Acte 3 : le notable métropolitain contre le peuple

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Le gouvernement solférinien a décidément cette capacité sans égale à déposséder le peuple de toute capacité d’expression de sa souveraineté populaire. Après avoir voté le TSCG en octobre 2012 et délégué à la Commission européenne, institution composée d’androïdes libéraux non-élus, la capacité de valider les orientations budgétaires nationales, le voilà qu’il s’attaque à l’expression populaire locale. En effet, en reprenant la direction idéologique du précédent gouvernement (de droite également), et de sa loi du 16 décembre 2010 de « réforme des collectivités territoriales », dont un des objectifs principaux était de favoriser le développement des « métropoles », c’est un nouvel échelon technocratique et anti-démocratique qui est créé.

Alors que les citoyennes et les citoyens restent fortement attachés aux collectivités locales « républicaines », issues directement ou indirectement de la Révolution française, qui sont les communes et les départements, le projet de loi dit de « modernisation de l’action publique territoriales et d’affirmation des métropoles » en discussion actuellement au Parlement, privilégie les régions et les groupements de communes (« EPCI à fiscalité propre » ). Et parmi ces groupements les nouvelles métropoles apparaissent encore plus technocratiques et éloignées des préoccupations quotidiennes du peuple. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la seule métropole créée à l’heure actuelle soit celle de Nice, connue pour ses caméras de surveillances et son Président d’extrême-droite.

Les solfériniens aujourd’hui, comme les élus UMP hier, ont très bien compris qu’ils ont tout intérêt à tenir le peuple éloigné des instances de décision territoriales réelles et concrètes. Pour cela ils éloignent les représentants en ajoutant des « degrés » aux processus de désignations, et technicisent les enjeux pour que le citoyen et la citoyenne se sente incompétent pour répondre à ceux-ci. Le « mille-feuille » institutionnel actuel apparait déjà trop incompréhensible pour la majorité de nos concitoyen-ne-s, à un point où il est difficile de comprendre quelles sont les compétences respectives de chacune des collectivités. Compétences qui permettent pourtant de mettre en œuvre des services publics indispensable au bien être quotidien. Cette complexité institutionnelle entretien également le fait qu’il est impossible pour le/la citoyen-ne-s « lambda » de participer correctement au débat parlementaire en cours.

Tel qu’il est présenté actuellement à l’Assemblée Nationale, le premier projet de loi dit « d’Acte 3 de Décentralisation » ambitionne de renforcer encore le pouvoir des notables locaux. Si certains élus solfériniens mettent en avant la création de nouvelles instances de participation telle que les « conseils de développement » ou de nouveaux droits liés à la publication des données publiques (« open data ») ou au droit de pétition, nous sommes, au mieux, devant de la mauvaise fois, au pire, devant une grossière tentative de manipulation des citoyen-ne-s. De la même manière, le rapport commandé par le Ministère de la Ville, à la sociologue Marie-Hélène Bacqué et au Président de l’association « AC le feu » Mohamed Mechmache, pour développer la participation citoyenne dans les quartiers populaires, restera une déclaration de bonnes intentions tant que les conditions concrètes de la prise de pouvoir populaire, à toutes les échelles territoriales, ne sont pas désirées par la classe dominante.

L’autre argument avancé par les partisans de la dépossession populaire est que « l’affirmation des métropoles » doit permettre de mutualiser les recettes et les dépenses budgétaires et, par la même occasion, réduire les inégalités à l’intérieur d’un territoire. Si nous prenons le cas de la « Métropole du Grand Paris », la « péréquation horizontale » doit permettre de faire financer par les communes riches de l’Ouest parisien, Neuilly-sur-Seine par exemple, les dépenses des communes du Nord-Est comme La Courneuve. Encore une fois, quel exemple de malhonnêteté de la part d’élus votant les politiques d’austérité et la baisse des dotations de l’Etat vers les collectivités locales. Dotations dont l’objet principal est de réduire les inégalités entre les territoires à l’échelle nationale.

Mais il est vain d’attendre, même d’un gouvernement qui se dit de gauche, un partage des responsabilités. Le pouvoir n’est pas quelque chose qui se donne mais quelque chose qui se prend. Les citoyen-ne-s doivent refuser de se laisser conter des histoires sur la prétendue technicité des réformes et faire mettre en avant les aspects réellement politiques. Pour cela les militants politiques de gauche ont un rôle particulier à jouer. En effet, il s’agit d’être des « décrypteurs » de la technicité et de susciter, sans encadrer, les mobilisations en incitant chacune et chacun à expliquer ce qu’il en est du projet. Refuser le sacre des notables que renforce l’Acte 3 de décentralisation, c’est permettre d’éviter la dépossession du peuple des questions politiques fondamentales et, par la même occasion, de refuser le rabattement de la démocratie vers des questions « hyper-locales » dépolitisées qui s’apparenterait à la gestion des massifs de fleurs et des trottoirs.

