En finir avec le mythe du plein emploi

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Cette période relativement vide qui suit les deux moments électoraux qu’ont été les élections municipales et européennes (qui ont données les résultats que nous avons tous encore en tête), doit être un période de bilan et de remise en question. En effet, la réelle décrépitude du PS risque d’être également celle de l’ensemble de la gauche si nous ne faisons pas ce travail sérieusement et sincèrement. Celui-ci est rendu d’autant plus nécessaire que le Président Hollande et ses différents gouvernements ont complètement dévoyés le « vocabulaire » de la gauche pour mettre en place une politique résolument de droite, contribuant au discrédit de l’ensemble de la gauche et même, plus largement, de l’ensemble des femmes et des hommes politiques. Pour répondre aux attentes des citoyen(ne)s nous devons revoir notre façon d’exprimer nos idées, pour les rendre plus lisibles et compréhensibles, mais également questionner notre base idéologique.

S’il existe, au sein du Front de Gauche, une véritable prise de conscience qu’il n’y a pas de croissance sans fin, et que celle-ci se fait forcément au détriment de la survie de l’espèce humaine, nous sommes encore trop faible lorsqu’il s’agit de présenter un nouveau mode de production « post-capitaliste », et les rapports de production qui lui sont liés. La gauche, « radicale » ou non, est malheureusement incapable aujourd’hui de penser un modèle de société où le plein emploi n’est pas un objectif structurel et indépassable. Or nous le répétons pourtant bien assez : la société française n’a jamais été aussi riche aujourd’hui que dans l’ensemble de son Histoire, et les citoyen(ne)s n’ont jamais été aussi bien formé(e)s. Le problème n’est donc pas un problème de production mais un problème de répartition des richesses créées, qui sont aujourd’hui réellement accaparées par une minorité de financiers et d’oligarques. Nous avons donc la capacité de penser un autre modèle de « développement » à condition d’en faire un objectif politique assumé.

Dans cette période, à bien des égards compliquée pour le Front de Gauche, nous avons la responsabilité d’élaborer et de proposer à nos concitoyen(ne)s de nouvelles formes de partage des richesses crédibles et audibles. Alors que nous sommes dans une situation où le Travail suit une tendance structurelle de raréfaction, il devient plus que jamais nécessaire de valoriser celui-ci par rapport au Capital. Il s’agit d’être intraitable avec les actionnaires, les spéculateurs et les banquiers, véritables plaies pour le fonctionnement économique, en limitant leurs marges de manœuvre et en définissant un revenu maximum annuel (tous revenus confondus), tel qu’il était proposé dans le programme, « l’Humain d’abord » du Front de Gauche pour les élections présidentielle et législatives de 2012. Il s’agit également d’augmenter les salaires de l’ensemble des travailleurs, en commençant par ceux qui sont le plus bas, et par ces deux biais, de limiter les écarts de richesses entre les individus.

Cette politique de partage des richesses est une première condition pour limiter les comportements ostentatoires des plus riches, créant des frustrations chez les plus pauvres et des dégâts écologiques irréparables, et pour changer le regard de la société française sur le travail. Nous devons apprendre à penser l’utilité sociale de l’individu dans sa globalité et ne plus considérer « l’emploi » comme l’unique façon de « réussir ». A l’inverse, nous devons défendre une société qui lutte contre les situations de désocialisation des individu(e)s en permettant à chacun(e) de s’émanciper de toutes les façons, que ce soit par le Travail ou par d’autres activités. Cela nous demande également de changer notre vision de « l’autre », de « l’improductif » : c’est-à-dire du chômeur qui souffre de se sentir inutile et qui, subissant les regards culpabilisateurs de ses voisins et amis, finit par penser qu’il l’est vraiment. Alors que la droite, et notamment le FN, considère l’individu au chômage comme l’unique responsable de sa situation, nous devons être en mesure de proposer un autre modèle de société.

