L’austérité entretien la crise du logement

 Scan-130206-0023

Chaque année, au début du mois de février, la Fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. La publication de ce rapport chiffré est un moyen particulièrement utile pour mesurer l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat et les collectivités territoriales en ce qui concerne le logement. Le « changement » de majorité politique au cours de l’année 2012 devait marquer une nouvelle façon d’agir politiquement en faveur du logement vers plus de contrôle du marché immobilier, vers plus de volontarisme dans la construction et vers plus de solidarité à destination de ceux qui n’ont plus les moyens de se loger correctement (ou de ne plus se loger du tout). Or, la Fondation Abbé Pierre est au moins aussi intransigeante que le Front de Gauche pour juger l’inaction du gouvernement et du Parti de Solferino en la matière.

Selon le rapport, il y a aujourd’hui plus de 3,6 millions de personnes en situation de mal logement, dont 685 000 privés de domicile personnel, auxquels il faut ajouter 5,2 millions de personnes en situation « de fragilité » par rapport au logement. Ces chiffres devraient entrainer une mobilisation sans faille des forces politiques au pouvoir, or les actions menées par le gouvernement sont tellement timides qu’elles peinent à masquer l’absence de volontarisme pour affronter les mécanismes du marché immobilier et les effets de la crise. Pire, la politique d’austérité pousse toujours plus loin les individus dans la « trappe » à pauvreté et à précarité, dont il devient impossible de s’en sortir, et les victimes des saccages économiques industriels, menés par les financiers, rejoignent chaque jour la troupe des mal-logés. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la peur d’être privé de domicile devienne une des craintes les plus importantes des français.

Une politique de gauche et volontariste ne peut pas être menée de manière unilatérale sans prendre en compte le contexte économique et social dans lequel elle s’applique. Face à l’austérité, à la contraction de l’économie et à la hausse du chômage, les actions politiques, telles que la publication d’une courte liste de bâtiments réquisitionables, les quelques terrains publics pouvant être cédés gracieusement aux collectivités ou la parodie de blocage des loyers, menées par la ministre du logement Cécile Duflot, apparaissent bien incapable de régler la situation et d’inverser le processus de précarisation et de « déstabilisation » des familles et des individus. Si les familles monoparentales et les jeunes restent principalement les plus touchés, les difficultés à accéder à un logement digne touchent aujourd’hui la quasi-totalité des catégories sociales, et même des travailleurs « stables ».

Si le gouvernement actuel a, il est vrai, hérité d’une partie des conséquences de la crise financière et économique, son inaction d’aujourd’hui est de sa propre responsabilité. La volonté de faire passer le taux de TVA à 10% (au lieu de 7% sous Sarkozy) en 2014 sur des secteurs comme le bâtiment et les travaux publics entrainera sans doute un frein aux travaux de mise aux normes écologiques et de confort des logements, et portera un coup supplémentaire à ceux qui envisageraient de sortir d’une situation de précarité énergétique. De plus, la baisse conséquente des dotations de l’Etat accordées aux collectivités territoriales (entre 750 millions et 1,5 milliards d’euros de baisse par an en 2014 et 2015), risque également de rendre difficile la mise en œuvre des projets de construction de logements sociaux des collectivités locales.

En plus d’une inaction criante pour lutter contre les processus spéculatifs du marché immobilier et pour réaliser les 500 000 logements par an promis par le candidat solférinien (le gouvernement peine à en prévoir la construction de 300 000), l’orientation politique social-libérale du Président de la République et de ses ministres aggrave la situation. Dans les pas de Nicolas Sarkozy, François Hollande persiste à mettre les territoires en concurrence les uns aux autres. Le projet « d’acte III » de Décentralisation en visant à faire des régions des autorités régulatrices du logement participe à la croissance des inégalités et à la hausse des loyers dans les zones en tensions, zones où se concentrent les emplois.

