2014, année de conquête(s) !

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Nous étions beaucoup au début de l’année 2013 à prévoir une année tumultueuse, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle l’a été. Elle l’a été d’abord et surtout pour les victimes de la politique gouvernementale, de plus en plus nombreuses, de plus en plus touchées par la précarité, le chômage, la pauvreté, et par l’absence de perspective et de goût pour le futur. Mais comment pourrait-il en être autrement alors que, face au chômage qui explose partout en France, et d’avantage encore dans les régions « périphériques » désindustrialisées, la seule réponse apportée par un Président de la République dit « de gauche » repose sur des cadeaux au patronat ?

Elle fut également tumultueuse pour notre camp, la gauche de progrès social, confrontée à l’exacerbation des divergences stratégiques quant à la manière d’appréhender les élections municipales mais également à des questions matérielles et financières lorsqu’il est question de « protéger » des rentes de situations. Ces divergences ont conduit à une forme d’hystérisation médiatique des désaccords au sein du Front de gauche alors que ceux-ci ne sont que le résultat d’une confrontation démocratique permanente et légitime entre les acteurs toujours plus nombreux de notre rassemblement. En se laissant trop souvent aller à « la chasse aux sorcières » dans notre propre camp nous, « simples » militant-e-s politiques, avons une part de responsabilité dans cette situation.

Mais 2013 n’a pas été l’année d’éclatement du Front de Gauche et loin de là. Et, malgré l’impatience de l’oligarchie, de ses médias et de ses représentants politiques, 2014 ne le sera pas non plus. Au risque de surprendre, les élections municipales comme les élections européennes semblent même bien partie pour notre regroupement politique car partout nous partons en autonomie vis-à-vis du Parti Solférinien, partout les citoyennes et citoyens auront la possibilité d’utiliser un bulletin de vote pour refuser les politiques d’austérité et de cadeaux aux financiers. Si le comportement égoïste de certains dirigeants du Parti Communiste Français est regrettable, et ajoute de la confusion dans une époque qui a besoin de clarté, nous ne devons pas faire d’amalgames et ne pas tenir responsable chaque militant-e des turpitudes de quelques-uns.

Dans certains endroits, en étant le moteur de rassemblements plus larges que les seuls partis (mais néanmoins nombreux) membres du Front de gauche nous témoignons de notre capacité à créer les conditions de constitution d’une majorité alternative à la politique libérale de François Hollande. Qu’elles soient élargies ou non aux autres forces de gauche, Europe écologie – Les Verts en tête, avec ou sans le PCF, les listes anti-austérités doivent permettre au peuple de résister aux coups qui lui sont portés, mais surtout de conquérir de nouveaux droits et d’améliorer son quotidien. L’année 2014 ne doit donc pas être uniquement une année de résistance mais une année de conquête, une occasion de retrouver nos ambitions de 2012 qui ne consistaient pas uniquement à obtenir des élu-e-s mais surtout à faire émerger une Révolution citoyenne.

A l’échelle européenne, comme à l’échelle municipale, le Front de gauche doit redevenir cette force qui donne espoir et envie de s’impliquer dans la vie publique. Tandis que l’élection européenne peut permettre de fédérer à l’échelle internationale la critique de l’Europe des marchés vers un contenu programmatique progressiste car écosocialiste, les communes et intercommunalités peuvent devenir des lieux concrets d’application de ces principes. La défense du droit universel à l’eau est l’exemple parfait de l’interconnexion de ces échelles de lutte contre la marchandisation, soutenue à Bruxelles, mise en œuvre dans nos bassins de vie.

Faire de 2014 une année de conquête exigera des militant-e-s politiques une conscience aiguisée et une discipline d’union désintéressée au service d’un but qui nous dépasse toutes et tous. La conscience politique pour sortir des lieux communs des pratiques de gestion municipale timorées et hésitantes pour promouvoir des actions courageuses et innovantes en rupture avec les logiques clientélistes. La discipline d’union pour ne pas donner à voir aux citoyennes et citoyens le spectacle désastreux des querelles d’égo ou de la sauvegarde d’intérêts matériels, quand tant de personnes souffrent dès le 5 du mois et sont tentées par l’abstention ou le vote FN. En 2014 nous avons plus à gagner qu’à perdre, profitons-en pour être exemplaire, pour être ceux qui poussent à la prise de conscience, ceux qui bousculent les notables, bref ceux qui font de la politique en pensant aux autres avant de penser à eux. En respectant ces conditions la « crise » du Front de gauche ne sera plus qu’un fantasme du MEDEF et de ses marionnettes au gouvernement.