Comme nous l’avons déjà initié dans nos rangs pour déconstruire l’idéologie de la croissance infinie, nous avons à faire un véritable labourage idéologique et programmatique de remise en question sur la façon de considérer le travail et l’emploi, celui-ci pouvant s’inscrire parfaitement dans un cadre de pensée écosocialiste (qui reste malheureusement trop souvent mal comprise). Mais ce travail idéologique ne pourra pas se passer d’une nouvelle façon de faire de la politique, partant du peuple, ne s’exprimant pas « à sa place » mais lui donnant la capacité de s’exprimer, de faciliter l’émergence d’initiatives populaires. Permettre d’adhérer directement au Front de Gauche et laisser l’initiative de l’organisation locale, à la manière des assemblées citoyennes du Front de Gauche, serait un premier moyen de ré-impulser une dynamique militante, puis citoyenne. Je dois avouer attendre beaucoup des futures assises du Front de Gauche.


A trop vouloir sécuriser l’espace public

La sécurité est une condition qui doit être garantie à tous les individus. Celle-ci est par ailleurs énoncée dans le préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 comme un des principes politiques, économiques et sociaux « particulièrement nécessaire à notre temps ». La sécurité est une des conditions premières pour qu’il y est une société. C’est notamment ce qu’ont théorisé les philosophes Thomas Hobbes, Jean-Jacques Rousseau et John Locke aux 17ème et 18ème siècles, considérant que la sécurité est l’objet même de l’engagement en société. Or si personne ne remet en cause le fait que les espaces publics doivent garantir la sureté et être des territoires où l’on respecte la loi, il existe différente façon de concevoir un espace public sécurisé et les méthodes mises en place sont souvent peu adaptées à la sauvegarde de l’essence des espaces publics.

Il apparaît d’abord nécessaire de faire un constat. Concernant les faits les espaces publics sont de plus en plus sûrs, même si les individus n’en ont pas conscience : les atteintes personnelles « tout venant » ainsi que les vols « sans violence » ont fortement baissés depuis le début des années 1990 et concernent des territoires et des temps sociaux très déterminés. La question de la sécurité des espaces publics relève donc avant tout d’une question de sensation des individus. Les médias parlent couramment pour désigner la désigner de « sentiment d’insécurité ». Comme l’insécurité est avant tout un sentiment, la réduire demande de prendre en compte les ressentis des individus pour agir sur les représentations, en favorisant notamment le confort et le bien être. Il est possible de lutter contre l’insécurité dans l’espace urbain en cherchant à concevoir des lieux agréables à vivre et fluides, où l’on accorde à la nature une place importante, à la place des lieux anxiogènes dont l’unique objectif est de favoriser l’accélération des flux.

De plus il revient de rappeler que l’insécurité est avant tout liée à des conditions sociales défavorables et non pas à l’aménagement et l’urbanisme. Agir sur ce dernier, sans traiter les causes sociales de la délinquance, ne faites que repousser le problème à d’autres endroits (peut être moins visibles). Néanmoins les aménageurs cherchent de plus en plus à garantir la sécurité dans l’espace public via une forme d’urbanisme particulière dite de « prévention situationnelle ». Ce modèle théorique est originaire de Grande Bretagne mais s’est d’abord développé aux États-Unis. Il ne cherche pas à améliorer la société pour empêcher le crime, mais à aménager l’espace pour le rendre plus difficile. Or si cette méthode est de plus en plus utilisée par les pouvoirs publics c’est que ceux-ci en tirent un avantage politique indéniable auprès des électeurs car ils montrent un dynamisme dans l’action sans avoir à traiter des problèmes de fonds.

Mais à trop vouloir sécuriser les espaces publics c’est l’inverse qui se produit car ceux-ci sont rendus inhumains. Si ces méthodes peuvent rassurer quelques individus elles fragilisent dans l’ensemble l’espace public et fait disparaître la dimension politique de celui-ci. La recherche effrénée de contrôle de l’ensemble des relations sociales va à l’encontre de la vitalité des espaces publics. A considérer l’autre comme un danger potentiel pour sa propre vie ou pour ses propres biens, c’est la notion même de confiance, fondement des sociétés humaines, qui s’écroule. Faire société demande des relations sociales pacifiées, mais des relations sociales réelles, or c’est dans l’espace public que celles-ci sont le mieux à même de se faire.

