Prendre ses responsabilités et choisir

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Nous voilà dans la dernière ligne droite avant les dates des prochains scrutins municipaux. Bien qu’elles aient toutes une plus ou moins grande part de spécificités « locales », je crois que nous pouvons être fièr-e-s des campagnes qui ont été menées, au nom du Front de Gauche quand cela fût possible, au nom du Parti de Gauche quand les conditions de l’union n’ont malheureusement pas été garanties. Nous savions longtemps à l’avance que ça ne serait pas une sinécure d’arriver à pérenniser cette organisation, si belle et efficace pour mobiliser et pourtant si fragile lorsqu’il est question, pour quelques élus, de défendre des intérêts personnels aux détriments de l’intérêt général du peuple. Nous pouvons nous réjouir que dans certaines situations, les militants des partis concernés aient pu faire un autre choix que celui des élus sortants, et ainsi pérenniser localement la dynamique du Front de Gauche. C’est par exemple le cas à Évry où la candidate PCF pour le Front de Gauche, Farida Amrani, mène une très belle campagne collective contre l’équipe de bagages accompagnés du ministre de l’intérieur.

Les 23 et 30 mars il faudra donc faire un choix. Conscient de la défaite annoncée, le parti solférinien cherche par tous les moyens à restreindre les enjeux à des questions exclusivement municipales (par ailleurs je regrette qu’il ne soit que très peu question d’intercommunalité dans ces campagnes alors qu’elle est pourtant une échelle où il est possible de faire de belles choses, et la communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne en est l’exemple vivant), tandis que les difficultés dont souffrent les habitants et habitantes trouvent principalement leurs origines dans une politique nationale qui favorise le capital au travail. Choisir les listes Front de Gauche c’est marquer clairement son opposition à la politique du triumvirat Hollande / Ayrault / Gattaz qui, loin du « changement » tant annoncé, n’est que la continuité de celui Sarkozy / Fillon / Parisot. Insistons auprès de celles et ceux qui se sentent spoliés de leurs victoires de 2012 et qui sont tentés par l’abstention, en leur montrant qu’un bulletin de vote peut aussi servir à sanctionner, à condition qu’il soit crédible. Ceux marqués du sceau Front de Gauche ou Opposition de Gauche le sont !

Choisir les listes Front de Gauche c’est aussi vouloir pour sa commune une politique plus solidaire et plus écologique. C’est défendre un projet écosocialiste pour faire de nos territoires les espaces de la transition énergétique pour sortir de notre dépendance morbide aux énergies carbonées et au nucléaire ; les espaces du développement de nouveaux modes de vie plus respectueux des humain-e-s et de l’environnement ; les espaces de l’innovation sociale et écologique débarrassée des impératifs financiers à court termes et les espaces de défense des services publics, qui sont souvent les derniers biens de ceux qui n’ont plus grand-chose. En choisissant le Front de Gauche vous affirmez clairement que les financiers n’ont rien à faire dans la gestion des communes et des intercommunalités et qu’il est préférable, pour faire baisser le montant des factures et améliorer la qualité, de reprendre en régie publique l’ensemble des services publics, qui ont été délégués à des entreprises privées depuis les années 1980, dans des domaines aussi variés que la distribution de l’eau potable ou le ramassage des ordures.

En baissant les dotations versées par l’État aux collectivités territoriales (dont les montants devraient normalement accompagner le transfert des compétences du premier vers les secondes) de 10 milliards d’euros pour financer les cadeaux aux grands patrons (via le pacte de « responsabilité »), le Président Hollande et le gouvernement compliquent volontairement la tâche de toutes celles et ceux qui souhaitent porter un projet de transformation écologique et sociale. Parce qu’il est insupportable de faire encore payer les dons sans condition aux plus riches par les classes moyennes et populaires, choisir le Front de Gauche c’est entrer dans une logique de résistance. C’est résister en déléguant sa voix à des élus combatifs mais aussi résister en affirmant vouloir participer directement à l’élaboration du budget, au travers notamment des instances de budgets participatifs qui seront déployées sur l’ensemble des communes du Front de gauche.