Le diagnostic de la situation et de son action est accablant pour un gouvernement qui s’affirme comme étant « de gauche » et Cécile Duflot n’est malheureusement pas la seule à avoir une muselière. Une véritable politique en faveur du logement et alternative à la logique capitaliste doit commencer par rompre avec l’austérité. Ce n’est qu’une fois cette première étape réalisée qu’il sera possible de mettre en place des actions spécifiques pour lutter contre la crise du logement telles qu’un plan volontariste de construction de logements sociaux, un encadrement (et une baisse dans certains endroits) strict des loyers sur le marché privé, une loi de réquisition des logements vacants et la création d’un service public national et décentralisé du logement. Ces quelques mesures, non exhaustives, montrent que la crise du logement n’est pas une fatalité, le pouvoir politique peut en venir à bout, à condition de le vouloir.

Publicités

La qualité urbaine pour toutes et tous !

web00-1

En ce qui concerne le cadre de vie les inégalités sont criantes et difficiles à cacher. Alors que les plus riches profitent souvent d’une situation géographique agréable et d’un logement de bonne qualité, les plus pauvres doivent se contenter de ce que le marché de l’immobilier, et l’offre en locatif social leurs mettent à disposition. Ces derniers sont donc souvent condamnés à loger dans des habitations de fabrication ancienne, aujourd’hui dégradées à défaut d’un entretien régulier et suffisant, d’un bâti sans recherche esthétique et standardisé construit à la chaine en « chemin de grues », et qui aujourd’hui se retrouvant être de véritable passoire énergétique. Cette situation contribue à maintenir les populations les plus précaires dans des situations où les couts de chauffage deviennent exorbitant et difficilement supportables.

Les inégalités concernent la qualité des logements mais également les territoires où ils sont implantés. Dans ce domaine ce sont encore une fois les plus fortunés qui ont accès aux lieux les plus agréables, villes ou quartiers, ceux où la proportion d’espaces naturels est la plus importante, où le patrimoine historique est le plus remarquable et où les aménagements sont les plus soignés. Nous nous retrouvons avec une opposition plutôt franche entre des espaces avec une identité marquée, un cadre historique mis en avant, et des espaces délaissés avec une architecture standardisée et sans âme née d’une politique d’aménagement mettant de coté l’esthétisme pour un fonctionnalisme aveugle. De la même manière, les équipements de loisirs et les liaisons de transports en communs les plus efficaces se concentrent souvent dans les secteurs les plus cotés tandis que les quartiers populaires restent renfermés sur eux-mêmes.

Pour perpétuer cette situation les classes privilégiées mettent fréquemment en place une stratégie particulière : celle de la préservation de « l’entre-soi ». Bien qu’ils aient un objectif d’origine qui puisse paraître tout autre, les Parcs Naturels Régionaux, en limitant drastiquement les possibilités de construction sur un territoire donné, participent à cette ségrégation en contribuant à la rareté du foncier et à l’augmentation des prix. Car c’est là d’où vient le principal problème : le marché immobilier, le plus impitoyable avec les plus faibles, décide de l’aménagement du territoire au détriment d’une politique de mixité sociale. Les travailleurs les moins précarisés car ayant (encore) un emploi stable qui cherchent eux aussi une bonne qualité de vie sont, pour leurs parts, contraint de s’éloigner de plus en plus des centres urbains vers les banlieues périurbaines. Or cette situation participe à l’étalement urbain et paradoxalement contribue à dégrader le cadre de vie en supprimant des espaces naturels et agricoles.

