Le logement social comme solution à l’impasse écologique

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Il m’est déjà arrivé, et à maintes reprises, de soutenir sur ce blog la construction de logements sociaux. Mais au-delà du présupposé, trop souvent caricatural, qui ferait du militant de gauche un partisan du logement « public » et collectif parce que « social » par nature, tandis que le militant de droite défendrait l’accession à la propriété individuelle, nous avons d’autres bonnes raisons de soutenir la construction de logements sociaux : des raisons d’ordres écologiques.

Alors qu’il est admis par tous les observateurs spécialisés, institutionnels ou associatifs (la Fondation Abbé Pierre notamment), que la situation sociale des individu-e-s vis-à-vis du logement se dégrade depuis bientôt une décennie, rien n’a réellement été fait par les gouvernements de droite ou solférinien (la « mobilisation » du foncier public n’a rien d’une politique volontariste) pour enrayer cette spirale. Je parle de spirale car les difficultés d’accès au logement entrainent des difficultés pour accéder à un emploi stable, et inversement. La première des répercutions écologiques de la construction de logements sociaux est d’abord d’ordre humaine : le logement social permet aujourd’hui à 11 millions de français d’avoir un toit pour vivre et s’émanciper, quel que soit leur niveau de revenu, quelle que soit leur activité professionnelle.

De plus, l’activité de construction (mais également de réhabilitation) en tant que telle contribue à créer de l’activité et des emplois locaux non-délocalisables. L’Union Sociale pour l’Habitat (USH), organisation représentative des organismes d’HLM, chiffre à 14 milliards d’euros le montant des travaux liés à la construction ou à la réhabilitation de logements sociaux chaque année. Le logement social est un levier de croissance et d’emploi important reposant sur un domaine utile socialement, qui permet d’augmenter le bien être de la population. Par ailleurs, en encadrant les prix des loyers à des niveaux relativement bas, il permet d’augmenter sensiblement le pouvoir d’achat et le niveau de vie des plus modestes.

Dépendant d’une gouvernance publique et d’une réglementation interdisant la réalisation de profit sur les opérations de construction (à l’inverse des promoteurs privés dont c’est la principale fonction), c’est l’intérêt général qui motive la construction de logements HLM, là où le besoin se fait sentir et là où la mixité sociale devient un impératif. Il est un outil pour organiser le « vivre ensemble » et mettre en œuvre le lien social. Bien utilisé, le logement social devient un outil politique et démocratique d’aménagement. Au sein des effectifs des bailleurs sociaux, des hommes et des femmes sont souvent engagés au maintien de bonnes conditions d’habitat des locataires, mais également pour animer la vie locale et font pour cela un travail remarquable. La réalisation de jardins familiaux aux pieds des immeubles est un exemple des démarches concrètes conduites par les bailleurs.

Parce qu’il poursuit un intérêt général, le logement social est également le mieux à même, dans le domaine de l’habitat, d’organiser la planification écologique. La non lucrativité de son action permet de mettre en œuvre des initiatives qui ne rapportent pas d’argent à court terme mais qui ont des bénéfices sociaux et environnementaux à long terme. C’est le cas, par exemple, des actions de réhabilitation des logements pour qu’ils respectent des normes environnementales et énergétiques strictes et permettent de lutter contre la précarité et de favoriser une amélioration des conditions de santé. Ces actions sont rendues d’autant plus nécessaires que beaucoup d’habitations se révèlent -des dizaines d’années après leur construction- de véritables passoires énergétiques.

Or, encore une fois, en limitant drastiquement les capacités d’interventions publiques, de l’Etat comme des collectivités locales, la politique d’austérité conduite par le gouvernement et le Président Hollande mettent des bâtons dans les roues à la construction de logements sociaux. Face à cette raréfaction des ressources les bailleurs sont obligés de limiter leurs projets et de prioriser les opérations les plus « rentables », c’est-à-dire les moins risquées pour l’opérateur qui mobilisera ses fonds propres. De plus, la baisse continuelle des taux de rémunération du Livret A (dont l’objet premier et original est le financement du logement social) contribue à cette baisse d’activité. L’austérité nuit à l’intérêt général, contribue à empêcher les citoyennes et citoyens de vivre correctement et empêche toute transition écologique.


La crise du logement, une fatalité ?

Notre pays connait depuis de longues années une très forte crise du logement. Le constat est sans appel, il y a selon la Fondation Abbé Pierre 3 657 000 personnes qui sont sans logements ou très mal logées et 8 236 000 personnes en situation de mal-logement. Cela représente 10% de la population française. Ce manque de logement, particulièrement important dans les zones de « tension » comme les régions Ile-de-France, PACA, le Nord et Rhône-Alpes, a pour principales causes la pénurie de logements sociaux, la baisse des financements des politiques publiques du logement et la baisse du pouvoir d’achat des ménages qui résulte de l’aggravation de la situation sociale des individus.

Si le problème de la pénurie de logement n’est pas nouveau, la crise économique a aggravé cette situation en augmentant le décalage entre les revenus des ménages et le cout du logement, celui-ci devenant le premier poste de dépense et notamment pour les plus pauvres (pour les 10% des ménages les plus pauvres cette dépense représente 50% du budget total). De plus, les situations de précarités que connaissent de plus en plus de salariés (et notamment les plus jeunes) contribuent à rendre de plus en plus fin le fil qui permet d’échapper au mal-logement.

Or les politiques en matière de logement mises en place par la droite ont fait la preuve de leur inefficacité. Bien que le gouvernement communique sur le fait que l’Etat n’a jamais autant financé le logement social, ces mesures ne concernent pas des logements sociaux véritables. En effet, Les constructions concernent avant tout des logements en PLS (Prêt Locatif Social) dont les niveaux de loyer sont inabordables pour les demandeurs les plus pauvres. A l’inverse les logements en PLAI (Prêt Locatif Aidé d’Insertion) pour lesquels les populations les plus précaires pourraient postuler souffrent d’une pénurie catastrophique.

De plus, cette crise du logement est exacerbée par un phénomène très important de spéculation concernant le parc privé. L’augmentation exponentielle des loyers du parc privé favorise la ségrégation sociale et spatiale en créant d’un coté des « ghettos de riches » fermés sur eux-mêmes et de l’autre coté des « ghettos de pauvres » où la misère sociale règne. Or, parce qu’il structure l’individu le logement n’est pas une marchandise comme une autre et il est nécessaire de mettre en œuvre une autre politique.

C’est pour garantir un logement digne à tous que le Front de Gauche fera du logement un droit et une priorité nationale. Un plan de construction de 200 000 logements réellement sociaux sera mis en chantier avec notamment une prise en compte des besoins particuliers des jeunes. Pour lutter contre la précarité, l’APL sera revalorisé, une tarification sociale sera mise en place pour garantir à tous l’accès à l’eau et à l’énergie et il sera fixé comme objectif que le cout du logement (loyer et charges diverses) ne dépasse pas 20% du budget total des ménages. Des mesures de blocage des loyers et de réquisition des logements vacants seront mises en place pour lutter contre la spéculation.

Face à la droite qui a mis en place une politique du logement centrée sur l’accession à la propriété, favorisant les plus riches, il est nécessaire de répondre par une politique qui garantie un habitat respectueux des humains et de son environnement. Celle-ci doit être détachée de la logique du marché, qui a fait la preuve de son incapacité à assurer un accès à tous à un logement décent.