Open Data, une avancée démocratique à approfondir

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Vous avez surement entendu parler de « l’Open Data » ou en français des « données ouvertes » qui correspondent à l’action de mettre à dispositions des citoyens, consommateurs et/ou usagers les « données brutes » collectées, servant à la prise de la décision. L’Open Data est en développement constant et est notamment conforté dans (l’horrible sur bien d’autres points) avant-projet de loi sur « la décentralisation et réforme de l’action publique » dit « Acte III de la décentralisation » stipulant que les collectivités territoriales doivent obligatoirement offrir à la réutilisation du public les données publiques au format numérique. Mais l’émergence de l’Open Data dans les collectivités territoriales n’est que la suite logique d’une tendance apparue au niveau de l’Etat mais encore trop faiblement mise en œuvre.

Bien plus qu’une lubie de geeks à lunettes, l’Open Data est une avancée pour le citoyen car elle permet une amélioration de l’information, pilier central de la démocratie, sans laquelle aucune prise de décision raisonnée n’est possible. L’ouverture des données institutionnelles permet d’avoir accès à des « données brutes » et notamment financières encore trop souvent maquillées voire cachées aux administrées. Celle-ci permet également d’être un point d’appui politique à l’élaboration de contre-propositions en terme de gestion et pour montrer qu’une autre politique est possible que celle qui est actuellement menée. Elle apparaît donc importante pour les militants et partis de gauche progressistes qui veulent faire acquérir de nouveaux droits aux citoyens et qui doivent faire face au scepticisme de la population. Dans un Monde où règnent le chiffre et le calcul cela permet de donner une crédibilité « scientifique » aux projets politiques.

Cependant certains individus, car ils n’ont pas les capitaux culturels ou sociaux suffisants, peuvent vite se sentir incapables de faire une lecture correcte de ces données brutes. Les militants politiques et associatifs ont un rôle important à jouer pour donner des clés de lecture. L’éducation populaire permet de passer d’une situation ou l’Open Data ne sert qu’à une minorité de « savant », à une situation où elle sert de fondation argumentative à une multitude de citoyens pour critiquer (positivement ou négativement) une action politique. Le travail du militant face aux données ouvertes est donc double : en faire une lecture politique puis travailler à la transmission de celle-ci.

Mais en plus des inégalités liées aux capitaux des individus il existe des inégalités territoriales. Si la mise à disposition des données ne semblent pas poser de problèmes aux « grosses » collectivités, c’est autrement plus difficile pour les « petites » qui n’ont pas forcément informatisées l’ensemble de leur gestion. De plus, la différence des formats de fichiers utilisés entre les collectivités rend difficile leur comparaison, et ceux-ci sont souvent des formats « propriétaires » fermés nécessitant des logiciels onéreux pour leur lecture. De la même manière qu’il faut développer l’utilisation de « logiciels libres » dans les collectivités territoriales, le développement de l’Open Data pour les plus « pauvres » d’entres elles doit demander un effort de l’Etat en termes d’aide financière et technique (et notamment pour la formation). Or la position actuelle du gouvernement est d’avantage celle du retrait et de la mise en concurrence que celle de la solidarité territoriale.

Enfin d’autres limites peuvent apparaître en ce qui concerne le respect de la liberté individuelle : il n’est pas envisageable de diffuser l’ensemble des données disponibles afin de protéger la vie privée des individus. L’Open Data doit s’inscrire dans les cadres stricts du respect du secret statistique. Il ne faut pas non plus tomber dans les travers de ce que l’on pourrait appeler une « gestion techniciste » qui correspondrait à vouloir à tout prix, par exemple, une rentabilité aveugle et une baisse des dépenses pour apparaître comme un « bon élève gestionnaire ». Il faut laisser des marges de manœuvre humaine, les élus ne doivent pas devenir les exécutants de systèmes informatiques mais l’inverse.

