Quelle organisation territoriale pour quel projet politique ?

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Le sujet d’une « nécessaire » réforme de l’organisation territoriale décentralisée de la République n’est pas une préoccupation nouvelle pour les gouvernements français, libéraux et socio-libéraux. En effet, la loi du 16 décembre 2010 portant réforme des collectivités territoriales, élaborée à partir des préconisations du « comité Balladur » créé en 2008, prévoyait déjà de revoir la carte des intercommunalités (en rendant les groupements de communes obligatoires) et de fusionner les assemblées des départements et des régions. Si certaines dispositions prévues dans cette loi ont été abrogées par les parlementaires solfériniens, les différentes lois de décentralisation soutenues par le gouvernement actuel poursuivent la même idéologie libérale.

Cette idéologie repose sur le postulat, partagé par la droite et le PS, que les collectivités territoriales coutent « trop cher » et qu’il n’y a pas de raison que celles-ci ne participent pas à la politique d’austérité. Le gouvernement Valls, et Ayrault avant lui, ont donc décidés de faire baisser drastiquement les dépenses des collectivités, et peut importe que celles-ci représentent moins de 20 % des dépenses publiques pour plus de 70 % des investissements publics, en réduisant les dotations qui leurs sont versées (et qui normalement accompagnent le transfert de compétences) de 11 milliards d’euros en 3 ans. Or, et d’avantage encore en ce qui concerne les collectivités locales de proximité, la diminution des dépenses publiques entraine une baisse au moins aussi conséquente des services publics offerts aux habitant(e)s.

Mais en plus de réduire les dotations, le gouvernement Valls a prévu de modifier l’organisation territoriale du pays, avec pour uniques buts affichés de réaliser des économies et de mettre en compétition les territoires. Il ne s’agit donc pas de chercher à améliorer l’offre de services publics ou de se préoccuper de l’intérêt général, mais de répondre à des injonctions du grand patronat s’inquiétant de ses capacités à verser des dividendes à ses actionnaires (la fameuse « compétitivité » dans la langue des médias dominants) et de l’Union Européenne. Mais les promoteurs de ce projet de nouvelle organisation territoriale plus « compétitives » oublient souvent de dire que la réduction des dotations et les changements de territoires poursuivent un projet politique de privatisation des services publics : ceux-ci devant être réalisés de plus en plus par des opérateurs privés.

Les discussions stériles sur le nombre de régions ou sur la taille des intercommunalités d’Ile-de-France (bien qu’elles puissent soulever de véritable interrogation quant à l’expression d’une démocratie locale) permettent en quelques sortes de faire détourner le regard des changements institutionnels plus profonds, qui concernent les compétences et pouvoirs de ces entités. La possibilité donnée aux régions de déroger à la loi, donc à la règle commune et unique, sous prétexte « d’expérimentation », et l’approfondissement des compétences des groupements de communes (et leur possible transformation en véritable collectivité territoriale), au détriment de celles-ci, sont pourtant des sujets biens plus préoccupants.

Les projets défendus par le Premier ministre auront donc comme conséquences concrètes l’affaiblissement de la démocratie de proximité (et donc le renforcement de monarques locaux modelés par la 5ème République) et le détricotage de l’unité de la République, déjà bien entamée depuis 2004. Dans ce contexte, les territoires les plus populaires : zones rurales éloignées des métropoles et espaces urbains enclavés, sont les grands perdants de la compétition mondiale organisée par les puissants.

Le projet de réforme de l’organisation des collectivités territoriales ne doit pas être combattu, comme le font les notables locaux attachés à leurs mandats (et indemnités), sous le seul angle d’une prétendue « proximité » ou « homogénéité » du territoire, mais d’abord en contestant le projet politique sous-jacent de compétition territoriale et de privatisation des services publics. Ne soyons pas attachés aux échelons communaux et départementaux uniquement pour des raisons « culturelles » qui essentialisent les habitant(e)s, mais soyons le parce qu’ils sont pertinents pour mener des politiques écologiques et sociales dans le respect de la démocratie. De la même manière, n’ayons pas peur des grandes intercommunalités si c’est pour revenir à l’essence de celles-ci : la collaboration volontaire de communes pour mener un projet politique. Les limites territoriales importent peu, seule doit compter l’implication du peuple et le projet qu’il souhaite porter, dans le cadre d’une République une et indivisible.

