Construire la « banlieue » pour masquer les conflits sociaux

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Les lecteurs réguliers de ce blog doivent commencer à se rendre compte que le langage dans les questions d’aménagement du territoire est, comme dans le domaine économique, le reflet de l’idéologie dominante. Les médias et politiques complaisants avec les pouvoirs de l’argent et de la finance contribuent à faire prévaloir des représentations qui correspondent à leurs intérêts de classe. Parce qu’ils permettent d’exprimer des idées, les mots sont des outils qu’il faut comprendre, contrer et prendre en compte dans une stratégie de prise de pouvoir populaire. La notion de « banlieue », utilisée à tords et à travers, est particulièrement efficace pour décrire ce phénomène car, comme nous allons le voir, elle territorialise et ethnicise les conflits sociaux et empêche toute remise en question de cet état de fait.

La « banlieue » est d’abord, dans le langage classe dominante, une forme de territorialisation des classes populaires. A défaut d’accepter que cette dernière représente la grande majorité de la population les dominants cherchent à la cantonner à un espace particulier représentant tout au plus 8 millions d’habitant-e-s (en prenant en compte les habitant-e-s des « Zones Urbaines Sensibles ») soit à peine 15% de l’ensemble de la population. En agissant de la sorte les inégalités sociales et rapports d’exploitation résultants des rapports de production capitaliste sont niés et transformés en « problèmes urbains ». Or les nombreuses opérations de renouvellements urbains, bien qu’elles permettent souvent d’améliorer la qualité de vie dans certains quartiers, ne supprimeront jamais la misère et ne règleront pas le problème du chômage de masse, particulièrement marqué sur ces territoires.

Territorialiser la classe populaire sur ces espaces particuliers de « banlieue » (comprendre « barres et tours » en périphérie) a également, pour la classe dominante, une fonction « pacificatrice » des rapports de classe. Il s’agit de « diviser pour mieux régner » en cherchant à séparer les habitant-e-s de pavillons des zones péri-urbaines ou rurales, sensés représenter une « classe moyenne », des classes populaires habitants les grands ensembles. Or cette construction sémantique se heurte à une réalité sociale différente : les difficultés sociales ne sont pas l’apanage des « cités » médiatisées mais sont présentes de la même manière dans d’autres espaces et particulièrement dans ceux dit en « déclin industriel ». Certaines banlieues péri-urbaines pavillonnaires nées d’une forme d’ « exode urbain » subissent également de plein fouet la crise économique et commence à encaisser les premiers effets des politiques d’austérité. Contrairement à ce que souhaiterait la classe dominante, la classe populaire n’est pas uniquement présente dans les quartiers en politique de la ville mais est bien plus dispersée.

En plus de territorialiser la classe populaire, la construction de la notion de « banlieue » permet à la classe dominante de réaliser une forme d’ethnicisation des rapports sociaux. S’ils veulent bien admettre qu’une classe populaire existe à l’intérieur des « banlieues », les dominants refusent catégoriquement de la voir unie. Aveuglés par un « modèle » communautariste anglo-saxon contraire à nos principes républicains, ils la considèrent uniquement comme un agrégat de communautés ethniques disparates ne partageant finalement qu’une situation géographique commune. Dans ce contexte les conflits sont réduits à des conflits entre les communautés, déclinaisons locales du Choc des civilisations de l’américain Samuel Huntington, mauvais pamphlet publié en 1996 se voulant prophétique et prédisant des conflits sans fin entre des « civilisations » et qui est devenu la référence des oligarques impérialistes occidentaux. En ethnicisant les rapports de domination on transforme le social en sociétal et on empêche toute unité de la classe populaire qui ne se définit plus qu’à une appartenance culturelle et non sociale.

