Des îlots de richesses et des ghettos de pauvreté

De nombreux observateurs s’accordent pour dire que le taux de pauvreté moyen (calculé à partir du seuil de pauvreté,  définit pour sa part à 50 ou 60% du revenu médian national) ne cesse d’augmenter dans de nombreux pays européens (du « sud » en particulier), d’abord du fait de la crise financière et économique, puis à cause des politiques d’austérité misent en place par la « Troïka » (Commission européenne, FMI et Banque centrale) qui contractent l’économie. Si la France voyait son taux de pauvreté se réduire depuis les années 1970, l’arrivée au pouvoir de la droite en 2002 et la crise de 2008 ont inversées la tendance. En 2010, date de la dernière enquête de l’INSEE, le nombre de personnes pauvres était de 8,6 millions (calculé à 60% du revenu médian), c’est à dire très proche de 1975 où les personnes touchées étaient 9 millions. Or comme en Grèce, en Espagne ou au Portugal, le budget d’austérité voté par l’Assemblée nationale visant à respecter d’absurdes principes budgétaires dictés par l’Union européenne, va assurément contribuer à dégrader cette situation.

Mais la pauvreté a cette caractéristique de n’être pas répartie également sur l’ensemble du territoire. Alors que certaines villes sont épargnées, d’autres ont un taux de pauvreté proche de 50%. Et la situation semble condamnée à s’empirer. Les villes les plus touchées par la pauvreté sont d’abord les villes  de province en déclin industriel. Par exemple avec un taux de pauvreté de 46% la ville de Roubaix est en tête d’un classement réalisé par le bureau d’étude Compas en aout 2012. Les villes de Mulhouse, Béziers et Calais sont également dans le haut du peloton avec plus de 30% de pauvre dans chacune d’elle.  Ces taux extrêmement importants sont le résultat des politiques de désindustrialisations, menées par les gouvernements de droite mais non contredites par la gauche sociale-libérale au pouvoir depuis mai 2012, condamnant les travailleurs au chômage ou à la précarité.

Les villes en périphérie des grandes agglomérations (de Paris en particulier) sont aussi particulièrement touchées. Celles-ci concentrent des populations qui ont été éjectées de Paris par la hausse continue des prix de l’immobilier et par les différents processus de gentrification, visant à « requalifier » les quartiers populaires pour y attirer des ménages plus riches. Les populations les plus pauvres se concentrent dans les quartiers populaires dit « en politique de la ville » dont il est très difficile de sortir : à la fois parce que les transports publics y sont trop rachitiques mais aussi parce que le « quartier », par les solidarités qu’il met en œuvre, apporte un sentiment de protection face à un « extérieur » menaçant. De la même manière que pour les communes en déclin industriel décrites précédemment, c’est la raréfaction des formes stables d’emplois, causant chômage et précarité, qui explique en grande partie des taux de pauvreté important.  Ce sont par exemple les villes d’Aubervilliers, Saint-Denis, Sarcelles et Vénissieux dont les taux de pauvreté sont supérieur à 30% de la population totale.

Tandis que les grandes villes françaises ont généralement des taux plus élevés que la moyenne nationale métropolitaine (15%) en raison de leur attraction en terme d’emploi et d’équipements (Lille 27%, Marseille 26%, Nice 20%, Toulouse 19%, Bordeaux 18%, Rennes 18%, Paris 16%, Lyon 15%), les communes qui disposent le moins de pauvres sont celles où les revenus sont les plus importants et où les stratégies de démarcation sociale sont les plus fortes. Des villes de l’Ouest parisien comme Neuilly-sur-Seine, Versailles et Rueil-Malmaison ont moins de 7% de pauvre sur leur commune. Cette situation s’explique par les barrières physiques politiques misent en place par les municipalités pour empêcher les plus précaires d’habiter ces territoires ségrégés, par exemple en limitant la mixité sociale en empêchant la construction de logements sociaux.

Lutter contre la pauvreté demande de lutter sur plusieurs fronts. Nos territoires meurent d’avoir vu partir des instruments de production à l’autre bout de la planète, condamnant une grande part des travailleurs formés et qualifiés au chômage ou à des emplois précaires, ne permettant pas d’appréhender l’avenir. Il est urgent de mettre en place une politique de relocalisation des activités dans une politique globale de planification écologique. Avoir une activité industrielle locale fait vivre un territoire en donnant du travail (ce qui se répercute sur d’autres secteurs d’activité) et est bon pour la planète car limite les émissions de gaz à effet de serre liées au transport. Le deuxième élément est celui des salaires. Le salaire minimum est aujourd’hui à peine 200 euros plus élevé que le seuil de pauvreté. En l’augmentant significativement c’est l’ensemble de l’économie qui trouve une respiration car l’agent circule et alimente des activités diverses (car les travailleurs les plus pauvres ne spéculent pas sur les marchés financiers, mais utilisent plus de 90% de leur salaire pour consommer des biens et services). Il en va de même pour les différentes aides sociales destinées aux personnes exclues du marché de l’emploi pour différentes raisons. Enfin d’un point de vue territorial, il apparaît nécessaire de mettre tout en œuvre pour lutter contre la ségrégation sociale qui maintien les territoires en souffrance dans des cercles vicieux dont il est très difficile de sortir. Lutter contre la pauvreté c’est répondre à une urgence sociale mais c’est aussi un moyen de faire bifurquer notre économie vers un mode de production plus respectueux de la planète et de ses habitants.

