La Nation et la pensée socialiste

26122012-8

Dans l’histoire de la gauche, certains concepts connaissent des périodes de lumière et des périodes sombres. Je ne vais pas vous parler ici du concept de « lutte des classes » balayé d’un revers de main sur un plateau de télévision par Jérome Cahuzac, dont il est plus qu’absurde de nier sa matérialité (les antagonismes de classes sont d’ailleurs plus que visibles dans l’espace public) mais du concept de « nation ».  Ce terme est aujourd’hui abandonné par la gauche car il sous-entend dans la doxa actuelle une forme de racialisme, au « moins pire » (pour ne pas dire au mieux) une forme affirmée de chauvinisme patriotique et une fermeture à l’altérité, et « au pire » une adhésion au principes xénophobes et réactionnaires du Front national.

Il apparaît utile de signaler que le terme de nation, à partir du XVIIIème siècle, est partagé entre deux conceptions diamétralement opposées : la conception dite « française » et la conception dite « allemande ». Or la raison pour laquelle le terme de nation semble complètement dévalorisé aujourd’hui dans les milieux de gauche est que c’est la conception allemande, portée par l’extrême droite et la droite réactionnaire qui semble triompher. Celle-ci considère que la nationalité, c’est à dire le fait d’appartenir à une nation, est le fruit de la nature et de la transmission par le sang. Pour le camp réactionnaire on nait français (ou pas) mais on ne peut pas le devenir si aucune filiation n’est visible.

Mais le concept n’a pas toujours été mis de côté par la gauche. Contrairement à la conception « allemande » du concept expliquée précédemment, la conception « française » est dite « universaliste » car basée sur un partage de valeurs et une volonté de se regrouper en une communauté de citoyens plutôt que sur une transmission de sang. Cette conception met en avant la Raison, permettant la libre adhésion du peuple à un projet politique collectif. La Nation est révolutionnaire car c’est elle qui permet la souveraineté populaire et l’intérêt général et c’est de celle-ci dont se réclame de grands socialistes comme Jean Jaurès. Contrairement à la vision allemande défendue par la droite et l’extrême droite, cette conception de la Nation n’empêche pas l’internationalisme car bien que, comme l’écrivaient Marx et Engels en 1848 dans le Manifeste du Parti Communiste, « les travailleurs n’ont pas de patrie », ils partagent des principes communs de liberté et d’égalité.

Au cours du XXème siècle l’image de la Nation, pour la gauche, va se détériorer. La Première Guerre Mondiale et son lot d’esprit « revanchard » va exacerber les replis communautaires et va transformer le sens de la notion vers un synonyme de militarisme et de haine du voisin allemand. Si la Nation continue cependant d’être glorifiée durant « l’entre deux guerre », le régime pétainiste collaborationniste et sa « Révolution Nationale » vont porter un coup terrible à l’universalisme Républicain. A partir de ce moment la gauche va fuir le terme pour ne pas être mêlée de près ou de loin aux idéaux abjects des collaborateurs vichystes. C’est une certaine vision de la nation qui va triompher et qui perdure encore jusqu’à aujourd’hui.

La gauche (éco)socialiste doit-elle abandonner le terme ? Cette question sous-entend celle de la réappropriation d’une notion connoté négativement dans l’opinion publique et montre à quel point la question du langage est un point central de la lutte idéologique contre la droite et l’extrême droite. Lutte à mener en parallèle de la lutte sociale. La réappropriation de la notion de Nation doit permettre à la fois de dénoncer l’hypocrisie du Front national qui est toujours du coté du capital, et la politique social-libérale menée par le gouvernement actuel. Seule une gauche anti-capitaliste dispose d’une cohérence politique qui lui permet de se réapproprier le sens révolutionnaire de la Nation républicaine car seule celle-ci défend des principes de liberté, d’égalité et de démocratie. Ces principes sont ceux qui ont guidés l’élaboration de la Constitution de notre Première République en 1792, raisonnant à l’élan populaire de la bataille de Valmy. Contre la pensée libérale actuelle défendons une Nation révolutionnaire libre, égalitaire, démocratique et internationaliste.