Malheureusement, et souvent malgré les efforts acharnés de nos camarades, tou-te-s les citoyen-ne-s n’auront pas la chance de pouvoir voter pour une liste du Front de Gauche ou d’Opposition de gauche. Celles et ceux qui peuvent le faire ont donc une responsabilité particulière. C’est le cas par exemple à Étampes dans l’Essonne où mon amis et camarade Mathieu Hillaire conduit avec courage et abnégation la liste « Étampes Solidaire 2014 » qui rassemble des ex-socialistes, des non-encartés, des responsables associatifs, des militants PG et PCF, etc., à Sainte-Geneviève-des-Bois où François Delapierre bouscule avec une très belle équipe les notables solfériniens locaux, à Paris où Danielle Simonnet apporte une alternative au duel médiatique entre les deux héritières, à Grenoble, à Toulouse, à Pau, à Montreuil, etc. Bref, dans des milliers de communes, avec un bulletin de vote Front de gauche, il est possible de faire autrement que ce qui est fait, à tous les niveaux, par le PS et l’UMP. En allant voter dimanche, rappelons-nous bien que notre responsabilité de citoyen-ne est engagée !

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Elections municipales, élection nationale

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Depuis quelques semaines les solfériniens ont lancés leur offensive politico-médiatique visant à faire des élections municipales de mars prochain une somme d’élections locales aux enjeux sectorisés et dispersés. En effet, pour le PS, qui a beaucoup à perdre de l’impopularité démentielle de François Hollande dans son « propre camp », c’est à dire chez les électeur-trice-s qui l’ont porté-e-s au pouvoir pour changer de politique, il s’agit d’abord de marquer localement une distance avec les conséquences de la politique d’austérité du gouvernement. Mais c’est également l’occasion de brouiller les pistes et rendre impossible toute lecture politique globale de la déroute qui s’annonce.

Cette sectorisation locale des enjeux s’appuie sur une démarche globale de dépolitisation dont la personnalisation, médiatique et organisée, des candidat-e-s est le meilleur outil. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les exemples les plus perceptibles de cette personnalisation se trouvent dans les villes où les enjeux nationaux sont les plus marqués, par exemple à Marseille ou à Paris. Concernant la capitale, comment ne pas être outré de la mise en scène des « héritières » et de leurs « coiffures », relevant d’avantage d’un « concours de miss » (avec tout ce qu’il a peut y avoir de plus dégradant) que d’un véritable débat politique. Mais la dépolitisation c’est aussi l’affichage de projets déconnectés de la réalité austéritaire du gouvernement, faisant croire aux électeur-trice-s que la proximité du-de la candidat-e sera la réponse à la politique inique du Président de la République et de son gouvernement fantoche, où en affichant des projets faisant fi de la durée des mandats municipaux ou des compétences des collectivités. Dans tous ces cas il s’agit d’annoncer vouloir améliorer la vie des habitant-e-s sans critiquer et lutter contre le système qui leur met la tête sous l’eau.

Ne nous voilons pas la face, s’il est possible de faire des communes, grâce à des politiques publiques volontaristes de gauche, des lieux de résistances à l’austérité et limiter les conséquences de la crise écologique et sociale, l’échelle locale reste l’échelle de l’impuissance politique. De plus, la baisse conséquente et régulière, dans les projets successifs des lois de finances, des dotations accordées par l’État aux collectivités réduisent les moyens d’intervention et augmentent les inégalités, et la mise en place d’un système anti-démocratique de confiscation des capacités de décision populaire par l’acte 3 de Décentralisation (avec la Métropole de Paris par exemple) au profit d’une oligarchie de notables contribuent à conforter cette impuissance. Enfin, l’échelle locale est encore trop souvent celle du repli sur soi, des particularismes et du refoulement des intérêts de classes dont seuls les puissants sortent gagnants. L’exemple des « bonnets rouges » en Bretagne en est la parfaite illustration. Les élections municipales doivent être l’occasion de créer un mouvement populaire national, de retrouver l’élan du Front de gauche de la campagne présidentielle de 2012 pour l’amplifier. La proximité ne doit pas être une fin en soi mais être utilisée pour favoriser la conscientisation, pour créer des exemples d’alternatives sans s’y enfermer. La nationalisation des enjeux municipaux doit être un point d’appui et doit parallèlement s’appuyer sur le mouvement de refus de l’austérité, et plus globalement de la politique menée par les solfériniens au pouvoir.

