La proximité pour l’Université

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J’ai déjà eu l’occasion de raconter, il y a déjà près d’un an et demi, en quoi mon (long) passage dans une université « de banlieue » avait été plaisant, et finalement loin des clichés que l’on peut entendre régulièrement, et malheureusement, souvent colportés par certain-e-s enseignant-e-s de lycée. Mes études universitaires à l’Université d’Évry m’ont données tout ce que je pouvais attendre d’un établissement d’enseignement supérieur : des conditions relativement bonne d’étude (mais toujours à améliorer), des professeur-e-s et enseignant-e-s le plus souvent compétent-e-s et passionné-e-s et des réseaux de socialisations qui m’ont permis d’approfondir ma conscience politique.

La quasi-totalité des universités dites « de proximités », car situées dans un bassin de vie relativement éloigné des grandes métropoles, ont pour usagers principaux les habitant-e-s des environs. A l’inverse des universités situées au cœur des métropoles qui ratissent beaucoup plus large en matière de public. Les universités de proximités sont en quelques sorte la traduction en actes de l’ouverture de l’enseignement supérieur, de sa démocratisation,  à toutes et tous car elles réduisent la première barrière à la réalisation d’études supérieures : la barrière physique.

Permettre plus facilement aux classes populaires de franchir la barrière physique de l’entrée à l’Université permet de réduire l’effet « d’autocensure » qui fait que les moins disposés, à priori, à réaliser des études supérieures, se découragent plus vite que les autres à devoir faire des dizaines de kilomètres de transports par jour pour étudier. En réduisant la distance physique c’est également la distance symbolique qui est atténuée. Lorsque l’université est à proximité directe de l’habitat, du quartier, de ceux qui la fréquentent, et non au cœur d’un quartier chic parisien, il est plus aisé de l’assimiler comme faisant partie de son quotidien, de s’imaginer un jour y mettre les pieds. Alors qu’il est bon ton, dans les médias de masse, de pointer la « médiocrité » de l’Université française, et en particulier en commentant les taux de réussite en licence des classes populaires, il serait pertinent de réfléchir aux conditions matérielles pour garantir la réussite de ceux-ci.

Mais la présence d’une université (et même lorsqu’il s’agit d’une simple antenne universitaire de petite taille)  sur un territoire est également un véritable moteur pour ce dernier. La mobilisation d’il y a quelques semaines du personnel, des étudiant-e-s et enseignant-e-s, soutenus par quelques élu-e-s locaux, contre la fermeture de l’antenne universitaire de Béziers témoigne de cette crainte de voir disparaitre une tranche de vie amenée par l’établissement d’enseignement supérieur et ses usagers quotidiens. Pour un quartier, une ville, une intercommunalité et même un bassin de vie, disposer d’une université sur son territoire c’est profiter d’une mixité sociale et fonctionnelle. C’est disposer d’un véritable équipement structurant à partir duquel peut se concevoir l’aménagement qui prend en compte les différentes échelles. Encore plus que dans celles des grandes métropoles, les universités de proximités sont de véritables lieux de brassage social qui contribuent, dans une société qui a tendance à s’individualiser, au développement d’une urbanité.

Or la logique d’austérité à l’Université mise en place par la droite et Valérie Pécresse à partir de 2007 avec la loi LRU « relatives aux libertés et responsabilités des universités » (sic) et confirmée dès 2012 par la ministre solférinienne Geneviève Fioraso et sa loi dite « LRU 2 », pousse fortement à la mutualisation des structures universitaires. En plaçant le couteau budgétaire sous la gorge des universités devenues autonomes, celles-ci n’ont d’autres choix que de se grouper à d’autres plus importantes ou disparaitre. Cela se concrétise inéluctablement par une fermeture des établissements les plus petits, les plus fragiles et ceux qui ne sont pas en capacité de lever des fonds privés en masse, bref ceux qui accumulent les dettes et qui ne sont pas jugées assez « rentables » pour les libéraux.

En poussant à la création de campus géants sur le modèle anglo-saxons pour réaliser des économies d’échelles, la logique austéritaire  est une menace pour les petites universités, « à taille humaine », qui sont pourtant de véritables atouts pour la vie de nombreux territoires. Elle est une menace pour les classes populaires, pour ceux qui disposent de peu de capitaux culturels, sociaux et économiques, et pour qui l’éloignement du lieu d’étude est synonyme de nouveaux obstacles à franchir. Alors que les nouvelles technologies de la communication et les moyens de dématérialisation affranchissent de plus en plus des nécessités de regroupement, la constitution de campus géant refermés sur eux-mêmes apparait même comme un contre-sens historique. Le libre marché ne fait décidément pas grand-chose dans le bon sens, ne le laissons plus guider les politiques d’aménagements universitaires et soutenons les universités de proximité.

