement. Comme nous l’avons vu il a des conséquences indirectes : il favorise un moyen de transport des plus émetteurs de gaz à effet de serre, mais aussi des conséquences directes liées à son implantation. En effet, l’aéroport par sa superficie de 1220 hectares détruira de nombreuses terres agricoles fertiles, au détriment des capacités de production agricoles locales, et impactera fortement la biodiversité riche de la région, avec des conséquences difficiles à prévoir car la biodiversité, même la plus infime, interagit directement sur les nombreuses autres espèces vivantes (et avec l’Humain notamment).

Mais le gouvernement, Jean-Marc Ayrault en tête, ne se contentent pas de brader l’écosystème à la compétition internationale, il offre cette manne d’argent que représente un investissement sur 55 ans, provenant des contribuables, via un partenariat public/privé, à des promoteurs privés (le groupe VINCI dans notre exemple), qui n’ont que faire de se préoccuper de l’intérêt général. Or ce système rend dépendant les institutions publiques, y ayant recours, aux multinationales du bâtiment et à ses actionnaires qui n’hésitent pas à gonfler les couts réels après avoir les minimisés pour obtenir le marché. On imagine que pour un investissement de la taille d’un aéroport les surcouts pour la collectivité peuvent être faramineux, et cela est particulièrement mal venu de la part d’un gouvernement qui étrangle les autres investissements par une politique d’austérité budgétaire.

Ces quelques arguments, écologiques et économiques, nous permettent de comprendre que le projet de construction de l’aéroport du « Grand Ouest » est une aberration anachronique. Au lieu de favoriser une politique d’aménagement du territoire qui exacerbe la compétition mondiale, détruit terres agricoles et écosystèmes, entretien les émissions de gaz à effet de serre et gaspille les finances publiques au bénéfice de grands groupes, une véritable politique écologique de gauche en matière d’aménagement doit favoriser le développement de transports plus écologiques, voire chercher à réduire l’utilisation des transports en relocalisant activités et équipements. Il convient de favoriser la proximité des échanges et de la production de biens et services, ce que le Parti de Gauche et le Front de Gauche entendent faire en mettant en place une politique de planification écologique prenant en compte le temps long de l’activité humaine productive (contre le temps ultracourt de la finance spéculative). Enfin, le développement territorial doit favoriser la réutilisation de l’existant en terme de construction plutôt que l’étalement sans limite, afin de protéger autant que possible les espaces naturels et agricoles nécessaires à la survie de l’humanité.


L’économie sociale et solidaire pour redynamiser un territoire

Les périodes estivale et de rentrée auront été un théâtre d’annonces difficiles pour l’emploi, particulièrement pour les nombreux salariés restés sur le carreau. La couardise politique des dirigeants socialistes, rompus aux caprices de la finance et des « marchés » (qu’il ne faut surtout pas « déstabiliser ») prive des régions entières de leurs sources d’emplois. Les effets en matière de dynamisme économique et d’attractivité du territoire sont désastreux et, comme après une catastrophe naturelle, qui pourtant n’a rien de « naturelle », il n’est pas exagéré de parler de régions sinistrées. Mais en plus des conséquences sociales, dont tout le monde a conscience, nous avons également des conséquences écologiques beaucoup plus perfides. Il est illusoire aujourd’hui de penser qu’il y a une « désindustrialisation », nous consommons toujours autant de produits manufacturés, ceux-ci sont simplement produit ailleurs, en particulier là où les travailleurs sont les moins protégés. Ces produits traversent ensuite la planète pour irriguer les marchés des pays occidentaux. Les « externalités négatives » de cette façon de concevoir la production, sont nombreuses et mortelles.

Les crises économiques, écologiques et sociales doivent nous obliger à repenser nos modes de production et nos façons de concevoir l’activité économique. Aujourd’hui l’économie sociale et solidaire (ESS) apparaît comme une alternative crédible et directement applicable au modèle capitaliste, modèle qui a fait preuve de son incapacité à garantir un progrès humain durable, mais également à lutter contre les crises systémiques qu’il cause. L’économie sociale et solidaire est fondamentalement différente du modèle capitaliste car elle poursuit un but social : celui de l’intérêt général. Il est intéressant de constater que la promotion de cette forme alternative d’entreprise n’est pas uniquement l’œuvre de militants de gauche, mais se développe aussi chez les citoyens et les entrepreneurs. Or cela est la preuve que les gens se rendent compte que tout le monde a à y gagner quand la recherche du profit à court terme n’est plus l’unique moteur de l’entreprise. En effet, dans une entreprise de l’ESS il y a une très forte obligation de placer les bénéfices dans l’investissement productif à long terme, le seul capable de garantir le maintien  des emplois sur un territoire.