Et parce que la classe dominante sait se défendre, remettre en cause ce schéma de pensée institué par le langage revient à être classée dans la catégorie des « populistes ». Alors que l’action politique a besoin de confrontations démocratiques pour exister (nos « amis » solfériniens ont tendance à oublier qu’il y a des intérêts contradictoires entre les différentes classes sociales), une force de « transformation sociale » doit lutter contre toute forme de négation de cette conflictualité idéologique. Il ne s’agit ici nullement de sombrer dans une quelconque forme de violence (nous laissons ça à nos adversaires politiques prêts à laisser sur le carreau des milliers de familles pour quelques dividendes biens garnis) mais de faire naitre la conscience de classe. Or cette conscience ne pourra pas naitre dans un contexte de cloisonnements géographiques et culturels mais ne sera possible que dans l’unité. Déconstruire les discours dominants c’est construire des alternatives crédibles et plus égalitaires au système capitaliste. En déconstruisant notre représentation des « banlieues » nous ouvrirons une brèche nécessaire à la prise de conscience de l’homogénéité de la grande masse des dominés par ce système inique.

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Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

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A partir de demain commencera le troisième Congrès du Parti de Gauche. A cette occasion je vous invite à lire la contribution que j’ai co-rédigé avec Rémi Vincent, camarade toulousain spécialiste des questions de prévention de la délinquance, de sécurité et de tranquillité publique. Je vous invite par ailleurs à lire sa tribune publiée aujourd’hui dans le Journal Toulousain en réaction aux propos de Moudenc, député de Toulouse et candidat UMP aux municipales de 2014.

 

Investir la question de la délinquance pour parfaire notre approche de la question sociale

La question de la sécurité de nos concitoyens est une question trop sérieuse pour la laisser entre les mains de nos adversaires et des lobbyistes du secteur. Pour nous, l’inclusion de la question de la sécurité dans la question sociale est nécessaire pour compléter notre logiciel politique, et ce pour différentes raisons :

1. les inégalités sont facteurs d’apparition de processus délinquants ;

2. le sentiment d’insécurité et la délinquance frappent davantage les plus vulnérables ;

3. le libre-échange capitaliste engendre des trafics transfrontaliers ;

4. l’économie parallèle est plus exploiteuse encore que l’économie officielle ;

5. le service public de la sécurité est touché par la réduction de ses moyens et sa privatisation ;

6. le lieu le plus dangereux est le foyer familial, ce qui nous ramène à la lutte féministe ;

7. les policiers sont des travailleurs dont les tâches sont aujourd’hui souvent déshumanisantes ;

8. la politique pénale d’enfermement est contraire à nos combats humanistes ;

9. les quartiers « difficiles » et les « classes dangereuses » sont maintenus dans cette ségrégation sociale et géographique.

Nous survolons plus ou moins ces différentes façons de lier ces deux questions, en espérant que le Parti de gauche puisse davantage assumer les débats sur ce sujet.

1. Les villes face à la délinquance : exclusion géographique, déclassement et sentiment d’insécurité

1.1 L’abandon des quartiers populaires

1.1.1 Misère sociale et exclusion géographique

Le capitalisme financiarisé a cette particularité d’inscrire les inégalités dans l’espace, cette inscription spatiale se traduisant par une ségrégation sociale entre les différentes villes mais également à l’intérieur même des villes, entre les quartiers. Tandis que les plus riches ont accès aux territoires les plus agréables, aux centres-villes avec leurs équipements, services et commerces variés de proximité, les plus pauvres sont parqués dans des territoires de seconde zone, véritables ghettos urbains abandonnés des services publics et des entreprises.

La population des quartiers populaires est plus qu’ailleurs touchée par le chômage et a comme unique perspective celle de la précarité à perpétuité. Cette exclusion géographique et sociale du peuple, couplée à un marché du logement dominé par les logiques spéculatives de préservation de « l’entre-soi » de la classe dominante, contribuent à entretenir un cercle vicieux de relégation et de ghettoïsation.

1.1.2 Sentiment d’abandon et d’insécurité

De cette situation d’insécurité sociale naissent les conditions favorables d’un développement de différentes formes de délinquances et d’incivilités, causant elles-mêmes un fort « sentiment d’insécurité ». C’est le capitalisme ses rapports d’exploitation et d’exclusion des plus faibles, qui crée chez les individus un sentiment d’abandon, qui peut être renforcé par une stigmatisation ethnique ou sociale (celle-ci entraînant elle-même des comportements de repli communautaire.)

