Elections municipales, élection nationale

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Depuis quelques semaines les solfériniens ont lancés leur offensive politico-médiatique visant à faire des élections municipales de mars prochain une somme d’élections locales aux enjeux sectorisés et dispersés. En effet, pour le PS, qui a beaucoup à perdre de l’impopularité démentielle de François Hollande dans son « propre camp », c’est à dire chez les électeur-trice-s qui l’ont porté-e-s au pouvoir pour changer de politique, il s’agit d’abord de marquer localement une distance avec les conséquences de la politique d’austérité du gouvernement. Mais c’est également l’occasion de brouiller les pistes et rendre impossible toute lecture politique globale de la déroute qui s’annonce.

Cette sectorisation locale des enjeux s’appuie sur une démarche globale de dépolitisation dont la personnalisation, médiatique et organisée, des candidat-e-s est le meilleur outil. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les exemples les plus perceptibles de cette personnalisation se trouvent dans les villes où les enjeux nationaux sont les plus marqués, par exemple à Marseille ou à Paris. Concernant la capitale, comment ne pas être outré de la mise en scène des « héritières » et de leurs « coiffures », relevant d’avantage d’un « concours de miss » (avec tout ce qu’il a peut y avoir de plus dégradant) que d’un véritable débat politique. Mais la dépolitisation c’est aussi l’affichage de projets déconnectés de la réalité austéritaire du gouvernement, faisant croire aux électeur-trice-s que la proximité du-de la candidat-e sera la réponse à la politique inique du Président de la République et de son gouvernement fantoche, où en affichant des projets faisant fi de la durée des mandats municipaux ou des compétences des collectivités. Dans tous ces cas il s’agit d’annoncer vouloir améliorer la vie des habitant-e-s sans critiquer et lutter contre le système qui leur met la tête sous l’eau.

Ne nous voilons pas la face, s’il est possible de faire des communes, grâce à des politiques publiques volontaristes de gauche, des lieux de résistances à l’austérité et limiter les conséquences de la crise écologique et sociale, l’échelle locale reste l’échelle de l’impuissance politique. De plus, la baisse conséquente et régulière, dans les projets successifs des lois de finances, des dotations accordées par l’État aux collectivités réduisent les moyens d’intervention et augmentent les inégalités, et la mise en place d’un système anti-démocratique de confiscation des capacités de décision populaire par l’acte 3 de Décentralisation (avec la Métropole de Paris par exemple) au profit d’une oligarchie de notables contribuent à conforter cette impuissance. Enfin, l’échelle locale est encore trop souvent celle du repli sur soi, des particularismes et du refoulement des intérêts de classes dont seuls les puissants sortent gagnants. L’exemple des « bonnets rouges » en Bretagne en est la parfaite illustration. Les élections municipales doivent être l’occasion de créer un mouvement populaire national, de retrouver l’élan du Front de gauche de la campagne présidentielle de 2012 pour l’amplifier. La proximité ne doit pas être une fin en soi mais être utilisée pour favoriser la conscientisation, pour créer des exemples d’alternatives sans s’y enfermer. La nationalisation des enjeux municipaux doit être un point d’appui et doit parallèlement s’appuyer sur le mouvement de refus de l’austérité, et plus globalement de la politique menée par les solfériniens au pouvoir.

L’appel à la marche du 1er décembre pour réclamer le retrait de la hausse de la TVA et pour une véritable révolution fiscale égalitaire, est une véritable bouffée d’air frais dans une campagne municipale qui s’embourbait dans des considérations d’alliances déconnectées des citoyen-ne-s. Cette marche, soutenue par l’ensemble des partis du Front de gauche, lui permet de gagner en visibilité et d’apparaître comme une force politique réellement différente du PS, porteuse d’un projet politique alternatif, qui refuse le règne de la finance et de la casse des services publics. Cette visibilité doit profiter à toutes les listes anti-austérités autonomes qui se créent actuellement partout en France. N’ayons pas peur de faire le lien entre la mobilisation du 1er décembre et les élections municipales et européennes. Utilisons tous les outils politiques existant pour sanctionner le gouvernement : marchons sur le Ministère des Finances, le « portique du MEDEF », et utilisons notre bulletin de vote les jours d’élections pour faire émerger des pratiques novatrices, écologiques et sociales. Dans tous les cas, comprenons bien que la sincérité de nos positionnements locaux dépend directement de notre stratégie nationale et inversement.