L’appel à la marche du 1er décembre pour réclamer le retrait de la hausse de la TVA et pour une véritable révolution fiscale égalitaire, est une véritable bouffée d’air frais dans une campagne municipale qui s’embourbait dans des considérations d’alliances déconnectées des citoyen-ne-s. Cette marche, soutenue par l’ensemble des partis du Front de gauche, lui permet de gagner en visibilité et d’apparaître comme une force politique réellement différente du PS, porteuse d’un projet politique alternatif, qui refuse le règne de la finance et de la casse des services publics. Cette visibilité doit profiter à toutes les listes anti-austérités autonomes qui se créent actuellement partout en France. N’ayons pas peur de faire le lien entre la mobilisation du 1er décembre et les élections municipales et européennes. Utilisons tous les outils politiques existant pour sanctionner le gouvernement : marchons sur le Ministère des Finances, le « portique du MEDEF », et utilisons notre bulletin de vote les jours d’élections pour faire émerger des pratiques novatrices, écologiques et sociales. Dans tous les cas, comprenons bien que la sincérité de nos positionnements locaux dépend directement de notre stratégie nationale et inversement.


La gentrification : expulser pour mieux régner

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L’aménagement et l’urbanisme, comme toutes les disciplines de sciences humaines et sociales, disposent d’un vocabulaire particulier pour nommer des phénomènes sociaux. Le terme de « gentrification » fait parti de ce vocabulaire, et est défini généralement comme étant un phénomène d’embourgeoisement des quartiers populaires. La gentrification est marquée dans certaines villes européennes (qui entretiennent un rapport particulier avec l’espace, rapport différent de ce qui est visible aux Etats-Unis par exemple) et ne résulte pas d’une quelconque « loi de la nature », mais est bel et bien la conséquence de choix politiques. Par ailleurs, elle s’inscrit dans un contexte plus large de reproduction, dans l’espace, des rapports de domination capitaliste, où sont également inscrits les processus de développement des banlieues périurbaines et de d’appauvrissement des quartiers populaires. Ces différentes transformations politiques de la ville ont été décrites par le sociologue Jacques Donzelot par le concept de « ville à trois vitesse ».

Phénomène politique, la gentrification est toujours la conséquence d’une politique publique d’aménagement, qui s’appuie sur des investissements publics conséquents, en faveur de la classe dominante. Derrière le discours de chercher à réaliser de la « mixité sociale » il s’agit surtout d’augmenter les valeurs foncières et immobilières des zones concernées, au bénéfice, dans la quasi-totalité des cas, d’intérêts privés.  Ces augmentations sont encore confortées, un peu plus tard, par le départ des classes populaires « indésirables » de ces quartiers « renouvelés ». La gentrification est donc une façon pour la classe dominante de se réapproprier des lieux de centralité (les centres-villes sont les premiers touchés) et des lieux « confortables » car pourvus d’équipements publics, culturels, sportifs, etc., au détriment de la classe populaire, condamnée à plus ou moins long terme à quitter les quartiers gentrifiés.

Mais en plus des investissements publics financiers conséquents, les pouvoirs publics vont mener un travail important sur l’image. Les acteurs de création de « représentation collectives » comme les médias ou les services de communication politique, vont également jouer un rôle primordial pour la gentrification. L’exemple le plus frappant est la construction de la figure de l’individu aisé (financièrement, socialement et culturellement) venant chercher dans ces quartiers de la mixité sociale. Cette dernière disparaissant à mesure que les populations les plus précaires sont condamnées à partir par le renchérissement. Le travail de communication a souvent pour objectif de « naturaliser » ce phénomène urbain, à le rendre inexorable car guidé par les « lois du marché »  et par des choix individuels (qui seraient « inconscients ») alors qu’il s’agit d’une politique délibérée de remplacement de populations. Un travail particulier de réflexion sur l’image est notamment fait pour effacer complètement la figure de l’ouvrier en détruisant ses symboles (de nombreuses usines remplacées par des « éco-quartiers » par exemple).