Les entreprises de l’économie sociale et solidaire ont aussi un rôle important à jouer en matière de création de lien social et particulièrement dans les communes rurales et périurbaines, territoires souvent laissés à l’abandon par les pouvoirs publics. Contrairement à l’entreprise capitaliste mondialisée, l’entreprise sociale et solidaire s’intègre et devient une composante de son environnement proche : elle cherche des partenariats locaux et sa clientèle est principalement locale. La petite taille des entreprises et le partage du processus de décision entre les employés favorisent également cette proximité. Une entreprise à « taille humaine » où les décisions sont prises en commun (chaque salarié détient une part de l’entreprise et a le droit de vote, avec comme principe une personne = une voix) permet l’implication de tous car chacun est concerné. Les répercussions sur l’ensemble de la société sont positives car seul le peuple sait ce qu’est l’intérêt général, contre les intérêts particuliers des dominants de la compétition mondiale généralisée.

Les entreprises avec une « inscription territoriale » sont une ressource en emplois « non délocalisables », l’offre et la demande existent et existeront sur le long terme, car la production doit également être socialement utile à l’ensemble de la société. Ce marquage territorial est également visible par le fait que 75% des plus grandes entreprises de l’ESS ont leur siège social dans une région autre que l’Ile-de-France alors que c’est l’inverse pour 91% des sociétés capitalistes « standards », mais également par les activités qu’elles réalisent sur le territoire en lien avec les collectivités ou les entreprises locales (telles que les « entreprises d’insertions » ou les missions de service public dans le cadre de délégations).

Si l’ensemble des partis politiques de gauche semblent conscient du rôle qu’ont à jouer les entreprises de l’ESS au niveau national (rappelons qu’elles regroupent plus de 2 millions de salariés dans plus de 160000 entreprises) comme au niveau local, les mesures prisent en leur faveur sont encore beaucoup trop timides, voire inexistantes. Il est d’abord nécessaire de clarifier leur statut juridique afin de permettre une mise en place de politiques publiques efficaces en faveur de cette forme d’entreprise. Ces politiques publiques peuvent avoir différentes configurations. Ce sont par exemple des aides financières pour les salariés qui veulent reprendre une entreprise en coopérative, ou des « aides institutionnelles » comme des clauses visant à favoriser les entreprises de l’ESS dans les marchés publics. La souffrance de certains territoires subissant de plein fouet la mondialisation capitaliste doit nous amener à réfléchir et agir à de nouvelles façons de concevoir la production et l’activité. Or aujourd’hui seule une vraie force de gauche, comme le Front de gauche, a pour objectif de tendre vers un modèle prenant en compte l’Humain et son environnement, et tant pis si ça ne plait pas aux marchés et aux laudateurs de l’Europe libérale.


La rentrée ne sera décidément pas rose

Et c’est le moins que l’on puisse dire !  L’éducation semblait être une priorité de la campagne de François Hollande, or en ce début de vacances scolaires les paroles se sont déjà envolées. Les quelques 6000 postes supplémentaires prévus pour la rentrée apparaissent dérisoires au regard des dix années de casse menées par la droite (près de 100000 postes supprimés dans l’éducation depuis 2002), et aucune mesure structurelle n’est prévue pour améliorer notre système éducatif. Envolée également la critique de la « marchandisation du savoir » qu’entraine la mise en place de la LRU (dite loi « d’autonomie des universités ») dont le parti dit « socialiste », s’accommode finalement bien et qui pourtant ne fonctionne nulle part, et pas même dans les fameux « pôles d’excellences » que la droite voulait faire émerger. Aujourd’hui « l’autonomie » des universités c’est la dépendance aux marchés et aux volontés des entreprises locales qui les financent, et 23 universités déficitaires deux années de suite. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que cette logique marchande de « mise en concurrence des établissements » est prévue pour s’appliquer à l’ensemble des niveaux scolaires, écoles primaires comprises.