S’il parait aujourd’hui difficile d’imaginer une mobilisation populaire contre le(s) projet(s) de Marylise Lebranchu, nous pouvons néanmoins nous mettre en formation de combat pour les élections municipales (et européennes). Les collectivités locales souffrent d’une forme de mimétisme étatique présidentialiste où le maire, le président, etc., est le détenteur d’un monopole de la parole politique sur son territoire. Comme pour les élections présidentielles et législatives, les mots d’ordres doivent être « place au peuple » et « prenez le pouvoir », nous ne pouvons pas faire de la politique sans le peuple car cela reviendrait à la faire contre le peuple. Cette première condition respectée nous pourrons faire des nos communes des espaces démocratiques de résistances à l’austérité par des programmes de radicalités concrètes.

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La 6ème République et la démocratie territoriale

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Si les premières lois de « décentralisation » de 1982 marquent un tournant particulier dans l’histoire républicaine de la France, elles ne sont finalement qu’un révélateur d’une tendance commencée à la fin du 19ème siècle avec l’élection au Suffrage Universel des maires. Par ailleurs, l’Union Européenne cherche autant que possible à réduire le nombre de collectivités locales françaises en prenant en modèle, une fois n’est pas coutume, l’Allemagne. Derrière ces injonctions il y a l’idée de se rapprocher d’un fonctionnement politique à 4 échelles (Europe, Etat, Région et Intercommunalité) et remettre en cause les spécificités du modèle français républicain et de ses « 36000 communes » accusé de tous les mots. L’ « Acte III » de décentralisation présenté en Conseil des ministres le 10 avril 2013, et de la même manière que l’avait proposé Sarkozy en 2010, conforte l’idée des technocrates européens d’une nécessaire mutualisation/fusion des communes dans des ensembles urbains plus vastes. Mais alors que la grande majorité des citoyens et citoyennes ne comprennent pas grand chose à ces histoires d’intercommunalités, rien n’est fait pour qu’ils s’emparent démocratiquement de ces questions et, face à cette exigence, le « fléchage » prévu des élus communautaires sur les listes communales apparaît bien insignifiant.

L’échelle intercommunale est aujourd’hui composée d’instances politiques « dépolitisées ». Dans celles-ci le marchandage est la règle et le débat est réduit au « strict minimum » de façade. Cette recherche du « consensus », qui ne déplait à personne mais sans convenir non plus, ne peut entrainer qu’une politique au rabais sans véritable volontarisme. La dépolitisation s’exprime aussi par le fait que les conflits « de territoires » prévalent aux conflits d’idées et de positionnements politiques. Elus par chacune des communes membres plutôt que par l’ensemble de l’intercommunalité, les élus vont avoir tendance à défendre les intérêts de leur municipalité plutôt que l’intérêt général du groupement. Cette situation devient caricaturale lorsqu’il s’agit d’accueillir un nouvel équipement public dont les retombées en « capital électoral » peuvent être conséquentes. Le fonctionnement politique intercommunal tel qu’il existe aujourd’hui s’apparente donc à un sacre de notables et à une politique publique réduite au minimum pour laquelle les citoyen-ne-s sont exclu-e-s du processus.

Or ce qui est observés en matière de groupements de communes devient, en quelques sortes, un modèle dont il faut s’inspirer pour les autres collectivités territoriales. A l’échelle régionale il y a une volonté des libéraux d’affaiblir le Conseil Régional, élu au suffrage universel et à la proportionnelle (donc ne pénalisant pas les « petits partis »), au profit d’une « Métropole » toute puissante où siègeront des représentant-e-s désigné-e-s par les collectivités membres de l’institution. Cette dépossession citoyenne s’accompagne aussi d’une « autonomisation » des régions, rendue possible par l’expression d’un « droit d’expérimentation » véritable consécration de la « République à la carte », et entrainant l’exacerbation des inégalités entre celles-ci.

