Capitale de la rupture, Marseille vue par Keny Arkana

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S’il existe de nombreuses façons de faire passer des messages, et en particulier des messages politiques, les chants et chansons ont toujours été un médium particulier. Particulier car touchant, parfois à l’intime des individus et parfois ayant une force collective hors du commun. Qui n’a jamais été ému à l’écoute d’une musique rappelant des instants de vie personnelle ou lorsque qu’un groupe se met à chanter à l’unisson un même thème chargé d’histoire. Ceux qui étaient le 18 mars sur la place de la Bastille au moment où l’on a fait résonner l’Internationale comprendront de quoi je veux parler. La chanson a donc cette force qu’elle permet de toucher directement au cœur un public insensible aux formes de communication politique plus classique, comme les tracts ou les affiches.

Venons-en aux faits. Vous connaissez peut être Keny Arkana, rappeuse militante marseillaise originaire d’Argentine, devenue célèbre pour son rap engagé et notamment pour des morceaux comme « La Rage » ou « Nettoyage au Karcher » datant déjà de 2007. Son dernier album Tout tourne autour du Soleil sorti début décembre 2012 possède une petite perle pour les gens qui, comme moi, s’intéresse à l’aménagement du territoire et aux transformations urbaines : il s’agit du morceau Capitale de la rupture. Dans ce morceau Keny Arkana nous décrit les transformations de Marseille, sa ville d’adoption, emprise aux politiques de gentrification urbaine, de sécurisation et d’aseptisation des espaces publics sous le prétexte fallacieux de faire de celle-ci « la capitale européenne de la culture ».

Gentrification d’abord. Malgré les divers événements liés aux trafics et aux règlement de compte, Marseille, et notamment son centre (« où est mon centre-ville, celui d’avant a disparu »), n’est pas épargnée par la hausse des prix du logement (foncier et loyer) qui contraint les classes populaires à devoir s’éloigner du centre pour une périphérie toujours plus éloignée. Ce processus dit de « gentrification » est renforcé par des politiques d’aménagement du territoire qui cherchent à attirer les classes dominantes sur des zones autrefois peuplées d’ouvriers et de migrants, avec ici, pour objectif « d’en faire une belle ville de la Côte d’Azur ». Ville où les pauvres et marginaux n’ont évidemment pas leur place.

Cette gentrification se traduit par la perte du caractère populaire de la ville de Marseille. De la fin des « rues indomptées » aux « expulsions par centaines », c’est l’aseptisation des logements et des espaces  publics (via notamment une politique de vidéosurveillance généralisée) qui est le maitre mot de la « cité en chantier » et qui rendent les rues « tristes ». Or cette « fracture qui s’ouvre » contribue à maintenir les populations les plus précaires dans un sentiment de dépossession du quotidien par l’action des nouveaux « colons ». Colons dont les « plans sont à l’opposés de la tradition, de l’esprit de la ville millénaire qui a toujours rassemblée les communautés ».

Derrière la « refonte des quartiers » les pouvoirs publics s’appuient sur un prétexte culturel : celui de faire de Marseille la « capitale de la culture de l’Europe ». Mais comme le décrit Keny Arkana cette culture n’est pas la culture ancestrale de la cité phocéenne, « terre d’accueil, ouvert à l’autre, rebelle aux rois, terre d’asile des apôtres » qui est la « porte de l’Orient », mais celle d’une élite culturelle mondialisée et uniforme. La culture populaire d’une ville construire comme une porte vers l’Afrique est complètement mise de coté pour une culture globalisée capitaliste niant les spécificités locales (« où est passée la ville du bled »).

Et pendant ce temps rien n’est fait pour « la jeunesse en péril entassée dans des blocs », avec comme seule et malheureuse issue les trafics en tout genre et les règlements de compte. Car l’aseptisation, les expulsions, les requalifications urbaines déstabilisent et dispersent les groupes de sociabilité construits par des années de relations sociales, et entraine la fin de l’esprit de « camaraderie » remplacé par celui des « carabines ».

Comme le décrit brillamment Keny Arkana Marseille est la Capitale de la rupture provoquée par le capitalisme pour masquer la présence et effacer l’histoire des classes populaires. Mais face aux enjeux du « business », tachons de faire de Marseille la Capitale de la rupture avec ces politiques absurdes et antisociale de gentrification, et Keny Arkana nous montre, à son échelle et avec ses mots, qu’un esprit de résistance est bel et bien présent, c’est rafraichissant !