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Le réveil de la jeunesse, condition de la Révolution citoyenne

Si la crise sociale n’épargne qu’une poignée de riches oligarques, la jeunesse apparait comme la victime la plus touchée. Bien que nous puissions observer des différences en fonction des milieux sociaux d’origines, l’ensemble de la jeunesse souffre de plonger dans une pauvreté toujours plus importante et de l’absence de véritables perspectives d’avenir.  D’un coté nous avons des jeunes pas ou très peu diplômé, expulsés d’un système scolaire qui n’a plus les moyens d’assurer sa mission républicaine, et qui sont condamnés par le système libéral concurrentiel au chômage ou à une succession d’emplois instables et de « petits boulots », et d’un autre coté des jeunes, toujours plus diplômés, mais qui ne sont pas à l’abris des situations de précarités. Le précariat, néologisme particulièrement utile pour désigner cette condition nouvelle du système capitaliste, va toucher l’ensemble de la jeunesse, du prolétaire cognitif diplômé au prolétaire tout court refoulé toujours plus tôt de l’école. C’est parce que  la jeunesse subit en premier lieu les politiques libérales que celle-ci doit être un élément moteur de la résistance au capitalisme.

Or aujourd’hui la jeunesse souffre de l’absence de repères idéologiques de gauches concrets. Discuter avec mes camarades de classes m’a permis de me rendre compte de l’effacement des consciences collectives de l’antagonisme idéologique entre la droite et la gauche. Ceux-ci, rassemblés dans les esprits sous le vocable du « tous pareils » ou vus comme incapables d’agir en faveur de l’intérêt général. Or la gauche sociale-démocrate a une responsabilité particulière dans cette situation. En effet, en adoptant aveuglement, et depuis des années, le dogme libéral, notamment en mettant en œuvre la domination des marchés financiers par la politique de « dérégulation » des années 1980 et en mettant aujourd’hui au centre de leurs préoccupations la volonté de « rassurer les marchés », la « social-démocratie » n’apparait plus comme porteuse d’espoir d’un véritable changement. En refusant de résister contre les inégalités et les injustices sociales ce sont les valeurs de gauches qui sont enterrées sous la résignation, celle-ci touchant en premier lieu la jeunesse, normalement berceau de la résistance.

A l’inverse, en ce qui concerne la droite, celle-ci a bien conscience d’avoir en quelque sorte fait triompher ses idées. Cette situation de « vainqueur » lui permet d’être toujours plus ravageuse par ses coups portés aux services publics ou au système de protection sociale sans risquer de voir son leadership contesté. En faisant rentrer par petites touches les idées du « tous contre tous » et de la compétition généralisée, les jeunes les plus fragiles, ceux qui galèrent quotidiennement, finissent par intégrer ce système de domination et se sentent responsables de leurs propres échecs. Ce système de responsabilisation individuelle et de concurrence entraine une passivité des uns et des autres, et finalement une absence de volonté de résistance.

Mais il ne faut pas oublier, que lorsqu’elle se réveille, la jeunesse a une force de mobilisation considérable. Le mouvement social de mai 1968, avant d’être un formidable rassemblement de l’ensemble des travailleurs, est né dans les universités, critiquant au départ le renfermement de la société sur des principes dépassés. Plus récemment, en 2006, souvenons nous que ce n’est qu’à partir du moment où les lycéen(ne)s et les étudiant(e)s se sont mis à s’organiser et à manifester de manière massive que la lutte contre le CPE (Contrat Première Embauche) a pris une tout autre ampleur. Enfin les exemples des « Révolutions arabes » et dans une moindre mesure les mouvements des « indignés » à travers le Monde témoignent de l’importance des jeunes dans les révoltes populaires et nuancent quelque peu le constat d’une dépolitisation de la jeunesse.

Le Front de gauche, en refusant le fatalisme et les politiques austéritaires, est la seule force aujourd’hui qui peut redonner à la jeunesse confiance en l’avenir. En luttant contre l’insécurité sociale et la précarité, en donnant les moyens à l’école publique d’être le lieu de l’émancipation humaine et en garantissant l’accès à un véritable statut social pour les jeunes, notamment via une allocation d’autonomie, la jeunesse peut se remettre à espérer à un avenir meilleur, plus équitable et plus solidaire. Enfin, par une campagne axée sur une volonté de faire de l’éducation populaire couplé à un programme cohérent de radicalité concrète, le Front de gauche redonne de la consistance à l’idéologie de gauche. Cette cohérence est nécessaire pour que la jeunesse puisse s’approprier la Révolution citoyenne, pour la faire triompher.

Signez l’appel les jeunes avec le Front de gauche !