Le plus dommageable dans cette situation est que les régions et, à plus fortes mesures encore, les intercommunalités apparaissent comme des échelles pertinentes et efficaces pour mener des politiques publiques. Nous devons veiller à « ne pas jeter bébé avec l’eau du bain » et ne pas confondre un problème d’ordre politique de choix de gouvernance avec l’ensemble de « l’échelle ». Les intercommunalités permettent notamment de mener des politiques publiques en matière de transport ou de développement de services publics qu’ils auraient été difficiles, voire impossibles, de mettre en œuvre à l’échelle communale. Une grande échelle d’intervention permet d’améliorer la redistribution et la solidarité entre les territoires et est un argument de poids dans « la bonne gestion des deniers publics ».

Réfléchir à des dispositions pour une 6ème République nécessite également de s’intéresser aux l’échelons locaux. N’ayant pas peur du débat et de la confrontation d’idée, au Parti de Gauche et au Front de Gauche nous pensons que la politisation des enjeux est une condition fondamentale à la démocratie et à l’expression de l’intérêt général. Aucun lieu ne doit être en dehors du champ démocratique, le peuple doit avoir de véritables instances de prises de décisions et doit disposer d’une information complète des différents enjeux. Or aujourd’hui, ni les instances de « démocratie participative », ni la possibilité de consulter les informations ne sont suffisantes à l’exercice du pouvoir populaire. En plus de la possibilité d’organiser un référendum révocatoire, une véritable démocratie territoriale passera par la création d’instances de participations des citoyen-ne-s qui permettent réellement de faire émerger des contre-pouvoirs aux petits notables arrogants, aujourd’hui intouchables.


La Métropole de la classe dominante

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Parce que plus de la moitié de la population mondiale vit en ville et parce que le « mode de vie urbain » dépasse largement les frontières mêmes des zones urbanisées, la ville est au centre des enjeux de société. Le mode de vie urbain est finalement l’expression spatiale du mode de production capitaliste. Si les « marchés » économiques et financiers, en cherchant sans cesse à faciliter la circulation des facteurs de production (du capital et du travail), ont participés et participent à la construction des villes que nous connaissons, ne perdons pas à l’esprit que cette construction est aussi politique. La fameuse « Métropole » est la ville de la classe dominante car dans celle-ci, plus qu’ailleurs, s’expriment les rapports sociaux du mode de production capitaliste ainsi que l’idéologie ultra-libérale qui l’accompagne. Plus qu’une simple « grande ville » sur le plan démographique, la Métropole, par la présence de nombreux sièges sociaux d’entreprises ou de grandes institutions, par des équipements culturels prestigieux, de grands centres de recherches à rayonnement international, etc., se définit comme un lieu de concentration et d’expression du pouvoir politique et économique.

Les métropoles s’inscrivent dans la logique économique de compétition mondialisée qui pousse à une ultra-spécialisation des territoires. Chaque métropole se doit d’avoir sa spécialité et être la meilleure dans son domaine au niveau mondial. Or cette spécialisation conduit  à des absurdités écologiques (multiplication des flux de transport et de capitaux) ainsi qu’à des inégalités sociales entre les intégré-e-s à la métropole (les habitants des centre-villes) et les relégué-e-s à la marge de celle-ci.

A l’inverse des « villes lentes » et des « villes en transition » qui se fixent une limite démographique restreinte, les métropoles qui fonctionnent sur une recherche permanente d’économies d’échelles et sur l’expression d’un rapport de force compétitif, ont besoin d’un nombre d’habitant-e-s importants pour s’affirmer. Or cette croissance démographique sans fin de certaines villes, et pendant que d’autres perdent inexorablement des habitant-e-s, va à l’encontre d’une soutenabilité et d’une bonne qualité de vie pour toutes et tous. Cette stratégie politique démographique « expansionniste » des territoires les plus attractifs pour le capital, s’accompagnant souvent d’une marchandisation des services urbains, sape la capacité des villes à contribuer à l’émancipation des individus. Notre combat idéologique doit s’inspirer des penseurs socialistes du 19ème siècle qui n’hésitaient pas à proposer des systèmes urbains cohérents avec leur critique du système productif.