L’Open Data est, je pense, un outil dont la démocratie, locale comme nationale, ne peut pas se passer car elle donne au citoyen un pouvoir primordial : celui de remonter à la source d’une information et d’en faire sa propre interprétation. Elle donne également aux forces politiques des moyens de proposer des alternatives concrètes (et notamment aux budgets d’austérité) basées sur des chiffres précédemment relativement difficiles à obtenir. Mais ne nous arrêtons pas là, demandons plus de transparence partout où cela est nécessaire. L’Etat et les collectivités territoriales montrent un exemple, suivons le et exigeons des entreprises privées (et notamment celles qui vivent grâce à l’impôt via des délégations de service public ou des PPP par exemple) le même effort !

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Des vigiles aux « milices » du capital dans l’espace public

Comme moi vous avez surement remarqué depuis quelques années une prolifération des « agents de sécurité » (sécurité du capital évidemment) de toutes sortes. Installés traditionnellement aux entrées-sorties des espaces privés à usages publics, telles que les boutiques des centres commerciaux, ils ont de plus en plus comme mission de « protéger » également l’espace public. Nous avons donc vu les « professionnels de sécurité » coloniser les espaces publics tels que les gares ou les universités.

Mais contrairement aux agents de police ou de gendarmerie qui, employés par l’Etat, poursuivent une mission d’intérêt général, les agents de sécurités ne sont les gardiens que d’intérêts particuliers. En effet, les forces de police et de gendarmerie doivent veiller à protéger l’intégrité physique et les intérêts, ces derniers étant définis par la loi, de l’ensemble des citoyens de la République, sans distinction d’aucune sorte. Elles sont (sauf cas exceptionnellement graves) au service de la population et doivent rendre des comptes dans le cas contraire. A l’inverse les « vigiles » postés à l’entrée des magasins ne sont là que pour empêcher les vols, c’est à dire servir les intérêts directs de leur employeur. De plus, contrairement aux forces légales de police et de gendarmerie qui tirent leur capacité d’action du « monopole de la violence légitime de l’Etat », les agents de sécurité n’ont aucun droit particulier de plus que les « simples citoyens ». Lorsqu’un individu, vigile ou non, vous demande d’ouvrir votre sac, rien ne vous oblige à le faire. Le seul « pouvoir » de l’agent de sécurité est de pouvoir appeler la police et n’a surtout pas la possibilité de vous retenir.

Or, les vigiles n’hésitent pas à jouer sur l’ambiguïté de leur situation pour s’attribuer des droits qu’ils n’ont pas. Avec une tenue vestimentaire particulière composée d’épaulettes, de logo divers et de talkie-walkie…, la confusion avec un service particulier de la police est vite faite, d’autant plus si les individus ne sont pas informés de leurs droits. En employant un ton fortement directif, voire en donnant carrément des « ordres », l’agent de sécurité exerce sur l’individu une forme de violence dont il n’a ni le droit, ni la légitimité.

Il ne s’agit pas ici de pointer du doigt des individus mais un système qui favorise les atteintes quotidiennes aux libertés individuelles, et qui tend à se développer à mesure que l’Etat contracte les dépenses publiques en matière de sécurité publique. En laissant le vigile regarder dans son sac, les individus participent à la création d’une société de suspicion où la charge de la preuve est inversée, et où la présomption d’innocence n’existe plus (c’est à l’individu de prouver qu’il n’a rien volé). Dans Surveiller et Punir le philosophe Michel Foucault parlait d’un abaissement du « seuil de tolérance » en faveur d’un « registre extralégal », celui de la « discipline ». Commençons par tolérer l’ouverture du sac, on tolérera plus tard la surveillance généralisée sous prétexte que l’on « a rien à se reprocher » !

Pour ne pas laisser se développer une société compromettant nos libertés individuelles et collectives pour la seule faveur de la protection du capitalisme marchand, il nous faut résister. Résister individuellement d’abord en refusant d’obéir à des gens ne disposant d’aucune autorité supérieure au « simple citoyen », particulièrement s’ils cherchent à s’imposer par la violence physique, verbale et symbolique, et résister collectivement en poussant les pouvoirs publics à contrôler cette profession (ces professions), et en informant l’ensemble des citoyens sur l’ensemble des droits de chacun face aux abus de pouvoir. Résister aujourd’hui peut permettre d’éviter d’avoir des milices privées au service du capital demain, réprimant grèves et revendications populaires à loisir.