Face à ce constat il apparaît urgent de mettre en œuvre une politique publique de promotion universelle de la qualité urbaine, et cela pour plusieurs raisons. D’abord des raisons d’ordre écologique en privilégiant la densification des centres villes qui doivent être des lieux où se localisent l’ensemble des activités urbaines, en veillant à la qualité des constructions permettant de réaliser des économies substantielles en consommation énergétique ou en valorisant les espaces naturels et paysagers, véritables « poumons verts » nécessaire à la respiration de la ville. Ces quelques exemples de raisons écologiques sont à complétées avec des raisons sociales telles que la réduction de l’anxiété quotidienne des individus, la pacification possible des relations sociales, le plus grand respect des espaces publics, ou économiques en faveur de l’emploi local et « non délocalisable » comme par exemple avec la mise en œuvre de chantiers de travaux de mise aux normes écologiques des logements.

Que l’on soit bien clair, il ne s’agit pas comme c’est souvent le cas lorsque l’Etat et les collectivités font du « renouvellement urbain », de substituer une politique en faveur de l’accès à la qualité urbaine à une politique de droit commun de redistribution des richesses et de lutte contre le chômage, mais d’accompagner cette dernière. Permettre à toutes et tous de se sentir bien dans sa ville, son quartier et son logement, parce que touchant directement au domaine de l’intime de l’individu et à ses relations sociales, est une condition à l’émancipation individuelle.


La jeunesse, principale victime du coût du logement

Cette rentrée est encore une fois marquée par la paupérisation globale de la jeunesse. Celle-ci n’épargne guère que les enfants issus de milieux très favorisés. Des jeunes travailleurs-ses, jusqu’aux étudiant-e-s « surdiplômé-e-s », l’ensemble de cette classe d’âge si particulière, n’a, comme unique perspective, que celle d’une « galère » qui s’amplifie d’année en année. Or, comme pour beaucoup de ménages fragilisés par l’impitoyable système capitaliste, la hausse du cout du logement ampute de plus en plus les budgets des jeunes. Ces budgets se réduisant d’autant plus que le travail s’éloigne et/ou devient de plus en plus précaire pendant que les aides diverses se réduisent et les prix des produits de premières nécessités augmentent.

Plusieurs raisons, spécifiques à la jeunesse, expliquent cette fragilité vis à vis du logement. Ce sont notamment : la démocratisation de l’enseignement supérieur qui a augmenté (et c’est tant mieux !) le nombre d’étudiants, les changements fréquents d’activités (entre périodes d’emplois, d’études, de stages … ), la décohabitation familiale de plus en plus tardive et l’allongement du temps avant constitution d’un couple. De plus les difficultés d’accès à l’emploi, plus de 17% des actifs de moins de 29 ans sont au chômage contre environ 8% pour les 30-39 ans, contribuent à empêcher l’autonomisation des jeunes.  Ces causes mises bout à bout, complétées par celle de l’augmentation constante, depuis de nombreuses années du cout du logement, ont comme conséquence d’assombrir l’horizon d’une amélioration des conditions de vie de la jeunesse, étudiante comme travailleuse.

Il est donc, concrètement, pour les jeunes, de plus en plus difficile de se loger de manière indépendante de du foyer parental. En effet, lors de l’entrée dans la vie active, le statut de locataire apparaît comme l’unique possibilité de se loger. Or cette « tranche de la population » est fortement touchée par le manque de logements, d’abord en raison de l’offre chétive de « petits logements » (de moins de deux pièces) mais encore par une certaine forme de discrimination de la part des propriétaires bailleurs. Bien conscient de la situation de précarité créée par le libéralisme et dans laquelle la jeunesse a été jetée, les bailleurs augmentent leurs exigences en matière de garantie à fournir à la location à un point tel que celles-ci apparaissent totalement inenvisageables pour les moins fortunés, ainsi que pour ceux qui ne peuvent pas s’appuyer sur l’aide de leurs parents. De la même manière, ceux disposant d’un emploi et d’un revenu stable, et qui pourrait prétendre à l’accès à la propriété, se la voit de plus en plus refuser en raison du durcissement des conditions d’accès aux crédits bancaires et de la hausse des taux d’intérêts.