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18 mars, une date pour tourner la page et faire (re)vivre la démocratie

Quelle bouffée d’oxygène que ce grand rassemblement qui se prépare. Quel plaisir de voir enfin réunie la grande majorité de l’autre gauche dans un objectif qui dépasse le simple replâtrage du système pour celui d’un bouleversement de nos institutions. Cette Révolution citoyenne est le passage obligé d’un système démocratique à bout de souffle où les volontés populaires sont, soit complètement ignorées soit bafouées allègrement. Alors que la légitimité des dirigeants devrait être la base du pouvoir politique, l’oligarchie au sommet de l’Etat n’en a plus, et malgré tout s’attache à remettre en cause les acquis démocratiques de décennies de luttes sociales. Face à cette situation il n’est pas étonnant que de plus en plus de nos concitoyens se détournent de la participation électorale et que l’abstention constatée grandie d’élections en élections. Et ce sont encore une fois les classes populaires qui en sont les principales victimes. A l’inverse c’est quand le débat démocratique se crée et se développe dans l’ensemble de la population que les taux de participation sont les plus élevés. Le référendum de 2005 portant sur la ratification du Traité constitutionnel européen est un événement exemplaire car malgré une campagne de la classe médiatique dominante défendant corps et âme la position du « oui », l’appropriation populaire du débat a permis la victoire du « non » avec une participation de près de 70% (et ce malgré la véritable complexité du document proposé au vote).

Cette marche du 18 mars est une façon de montrer aux « belles personnes » (Terra Nova, Think Tank proche du PS en tête) que la classe populaire, classe sociale la plus nombreuse est capable de prendre en main son destin et d’agir, non pas pour ses intérêts propres, mais pour l’intérêt général. Il s’agit pour le peuple de reprendre le pouvoir, de lutter contre le régime de monarchie présidentielle qu’impose la Vème République critiquée par Mitterrand dans son livre « le Coup d’Etat permanent » (1964) comme une « dictature » où le général de Gaulle était décrit comme un « putschiste ». En mettant en avant cet élan populaire, le Front de gauche marque une rupture forte avec la gauche libérale du Parti socialiste qui se refuse à modifier les institutions actuelles, et qui en organisation des primaires confirme son ancrage dans ce système. Par ailleurs l’organisation ce type de scrutin pour désigner le candidat à la présidentielle du parti marque à mon sens la fin du caractère militant de celui-ci pour se déplacer vers un caractère d’organisation d’élus et de notables (à quoi bon militer pendant des années quand une bonne stratégie de communication permet de s’assurer l’investiture « suprême »). C’est aussi contre cette stratégie du PS, ignorant les « forces vives » de la gauche que représentent les militants, les organisations syndicales ou associatives, intellectuels, classes populaires et j’en passe, que la marche du 18 mars s’impose dans la campagne électorale comme une voie démocratique nouvelle.

Aujourd’hui le Front de gauche est la seule force politique mettant au centre de son programme un processus constituant dans le but d’élire une Assemblée constituante, elle même chargée d’établir une nouvelle Constitution : la Constitution de la VIème République. De toute évidence, cette Constitution, devra remettre au centre des institutions les droits des femmes et des hommes, le respect de la nature, garantir de nouveaux droits pour les citoyens en matière d’action politique (en favorisant les initiatives citoyennes par exemple), sortir de la logique libérale de l’accumulation sans fin et du productivisme pour aller vers une plus grande démocratie dans les organisations économiques et financières et enfin réaffirmer la souveraineté populaire à la fois au niveau international, contre les « instances de la finance » (G20, FMI, OMC … ) et au niveau local en favorisant encore la libre administration des collectivités territoriales. L’enjeu fondamental de cette nouvelle Constitution sera de redonner le pouvoir au peuple confisqué par une oligarchie au service des actionnaires des grandes entreprises capitalistes. En reprenant le pouvoir, c’est l’intérêt général du grand nombre qui triomphe des intérêts particuliers du petit nombre de possédants.

Comme en 1789, 1792, 1848, 1870 et 1946, le Front de gauche vous propose de faire avancer l’histoire vers le progrès humain. Et quoi de mieux que cette date du 18 mars, date du soulèvement populaire en 1871 de la grande Commune de Paris. Celle-ci permit pendant quelques mois de formidables avancées démocratiques en matière d’émancipation des femmes, de liberté de la presse, de laïcité, d’organisation du travail mais surtout en matière de démocratie où l’on trouva, parmi les 92 membres du Conseil de la Commune, de nombreux élus issus des classes populaires et notamment 25 ouvriers. Revenons donc tous, et tous ensemble, le 18 mars à la Bastille pour faire perdurer l’héritage glorieux des luttes ouvrières et sociales et, tournons la page de cette Vème République monarchique et antidémocratique.

(Et en cadeau bonus, les photos de l’enregistrement à l’Usine du clip de la chanson « Reprenons la Bastille » des copains du groupe l’Art mais Rouge !)