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Capitale de la rupture, Marseille vue par Keny Arkana

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S’il existe de nombreuses façons de faire passer des messages, et en particulier des messages politiques, les chants et chansons ont toujours été un médium particulier. Particulier car touchant, parfois à l’intime des individus et parfois ayant une force collective hors du commun. Qui n’a jamais été ému à l’écoute d’une musique rappelant des instants de vie personnelle ou lorsque qu’un groupe se met à chanter à l’unisson un même thème chargé d’histoire. Ceux qui étaient le 18 mars sur la place de la Bastille au moment où l’on a fait résonner l’Internationale comprendront de quoi je veux parler. La chanson a donc cette force qu’elle permet de toucher directement au cœur un public insensible aux formes de communication politique plus classique, comme les tracts ou les affiches.

Venons-en aux faits. Vous connaissez peut être Keny Arkana, rappeuse militante marseillaise originaire d’Argentine, devenue célèbre pour son rap engagé et notamment pour des morceaux comme « La Rage » ou « Nettoyage au Karcher » datant déjà de 2007. Son dernier album Tout tourne autour du Soleil sorti début décembre 2012 possède une petite perle pour les gens qui, comme moi, s’intéresse à l’aménagement du territoire et aux transformations urbaines : il s’agit du morceau Capitale de la rupture. Dans ce morceau Keny Arkana nous décrit les transformations de Marseille, sa ville d’adoption, emprise aux politiques de gentrification urbaine, de sécurisation et d’aseptisation des espaces publics sous le prétexte fallacieux de faire de celle-ci « la capitale européenne de la culture ».

Gentrification d’abord. Malgré les divers événements liés aux trafics et aux règlement de compte, Marseille, et notamment son centre (« où est mon centre-ville, celui d’avant a disparu »), n’est pas épargnée par la hausse des prix du logement (foncier et loyer) qui contraint les classes populaires à devoir s’éloigner du centre pour une périphérie toujours plus éloignée. Ce processus dit de « gentrification » est renforcé par des politiques d’aménagement du territoire qui cherchent à attirer les classes dominantes sur des zones autrefois peuplées d’ouvriers et de migrants, avec ici, pour objectif « d’en faire une belle ville de la Côte d’Azur ». Ville où les pauvres et marginaux n’ont évidemment pas leur place.

Cette gentrification se traduit par la perte du caractère populaire de la ville de Marseille. De la fin des « rues indomptées » aux « expulsions par centaines », c’est l’aseptisation des logements et des espaces  publics (via notamment une politique de vidéosurveillance généralisée) qui est le maitre mot de la « cité en chantier » et qui rendent les rues « tristes ». Or cette « fracture qui s’ouvre » contribue à maintenir les populations les plus précaires dans un sentiment de dépossession du quotidien par l’action des nouveaux « colons ». Colons dont les « plans sont à l’opposés de la tradition, de l’esprit de la ville millénaire qui a toujours rassemblée les communautés ».

Derrière la « refonte des quartiers » les pouvoirs publics s’appuient sur un prétexte culturel : celui de faire de Marseille la « capitale de la culture de l’Europe ». Mais comme le décrit Keny Arkana cette culture n’est pas la culture ancestrale de la cité phocéenne, « terre d’accueil, ouvert à l’autre, rebelle aux rois, terre d’asile des apôtres » qui est la « porte de l’Orient », mais celle d’une élite culturelle mondialisée et uniforme. La culture populaire d’une ville construire comme une porte vers l’Afrique est complètement mise de coté pour une culture globalisée capitaliste niant les spécificités locales (« où est passée la ville du bled »).

Et pendant ce temps rien n’est fait pour « la jeunesse en péril entassée dans des blocs », avec comme seule et malheureuse issue les trafics en tout genre et les règlements de compte. Car l’aseptisation, les expulsions, les requalifications urbaines déstabilisent et dispersent les groupes de sociabilité construits par des années de relations sociales, et entraine la fin de l’esprit de « camaraderie » remplacé par celui des « carabines ».

Comme le décrit brillamment Keny Arkana Marseille est la Capitale de la rupture provoquée par le capitalisme pour masquer la présence et effacer l’histoire des classes populaires. Mais face aux enjeux du « business », tachons de faire de Marseille la Capitale de la rupture avec ces politiques absurdes et antisociale de gentrification, et Keny Arkana nous montre, à son échelle et avec ses mots, qu’un esprit de résistance est bel et bien présent, c’est rafraichissant !

Pour écouter :