Si les aides aux logements existent, l’APL (Aide personnalisée au logement) notamment, celles-ci sont insuffisantes pour enrayer la hausse des loyers. Dans certaines zones particulièrement tendues elles peuvent même contribuer à la spéculation immobilière. En effet, les propriétaires finissent par prendre en compte ce « supplément de revenu » et le répercutent aussitôt sur les prix. Les mesures prisent pendant les vacances par la ministre du logement, visant à bloquer les hausses de loyers, ou autorisant l’Etat à céder certains de ses terrains, sont une avancée beaucoup trop faible en raison du contexte catastrophique. Les actions politiques doivent être beaucoup plus virulente, à la fois pour obliger les propriétaires de biens immobiliers, via une loi de réquisition des logements vides, à les mettre sur le marché de la location, mais aussi en mettant en œuvre un programme conséquent de construction de logements sociaux de qualités et diversifiés. Aujourd’hui par exemple, les logements publics du CROUS ne logent qu’à peine 8% de l’ensemble des étudiants.

Réclamer l’accès à l’autonomie pour les jeunes n’est pas une lubie mais une véritable nécessité sociétale. C’est celle-ci qui permet à l’individu-e de construire sa personnalité, de choisir la vie qu’il-elle veut mener, et s’extirper des pressions sociales que peuvent exercer les groupes sociaux (familiaux notamment) les plus réactionnaires (particulièrement sur les choix sexuels). Par ailleurs, dans un monde de plus en plus « cosmopolite », et dans lequel le libéralisme impose de plus en plus de contraintes aux travailleurs, l’accès au logement permet de favoriser la mobilité des jeunes. Alors que l’offre de travail s’amenuise, pouvoir quitter le domicile parental apparaît souvent comme un préalable nécessaire à l’employabilité. Enfin, il est à noter que les inégalités ont tendance à se creuser entre quelques privilégiés, aidés par leurs parents, qui peuvent se permettre de loger là où ils le souhaitent et de suivre des études supérieures, sans avoir besoin de s’assurer des revenus personnels, et une masse de plus en plus grandes de jeunes laissés-pour-compte.

Aujourd’hui une véritable politique audacieuse en faveur du logement est nécessaire. La situation est trop grave pour se contenter de grand discours. Les phrases doivent laisser place à l’action, contre la spéculation et pour la construction massive de logements. La jeunesse possède une force de transformation sociale sans égale, elle est par exemple la plus utilisatrice de « façon d’habiter » collaboratrice, telle que la colocation. Elle est donc la mieux à même d’inventer les bases de l’habitat de demain, qui devra être assurément plus solidaire.


Aménager c’est planifier !

Dans le palmarès des concepts politiques les plus mal compris et interprétés, celui de « planification » occupe une place centrale. Il n’y a qu’à voir les réactions des libéraux, pendant la campagne présidentielle, à la proposition du Front de gauche de planification écologique pour s’en rendre compte. En effet, nous avons été taxé plus d’une fois de « soviétique »,  de manière idiote et inculte, par la droite et l’extrême droite, mais également par les membres du parti dit « socialiste » et d’Europe dit « écologie » – les verts (qui pourtant, quelques mois plus tôt, avaient voté la proposition de loi en faveur de la planification écologique à l’Assemblée nationale, allez comprendre …). Si le concept de planification donne des boutons aux penseurs de l’économie (socio)libérale, c’est qu’ils considèrent le Marché comme horizon indépassable de l’action politique. Pour eux, il ne peut pas y avoir d’interventions d’autres acteurs que les offreurs et les demandeurs à un instant T, et tant pis si, dans ces conditions, seul le court terme a son mot à dire. Car c’est bien ça dont il est question lorsque l’on parle de planification : la prise en compte du temps long, le temps à l’échelle de la planète et des humain-e-s. De plus, l’argument taxant les partisans de la planification de militants au service de l’URSS, ne tient pas une seconde : la planification est partout et notamment dans les entreprises. Dans ces dernières les dirigeants se fixent des objectifs à différentes temporalités (court, moyen et long termes), exactement de la même manière que les états, il y a quelques dizaines d’années.