Dans ces quartiers délaissés par la République, laissés à leurs habitants qui sont rendus à « autogérer leur misère » pour beaucoup d’entre eux, se développe une économie parallèle de trafics. Cette économie, constituant un palliatif au chômage de masse, est plus violente encore vis-à-vis de ses travailleurs que le capitalisme « officiel » et assure enfin aux exclus du marché de l’emploi d’intégrer la norme de consommation du capitalisme. De plus, chaque jour, la publicité institue la richesse ostentatoire comme marque de réussite personnelle.

1.2 Les doctrines sécuritaires à l’œuvre dans les villes

1.2.1 La prévention situationnelle : vidéosurveillance et urbanisme

Le développement des comportements délinquants étant avant tout un produit des conditions sociales, agir uniquement sur l’urbanisme pour régler le problème d’insécurité est illusoire. L’idéologie anglo-saxonne de la « prévention situationnelle » comme modèle à l’action publique d’aménagement relève pourtant de cette logique. Elle part du principe qu’on ne peut pas empêcher le crime ou le délit, mais que l’on peut le rendre plus difficile à réaliser ou plus risqué pour son auteur, via des aménagements publics ou privés particuliers.

Cette doctrine, qui domine aujourd’hui chez les élus locaux et les cabinets de conseil, pousse à la production d’espaces standardisés, purement fonctionnels où aucune place n’est laissée à une appropriation différente que celle prévue par l’aménageur. Elle promeut l’utilisation de contrôles informatisés et déshumanisés pour lesquels les caméras de vidéosurveillances ont un rôle prépondérant (et dont l’absence d’efficacité pour élucider, prévenir passage à l’acte ou pour rassurer les habitants a été démontrée par plusieurs études scientifiques). Or, en refusant de s’attaquer aux causes « réelles » de la délinquance cette réponse est purement « superficielle ».

1.2.2 Police réactive et répressive

La police d’aujourd’hui est une police « réactive » car ses missions de « police secours » constituent la majorité de ses interventions sur le terrain. Ayant pour rôles principaux de maintenir/rétablir l’ordre ou de faire cesser les infractions, elle ne se voit que trop peu confier des objectifs de proximité et d’investigation.

La raison fondamentale est d’abord le manque de moyens humains, ne permettant pas pour une unité locale d’assurer à la fois les missions de police administrative, judiciaire, de secours et de proximité.

Cette raison a été légitimée et entretenue par l’acceptation doctrinale selon laquelle le rôle de la police, c’est de « combattre les méchants. »

2. Quand nous serons aux responsabilités : réponses républicaines et solutions sociales

2.1 Résoudre la question sociale

2.1.1 Abolir la pauvreté et la précarité

Ne nous berçons pas d’illusions, jamais nous ne règlerons la question de la délinquance sans avoir régler la question sociale.

La réponse sociale doit être posée sur le long terme, doit être la lutte contre le chômage et contre la précarité, et la première réponse que doivent apporter les dirigeants face au phénomène de la délinquance. Le combat contre le capitalisme et ses normes d’accumulation et de compétition est la première étape vers une pacification de la société.

L’abolition de la pauvreté comme du précariat doit passer par une politique claire de rupture avec le capitalisme financiarisé. A l’opposé des politiques libérales (de droite et de gauche) nous devons proposer une relance de l’activité garantissant le respect des individus comme de l’écosystème, mettant en avant le travail et la satisfaction des besoins contre les intérêts financiers d’une petite minorité de possédants.

2.1.2 Assurer le respect de la règle par l’éducation et la démocratie

La règle est, en République, la condition du respect de l’intérêt général, car la loi dit ce qui est bon pour tous.

Régler la question sociale, c’est-à-dire abolir la pauvreté et la précarité, devra s’accompagner selon nous d’un objectif de refondation de la nation (en tant qu’entité rassemblant des individus se sentant liés par leur égalité, et surtout souhaitant partager le même avenir), seul moyen efficace de lutter contre la prolifération de comportements communautaristes.

Nous proposons donc que l’Ecole et la démocratie soient mises en avant dans ce but également. Assurer le respect de la règle, c’est d’abord s’assurer de sa légitimité et de sa bonne compréhension en tant que condition d’égalité et de liberté.