Le phénomène de gentrification est parti-prenante du système capitaliste. Comme le disait déjà Henri Lefebvre dans Le droit à la Ville en 1967 : les inégalités sociales s’inscrivent dans l’espace. Nous pouvons même ajouter que les inégalités spatiales renforcent les inégalités sociales. Les processus urbains sont donc directement liés aux rapports de production : ils expriment l’exploitation d’une classe sur une autre, l’oppression par des mesures de sécurisation de l’espace public (dit d’urbanisme de « prévention situationnelle »), et l’aliénation car les individus ne semblent plus avoir emprise sur leur existence, ne disposant plus de la capacité de choix de leur lieu d’habitation. Sur ce dernier point le déterminisme de classe est beaucoup plus important que les déterminismes ethniques, nationaux, religieux, culturels, etc. La gentrification entretien particulièrement l’aliénation en détruisant des constructions, souvent anciennes, de liens sociaux. Les différentes formes et expressions de solidarité qui pouvaient exister avant la « rénovation » disparaissent, laissant les habitant-e-s seul-e-s face à leurs difficultés.

Enfin, la gentrification entretien les inégalités socio-spatiales et la ségrégation entre les différentes classes. Le discours du gouvernement visant à « l’égalité des territoires » est une gageure entre le pouvoir politique oligarchique et les spéculateurs qui s’enrichissent sur le dos des plus fragiles. Pour ces derniers la gentrification n’est synonyme que de perte de qualité de vie en raison de la perte d’une forme de confort liée à « l’urbanité » d’un lieu, c’est-à-dire à la présence d’équipements, de liens sociaux, ou liée directement au logement, en les contraignant à déménager dans des appartements plus petits ou vers des zones délaissées.

Contre les processus de gentrification, et encore plus généralement contre les formes d’aménagement capitalistes, inégalitaires et ségrégatives, il faut penser l’aménagement et la transformation de la ville comme une politique publique au service de l’intérêt général, de l’intérêt du peuple contre celui du spéculateur. Si des résistances existent aujourd’hui, elles restent trop localisées sur un territoire et ne cherchent pas à globaliser les enjeux. Face au PS qui, comme le dit Anne Clerval, chercheuse spécialiste de la question, accompagne la gentrification dans le Nord-Est parisien (et ailleurs), le Front de Gauche doit s’approprier la question. Cela suppose de faire comprendre le phénomène et alerter les premiers concernés, mais surtout d’offrir un débouche politique qui ne transige pas sur la réalisation de logements sociaux et sur la baisse des loyers (et non pas une « baisse des hausses » à la sauce solférienne). Seul le peuple conscient, organisé et agissant peut mener une politique urbaine alternative à celle de la droite et du PS (qui est plus ou moins la même). Impliquer le plus largement possible les citoyens et citoyennes est la seule façon de lutter contre les processus de ségrégation sociale et de permettre l’émancipation sociale dans la ville.


La tentation comptable

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 Il y a une multitude de manières d’envisager les élections. Il y a des procédés légitimes car politiques : mesurer l’imprégnation d’idées dans la société, établir un rapport de force et prendre le pouvoir pour améliorer la vie quotidienne. Ceux-ci partent “de la base”, c’est à dire des citoyen-ne-s, et permettent d’élaborer une expression de l’intérêt général. A l’inverse il est possible d’envisager une élection d’un point de vue purement comptable et notabiliaire à des fins illégitimes car égoïstes. Que ce soit par “goût” individuel pour le pouvoir ou pour faire valoir des intérêts particuliers, tels que ceux d’un groupe social spécifique (les solfériniens s’obstinent par exemple à répondre aux intérêts du patronat) voire à une institution comme un parti politique (faire vivre la structure pour la structure), nous sommes dans ces cas là bien éloignés de la satisfaction de l’intérêt général qui disparait au profit d’une comptabilité de courte vue. Or c’est souvent par ce biais là que sont envisagées les élections locales et c’est notre responsabilité de citoyen et citoyenne de devoir s’opposer à tous ceux qui seraient tenté de succomber à cette tentation comptable.

La tentation comptable c’est être prêt à brader idéaux de gauche et lutte de classe pour son intérêt personnel. C’est faire alliance avec le “centre” (mais qui peut bien être encore crédule au point de ne pas voir que les soi-disant “centristes” ne sont que des mauvaises copies d’une droite modérée) comme l’envisage Anne Hidalgo, la candidate du PS, à Paris. C’est également noyer les valeurs républicaines dans des collectifs communautaristes pour s’attirer les votes des communautés religieuses, ethniques et culturelles, au détriment de l’unité de la République. Mais c’est aussi réaliser des tractations et compromis de couloirs et d’anti-chambres dorées biens loin du peuples souverains. Mais pour les militants du Front de gauche dont je me considère comme membre, la tentation comptable c’est de fermer les yeux sur ceux qui mènent aujourd’hui des politiques d’austérités et qui, délibérément et avec un cynisme fou, jettent des milliers de personnes au chômage et dans la misère, et envisager des alliances sur ces mêmes bases politiques austéritaires et anti-sociales.