Refuser la « métropolisation » des villes c’est également lutter contre la ségrégation spatiale. Tandis que le Centre-ville est l’espace de la classe dominante où se concentrent lieux de décision, boutiques de luxe et équipements prestigieux, la banlieue apparaît comme le lieu d’accueil des rejetés de la compétition mondialisée, des migrants et des classes populaires. Mais la banlieue n’est pas uniquement lieu d’accueil des populations rejetées, elle l’est aussi pour les activités et équipements dont le centre de la métropole ne veut pas directement sur son territoire : cimetières, déchèteries, entrepôts divers, dépôts de bus… Toutes ces activités sont indispensables au bon fonctionnement de la ville mais sont bannies des espaces de la classe dominante. De la même manière les villes n’ayant pas les ressources pour accéder au statut convoité de « Métropole » deviennent des lieux mis au rebut, à l’attractivité déclinante. S’il est souvent difficile de tracer les « contours » de la ville, prendre du recul sur la façon dont elle est conçue permet d’observer les conflits de classe dans la lutte pour les meilleures places.

Mais la « Métropole » c’est aussi une construction non-démocratique. Face à ce constat partagé par tous, la classe dominante n’hésite pas à mettre en avant la difficile « gouvernance » à cette échelle. Les métropoles partagent cette caractéristique d’exclure les citoyen-ne-s des processus de décision. Le déni démocratique métropolitain s’exprime en premier lieu par la création de nouveaux échelons de décision, rendus volontairement illisibles pour les habitant-e-s, disposant de compétences de plus en plus nombreuses et approfondies. Au lieu d’une « ville pour tous, faite par tous », la Métropole est une « ville pour une minorité de possédants, faite par cette minorité ». En matière de démocratie locale les baronnies solfériniennes ressemblent parfaitement aux baronnies de l’UMP : le premier projet de loi de « l’acte III » de décentralisation dit de « modernisation (sic) de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles » présenté en Conseil des Ministres le 10 avril 2013 renforce la concentration des pouvoirs dans les mains de « grands » notables locaux, en dépouillant par la même occasion les petites collectivités échelons démocratiques de proximité. Le modèle présidentialiste de la 5ème République devient la norme à appliquer sur tous les territoires.

Nous ne pouvons pas avoir l’ambition d’appréhender correctement le processus de métropolisation en mettant de coté sa dimension politique et idéologique. Alors que le capitalisme a son modèle de ville, l’écosocialisme doit également avoir le sien. Ce dernier doit favoriser l’émancipation des individus, le « droit à la ville », c’est à dire le droit de pouvoir jouir pleinement des possibilités qu’offre la ville et peut importe sa classe sociale, et celui de « pouvoir faire sa ville » en mettant en avant la capacité des habitant-e-s à prendre le pouvoir. La forme urbaine étant directement liée à notre mode de production, le passage d’un mode de production capitaliste à un mode de production écosocialiste doit s’accompagner d’un changement dans la façon de concevoir la ville. Pour ce faire la méthode est la planification écologique, car seule celle-ci peut prendre en compte le temps long, rapprocher les lieux de travail des lieux de vie, réaffirmer et développer des services publics de qualité, valoriser les mobilités douces, l’autoconstruction des logements, l’habitat participatif, etc. Sortir de la logique des métropoles c’est avoir un haut degré d’exigence écologique, seul niveau acceptable pour sortir de l’impasse vers laquelle le système capitalisme nous mène. A l’inverse poursuivre dans la direction de la métropolisation c’est cantonner l’écologie à des lieux d’expérimentation du capitalisme vert (« les éco-quartiers ») et faire preuve d’un aveuglement destructeur.


L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est une dangereuse aberration anachronique.

Les expulsions brutales des occupants de l’espace réservé à la construction du nouvel aéroport de Nantes, situé sur la commune de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), nous rappellent  les pires années où la droite était au pouvoir, et où celle-ci n’hésitait pas à réprimer toutes formes de militantisme politique, syndical ou associatif. Cette posture véritablement agressive du pouvoir en place témoigne de son absence d’argument face aux opposants, il s’agit pour eux simplement de « faire respecter la loi » sans se poser la question de son bien fondé et de sa légitimité, mais témoigne aussi de son acharnement à vouloir imposer un projet dont la grande majorité de la population à du mal à en comprendre l’utilité et qui s’apparente à un « caprice princier » de la part du premier ministre. Car quelle peut bien être l’utilité d’un nouvel aéroport à l’heure du « développement durable » (sic), dans une région qui n’en a pas le besoin ?