Enfin, garantir la sécurité d’un espace public passe par une fréquentation importante de celui-ci. Or pour cela, il faut d’abord donner envie aux individus de le faire. La sécurisation excessive des espaces publics paraît donc inadaptées à la valorisation de l’espace public et entraine également une disparition progressive de sa fonction politique, fonction souvent jugée déviante et potentiellement conflictuelle par les pouvoirs publics. Ne tombons pas dans le piège de la droite qui veut dépolitiser l’espace public en mettant en avant le spectre de l’insécurité, la meilleure réponse est politique et doit agir pour le partage des richesses, seule réponse concrète aux problèmes sociaux !


Le partage des richesses, étapes n°3 : L’augmentation des salaires

La question des salaires doit être une des questions centrales de cette campagne électorale. En effet, parce qu’il donne un revenu régulier au travailleur, le salaire est la condition même du maintien de l’activité économique d’un pays. Or aujourd’hui le discours est biaisé : d’un coté nous avons la droite qui, pour ne pas fâcher ses amis des lobbies patronaux, se refusent toute augmentation, c’est le cas de l’UMP ou du MODEM, et d’un autre la gauche sociale-libérale du Parti socialiste qui, mis à part pour garantir l’égalité femme/homme ne prévoit aucune hausse salariale dans le programme porté par François Hollande. Du coté du FN c’est l’entourloupe : Si Le Pen prévoit une hausse des salaires de 200€, la méthode du financement de cette mesure fait saliver le patronnât. Et pour cause, la hausse du salaire sera fera par une baisse des cotisations sociales. Pour faire simple le FN veut prendre de l’argent qui appartient déjà aux salariés pour leur redonner sous une autre forme.

Chaque jour c’est le même rituel, les libéraux poussent des cris d’orfraie dès que l’on parle d’augmenter les salaires. Pour ces derniers les salaires, toujours trop élevés, plomberaient notre compétitivité dans la compétition mondiale généralisée qu’eux mêmes mettent en œuvre. Leur logique simple, mais fausse, est la suivante : si nous n’exportons pas, si nous avons trop de chômage, bref si l’économie du pays est en berne, c’est que le cout du travail est trop élevé ! Sous entendus trop élevé par rapport aux travailleurs de l’autre bout du Monde qui, eux, acceptent de travailler plus de 12 heures par jour pour des cacahouètes.

Or ce raisonnement oubli un élément fondamental en économie, celui qui fait que si le salaire est un cout pour l’employeur, c’est aussi un revenu pour l’employé. Il est par ailleurs particulièrement intéressant d’expliquer à un libéral « pur jus » qu’il y a plusieurs façons de mesure son PIB fétiche (Produit intérieur brut). La première façon, la plus connue, se base sur la production mais la deuxième se base sur les revenus. Il existe même une relation d’égalité entre la production et les revenus, ce qui signifie que lorsque l’on augmente les revenus on augmente la production donc on réalise de la croissance. Paradoxalement cette démonstration n’est pas issue d’une obscure théorie marxiste-léniniste mais d’une théorie macroéconomique « classique ». Nous voyons bien que l’intérêt général économique n’est pas une priorité des libéraux au pouvoir. Partir de la théorie économique permet donc de donner une assise au raisonnement et faire fermer le clapet à tout ceux qui voudraient nous imposer une politique d’austérité.