Mais c’est bien au niveau de l’aménagement du territoire que l’action de planifier est fondamentale. Dans ce cadre chaque acte et/ou construction relève du long terme, avec des objectifs qui dépassent souvent le demi-siècle voire bien davantage. Dans ces conditions le « marché libre et non faussé » se révèle bien incapable de produire un urbanisme cohérent et durable. Nous en avons la traduction physique visible avec l’étalement urbain, souvent produit à partir de potentialités foncières incontrôlées.

En aménagement du territoire, il y a de nombreux domaines où l’on ne peut pas se passer de planification. Dans la construction de logements par exemple où, d’autant plus dans un contexte de forte tension comme nous le connaissons aujourd’hui, il faut chercher à prévoir les besoins futurs en fonction de nombreux paramètres comme la croissance démographique, l’attraction de la commune et le desserrement des ménages (nombre de personnes par ménage qui diminue en raison de comportements sociétaux particuliers telles que les décohabitations). Ces différents paramètres nous permettent de construire des scénarios politiques pour définir le nombre de constructions futures et le type de logements à construire. En matière de politique de transport, la planification est aussi fondamentale car, seulement elle, permet de prendre en compte la crise écologique et l’affaiblissement des ressources en énergies fossiles, dont les villes dépendent, pour mettre en place une politique de transport public écologique. Enfin, planifier sur le long terme permet également de prévoir un nombre suffisant d’équipements et espaces publics et lutter contre la transformation des villes et des quartiers en dortoirs géants, anxiogènes et affaiblissant les sentiments de solidarités pourtant nécessaires à la société humaine.

Mais planifier c’est également fixer un cadre politique à l’aménagement, car laisser faire le marché c’est laisser le hasard et la spéculation décider à la place de la population. Or, c’est le citoyen qui doit être le seul décideur du futur de sa ville car lui seul peut agir en faveur de l’intérêt général. Faire du citoyen le maitre à bord des politiques d’aménagement c’est aussi palier à une défaillance du système politique représentatif qui fait que le temps électif, c’est-à-dire celui du mandat de l’élu, n’est pas forcément compatible avec celui du long terme urbanistique. Trop souvent les élus locaux ont tendance à être frileux vis-à-vis de l’action politique de peur de froisser leur électoral. Et ceci est particulièrement vrai dans les petites communes en matière de construction de logements (sociaux ou non). Si interdire le cumul des mandats dans le temps est le début d’une solution, l’aboutissement ne pourra se faire qu’à partir du moment où le peuple prendra le pouvoir directement. A l’échelle du quartier, de la commune ou de l’intercommunalité cela peut se faire notamment en généralisant des outils tels que le referendum local ou avec des conseils ayant un véritable rôle de décision. Il s’agit d’ouvrir de nouvelles portes en matière de démocratie locale tout en globalisant les questionnements (car n’oublions pas que la quasi-totalité des questions locales relèvent de problématiques nationales voire internationales).

La prise en compte du temps long en matière d’aménagement ne pourra se faire que si le peuple s’approprie ces questions. Or cela nécessite une population plus éduquée politiquement et cela nous renvoie encore une fois à l’impératif d’éducation populaire.


Pour une politique foncière de gauche

Nous le savons, la terre ne doit pas être une marchandise comme les autres. Pour les femmes et les hommes de gauche elle ne devrait pas être une marchandise du tout ! Or sa rareté la transforme, pour les capitalistes, en un une denrée particulièrement profitable. Cette logique de la primauté du marché est une des causes de la crise du logement que nous connaissons aujourd’hui. En effet, si nous décomposons le prix du logement nous pouvons nous apercevoir que dans les zones les plus « en tensions », plus de 50% du tarif total est lié au prix du terrain. C’est un des freins les plus efficaces des libéraux à la construction de logements sociaux.