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Un ANI et des ennemis

MIM

La classe médiatique imbue d’elle même a le mérite d’être efficace, à peine le MEDEF avait fini de rédiger ce qui servira de base à « l’accord national interprofessionnel » (ANI) qu’elle le défendait becs et ongles comme étant LA grande avancée du quinquennat solférinien, celle qui redonne « de la stature » à un président de la République au plus bas dans les enquêtes d’opinion. Cette position de la part des éditocrates, accrochés au privilège de pouvoir déjeuner avec les puissants, ne peut pas nous étonner car nous commençons à multiplier les preuves de leur haine antisociale et de leur dégout du peuple et des travailleurs. Taper sur ceux qui relèvent la tête et sur les syndicats qui se mobilisent est leur fond de commerce, fond de commerce partagé avec les (socio)libéraux et le Front national. Face à cette déferlante de pensée unique quelques journaux et médias d’information tels que l’Humanité, Politis ou Médiapart, continuent bien difficilement à informer les citoyens plutôt que défendre les intérêts du grand patronat et de la finance.

Mais le soutien le plus « étonnant » (quoique plus grand chose nous étonne de leur part) à cet « accord » est celui du PS et du gouvernement. Alors qu’il y a un an, dans l’opposition, le parti solférinien critiquait les accords dits « compétitivité emploi » que Sarkozy souhaitait mettre en place, les voilà soutenir presque unanimement un accord dont la substance reste quasi-identique. Voyez par vous-même : l’ANI légalise le chantage à l’emploi en permettant au travailleur d’accepter une hausse du temps de travail ou une baisse de salaire sous peine d’un licenciement sans droits (article 18), il prévoit pour l’employeur l’imposition d’une « mobilité forcée » à son salarié sans limite de distance (article 15) et il réduit les délais d’action en justice des salariés pour défendre ses droits (article 26). A coté de ces contraintes les quelques mesures dite « favorables » aux travailleurs sont bien maigres : l’obligation de souscrire à une complémentaire santé privée (les grands groupes d’assureurs sont ravis), l’encadrement du temps partiel subi dont les nombreuses dérogations vide la mesure de sa substance et les droits « rechargeables » à l’assurance chômage qui ne seront accordés qu’à condition de « ne pas aggraver le déséquilibre financier de l’assurance chômage » (sic). Enfin, la grande avancée sociale que devait être la taxation des contrats courts, qui concernera au final moins de 30% des CDD, se retrouve être un cadeau au patronat qui verra, « en contrepartie », ses cotisations sociales baisser pour les embauches en CDI de jeunes de moins de 26 ans.

Le PS a beau se cacher derrière le fait qu’il s’agisse d’un accord professionnel, en ne présentant pas de projet de loi alternatif, il a lancé volontairement les travailleurs dans la cage au lion du MEDEF. Laurence Parisot et son association de dépeceurs du peuple ne s’y trompent pas, elle exige « que le Sénat et  l’Assemblée nationale respectent à la lettre ce texte ». Cette position est d’ailleurs partagée à droite par l’ensemble de l’UMP et notamment par Jean-François Copé. Or il est nécessaire de rappeler que cet accord, s’il est accepté par la majorité des organisations représentatives des employeurs, est rejeté par la majorité des travailleurs et par ses deux plus grandes centrales syndicales la CGT et FO, qui ressortent encore renforcées des dernières élections professionnelles, mais aussi par d’autres organisations comme Sud-Solidaire et la FSU, et des associations comme ATTAC. Et à l’intérieur même des organisations signataire de l’accord MEDEF, en particulier à la CFDT, les adhérents à « la base » ressentent comme une trahison les courbettes de leurs dirigeants face au patronat.

Au lieu d’œuvrer pour l’amélioration des conditions de travail et de vie du peuple, le PS et le gouvernement se retrouvent encore une fois du mauvais côté, du côté des cyniques, des égoïstes et des profits à court terme qui broient des vies et des familles. Loin de moi l’idée de remettre en question la sincérité de l’ancrage à gauche de certains de mes amis militants au PS, mais comment ne pas voir dans leur inaction une forme de complicité à la casse sociale menée par les forces réactionnaires ? Comment interpréter la forme avancée de schizophrénie qui fait dire à ces militants qu’ils sont du côté des travailleurs tandis que leur parti « se félicite » de cet accord en affirmant dans un communiqué que les « entreprises pourront mieux anticiper les mutations de l’économie ». Cette position est intenable car elle est hypocrite, le PS choisi le camp du capital et de la finance, celui qui fait tirer sur des manifestants et expulse des milliers de sans papiers, choisissez le votre ou vous finirez par, vous aussi, être tenu responsable de ça. Manifestons tous ensemble le 5 mars 2013 à l’appel des syndicats et des forces politiques progressistes et montrons que la gauche, à la différence du gouvernement, ne baisse pas les yeux devant le MEDEF.