D’un point de vu plus concret une hausse de salaire, et encore plus pour les plus bas revenus, est une condition nécessaire pour la mise en place d’une politique de croissance respectant les principes d’une planification écologique. Par exemple une hausse du SMIC à 1700€ comme le propose le Front de Gauche permet à l’employé et l’ouvrier d’accéder à des produits de qualité (et notamment dans le domaine alimentaire). En achetant ces produits, et couplé à des mesures écologiques de soutien à l’économie locale, c’est toute cette économie de proximité qui se remet en route. De plus l’augmentation des salaires des plus modestes (car ils ont une propension marginale à consommer plus importante) est directement réintégrée dans l’économie car consommée rapidement alors que les cadeaux fiscaux aux plus riches ne servent qu’à alimenter la spéculation. L’augmentation des salaires permet de faire « respirer » l’économie, et couplée à une politique efficace de transition écologique du capitalisme, de créer des emplois. Pour la petite histoire : Henry Ford grand patron de l’industrie de fabrication automobile avait dès le début du siècle bien compris l’intérêt d’augmenter les salaires de ses employés qui pouvaient ensuite devenir ses clients et donc augmenter ses parts de marchés. Ce n’était pas de la philanthropie mais du bon sens économique.

Enfin, vous entendez tous les réactionnaires de tout poils dire qu’il y a trop de « charges » sociales. Cette affirmation est déjà une erreur sémantique : il n’existe pas de charge sociale mais seulement des cotisations, sociales lorsqu’elles sont payées par l’employé, patronales lorsqu’elles sont (soit disant) payées par l’employeur. Or, comme pour les salaires, si d’un point de vue elles peuvent être un coût elles sont aussi un revenu, un revenu « indirect » ou « différé » car il reviendra plus tard au travailleur lorsqu’il sera au chômage ou à la retraite. Cette part du salaire, que l’on appelle « salaire mutualisé », n’est pas une épargne mais une façon de créer de la solidarité entre les membres de la communauté nationale. C’est aussi une garantie pour que chacun puisse continuer à vivre dignement lorsqu’un malheur de la vie le touche. Mais d’un point de vu purement économique c’est aussi une manière de continuer à garantir la stabilité économique en garantissant l’accès à la consommation.

Finalement, nous pouvons nous rendre compte qu’en suivant aveuglement leur idéologie moribonde, les (ultra/néo)libéraux contribuent à maintenir un système qui privilégie le court terme de la rentabilité financière contre le long terme de la production. Or une politique de redistribution des richesses comme le propose le Front de gauche permet de répartir équitablement les fruits de l’activité économique tout en garantissant une production respectueuse de l’environnement et de l’humain.


Le partage des richesses, étape n°2 : une fiscalité écologique, juste et efficace

Si je ne partage pas l’ensemble des solutions proposées par les économistes Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, il faut reconnaître que leur petit ouvrage « Pour une révolution fiscale » paru l’année dernière a permis d’ouvrir le débat sur la fiscalité en France. Le diagnostic est particulièrement alarmant : notre système fiscal n’est pas aussi égalitaire qu’on voudrait le croire. Il apparaît même particulièrement généreux pour les classes dominantes (les 1% les plus riches) qui vont verser à l’Etat, en proportion de leurs revenus, une part moindre de leurs revenus que les plus pauvres. Ce constat est la conséquence d’une faible imposition des revenus du capital qui, à partir d’un certain niveau de revenus, deviennent la principale ressource. A l’inverse si les plus pauvres vont s’acquitter d’une part plus minime de l’impôt sur le revenu, c’est la TVA (impôt dégressif car les plus pauvres consomment plus que les plus riches qui peuvent épargner) et les diverses cotisations sociales qui vont alourdir le taux d’imposition.

Or la politique menée par la droite depuis 10 ans favorise clairement la classe dominante et creuse les inégalités au détriment des plus modestes. La suppression de l’ISF, l’instauration d’un « bouclier fiscal » (bouclier contre les pulsions partageuses de l’Etat évidemment) et la suppression de tranches de progressivités pour l’impôt sur le revenu sont les mesures concrètes les plus célèbres (et non pas populaire) de cette politique cynique en faveur des plus riches.  Dans le domaine économique le gouvernement et les députés de la majorité ont eu la main lourde sur les allègements d’impôts pour les entreprises. Les exonérations de cotisations patronales et notamment la fameuse loi TEPA de 2007, application concrète du « Travailler plus pou gagner plus » de Sarkozy, coute chaque année plus de 30 milliards d’euros à l’Etat. Mais en plus d’être couteuse ces mesures sont totalement inefficaces : ni augmentation du pouvoir d’achat des ménages (si ce n’est de plus riches), ni réduction du chômage. De plus, dans les causes de la dette des riches nous avons aussi les nombreuses niches fiscales qui profitent aux individus qui possèdent le plus de capital et des employés pour le gérer. Enfin l’argument donné par la droite visant à faire revenir les exilés fiscaux est une plaisanterie cynique : il n’y a jamais eu autant de fuite fiscale que depuis l’arrivée au pouvoir du président des riches.