Si le gouvernement, et particulièrement son premier ministre, maire de Nantes il y a encore 6 mois, souhaitent à tous prix construire un aéroport international, c’est qu’ils ont intégrés dans leur idéologie l’absurde « nécessité » de faire participer quelques territoires nationaux à la compétition mondiale généralisée. Celle-ci consiste à créer des pôles métropolitains (Nantes dans notre cas) vers où convergent les flux internationaux de marchandises, d’informations et de personnes (à condition qu’elles soient diplômées et de classes sociales supérieures). Cette façon de concevoir le développement des villes peut sembler efficace sur un point purement comptable et libéral, mais est mortifère sur le plan écologique car basée sur une utilisation toujours plus importante d’énergie carbonée. Tandis qu’une politique urbaine écologique chercherait à favoriser la réutilisation de l’existant et à limiter les modes de transports polluants, c’est l’inverse qui est fait ici car l’ensemble des observateurs nous affirment que l’actuel aéroport de Nantes n’arrive même pas à saturation en terme d’utilisation. Nous sommes bel et bien dans le caprice !

Alors que le « Pic Pétrolier » (« Peak Oil » en anglais), point limite de production de pétrole à partir duquel les ressources commencent à décliner définitivement, a surement déjà été dépassé il y a quelques années, il est anachronique de réaliser un investissement (qui par définition engage la collectivité pour des décennies) basé sur l’aviation. Si nous voulons éviter les graves crises qui vont naitre de la raréfaction des énergies carbonées il conviendrait plutôt d’utiliser l’énorme masse d’argent destinée au projet, estimée à plus de 550 millions d’euros (et surement sous-estimé comme souvent avec les Partenariats Public/Privé), pour développer des moyens de transports plus écologiques.

Car ce projet d’aéroport est couteux financièrement mais il l’est encore plus pour l’environnement. Comme nous l’avons vu il a des conséquences indirectes : il favorise un moyen de transport des plus émetteurs de gaz à effet de serre, mais aussi des conséquences directes liées à son implantation. En effet, l’aéroport par sa superficie de 1220 hectares détruira de nombreuses terres agricoles fertiles, au détriment des capacités de production agricoles locales, et impactera fortement la biodiversité riche de la région, avec des conséquences difficiles à prévoir car la biodiversité, même la plus infime, interagit directement sur les nombreuses autres espèces vivantes (et avec l’Humain notamment).

Mais le gouvernement, Jean-Marc Ayrault en tête, ne se contentent pas de brader l’écosystème à la compétition internationale, il offre cette manne d’argent que représente un investissement sur 55 ans, provenant des contribuables, via un partenariat public/privé, à des promoteurs privés (le groupe VINCI dans notre exemple), qui n’ont que faire de se préoccuper de l’intérêt général. Or ce système rend dépendant les institutions publiques, y ayant recours, aux multinationales du bâtiment et à ses actionnaires qui n’hésitent pas à gonfler les couts réels après avoir les minimisés pour obtenir le marché. On imagine que pour un investissement de la taille d’un aéroport les surcouts pour la collectivité peuvent être faramineux, et cela est particulièrement mal venu de la part d’un gouvernement qui étrangle les autres investissements par une politique d’austérité budgétaire.

Ces quelques arguments, écologiques et économiques, nous permettent de comprendre que le projet de construction de l’aéroport du « Grand Ouest » est une aberration anachronique. Au lieu de favoriser une politique d’aménagement du territoire qui exacerbe la compétition mondiale, détruit terres agricoles et écosystèmes, entretien les émissions de gaz à effet de serre et gaspille les finances publiques au bénéfice de grands groupes, une véritable politique écologique de gauche en matière d’aménagement doit favoriser le développement de transports plus écologiques, voire chercher à réduire l’utilisation des transports en relocalisant activités et équipements. Il convient de favoriser la proximité des échanges et de la production de biens et services, ce que le Parti de Gauche et le Front de Gauche entendent faire en mettant en place une politique de planification écologique prenant en compte le temps long de l’activité humaine productive (contre le temps ultracourt de la finance spéculative). Enfin, le développement territorial doit favoriser la réutilisation de l’existant en terme de construction plutôt que l’étalement sans limite, afin de protéger autant que possible les espaces naturels et agricoles nécessaires à la survie de l’humanité.


L’austérité exacerbe les inégalités territoriales

Le vote du TSCG et de sa loi organique par le Parti socialiste et la droite à l’Assemblée nationale et au Sénat condamne la France à une austérité à perpétuité. La loi de finance de 2013, et ses nombreuses réductions de dépenses publiques dans des secteurs pourtant clé (l’écologie notamment), s’inscrivent totalement dans cette logique à l’échelle de l’Etat. Or les collectivités territoriales ne sont pas épargnées par l’austérité : devant « participer à l’effort de rigueur » comme l’a annoncé François Hollande aux états généraux de la démocratie territoriale le 5 octobre dernier.