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Et maintenant, place à l’éducation populaire

Enfin nous avons vu le bout de cette « séquence politique » de plus d’un an. Je pourrais même dire de plus de trois ans tant les élections (européennes, régionales et cantonales) se sont enchainées à un rythme fou, ne laissant que l’action concrète (et directe) comme seule perspective militante. Celles-ci, et particulièrement l’élection présidentielle, ont été l’occasion de créer du débat politique dès que ce fut possible. Dans cette activité, le Front de gauche a eu un rôle important, si ce n’est fondamental. En effet, il a toujours cherché, et à tous les niveaux (du candidat jusqu’aux militants),  à élever le débat vers des questions de fonds comme celle des institutions (6ème République) ou du partage des richesses, pendant que les autres forces politiques soulevaient des polémiques stériles sur la viande Hallal ou le permis de conduire. Or malheureusement la logique de la 5ème République a triomphé, et malgré un formidable élan populaire, et malgré les 4 millions de voix données à la politique du Front de gauche à l’élection présidentielle, celui-ci est quasiment effacé des institutions.

En plus de nous permettre de remarquer le caractère profondément antidémocratique de la 5ème République, dans laquelle l’UMP comme le PS se complaisent, les campagnes électorales de cette année nous ont permis de voir fonctionner l’immense machine médiatique au service du capital. Cette dernière a toujours défendu corps et âmes la logique libérale, base idéologique des partis de notables que sont l’UMP et le PS. Cette situation a totalement fermé le débat, ne laissant aucune place libre aux idées qui sortent du cadre « du marché libre et non faussé », et encore moins si celles-ci remettent en cause le fonctionnement de la société capitaliste. Face à ce discours dominant de résignations et d’austérité, dont la répétition, par le candidat sortant, mais également par son principal concurrent, lui donnait force de vérité générale et absolue, difficile pour le Front de gauche de faire entendre sa voix et ses propositions. Mais malgré les moyens démesurés de la quasi-totalité des groupes de presse qui faisaient campagne contre nous, nous pouvons dire que nous nous en sommes bien sorti, et avons contribué à faire avancer les idées de progrès social.

Cependant nous ne devons pas en rester là ! Nous sommes une force de mouvement qui a sans cesse besoin d’avancer pour exister. Nous ne pourrons convaincre qu’en montrant que nous sommes les seuls à proposer des solutions « raisonnables » pour sortir de la crise et rendre, pour toutes et tous, la société plus vivable. Une tache primordiale nous incombe durant ces deux années pendant lesquelles nous n’allons pas avoir d’élection à préparer, celle d’instituer le doute dans la tête des gens.  Nous devons montrer que des mesures, telles que le SMIC à 1700€ ou la retraite à 60 ans ne sont pas seulement équitables et justes, mais également possible à appliquer, à condition d’y mettre du courage politique. Il ne suffit pas d’avoir le meilleur programme et les meilleurs colleurs  pour conquérir le pouvoir mais que les citoyen-ne-s en soient convaincus.

Faire des actions d’éducation populaire doit être le meilleur moyen de montrer que « nous on peut ! », du titre de livre de l’économiste Jacques Généreux. Mais attention, l’éducation populaire ce n’est pas chercher à inculquer des vérités toutes faites à des individus qui seraient dépourvus de connaissances, mais d’apprendre les uns des autres. L’ensemble des savoirs peuvent se valoir, et chacun a à grandir de ce que peuvent lui apporter ses semblables, mêmes si ceux-ci ne sont pas théoriques et structurés mais de l’ordre du ressenti ou du vécu quotidien. Nous avons également à inventer d’autres manières de transmettre nos idées, développer les différentes formes « d’agit prop », de jouer des pièces de théâtre populaire, de monter des groupes de musiques … Nous devons aussi investir massivement les « nouveaux moyens de communication » car ceux-ci ont une force phénoménale pour toucher de plus en plus d’individus. En effet, les « réseaux sociaux » sur internet deviennent de plus en plus les « nouveaux espaces publics », où les idées novatrices peuvent se faire connaître et se partager.  Or le Front de gauche, en proposant la 6ème République et la Planification écologique comme élément moteur de sa politique, est la seule formation qui propose des projets dynamiques et innovants de société.

L’éducation populaire doit être le fil rouge de nos actions, l’enjeu est de montrer que nous sommes la seule véritable force de gauche qui fait passer l’humain avant les marchés financiers, avec un programme cohérent et reconnu par de nombreuses associations dans des domaines variés (France Nature Environnement, la Fondation Abbé Pierre et Osez Le Féminisme par exemple).  Quand le PS abandonne la gauche en faisant un doigt d’honneur aux travailleurs qui lui ont fait confiance, et quand que l’UMP se rapproche dangereusement, dans les idées et les actes, du FN, le Front de gauche doit être le recours social et démocratique face à la crise.

Mais pour ceux qui sont un peu perdus de ne pas avoir d’échéance électorale directe, rien ne vous empêche de réfléchir sur le moyen de faire des villes à vivre. Ces savoirs accumulés serviront aux citoyens à être conscient des enjeux politiques des prochaines élections municipales (et intercommunales) et pourront leurs servir à prendre le pouvoir ! Quant à moi,  et notamment avec ce blog dans le domaine de l’aménagement du territoire, j’essaye de prendre modestement ma part de responsabilité dans cette tache d’éducation populaire.