La gouvernance contre la démocratie

PS: Je m’excuse par avance, ce texte a été écrit il y a quelques temps, je me décide à le poster avec un peu de retard.

Comme un coup de semonce le fameux philosophe allemand Jürgen Habermas déclarait dans une tribune publiée sur le site internet du Monde, le 17 novembre 2011, que la gouvernance était un « euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique ». Alors que cette notion apparaît pour les différents « penseurs » du développement durable comme le symbole même de la modernité participative, celle où enfin tous les exclus du Monde (pas le quotidien) pourrait s’exprimer dans un superbe consensus, voilà qu’un des plus grands penseurs de notre siècle (enfin surtout du précédent) jette un pavé dans la marre, passé (presque) inaperçu. Pour resituer le contexte l’intellectuel revenait sur les différents accords entre les pays européens pour gérer les coups d’états des marchés financiers.

Le terme gouvernance qui pourrait sans difficulté entrer de le dictionnaire de la Novlangue (inventé par Georges Orwell pour son roman d’anticipation 1984 vise a modifier la façon de s’exprimer pour rendre impossible l’expression d’une pensée révolutionnaire) est d’inspiration néolibérale et a particulièrement la « cote » auprès de ces derniers. Celui-ci va se développer dans un premier temps dans le monde de l’entreprise avec comme objectif de favoriser la participation de tous au processus de décision. Mais attention, il n’y a aucunement une volonté de remettre en cause l’absence de démocratie dans l’entreprise mais juste d’améliorer l’implication des employés dans leur travail et donc le profit de cette dernière. Progressivement la gouvernance va se développer à d’autres institutions et à la « société toute entière » avec comme objectif de faire reconnaître une voix démocratique à des acteurs économiques et institutionnels. Pour faire simple, c’est l’intégration du capitalisme dans les processus de décision politique.

La gouvernance n’est donc qu’un substitut à la démocratie, parfaitement adapté à un système politique oligarchique basé sur le « capital social » des individus, c’est à dire sur leur facilité à faire marcher leurs relations dans un sens ou un autre. D’une manière concrète cela peut se traduire par une gestion élitiste des affaires au détriment du peuple tout entier. Dans le monde du travail nous allons par exemple assister, et comme le souhaitent le MEDEF mais aussi certains (socio)libéraux, à une supériorité juridique du contrat et de l’accord individuel contre la loi générale et protectrice pour les travailleurs. Marie-Claude Smouts, directrice de recherche au CNRS, parle du « piège de la gouvernance » et d’un « outil idéologique pour une politique de l’Etat minimum ».

Au niveau local, celui du quotidien, la notion de gouvernance est loin de réaliser l’idéal libertaire de participation autogérée des habitants et ce malgré une augmentation visible de la volonté de participation citoyenne des habitants. Les différents exemples de « démocratie participative » montre à l’inverse une recherche de contrôle par les élus locaux dans le but d’empêcher l’émergence de contre-pouvoirs réels. Ce contrôle se fait par l’installation de cadres stricts et rigides et concernant des sujets souvent sans réels enjeux. Il n’est pas rare que l’on demande à un Conseil de quartier de choisir la forme des bancs que l’on a prévu d’installer, le « fond politique » est évité. La frontière entre participation citoyenne véritable et « communication politique » est parfois mince. Enfin si certaines instances de participation semblent attirer un succès important, ce dernier masque une croissance des inégalités entre les intégrés qui participent d’avantage et les exclus qui participent de moins en moins.

La participation de l’ensemble des habitants nécessite que l’on lutte contre les exclusions des plus précaires en leur garantissant le droit à la ville par des politiques de services publics efficaces et par l’abolition des craintes face au logement. C’est seulement après avoir transformé la vie des exclus de la « citadinité » que ceux-ci s’intéresseront « naturellement » à la vie démocratique de la cité. L’émancipation urbaine passe par une réappropriation des « affaires de la cité » par les habitants eux-mêmes et cette question doit être au centre des réflexions pour la refondation Républicaine que l’on souhaite.