Mais avec ces quelques chétifs recrutements, l’éducation est finalement le service public le mieux loti. François Hollande l’avait précisé lors de sa campagne, les recrutements dans un ministère seront compensés par des baisses dans d’autres.  Voilà un symbole de la politique sarkozyste, le non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux,  validé et même empiré. En effet, pour compenser le recrutement dans l’éducation, les suppressions de postes vont concerner deux fonctionnaires sur trois dans les autres ministères. Comme Sarkozy avec la RGPP (Révision générale des politiques publiques), et dans la plus pure tradition libérale, François Hollande et le parti dit « socialiste » considèrent les fonctionnaires comme des travailleurs inutiles que l’on peut supprimer sans dommages à coup de « réorganisation de service ». Or nous, gens de gauche, savons que l’emploi public est ce qui fait vivre et fonctionner de manière efficace les services publics, ceux-ci étant un des piliers fondamentaux de notre République. Pour les fonctionnaires comme pour les usagers des services publics la rentrée ne sera pas rose et le « changement » tant attendu par des millions de citoyens n’apparait pas prévu pour sitôt.

Mais la rentrée sera carrément sombre pour de nombreux travailleurs jetés, presque du jour au lendemain, de leur entreprise et souvent après avoir donné leurs vies et leurs santés à celle-ci. Ce sont notamment les salariés de PSA d’Aulnay ou ceux de Sanofi à Viry-Châtillon qui vont se retrouver sur le carreau. Ces entreprises sont elles en faillites ? Non, les actionnaires et patrons considèrent simplement que leurs salariés ne sont pas assez « profitables » au regard des taux de rentabilités qu’ils exigent. Mais fermer une usine automobile, dans le cas de PSA, sous prétexte que l’on a fait un déficit sur un trimestre, est également une stratégie politique car c’est un moyen détourné de délocaliser. En effet, lorsque l’usine française sera fermée et quand les commandes redémarreront, les voitures reviendront en France mais fabriquées dans des pays où la main d’œuvre est d’avantage corvéable et moins organisée. C’est donc ici, une véritable stratégie politique laissant dans la souffrance des familles entières touchées directement ou indirectement par les licenciements.

Face à cette situation, le gouvernement « socialiste », malgré diverses postures de certains ministres comme Arnaud Montebourg, a déjà levé le drapeau blanc. La possibilité d’une loi interdisant les licenciements boursiers et permettant aux représentants des salariés de mettre un veto à ceux-ci, n’a pas été mentionnée une seule fois. Mais ce n’est finalement pas une surprise, ce n’est qu’un élément qui vient s’ajouter à d’autre, témoignant de l’acceptation totale de l’idéologie libérale par le président de la République et de son gouvernement.  De plus le refus de soumettre le TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) et le MES (Mécanisme européen de stabilité) à un référendum à la rentrée, marque encore une fois la continuité avec les politiques menées par l’UMP pendant 10 ans.

La rentrée qui vient doit être une rentrée de lutte, au Front de gauche comme dans nos syndicats, nous refusons la fatalité ! Nous croyons qu’une action politique est possible, à condition d’avoir le courage de désobéir aux lois du marché « libre et non faussé ». Nous serons donc dans toutes les luttes aux cotés de ceux qui souffrent, nous y proposeront nos solutions pour sortir de cette crise économique, écologique et sociale ; non pas par d’avantage de productivisme aveugle mais par le projet politique de planification écologique. Seule le planification écologique peut garantir le maintien et la création d’emplois sur le territoire national, en relocalisant l’activité, en investissant à long terme sur une éducation de qualité dans des filières écologiques et en favorisant d’autres modes de consommation, moins destructeurs pour la planète. La gauche libérale ne sait pas le faire, nous on peut !


Aménager c’est planifier !