Pour écouter :

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La jeunesse, principale victime du coût du logement

Cette rentrée est encore une fois marquée par la paupérisation globale de la jeunesse. Celle-ci n’épargne guère que les enfants issus de milieux très favorisés. Des jeunes travailleurs-ses, jusqu’aux étudiant-e-s « surdiplômé-e-s », l’ensemble de cette classe d’âge si particulière, n’a, comme unique perspective, que celle d’une « galère » qui s’amplifie d’année en année. Or, comme pour beaucoup de ménages fragilisés par l’impitoyable système capitaliste, la hausse du cout du logement ampute de plus en plus les budgets des jeunes. Ces budgets se réduisant d’autant plus que le travail s’éloigne et/ou devient de plus en plus précaire pendant que les aides diverses se réduisent et les prix des produits de premières nécessités augmentent.

Plusieurs raisons, spécifiques à la jeunesse, expliquent cette fragilité vis à vis du logement. Ce sont notamment : la démocratisation de l’enseignement supérieur qui a augmenté (et c’est tant mieux !) le nombre d’étudiants, les changements fréquents d’activités (entre périodes d’emplois, d’études, de stages … ), la décohabitation familiale de plus en plus tardive et l’allongement du temps avant constitution d’un couple. De plus les difficultés d’accès à l’emploi, plus de 17% des actifs de moins de 29 ans sont au chômage contre environ 8% pour les 30-39 ans, contribuent à empêcher l’autonomisation des jeunes.  Ces causes mises bout à bout, complétées par celle de l’augmentation constante, depuis de nombreuses années du cout du logement, ont comme conséquence d’assombrir l’horizon d’une amélioration des conditions de vie de la jeunesse, étudiante comme travailleuse.

Il est donc, concrètement, pour les jeunes, de plus en plus difficile de se loger de manière indépendante de du foyer parental. En effet, lors de l’entrée dans la vie active, le statut de locataire apparaît comme l’unique possibilité de se loger. Or cette « tranche de la population » est fortement touchée par le manque de logements, d’abord en raison de l’offre chétive de « petits logements » (de moins de deux pièces) mais encore par une certaine forme de discrimination de la part des propriétaires bailleurs. Bien conscient de la situation de précarité créée par le libéralisme et dans laquelle la jeunesse a été jetée, les bailleurs augmentent leurs exigences en matière de garantie à fournir à la location à un point tel que celles-ci apparaissent totalement inenvisageables pour les moins fortunés, ainsi que pour ceux qui ne peuvent pas s’appuyer sur l’aide de leurs parents. De la même manière, ceux disposant d’un emploi et d’un revenu stable, et qui pourrait prétendre à l’accès à la propriété, se la voit de plus en plus refuser en raison du durcissement des conditions d’accès aux crédits bancaires et de la hausse des taux d’intérêts.

Si les aides aux logements existent, l’APL (Aide personnalisée au logement) notamment, celles-ci sont insuffisantes pour enrayer la hausse des loyers. Dans certaines zones particulièrement tendues elles peuvent même contribuer à la spéculation immobilière. En effet, les propriétaires finissent par prendre en compte ce « supplément de revenu » et le répercutent aussitôt sur les prix. Les mesures prisent pendant les vacances par la ministre du logement, visant à bloquer les hausses de loyers, ou autorisant l’Etat à céder certains de ses terrains, sont une avancée beaucoup trop faible en raison du contexte catastrophique. Les actions politiques doivent être beaucoup plus virulente, à la fois pour obliger les propriétaires de biens immobiliers, via une loi de réquisition des logements vides, à les mettre sur le marché de la location, mais aussi en mettant en œuvre un programme conséquent de construction de logements sociaux de qualités et diversifiés. Aujourd’hui par exemple, les logements publics du CROUS ne logent qu’à peine 8% de l’ensemble des étudiants.

Réclamer l’accès à l’autonomie pour les jeunes n’est pas une lubie mais une véritable nécessité sociétale. C’est celle-ci qui permet à l’individu-e de construire sa personnalité, de choisir la vie qu’il-elle veut mener, et s’extirper des pressions sociales que peuvent exercer les groupes sociaux (familiaux notamment) les plus réactionnaires (particulièrement sur les choix sexuels). Par ailleurs, dans un monde de plus en plus « cosmopolite », et dans lequel le libéralisme impose de plus en plus de contraintes aux travailleurs, l’accès au logement permet de favoriser la mobilité des jeunes. Alors que l’offre de travail s’amenuise, pouvoir quitter le domicile parental apparaît souvent comme un préalable nécessaire à l’employabilité. Enfin, il est à noter que les inégalités ont tendance à se creuser entre quelques privilégiés, aidés par leurs parents, qui peuvent se permettre de loger là où ils le souhaitent et de suivre des études supérieures, sans avoir besoin de s’assurer des revenus personnels, et une masse de plus en plus grandes de jeunes laissés-pour-compte.

Aujourd’hui une véritable politique audacieuse en faveur du logement est nécessaire. La situation est trop grave pour se contenter de grand discours. Les phrases doivent laisser place à l’action, contre la spéculation et pour la construction massive de logements. La jeunesse possède une force de transformation sociale sans égale, elle est par exemple la plus utilisatrice de « façon d’habiter » collaboratrice, telle que la colocation. Elle est donc la mieux à même d’inventer les bases de l’habitat de demain, qui devra être assurément plus solidaire.