Favoriser l’alliance avec des forces politiques austéritaires pour espérer grappiller quelques élus est d’abord une erreur politique. C’est une erreur car elle repose sur le système représentatif oligarchique, dont les “affaires” de corruption qui caractérisent celui-ci, le placent à la limite de l’implosion. Pour les forces progressistes il ne s’agit plus de vouloir encore une fois déposséder les citoyen-ne-s de leurs pouvoirs d’agir et de décider, mais de chercher à développer de nouvelles façons de faire faire au peuple de la politique concrète. Pour cela, il faut bannir toute tendance à considérer les élections comme des “marchés d’électeurs et d’électrices”, où chaque parti politique mettrait à disposition d’une alliance son électorat (forcément figé), mais comme un processus en perpétuelle mutation. Cette situation est la conséquence directe d’un affaiblissement des clivages traditionnels entre la gauche et la droite (aidé par la droitisation vulgaire du PS) où une grande partie des électeur-trice-s ne se reconnaissent plus dans leur représentation. Plutôt que des arrangements de couloirs, privilégions donc la création d’une dynamique populaire sur des bases programmatiques exigeantes, volontaristes et clairement de gauche..

Mais en plus d’être une erreur politique, c’est une erreur stratégique. A mon sens, l’argument fumeux qui consiste à dire qu’une alliance avec les solfériniens (puisqu’il s’agit d’eux le plus souvent) permettrait d’avoir des élus pour ensuite, combattre l’austérité de “l’intérieur” et améliorer la vie quotidienne des administré-e-s, est dangereux. L’analyse des derniers scrutins, et notamment des “législatives partielles”, montrent que François Hollande, le gouvernement Ayrault et l’ensemble des solfériniens ont transformés le PS (et souvent l’ensemble de la gauche), dans l’imaginaire collectif en un pestiféré, et notamment chez les électeurs portés à gauche. Dans ce contexte Vouloir embarquer sur le “pédalo en pleine tempête” est une profonde idiotie. L’autonomie conquérante n’est pas une posture égoïste mais un devoir pour lutter contre les réactionnaires et pour la survie de la gauche !

Mais le danger de succomber à la tentation comptable concerne également des aspects idéologiques. Les élus du Front de gauche, parce qu’ils font prévaloir l’intérêt général avant les intérêts économiques, ne doivent pas succomber à cette tendance technocratique qui leur impose de devenir des “gestionnaires” au lieu d’être des militants humbles et combatifs. En terme de stratégie politique, comme en terme de programme, nous devons faire prévaloir les citoyen-ne-s et leurs aspirations et nous devons proscrire les comportements d’élus notables aux dents longues et de techniciens. Les collectivités territoriales disposent déjà de techniciens talentueux et intègres, l’élu n’a pas à se substituer mais à définir une ligne politique.

La tentation comptable sera, à ne pas douter, celle qui conduira la gauche à la défaite. Ne tombons pas dans cette double erreur politique et stratégique en refusant d’avoir des ambitions. Le peuple en a assez de ces représentants qui ne représentent que leurs propres intérêts, qui le considèrent comme une marchandise électorale mobilisable à un instant T (les élections) puis oublient leurs promesses dès les résultats tombés. Ne bradons pas nos idéaux pour quelques écharpes (inutiles dans des municipalités et intercommunalités gouvernées par des austéritaires), cherchons à poursuivre l’ensemble des voies qui permettent la prise de conscience et l’implication populaire dans nos quartiers et nos communes. La gauche n’en sera que plus valeureuse pour mener à bien la définanciarisation des biens communs, mettre en place la gratuité des transports, soutenir l’économie sociale et solidaire, promouvoir un aménagement du territoire écologique, bref, mener une politique écosocialiste.