Dans le palmarès des concepts politiques les plus mal compris et interprétés, celui de « planification » occupe une place centrale. Il n’y a qu’à voir les réactions des libéraux, pendant la campagne présidentielle, à la proposition du Front de gauche de planification écologique pour s’en rendre compte. En effet, nous avons été taxé plus d’une fois de « soviétique »,  de manière idiote et inculte, par la droite et l’extrême droite, mais également par les membres du parti dit « socialiste » et d’Europe dit « écologie » – les verts (qui pourtant, quelques mois plus tôt, avaient voté la proposition de loi en faveur de la planification écologique à l’Assemblée nationale, allez comprendre …). Si le concept de planification donne des boutons aux penseurs de l’économie (socio)libérale, c’est qu’ils considèrent le Marché comme horizon indépassable de l’action politique. Pour eux, il ne peut pas y avoir d’interventions d’autres acteurs que les offreurs et les demandeurs à un instant T, et tant pis si, dans ces conditions, seul le court terme a son mot à dire. Car c’est bien ça dont il est question lorsque l’on parle de planification : la prise en compte du temps long, le temps à l’échelle de la planète et des humain-e-s. De plus, l’argument taxant les partisans de la planification de militants au service de l’URSS, ne tient pas une seconde : la planification est partout et notamment dans les entreprises. Dans ces dernières les dirigeants se fixent des objectifs à différentes temporalités (court, moyen et long termes), exactement de la même manière que les états, il y a quelques dizaines d’années.

Mais c’est bien au niveau de l’aménagement du territoire que l’action de planifier est fondamentale. Dans ce cadre chaque acte et/ou construction relève du long terme, avec des objectifs qui dépassent souvent le demi-siècle voire bien davantage. Dans ces conditions le « marché libre et non faussé » se révèle bien incapable de produire un urbanisme cohérent et durable. Nous en avons la traduction physique visible avec l’étalement urbain, souvent produit à partir de potentialités foncières incontrôlées.

En aménagement du territoire, il y a de nombreux domaines où l’on ne peut pas se passer de planification. Dans la construction de logements par exemple où, d’autant plus dans un contexte de forte tension comme nous le connaissons aujourd’hui, il faut chercher à prévoir les besoins futurs en fonction de nombreux paramètres comme la croissance démographique, l’attraction de la commune et le desserrement des ménages (nombre de personnes par ménage qui diminue en raison de comportements sociétaux particuliers telles que les décohabitations). Ces différents paramètres nous permettent de construire des scénarios politiques pour définir le nombre de constructions futures et le type de logements à construire. En matière de politique de transport, la planification est aussi fondamentale car, seulement elle, permet de prendre en compte la crise écologique et l’affaiblissement des ressources en énergies fossiles, dont les villes dépendent, pour mettre en place une politique de transport public écologique. Enfin, planifier sur le long terme permet également de prévoir un nombre suffisant d’équipements et espaces publics et lutter contre la transformation des villes et des quartiers en dortoirs géants, anxiogènes et affaiblissant les sentiments de solidarités pourtant nécessaires à la société humaine.

Mais planifier c’est également fixer un cadre politique à l’aménagement, car laisser faire le marché c’est laisser le hasard et la spéculation décider à la place de la population. Or, c’est le citoyen qui doit être le seul décideur du futur de sa ville car lui seul peut agir en faveur de l’intérêt général. Faire du citoyen le maitre à bord des politiques d’aménagement c’est aussi palier à une défaillance du système politique représentatif qui fait que le temps électif, c’est-à-dire celui du mandat de l’élu, n’est pas forcément compatible avec celui du long terme urbanistique. Trop souvent les élus locaux ont tendance à être frileux vis-à-vis de l’action politique de peur de froisser leur électoral. Et ceci est particulièrement vrai dans les petites communes en matière de construction de logements (sociaux ou non). Si interdire le cumul des mandats dans le temps est le début d’une solution, l’aboutissement ne pourra se faire qu’à partir du moment où le peuple prendra le pouvoir directement. A l’échelle du quartier, de la commune ou de l’intercommunalité cela peut se faire notamment en généralisant des outils tels que le referendum local ou avec des conseils ayant un véritable rôle de décision. Il s’agit d’ouvrir de nouvelles portes en matière de démocratie locale tout en globalisant les questionnements (car n’oublions pas que la quasi-totalité des questions locales relèvent de problématiques nationales voire internationales).

La prise en compte du temps long en matière d’aménagement ne pourra se faire que si le peuple s’approprie ces questions. Or cela nécessite une population plus éduquée politiquement et cela nous renvoie encore une fois à l’impératif d’éducation populaire.