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Cinq ans dans une université de « banlieue »

Voilà c’est fait, je viens de finaliser mon inscription en Master 2 à l’Université d’Evry. J’aurais donc passé cinq ans, c’est à dire l’ensemble de mes années d’après bac dans cette université. Celles-ci ont été pour moi des années superbes de rencontres, d’acquisition et de partage de connaissances, grâce à des enseignant-e-s pour la plupart, dévoué-e-s et passionné-e-s. Mais ce fut surtout cinq années de formation et de combats, politiques et syndicaux. Si le « microcosme universitaire » est propice à la découverte de la chose politique, la confrontation à la réalité sociale, particulièrement cruelle dans une fac accueillant des étudiants issus de quartiers populaires, lui donne une autre dimension. C’est donc avec une certaine nostalgie que j’entamerais, à la rentrée, ma dernière année.

L’Université d’Evry, comme les autres universités de la banlieue parisienne, sont souvent décriées voire boudées par les futur-e-s étudiant-e-s. La raison première est la situation géographique jugée « défavorable » par rapport aux universités parisiennes, dont le prestige supposé fait fantasmer. Pour ces individus mal informés, ce n’est pas la situation géographique en soi qui pose problème, l’université « de banlieue » étant souvent bien plus proche du lieu d’habitation que son homologue parisienne, mais un recrutement catégorisé comme étant plus « social ». Elles apparaissent souvent, dans l’imaginaire collectif, comme un témoignage des carences du système scolaire, primaire et secondaire, dans sa mission de réduction des inégalités, dans la distribution du capital culturel, et subissent très souvent des taux de « décrochages » importants durant les premières années.  Cependant, ces taux de décrochages, certes beaucoup trop élevés, ne sont pas l’apanage des universités « de banlieue » mais sont à peu près identiques partout.

La deuxième raison qui pousse les lycéen-ne-s à bouder les facs comme Evry  est la recherche d’un certain « entre-soi », c’est à dire la volonté de se retrouver en cours avec des gens du même milieu social. Or l’université d’Evry est inversement un lieu de brassage culturel où les origines sociales et géographiques se mélangent. Cette situation est, à mon sens, ce qui fait la force de ce type d’institutions d’enseignement supérieur car permet aux étudiants une véritable ouverture sur la diversité du Monde et permet également la rencontre de gens dont on n’aurait pas eu spontanément l’occasion de le faire.

Malheureusement, cette mauvaise réputation, colportée par des ignorants, est relativement importante et beaucoup de futur-e-s étudiant-e-s choisissent l’université d’Evry par « dépit » (souvent parce qu’ils n’ont pas été pris « ailleurs »). Ces opinions infondées, à propos d’une supposée moindre qualité des enseignements dispensés dans les universités « de banlieue », sont le plus souvent l’œuvre d’individus n’y ayant jamais mis les pieds, la réalité étant complètement différente. Mon expérience d’étudiant à l’université d’Evry m’a fait découvrir des cours en petits groupes, un suivi personnalisé de chaque étudiant qui le souhaite et une solidarité très forte entre les étudiants. Nous sommes donc bien loin des « machines à transmettre du savoir » des grandes universités parisiennes où la norme est à l’amphi impersonnel de 600 personnes.

Néanmoins il est difficile d’être optimiste face à l’avenir. La LRU, aussi nommée « loi d’autonomie des universités », impose une concurrence territoriale entre celles-ci et risque à terme de faire disparaître les petites universités pluridisciplinaires comme Evry, au profit de « grands pôles » spécialisés dans des domaines particuliers, et « rentables » à court terme. Car « l’autonomie » de la LRU c’est avant tout un désengagement de l’Etat dans le financement, et une augmentation de la dépendance vis à vis des capitaux privés, pour lesquels la recherche n’est concevable que si elle est suivie d’applications directement utilisables sur le marché. Cette priorité donnée au privé impacte donc à la fois la recherche fondamentale et les filières universitaires non directement « profitables », particulièrement l’ensemble des « sciences humaines ». Cette logique de privatisation a des conséquences dramatiques sur les universités les plus populaires car ce sont elles les plus fragiles.

Une université comme celle d’Evry est une nécessité pour ce type de territoire particulier et notamment pour les classes populaires. Posons nous la question de savoir combien d’individus issus d’une classe sociale défavorisée irait jusqu’à Paris pour suivre des cours. Le nombre serait évidemment faible. Disposer d’institutions d’enseignement supérieur à coté de chez soi pousse à la démocratisation de celui-ci, et cela profite avant tout aux populations disposant de moins de capital culturel, économique et social. C’est donc une véritable mission de service public en faveur de la transmission des savoirs qui est mis en œuvre ici et c’est cette mission qu’il faut défendre corps et âmes, contre ceux qui veulent tout « marchandiser ». Mais la lutte doit également passer par les consciences : les facs « de banlieue » ne sont pas « moins bien que les autres » ce sont au contraire là où se profile la société de demain.