Bien que les différentes lois et réformes en matière de décentralisation depuis 1982 (nous en sommes aujourd’hui à « l’acte 3 ») ont donnés de plus en plus de compétences aux collectivités locales, la promesse de compenser ces transferts par des transferts équivalents de budgets n’a pas toujours été suivie. L’exemple le plus marquant est celui des départements : compétents en matière de politique sociale, les effets de la crise (et bientôt de l’austérité) et l’augmentation de la pauvreté entraînent une hausse conséquente des besoins dont il est de plus en plus difficile de faire face. Mais contrairement à l’Etat, les collectivités territoriales n’ont que très peu de possibilité d’agir sur leurs recettes.  La suppression par la droite de la taxe professionnelle a représenté une perte de financement important pour les collectivités qui doivent, pour conserver des marges de manœuvres d’intervention publique, augmenter les impôts locaux payés par les ménages. Or la taxe foncière et la taxe d’habitation sont basées sur des critères de confort ancestraux et, en ne prenant en compte que faiblement les revenus des ménages, sont inégalitaires et peu redistributives.

Dans ces conditions il apparaît bien difficile de compenser les inégalités territoriales toujours plus importantes. En effet, les territoires riches car disposant de grandes entreprises et de ménages riches qui consomment localement (et favorisent « l’économie résidentielle ») restent riches, tandis que les territoires pauvres dont les revenus privés des agents économiques sont faibles donc dépendants de l’intervention de l’Etat, de ses dotations et de ses subventions, sont de plus en plus pauvres. Un budget d’austérité c’est par exemple, moins d’argent mis sur la table pour des opérations de renouvellement urbain ou pour améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments dans les quartiers les plus dégradés. L’Etat ne s’applique plus à faire respecter l’égalité républicaine car ne réalise plus son travail de partage des richesses.

Mais l’austérité budgétaire en matière de finance publique, c’est aussi moins de service public. Ce sont les personnes et les territoires les plus fragiles qui sont touchés par cette situation. En effet, les services publics ont un rôle social plus important dans les communes rurales ou les quartiers dégradés des banlieues des grandes villes que dans les communes de l’Ouest parisien par exemple. Prenons l’exemple de l’école : les familles aisées peuvent envoyer leurs enfants dans des écoles privées, les familles pauvres non. Ces dernières dépendent de l’offre scolaire sur le territoire. Et le schéma est identique pour les hôpitaux publics contre les cliniques privées ou pour les politiques de transports publics.

Alors que l’investissement des collectivités locales représente à lui seul 70% de l’investissement national, en faisant appliquer les mesures du TSCG et sa règle de déficit maximum de 0,5%, c’est une dynamique positive qui risque d’être brisée. En effet, en limitant les possibilités d’investissement on rend plus difficile pour les collectivités territoriales les plus pauvres de rattraper « leur retard » sur les plus riches. Cela rejoint la logique défendue par François Hollande lors de son discours aux états généraux de la démocratie territoriale, de créer des « métropoles » participant à la compétition mondiale tandis que les territoires non-admis à celle-ci seraient laissés à la marge. De plus, à l’inverse d’un véritable pôle bancaire public défendu dans le programme du Front de Gauche, la Banque publique d’investissement et ses faibles moyens (environ 40 milliards d’euros) semble, pour sa part, bien peu disposée à soutenir l’économie des territoires les plus pauvres.

De manière locale l’austérité est absurde. L’urgence écologique voudrait que l’on cherche à développer des pôles urbains plus petits avec des activités à proximités. Or c’est l’inverse qui est fait par le gouvernement et le président de la République. Mais en plus d’exacerber les inégalités territoriales, l’austérité et les difficultés d’investissement risquent de nuire également aux fameuses métropoles. Il est aujourd’hui urgent de sortir de cette logique absurde qui, en empêchant de s’endetter pour investir, c’est-à-dire de différer sur le long terme une dépense qui profitera à plusieurs générations, mène le pays et l’Europe à la ruine et la misère. Vouloir appliquer l’austérité aux collectivités territoriales témoigne encore une fois de l’aveuglement idéologique des libéraux. Il ne s’agit pas de réduire le déficit pour gagner en autonomie vis-à-vis des marchés financiers car les collectivités locales, du fait de leur statut, sont déjà très peu endettées, mais bel et bien de détruire un système de protection sociale qui limite encore trop (pour les libéraux) la rentabilité financière.