La démocratie directe, l’élection à la proportionnelle des représentants de la nation et le développement de la participation des citoyens à la vie de la cité auront cet impact sur la légitimité de la règle de droit. L’Ecole –nationale et publique- aura cet impact sur l’étude de l’intérêt général.

2.2 Mener une politique pénale et de sécurité au service de l’intérêt général

2.2.1 Faire une police au service des citoyens

La fonction de police est une fonction d’intérêt général, qui doit être assurée dans un objectif de service public : gratuite, publique et pour tous. Elle assure le maintien de l’ordre, la sécurité des biens et des personnes, la tranquillité publique, la salubrité publique et le respect des droits fondamentaux.

Cette fonction connaît des dérives insupportables (ex. dictature et manipulation des statistiques) et, dans le même temps, que les fonctionnaires de police vivent de plus en plus mal.

Une police de proximité, ce sont des unités au plus près de la population, aux relations pérennes et pacifiées avec la population, ce sont des policiers formés comme de véritables « généralistes » qui pourront apporter une réponse aux problèmes quotidiens des habitants d’un quartier (orientation, prise de plainte, remontée de doléances aux élus…)

Il faudra faire disparaître les dérives (discriminations, familiarités…) ou lacunes actuelles (ex. l’accueil des femmes victimes de violences sexuelles) qui portent atteinte à l’égalité des droits et à la cohésion sociale.

2.2.2 Utiliser la peine et son sens pour lutter contre la réitération

La frénésie pathétique de la logique « un fait divers = une loi », a tenté de nous faire avaler que l’alourdissement d’une peine aurait pour conséquence la dissuasion des potentiels auteurs.

L’enfermement, qui est la règle aujourd’hui, montre ses limites (en terme de taux de récidive et de réitération) pour de nombreuses « catégories » d’infractions et d’auteurs (bien que les magistrats disposent de nombreuses alternatives à l’enfermement et aux poursuites et qu’ils les utilisent.)

Nous devons assumer la proposition d’un renversement du sens de la peine, qui ne doit pas uniquement punir, mais surtout améliorer la situation de fait qui est née de la commission de l’infraction.

L’auteur peut être en état de potentielle rupture d’insertion dans le tissu social. C’est à cette dernière rupture que la peine doit en priorité s’attaquer. Et elle ne pourra le faire qu’à la condition que les moyens de la justice soient augmentés (en particulier ceux de l’administration pénitentiaire, dont les services d’insertion et de probation.)


L’austérité entretien la crise du logement

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Chaque année, au début du mois de février, la Fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. La publication de ce rapport chiffré est un moyen particulièrement utile pour mesurer l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat et les collectivités territoriales en ce qui concerne le logement. Le « changement » de majorité politique au cours de l’année 2012 devait marquer une nouvelle façon d’agir politiquement en faveur du logement vers plus de contrôle du marché immobilier, vers plus de volontarisme dans la construction et vers plus de solidarité à destination de ceux qui n’ont plus les moyens de se loger correctement (ou de ne plus se loger du tout). Or, la Fondation Abbé Pierre est au moins aussi intransigeante que le Front de Gauche pour juger l’inaction du gouvernement et du Parti de Solferino en la matière.

Selon le rapport, il y a aujourd’hui plus de 3,6 millions de personnes en situation de mal logement, dont 685 000 privés de domicile personnel, auxquels il faut ajouter 5,2 millions de personnes en situation « de fragilité » par rapport au logement. Ces chiffres devraient entrainer une mobilisation sans faille des forces politiques au pouvoir, or les actions menées par le gouvernement sont tellement timides qu’elles peinent à masquer l’absence de volontarisme pour affronter les mécanismes du marché immobilier et les effets de la crise. Pire, la politique d’austérité pousse toujours plus loin les individus dans la « trappe » à pauvreté et à précarité, dont il devient impossible de s’en sortir, et les victimes des saccages économiques industriels, menés par les financiers, rejoignent chaque jour la troupe des mal-logés. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la peur d’être privé de domicile devienne une des craintes les plus importantes des français.