Le réveil de la jeunesse, condition de la Révolution citoyenne

Si la crise sociale n’épargne qu’une poignée de riches oligarques, la jeunesse apparait comme la victime la plus touchée. Bien que nous puissions observer des différences en fonction des milieux sociaux d’origines, l’ensemble de la jeunesse souffre de plonger dans une pauvreté toujours plus importante et de l’absence de véritables perspectives d’avenir.  D’un coté nous avons des jeunes pas ou très peu diplômé, expulsés d’un système scolaire qui n’a plus les moyens d’assurer sa mission républicaine, et qui sont condamnés par le système libéral concurrentiel au chômage ou à une succession d’emplois instables et de « petits boulots », et d’un autre coté des jeunes, toujours plus diplômés, mais qui ne sont pas à l’abris des situations de précarités. Le précariat, néologisme particulièrement utile pour désigner cette condition nouvelle du système capitaliste, va toucher l’ensemble de la jeunesse, du prolétaire cognitif diplômé au prolétaire tout court refoulé toujours plus tôt de l’école. C’est parce que  la jeunesse subit en premier lieu les politiques libérales que celle-ci doit être un élément moteur de la résistance au capitalisme.

Or aujourd’hui la jeunesse souffre de l’absence de repères idéologiques de gauches concrets. Discuter avec mes camarades de classes m’a permis de me rendre compte de l’effacement des consciences collectives de l’antagonisme idéologique entre la droite et la gauche. Ceux-ci, rassemblés dans les esprits sous le vocable du « tous pareils » ou vus comme incapables d’agir en faveur de l’intérêt général. Or la gauche sociale-démocrate a une responsabilité particulière dans cette situation. En effet, en adoptant aveuglement, et depuis des années, le dogme libéral, notamment en mettant en œuvre la domination des marchés financiers par la politique de « dérégulation » des années 1980 et en mettant aujourd’hui au centre de leurs préoccupations la volonté de « rassurer les marchés », la « social-démocratie » n’apparait plus comme porteuse d’espoir d’un véritable changement. En refusant de résister contre les inégalités et les injustices sociales ce sont les valeurs de gauches qui sont enterrées sous la résignation, celle-ci touchant en premier lieu la jeunesse, normalement berceau de la résistance.

A l’inverse, en ce qui concerne la droite, celle-ci a bien conscience d’avoir en quelque sorte fait triompher ses idées. Cette situation de « vainqueur » lui permet d’être toujours plus ravageuse par ses coups portés aux services publics ou au système de protection sociale sans risquer de voir son leadership contesté. En faisant rentrer par petites touches les idées du « tous contre tous » et de la compétition généralisée, les jeunes les plus fragiles, ceux qui galèrent quotidiennement, finissent par intégrer ce système de domination et se sentent responsables de leurs propres échecs. Ce système de responsabilisation individuelle et de concurrence entraine une passivité des uns et des autres, et finalement une absence de volonté de résistance.

Mais il ne faut pas oublier, que lorsqu’elle se réveille, la jeunesse a une force de mobilisation considérable. Le mouvement social de mai 1968, avant d’être un formidable rassemblement de l’ensemble des travailleurs, est né dans les universités, critiquant au départ le renfermement de la société sur des principes dépassés. Plus récemment, en 2006, souvenons nous que ce n’est qu’à partir du moment où les lycéen(ne)s et les étudiant(e)s se sont mis à s’organiser et à manifester de manière massive que la lutte contre le CPE (Contrat Première Embauche) a pris une tout autre ampleur. Enfin les exemples des « Révolutions arabes » et dans une moindre mesure les mouvements des « indignés » à travers le Monde témoignent de l’importance des jeunes dans les révoltes populaires et nuancent quelque peu le constat d’une dépolitisation de la jeunesse.

Le Front de gauche, en refusant le fatalisme et les politiques austéritaires, est la seule force aujourd’hui qui peut redonner à la jeunesse confiance en l’avenir. En luttant contre l’insécurité sociale et la précarité, en donnant les moyens à l’école publique d’être le lieu de l’émancipation humaine et en garantissant l’accès à un véritable statut social pour les jeunes, notamment via une allocation d’autonomie, la jeunesse peut se remettre à espérer à un avenir meilleur, plus équitable et plus solidaire. Enfin, par une campagne axée sur une volonté de faire de l’éducation populaire couplé à un programme cohérent de radicalité concrète, le Front de gauche redonne de la consistance à l’idéologie de gauche. Cette cohérence est nécessaire pour que la jeunesse puisse s’approprier la Révolution citoyenne, pour la faire triompher.

Signez l’appel les jeunes avec le Front de gauche !