Pour gagner de l’argent au détriment du bien être collectif, les capitalistes mettent en œuvre principalement deux stratégies. La première, dans les zones aujourd’hui non construites mais qui se construisent progressivement, va consister à profiter d’un faible cout du terrain vierge pour ensuite réaliser une plus-value en le revendant, mais avec cette fois ci, une maison dessus. La deuxième stratégie est aussi purement spéculative mais concerne les zones en « renouvellement urbain ». Dans celles-ci, le capitaliste va profiter d’une requalification (souvent menée par la collectivité) pour augmenter les prix du foncier et des logements. Cette spéculation à deux niveaux contribue à exclure les plus pauvres de l’accès au logement et la fiscalité mise en œuvre pour les pouvoirs publics apparaît loin d’être dissuasive. Contre la politique inefficace du « laisser faire », c’est à dire celle du marché, vantée par la droite, il convient de répondre par une politique foncière de gauche qui met en avant l’intérêt général.

Il faut dans un premier temps redonner la capacité à l’Etat et aux collectivités territoriales de pouvoir agir sur les terres dont disposent les collectivités. Il n’est pas normal que des individus puissent s’enrichir sur le malheur des autres en contribuant à alimenter la crise du logement. Il faut favoriser la municipalisation des terrains disponibles en donnant des moyens financiers beaucoup plus important aux collectivités pour qu’elles puissent mettre en œuvre véritablement leur droit de préemption. Cela permettra, par exemple, lorsqu’un propriétaire décide de vendre un terrain, que la commune puisse en devenir propriétaire. De la même manière les collectivités doivent pouvoir bénéficier d’un élargissement des conditions qui rendent possible l’expropriation. Celles-ci pourront avoir pour objectif de favoriser la mixité, de répondre à une crise de mal-logement et de protéger l’environnement. Enfin il faut contribuer à rendre « non rentable » les comportements spéculatifs et pour cela il est nécessaire de réformer complètement la fiscalité foncière qui doit permettre à la collectivité de récupérer les plus values.

La gestion publique du domaine foncier doit être un élément central dans une politique de planification écologique car c’est un outil efficace pour lutter contre l’étalement urbain (En 25 ans, la surface des villes a augmentée de 75% tandis que la population n’a augmenté que de 25%). De plus en organisant la réquisition des logements vides on relâche un peu la pression qui existe sur les zones non construites (de plus en plus loin du centre ville), on lutte contre la « rareté provoquée » par les capitalistes et donc on favorise la baisse du cout du logement. Si nous voulons pouvoir instaurer notre politique de planification écologique et favoriser la production locale de qualité par le biais des circuits courts nous ne pouvons plus nous permettre de continuer à ce rythme de grignoter les terres agricoles. La terre est une ressource naturelle qu’il convient de préserver ce que seule une gestion publique et démocratique est capable de faire.

 


L’habitat coopératif, l’anticapitalisme au service du logement.

Si j’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur la question de la crise du logement, il est nécessaire, je pense, d’approfondir les réponses à lui apporter. Cette crise résulte en grande partie des logiques capitalistes de « marché », celui-ci étant sensé structurer l’offre immobilière. Or depuis des années il a prouvé son incapacité à faire face aux évolutions sociales et économiques d’une population qui se fragilise. En parallèle les réponses apportées par la droite, favorisant l’aide à l’accès à la propriété, n’ont pas contribuées à ralentir la crise, voire l’ont aggravée (notamment avec la loi Scellier). La raison est que pour l’idéologie libérale la propriété en matière de logement est une règle quasi-divine qu’il ne faut pas remettre en cause sous peine de risquer de faire écrouler le système. Or il existe aujourd’hui des formes novatrices de propriétés dégagées de la logique du marché, les formes coopératives d’habitat font parties de celles-ci.