De l’Ecosocialisme à la 6ème République, cohérence et prise de conscience

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Entre le premier tour de l’élection présidentielle de l’année dernière et aujourd’hui, l’enchainement des évènements semble avoir “changé de braquet”. Les analyses du Front de Gauche quant à l’écroulement du Monde politique ancient, des “grands partis de gouvernement”, semblent plus que jamais d’actualités sous le coup des “affaires” qui n’ont rien de “personnelles” mais qui relèvent au contraire d’un système oligarchique bien huilé. Ce système de collusions entre les milieux d’affaires, politiques et médiatiques, s’étendant du FN au PS, témoigne jour après jour de sa pourriture intrinsèque. Mais malheureusement, face à ce déferlement de corruption et d’autoritarisme (les instances de l’Union Européenne en “chef de file”), les citoyen-ne-s ont bien du mal à saisir leur colère pour la transformer en débouché politique concret.

Or si l’extrême droite peut paraître “séduisante” car fidèle à son discours de rejet de l’UMP et du PS, son implication directe dans “l’affaire Cahuzac” la discrédite totalement (sans parler bien évidemment de l’absurdité de son programme anti-étrangers aussi inefficace pour l’intérêt général que coûteux pour les finances publiques). Plus que jamais le combat contre les idées du FN est nécessaire, ne le laissons pas profiter, sur une somme de mensonges, de ce climat et soyons présents avec notre bonne humeur !

Les campagnes présidentielle et législatives ont été marquées par une cohérence sans faille du programme du Front de Gauche. Des associations de France Nature Environnement à la Fondation Abbé Pierre, celle-ci fut d’ailleurs remarquée et saluée. Alors que nos adversaires et concurrents refusent de s’appuyer sur des bases programmatiques claires et définies, laissant au tout un chacun la liberté de choisir les mesures qui l’intéresse, quitte à dire tout et son contraire au cours d’une même semaine (Par exemple : “mon ennemi c’est la finance” au Bourget et “i’m not dangerous” à la City). Au Parti de Gauche et au Front de Gauche nous ne cherchons pas à plaire à tout le monde car nous savons que les classes sociales ont des intérêts antagonistes. Nous ne considérons pas le MEDEF comme un “partenaire social” des travailleurs  car le MEDEF ne partage pas les mêmes objectifs que ces derniers. Nous cherchons autant que possible (dans le respect des tendances de la dizaine d’organisations du Front de Gauche) de définir une ligne politique claire et clivante pour faire émerger la prise de conscience du conflit.

Cette ligne politique, notre idéologie, c’est l’écosocialisme. Mais n’y voyez aucune rigidité ni aucun dogmatisme aveugle. Nous ne sommes pas des “curés rouges (et verts)” car nous cherchons continuellement à faire évoluer cette idéologie par des exemples concrets et des réflexions théoriques issues d’horizons divers. Cette construction idéologique a officiellement commencée le 1er décembre 2012 avec les Assises nationale pour l’écosocialisme à Paris et se poursuit localement aux quatre coins de la France mais également à l’étranger. Le Parti de Gauche de l’Essonne (dont je fais parti) organise par exemple ses propres assises locales à Viry-Châtillon le samedi 20 décembre à partir de 9h30. Alors que l’héritage du socialisme apparaît de plus en plus comme une contrainte à certains représentants de Solférino (le Président de la République n’a t-il pas affirmé devant les français-e-s ne pas être un Président socialiste ?), nous revendiquons, au contraire, et haut et fort l’héritage. Nous reprenons les principes, les valeurs, les symboles et rendons hommages à ses dignes représentants, qu’ils s’appellent Maximilien Robespierre, Jean Jaurès ou Hugo Chavez.

L’idéologie écosocialiste, porteuse de nouvelles façons de concevoir le partage et l’exercice du pouvoir politique, ne peut s’appliquer dans les cadres tantôt oligarchiques, tantôt monarchiques de la 5ème République. Plus que d’une mesure de dépoussiérage la Nation a besoin du renouveau qui fera naître l’espoir et la confiance dans l’action collective. Tandis que l’écosocialisme définit le mode de production, la Révolution citoyenne est la méthode d’action, c’est à dire la façon de faire. La Marche du 5 mai 2013 pour la 6ème République, à laquelle de nombreuses personnalités et organisations politiques appellent à participer, doit (et serra) un acte important de la Révolution citoyenne, comme l’ont été les rassemblements à la Bastille, au Capitole et au Prado l’année dernière.