Une politique de gauche et volontariste ne peut pas être menée de manière unilatérale sans prendre en compte le contexte économique et social dans lequel elle s’applique. Face à l’austérité, à la contraction de l’économie et à la hausse du chômage, les actions politiques, telles que la publication d’une courte liste de bâtiments réquisitionables, les quelques terrains publics pouvant être cédés gracieusement aux collectivités ou la parodie de blocage des loyers, menées par la ministre du logement Cécile Duflot, apparaissent bien incapable de régler la situation et d’inverser le processus de précarisation et de « déstabilisation » des familles et des individus. Si les familles monoparentales et les jeunes restent principalement les plus touchés, les difficultés à accéder à un logement digne touchent aujourd’hui la quasi-totalité des catégories sociales, et même des travailleurs « stables ».

Si le gouvernement actuel a, il est vrai, hérité d’une partie des conséquences de la crise financière et économique, son inaction d’aujourd’hui est de sa propre responsabilité. La volonté de faire passer le taux de TVA à 10% (au lieu de 7% sous Sarkozy) en 2014 sur des secteurs comme le bâtiment et les travaux publics entrainera sans doute un frein aux travaux de mise aux normes écologiques et de confort des logements, et portera un coup supplémentaire à ceux qui envisageraient de sortir d’une situation de précarité énergétique. De plus, la baisse conséquente des dotations de l’Etat accordées aux collectivités territoriales (entre 750 millions et 1,5 milliards d’euros de baisse par an en 2014 et 2015), risque également de rendre difficile la mise en œuvre des projets de construction de logements sociaux des collectivités locales.

En plus d’une inaction criante pour lutter contre les processus spéculatifs du marché immobilier et pour réaliser les 500 000 logements par an promis par le candidat solférinien (le gouvernement peine à en prévoir la construction de 300 000), l’orientation politique social-libérale du Président de la République et de ses ministres aggrave la situation. Dans les pas de Nicolas Sarkozy, François Hollande persiste à mettre les territoires en concurrence les uns aux autres. Le projet « d’acte III » de Décentralisation en visant à faire des régions des autorités régulatrices du logement participe à la croissance des inégalités et à la hausse des loyers dans les zones en tensions, zones où se concentrent les emplois.

Le diagnostic de la situation et de son action est accablant pour un gouvernement qui s’affirme comme étant « de gauche » et Cécile Duflot n’est malheureusement pas la seule à avoir une muselière. Une véritable politique en faveur du logement et alternative à la logique capitaliste doit commencer par rompre avec l’austérité. Ce n’est qu’une fois cette première étape réalisée qu’il sera possible de mettre en place des actions spécifiques pour lutter contre la crise du logement telles qu’un plan volontariste de construction de logements sociaux, un encadrement (et une baisse dans certains endroits) strict des loyers sur le marché privé, une loi de réquisition des logements vacants et la création d’un service public national et décentralisé du logement. Ces quelques mesures, non exhaustives, montrent que la crise du logement n’est pas une fatalité, le pouvoir politique peut en venir à bout, à condition de le vouloir.


Des îlots de richesses et des ghettos de pauvreté

De nombreux observateurs s’accordent pour dire que le taux de pauvreté moyen (calculé à partir du seuil de pauvreté,  définit pour sa part à 50 ou 60% du revenu médian national) ne cesse d’augmenter dans de nombreux pays européens (du « sud » en particulier), d’abord du fait de la crise financière et économique, puis à cause des politiques d’austérité misent en place par la « Troïka » (Commission européenne, FMI et Banque centrale) qui contractent l’économie. Si la France voyait son taux de pauvreté se réduire depuis les années 1970, l’arrivée au pouvoir de la droite en 2002 et la crise de 2008 ont inversées la tendance. En 2010, date de la dernière enquête de l’INSEE, le nombre de personnes pauvres était de 8,6 millions (calculé à 60% du revenu médian), c’est à dire très proche de 1975 où les personnes touchées étaient 9 millions. Or comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, le budget d’austérité voté par l’Assemblée nationale visant à respecter d’absurdes principes budgétaires dictés par l’Union européenne, va assurément contribuer à dégrader cette situation.