Les coopératives, mouvement né en Angleterre au milieu du 19ème siècle puis qui s’est propagé dans toute l’Europe, ont pour caractéristiques d’être un groupement de personnes qui visent à répondre à un projet collectif tout en respectant une gestion démocratique. C’est une façon de produire collectivement des biens et des services tout en mettant en avant l’intérêt général plutôt que l’intérêt individuel. C’est aussi une forme particulière de propriété, opposée à la logique capitaliste, car chaque « coopérateur » dispose d’une partie de la coopérative et les possibilités de reverser des profits sont strictement encadrées.

En ce qui concerne l’habitat coopératif, c’est la coopérative qui va être la propriétaire des logements (d’un immeuble ou d’un parc d’immeubles par exemple) et c’est elle, qui va louer aux habitants individuellement, mais qui va aussi les faire acheter des « parts sociales » de l’immeuble. Les habitants vont être en situation où ils sont locataire vis-à-vis de la coopérative, mais aussi en situation de « coopérateur », c’est-à-dire de propriétaire « collectivement » du bien. Cette forme permet d’éviter les comportements spéculatifs car les parts sociales ne sont pas en lien avec la valeur de l’immeuble et il est interdit de se partager les bénéfices lorsque celui-ci est vendu. L’habitat coopératif permet de proposer une véritable alternative au modèle de propriété capitaliste car c’est l’intérêt général de la communauté habitante qui va primer sur le profit individuel.

Mais en plus de changer le rapport au patrimoine, l’habitat coopératif permet d’envisager de nouvelles formes de solidarité et de « vivre ensemble ». Tout d’abord, les principes de gestion qui sont appliqués sont des principes parfaitement démocratiques : comme dans les Sociétés coopératives de production (SCOP) chaque coopérateur possède une voix à l’assemblé générale et peu importe le nombre de parts sociales qu’il détient. De plus, la coopérative d’habitat peut permettre de favoriser la solidarité entre les habitants. De la même manière à ce que l’on peut observer dans les squats, l’habitat coopératif permet assez facilement la mise en place de systèmes d’aide réciproque, de mise en commun de matériel (matériel de bricolage par exemple) ou de services divers comme la garde d’enfants. De plus le partage « d’espaces communs » aux locataires, si la décision revient à ces derniers, est néanmoins favorisé. Ce sont notamment les buanderies ou les salles de jeux pour les enfants. Cette manière de favoriser le lien social est une façon de répondre aux maux dont souffre la société du chacun pour soi, mais aussi d’agir en substance sur les problèmes de nos villes dortoirs et étalées, en favorisant la densification et la redynamisation des territoires. Enfin l’habitat coopératif est une manière de créer une mixité sociale car c’est une manière souple d’accès à la propriété et est une façon « bon marché » pour l’Etat de créer des logements pour les revenus modestes.

Malgré les qualités non négligeables de cette forme de propriété collective pour contribuer à sortir de la crise du logement, et si elle commence à se développer dans des pays voisins, le gouvernement et les parlementaires de droite refusent de donner un véritable statut juridique aux coopératives d’habitat. Cette situation est notamment dénoncée par l’Association Habicoop ( http://www.habicoop.fr/ ) qui appelle à une évolution juridique. Nous, au Front de gauche, sommes conscient(e)s de l’intérêt à porter à ces projets, car soutenir l’habitat collectif c’est agir en faveur du lien social entre les habitants mais aussi entre les générations en favorisant la mutualisation des services et des biens. Cela s’inscrit pleinement dans le projet de Planification écologique, prémisse de toute action politique novatrice !


La crise du logement n’est pas un hasard, mais une institution

« Lorsqu’enfin le propriétaire d’une maison, en sa qualité de capitaliste, a non seulement le droit mais dans une certaine mesure le devoir de tirer de sa maison, sans scrupules, les loyers les plus élevés. Dans une telle société, la crise du logement n’est pas un hasard, mais une institution »

Friedrich Engels. La Question du logement, 1872