L’urgence écologique à laquelle nous devons répondre dès à présent nous oblige à repenser l’ensemble de notre système de redistribution des richesses. Une politique fiscale menée par le Front de gauche doit se faire dans l’optique d’une planification écologique nécessaire au progrès humain.

Dans cet objectif il est possible d’agir tout de suite. Commençons d’abord par revenir sur l’ensemble des cadeaux de la droite à ses amis de la classe dominante : on supprime le bouclier fiscal, on augmente l’ISF et l’impôt sur les revenus du capital. Pour lutter contre la recherche de la profitabilité financière à court terme, le Front de gauche taxera les revenus financiers des entreprises. En faisant cela nous rendrons moins rentable les placements sur les marchés boursiers et plus rentable le véritable investissement productif. Cette mesure est une manière de favoriser la relocalisation de l’économie. De plus, mettre en place des mesures de modulation des taux de l’impôt sur les sociétés ou sur les cotisations sociales en fonction des objectifs et comportements d’une entreprise permet de favoriser une finalité sociale. En effet, les entreprises seront incitées à réaliser une production de qualité, localement en favorisant l’augmentation des salaires plutôt que des dividendes car tout comportement contraire au bien être collectif sera couteux pour elles. L’objectif n’est pas de punir mais d’inciter à la production visant à la satisfaction des besoins humains.

Enfin une mesure semble incontournable de toute politique fiscale écologique : l’instauration d’un revenu maximum autorisé. L’accumulation sans fin de richesse est une des causes, par le gaspillage et la consommation ostentatoire, de la destruction de la planète et il apparaît facile d’y remédier. Si les autres candidats semblent refuser toute hausse d’impôt pour les plus riches (la dernière tranche d’imposition à 45% proposée par François Hollande me paraissant presque être une provocation), rappelons que le principe d’une « imposition confiscatoire » n’est pas nouveau. Durant la période Roosevelt, que personne ne soupçonne être de gauche, le taux d’imposition des plus riches était de 91%. Ce n’est que Ronald Reagan qui dès son élection en 1980 a décidé de le baisser. Le projet du Front de gauche prévoit donc un revenu maximum à hauteur de 20 fois le revenu médian, c’est à dire à 360 000€ par an. Car finalement, aucun besoin humain véritable ne nécessite de gagner plus que ça. Et puis si ça ne plait pas à certains, qu’ils s’en aillent ! Le Trésor public, sur le modèle des Etats-Unis, leur fera payer la différence entre ce qu’ils payent dans le pays où ils vivent et ce qu’ils auraient du payer s’ils étaient restés en France, ça ne sera que le juste retour des choses pour avoir profité pendant un certain temps du système social et des services publics du pays.


Le partage des richesses, étape numéro 1 : le salaire maximum

La question des salaires est fondamentale dans l’histoire des luttes ouvrières.  Le salaire est, avec l’accumulation du capital, le fondement même de la société capitaliste. Le partage des fruits de la production se faisant, de manière simple, entre les salaires versés, aux travailleurs salariés les impôts versés à l’Etat et le profit qui reste dans les mains du propriétaire des moyens de production (pour les investissements futurs ou le plus souvent dans les grosses boites pour les dividendes des actionnaires). Si la mise en place d’un salaire minimum, en contrepartie d’une plus grande flexibilité dans la mise en place de la grille de rémunération,  a d’abord été une mesure favorisant les libéraux, elle a permis de maintenir une certaine sécurité pour les travailleurs (en limitant par exemple le recours à un deuxième emploi pour avoir de quoi vivre comme nous pouvons l’observer dans les pays anglo-saxons). Le salaire minimum est à mon sens une véritable mesure anticapitaliste car elle impose des droits sociaux « contre » le marché du travail et c’est pour cela qu’il est critiqué par les réactionnaires libéraux pour qui il serait aussi une des causes du chômage de masse. L’instauration d’un salaire minimum ne s’est donc pas faite sans critiques idéologiques, les mêmes que nous retrouvons lorsque l’on propose l’idée d’instaurer un salaire maximum.