Avec l’écosocialisme et la Révolution citoyenne nous avons à la fois un contenu idéologique fort, identifiable et reconnu, et une stratégie de prise du pouvoir qui repose sur la conscientisation (par la confrontation des idées, quitte à parler cru et dru) et la mise en mouvement des classes populaires. La tache ne sera pas facile mais elle a le mérite d’être motivante !


Un œil dans le meeting du 16 novembre 2012

Meeting contre l’Austérité à Paris avec Jean-Luc Mélenchon et Pascale Le Néouannic le 16 novembre 2012 salle Japy.


La gauche unie contre le traité austéritaire

La manifestation de dimanche dernier est une réussite à bien des égards. Par le nombre important de participants (plus de 80000 !) et par la variété des organisations présentes, les forces sociales du pays ont montré qu’elles sont capables de se mobiliser sous un gouvernement dit « de gauche ». Cela traduit une prise de conscience des travailleurs qu’il ne doivent rien attendre des socio-libéraux en matière de « changement » d’orientation politique, après dix années où la droite était au pouvoir. Mais réussite également au regard de la complexité du texte du TSCG (Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance) et des enjeux économiques qu’il entraine. En se mobilisant contre le traité, et en faveur d’un référendum, le peuple montre sa maturité à prendre le pouvoir, à décider de son avenir, et même si cela doit court-circuiter les plans des financiers et des technocrates européens.

La réussite de la manifestation témoigne également de la position de diviseur de la gauche dans laquelle se situe le Parti dit « socialiste ». Alors qu’une grande partie des syndicats de travailleurs et des associations « classées à gauche », étaient présents ce dimanche, alors que le conseil fédéral d’Europe Ecologie – les Verts a voté à plus de 70% contre le traité,  et alors que globalement le peuple français fait savoir son opposition aux mesures d’austérités et à la perte de souveraineté nationale, le PS s’obstine dans son coup de force anti-démocratique. Or, si ce dernier est convaincu d’avoir le soutien populaire, pourquoi ne propose t-il pas un référendum ?

Le PS fait donc une grave erreur de stratégie car contrairement à la droite, qui est par nature réactionnaire, la gauche qui se veut progressiste doit lutter sans cesse pour imposer ses idées novatrices.  C’est ce que l’intellectuel marxiste italien Antonio Gramsci nomme guerres de mouvement et de position. La « guerre de mouvement » correspond à la mobilisation constante du peuple pour ses intérêts, et la « guerre de position » correspond au travail d’éducation idéologique de fond, celui qui fait germer les idées révolutionnaires à l’intérieur de la société. Or le parti dit « socialiste » ne fait aujourd’hui ni l’un ni l’autre : il donne raison idéologiquement à la droite en reprenant ses discours sur la compétitivité, la dette publique … en cherchant à étouffer tout mouvement populaire plutôt que de s’appuyer dessus.

Or, le plus gros risque est que cette situation, où le gouvernement dit « socialiste » approuve le traité « Merkel/Sarkozy » au mot près, profite à la droite.  Car contrairement au PS qui reste figé dans les contradictions du social-libéralisme, la droite et l’extrême droite (les frontières devenant de plus en plus poreuses) cherchent à montrer qu’elles évoluent. Si le fond reste le même, un changement de décor est mis en place pour paraître plus présentable (l’Association « Bleu Marine » mise en avant du Front National » et Nicolas Dupont-Aignan voulant « dialoguer avec le FN » par exemple), notamment aux yeux des médias qui ne se privent pas de relayer cette propagande.

Pour ne pas que les erreurs politiques du gouvernement profitent à la droite et desservent l’ensemble de la gauche, il est impératif que nous soyons  présents comme jamais, et sur tous les fronts. Nous sommes une force de résistance qui a besoin sans cesse de lutter pour exister : lutter contre la droite et l’extrême droite qui cherchent à ramener la société à l’époque de l’ancien régime, mais également contre les socio-libéraux qui appliquent la même politique que la droite dans bien des domaines, et rechigne à entrer dans le combat avec la finance généralisée et les patrons voyous. Comme nous l’avons montré lors de la manifestation de dimanche, nous sommes nombreux et organisés et, le plus important à mes yeux, nous avons des solutions pour sortir de la crise économique, écologique et sociale. Ne baissons pas les bras et continuons à lutter et militer, l’avenir nous donnera raison.