Mais la pauvreté a cette caractéristique de n’être pas répartie également sur l’ensemble du territoire. Alors que certaines villes sont épargnées, d’autres ont un taux de pauvreté proche de 50%. Et la situation semble condamnée à s’empirer. Les villes les plus touchées par la pauvreté sont d’abord les villes  de province en déclin industriel. Par exemple avec un taux de pauvreté de 46% la ville de Roubaix est en tête d’un classement réalisé par le bureau d’étude Compas en aout 2012. Les villes de Mulhouse, Béziers et Calais sont également dans le haut du peloton avec plus de 30% de pauvre dans chacune d’elle.  Ces taux extrêmement importants sont le résultat des politiques de désindustrialisations, menées par les gouvernements de droite mais non contredites par la gauche sociale-libérale au pouvoir depuis mai 2012, condamnant les travailleurs au chômage ou à la précarité.

Les villes en périphérie des grandes agglomérations (de Paris en particulier) sont aussi particulièrement touchées. Celles-ci concentrent des populations qui ont été éjectées de Paris par la hausse continue des prix de l’immobilier et par les différents processus de gentrification, visant à « requalifier » les quartiers populaires pour y attirer des ménages plus riches. Les populations les plus pauvres se concentrent dans les quartiers populaires dit « en politique de la ville » dont il est très difficile de sortir : à la fois parce que les transports publics y sont trop rachitiques mais aussi parce que le « quartier », par les solidarités qu’il met en œuvre, apporte un sentiment de protection face à un « extérieur » menaçant. De la même manière que pour les communes en déclin industriel décrites précédemment, c’est la raréfaction des formes stables d’emplois, causant chômage et précarité, qui explique en grande partie des taux de pauvreté important.  Ce sont par exemple les villes d’Aubervilliers, Saint-Denis, Sarcelles et Vénissieux dont les taux de pauvreté sont supérieur à 30% de la population totale.

Tandis que les grandes villes françaises ont généralement des taux plus élevés que la moyenne nationale métropolitaine (15%) en raison de leur attraction en terme d’emploi et d’équipements (Lille 27%, Marseille 26%, Nice 20%, Toulouse 19%, Bordeaux 18%, Rennes 18%, Paris 16%, Lyon 15%), les communes qui disposent le moins de pauvres sont celles où les revenus sont les plus importants et où les stratégies de démarcation sociale sont les plus fortes. Des villes de l’Ouest parisien comme Neuilly-sur-Seine, Versailles et Rueil-Malmaison ont moins de 7% de pauvre sur leur commune. Cette situation s’explique par les barrières physiques politiques misent en place par les municipalités pour empêcher les plus précaires d’habiter ces territoires ségrégés, par exemple en limitant la mixité sociale en empêchant la construction de logements sociaux.

Lutter contre la pauvreté demande de lutter sur plusieurs fronts. Nos territoires meurent d’avoir vu partir des instruments de production à l’autre bout de la planète, condamnant une grande part des travailleurs formés et qualifiés au chômage ou à des emplois précaires, ne permettant pas d’appréhender l’avenir. Il est urgent de mettre en place une politique de relocalisation des activités dans une politique globale de planification écologique. Avoir une activité industrielle locale fait vivre un territoire en donnant du travail (ce qui se répercute sur d’autres secteurs d’activité) et est bon pour la planète car limite les émissions de gaz à effet de serre liées au transport. Le deuxième élément est celui des salaires. Le salaire minimum est aujourd’hui à peine 200 euros plus élevé que le seuil de pauvreté. En l’augmentant significativement c’est l’ensemble de l’économie qui trouve une respiration car l’agent circule et alimente des activités diverses (car les travailleurs les plus pauvres ne spéculent pas sur les marchés financiers, mais utilisent plus de 90% de leur salaire pour consommer des biens et services). Il en va de même pour les différentes aides sociales destinées aux personnes exclues du marché de l’emploi pour différentes raisons. Enfin d’un point de vue territorial, il apparaît nécessaire de mettre tout en œuvre pour lutter contre la ségrégation sociale qui maintien les territoires en souffrance dans des cercles vicieux dont il est très difficile de sortir. Lutter contre la pauvreté c’est répondre à une urgence sociale mais c’est aussi un moyen de faire bifurquer notre économie vers un mode de production plus respectueux de la planète et de ses habitants.