Enfin bref, j’ai étudié à l’université d’Evry avec beaucoup de bonheur et de fierté, j’y ai rencontré des amis et des camarades. J’espère finalement, qu’à la fin de cette dernière année de Master, j’aurais encore l’occasion d’y retourner, et pourquoi pas pour y enseigner …


La rentrée ne sera décidément pas rose

Et c’est le moins que l’on puisse dire !  L’éducation semblait être une priorité de la campagne de François Hollande, or en ce début de vacances scolaires les paroles se sont déjà envolées. Les quelques 6000 postes supplémentaires prévus pour la rentrée apparaissent dérisoires au regard des dix années de casse menées par la droite (près de 100000 postes supprimés dans l’éducation depuis 2002), et aucune mesure structurelle n’est prévue pour améliorer notre système éducatif. Envolée également la critique de la « marchandisation du savoir » qu’entraine la mise en place de la LRU (dite loi « d’autonomie des universités ») dont le parti dit « socialiste », s’accommode finalement bien et qui pourtant ne fonctionne nulle part, et pas même dans les fameux « pôles d’excellences » que la droite voulait faire émerger. Aujourd’hui « l’autonomie » des universités c’est la dépendance aux marchés et aux volontés des entreprises locales qui les financent, et 23 universités déficitaires deux années de suite. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que cette logique marchande de « mise en concurrence des établissements » est prévue pour s’appliquer à l’ensemble des niveaux scolaires, écoles primaires comprises.

Mais avec ces quelques chétifs recrutements, l’éducation est finalement le service public le mieux loti. François Hollande l’avait précisé lors de sa campagne, les recrutements dans un ministère seront compensés par des baisses dans d’autres.  Voilà un symbole de la politique sarkozyste, le non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux,  validé et même empiré. En effet, pour compenser le recrutement dans l’éducation, les suppressions de postes vont concerner deux fonctionnaires sur trois dans les autres ministères. Comme Sarkozy avec la RGPP (Révision générale des politiques publiques), et dans la plus pure tradition libérale, François Hollande et le parti dit « socialiste » considèrent les fonctionnaires comme des travailleurs inutiles que l’on peut supprimer sans dommages à coup de « réorganisation de service ». Or nous, gens de gauche, savons que l’emploi public est ce qui fait vivre et fonctionner de manière efficace les services publics, ceux-ci étant un des piliers fondamentaux de notre République. Pour les fonctionnaires comme pour les usagers des services publics la rentrée ne sera pas rose et le « changement » tant attendu par des millions de citoyens n’apparait pas prévu pour sitôt.

Mais la rentrée sera carrément sombre pour de nombreux travailleurs jetés, presque du jour au lendemain, de leur entreprise et souvent après avoir donné leurs vies et leurs santés à celle-ci. Ce sont notamment les salariés de PSA d’Aulnay ou ceux de Sanofi à Viry-Châtillon qui vont se retrouver sur le carreau. Ces entreprises sont elles en faillites ? Non, les actionnaires et patrons considèrent simplement que leurs salariés ne sont pas assez « profitables » au regard des taux de rentabilités qu’ils exigent. Mais fermer une usine automobile, dans le cas de PSA, sous prétexte que l’on a fait un déficit sur un trimestre, est également une stratégie politique car c’est un moyen détourné de délocaliser. En effet, lorsque l’usine française sera fermée et quand les commandes redémarreront, les voitures reviendront en France mais fabriquées dans des pays où la main d’œuvre est d’avantage corvéable et moins organisée. C’est donc ici, une véritable stratégie politique laissant dans la souffrance des familles entières touchées directement ou indirectement par les licenciements.

Face à cette situation, le gouvernement « socialiste », malgré diverses postures de certains ministres comme Arnaud Montebourg, a déjà levé le drapeau blanc. La possibilité d’une loi interdisant les licenciements boursiers et permettant aux représentants des salariés de mettre un veto à ceux-ci, n’a pas été mentionnée une seule fois. Mais ce n’est finalement pas une surprise, ce n’est qu’un élément qui vient s’ajouter à d’autre, témoignant de l’acceptation totale de l’idéologie libérale par le président de la République et de son gouvernement.  De plus le refus de soumettre le TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) et le MES (Mécanisme européen de stabilité) à un référendum à la rentrée, marque encore une fois la continuité avec les politiques menées par l’UMP pendant 10 ans.

La rentrée qui vient doit être une rentrée de lutte, au Front de gauche comme dans nos syndicats, nous refusons la fatalité ! Nous croyons qu’une action politique est possible, à condition d’avoir le courage de désobéir aux lois du marché « libre et non faussé ». Nous serons donc dans toutes les luttes aux cotés de ceux qui souffrent, nous y proposeront nos solutions pour sortir de cette crise économique, écologique et sociale ; non pas par d’avantage de productivisme aveugle mais par le projet politique de planification écologique. Seule le planification écologique peut garantir le maintien et la création d’emplois sur le territoire national, en relocalisant l’activité, en investissant à long terme sur une éducation de qualité dans des filières écologiques et en favorisant d’autres modes de consommation, moins destructeurs pour la planète. La gauche libérale ne sait pas le faire, nous on peut !