Depuis la période des « Trente glorieuses », où les écarts de salaires entre les plus riches et les plus pauvres à l’intérieur d’une grande entreprise ne dépassait pas le rapport 1 à 35, les inégalités de salaires ont littéralement explosées. Elles sont en effet, passées à un rapport de 1 à 300 et ce, sans justification valable de talent ou de qualité des grands patrons (c’est même plutôt l’inverse). Ces inégalités de salaires à l’intérieur d’une même entreprise sont  injustifiées et contre-productives. Si pendant les Trente glorieuses l’argument que l’enrichissement des uns avait des retombées positives sur l’ensemble de la société paraissait concevable (encore que … ), il est totalement dépassé aujourd’hui car l’effet sur le bien être collectif apparaît trop faible voire nul. Cet écart est contreproductif voire dangereux car il maintien une situation de faible croissance, les populations les plus fragiles, qui ont une propension à consommer forte, étant dans une situation où leur pouvoir d’achat est faible, et développe le triomphe de « l’argent roi » où la seule chose qui vaille est de s’enrichir sans penser au pourquoi du comment de sa production. De plus, les ultra-riches vont imposer un standard de consommation intenable au niveau écologique. Or si nous voulons préserver la planète nous devons changer de modèles.

Si certains pourraient être conquis par la mesure, reste à les convaincre de la possibilité de sa mise en place.  Or des exemples existent déjà et notamment dans les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Ces entreprises qui visent à développer de nouveaux modèles économiques à l’intérieur du modèle capitaliste, ne mettent pas en avant l’accumulation de profit  privé mais la gestion démocratique par le principe 1 personnes, 1 voix et par la priorité donnée aux individus face au capital. Dans ces entreprises les écarts entre les plus petits salaires et les plus gros ont un rapport maximum autorisé de 1 à 5. Les cadres et dirigeants sont ils moins bon qu’ailleurs ? Je ne le crois pas. Et pour ceux qui penseraient que ça ne concerne que quelques marginaux libertaires, les entreprises de l’économie sociale et solidaire emploient en France près de 1800000 salariés soit 10% de l’emploi total national. Pour finir de convaincre les plus réticents à la mise en place de cette mesure progressiste (même si je doute qu’il y en ai chez mes lecteurs), le salaire maximum n’est pas une lubie des militants du Front de Gauche mais il est préconisé pour un rapport de 1 à 20 par la Confédération européenne des syndicats qui comprend pour la France : la CGT, la CFDT, FO, la CFTC, la FSU et l’UNSA, ça commence à faire du monde.

Le salaire maximum apparaît comme une mesure efficace pour augmenter les salaires : il est toujours possible pour un cadre supérieur ou un dirigeant de s’augmenter à condition qu’il augmente celui qui est tout en bas de l’échelle salariale. C’est une manière de reconnaître les efforts de l’ensemble des salariés au processus de production et de créer un cercle économique vertueux. Il y a aussi derrière cette idée une forte dimension éthique : contre la société individualiste promeut par de si gros écarts de salaires injustifiés, le salaire maximum permet de développer d’autres valeurs comme le partage et la solidarité dans l’entreprise car si « les résultats sont bon » tout le monde en profite. La répartition des richesses doit commencer par l’entreprise, c’est en cela que le salaire maximum est une nécessité. Et si certain craignent que ça fasse fuir les plus avides nous leur répondrons « qu’ils s’en aillent » !  Nous n’avons pas besoin de rapaces mais de travailleurs passionnés et partageurs.