Acte 3 : le notable métropolitain contre le peuple

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Le gouvernement solférinien a décidément cette capacité sans égale à déposséder le peuple de toute capacité d’expression de sa souveraineté populaire. Après avoir voté le TSCG en octobre 2012 et délégué à la Commission européenne, institution composée d’androïdes libéraux non-élus, la capacité de valider les orientations budgétaires nationales, le voilà qu’il s’attaque à l’expression populaire locale. En effet, en reprenant la direction idéologique du précédent gouvernement (de droite également), et de sa loi du 16 décembre 2010 de « réforme des collectivités territoriales », dont un des objectifs principaux était de favoriser le développement des « métropoles », c’est un nouvel échelon technocratique et anti-démocratique qui est créé.

Alors que les citoyennes et les citoyens restent fortement attachés aux collectivités locales « républicaines », issues directement ou indirectement de la Révolution française, qui sont les communes et les départements, le projet de loi dit de « modernisation de l’action publique territoriales et d’affirmation des métropoles » en discussion actuellement au Parlement, privilégie les régions et les groupements de communes (« EPCI à fiscalité propre » ). Et parmi ces groupements les nouvelles métropoles apparaissent encore plus technocratiques et éloignées des préoccupations quotidiennes du peuple. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la seule métropole créée à l’heure actuelle soit celle de Nice, connue pour ses caméras de surveillances et son Président d’extrême-droite.

Les solfériniens aujourd’hui, comme les élus UMP hier, ont très bien compris qu’ils ont tout intérêt à tenir le peuple éloigné des instances de décision territoriales réelles et concrètes. Pour cela ils éloignent les représentants en ajoutant des « degrés » aux processus de désignations, et technicisent les enjeux pour que le citoyen et la citoyenne se sente incompétent pour répondre à ceux-ci. Le « mille-feuille » institutionnel actuel apparait déjà trop incompréhensible pour la majorité de nos concitoyen-ne-s, à un point où il est difficile de comprendre quelles sont les compétences respectives de chacune des collectivités. Compétences qui permettent pourtant de mettre en œuvre des services publics indispensable au bien être quotidien. Cette complexité institutionnelle entretien également le fait qu’il est impossible pour le/la citoyen-ne-s « lambda » de participer correctement au débat parlementaire en cours.

Tel qu’il est présenté actuellement à l’Assemblée Nationale, le premier projet de loi dit « d’Acte 3 de Décentralisation » ambitionne de renforcer encore le pouvoir des notables locaux. Si certains élus solfériniens mettent en avant la création de nouvelles instances de participation telle que les « conseils de développement » ou de nouveaux droits liés à la publication des données publiques (« open data ») ou au droit de pétition, nous sommes, au mieux, devant de la mauvaise fois, au pire, devant une grossière tentative de manipulation des citoyen-ne-s. De la même manière, le rapport commandé par le Ministère de la Ville, à la sociologue Marie-Hélène Bacqué et au Président de l’association « AC le feu » Mohamed Mechmache, pour développer la participation citoyenne dans les quartiers populaires, restera une déclaration de bonnes intentions tant que les conditions concrètes de la prise de pouvoir populaire, à toutes les échelles territoriales, ne sont pas désirées par la classe dominante.

L’autre argument avancé par les partisans de la dépossession populaire est que « l’affirmation des métropoles » doit permettre de mutualiser les recettes et les dépenses budgétaires et, par la même occasion, réduire les inégalités à l’intérieur d’un territoire. Si nous prenons le cas de la « Métropole du Grand Paris », la « péréquation horizontale » doit permettre de faire financer par les communes riches de l’Ouest parisien, Neuilly-sur-Seine par exemple, les dépenses des communes du Nord-Est comme La Courneuve. Encore une fois, quel exemple de malhonnêteté de la part d’élus votant les politiques d’austérité et la baisse des dotations de l’Etat vers les collectivités locales. Dotations dont l’objet principal est de réduire les inégalités entre les territoires à l’échelle nationale.

Mais il est vain d’attendre, même d’un gouvernement qui se dit de gauche, un partage des responsabilités. Le pouvoir n’est pas quelque chose qui se donne mais quelque chose qui se prend. Les citoyen-ne-s doivent refuser de se laisser conter des histoires sur la prétendue technicité des réformes et faire mettre en avant les aspects réellement politiques. Pour cela les militants politiques de gauche ont un rôle particulier à jouer. En effet, il s’agit d’être des « décrypteurs » de la technicité et de susciter, sans encadrer, les mobilisations en incitant chacune et chacun à expliquer ce qu’il en est du projet. Refuser le sacre des notables que renforce l’Acte 3 de décentralisation, c’est permettre d’éviter la dépossession du peuple des questions politiques fondamentales et, par la même occasion, de refuser le rabattement de la démocratie vers des questions « hyper-locales » dépolitisées qui s’apparenterait à la gestion des massifs de fleurs et des trottoirs.

S’il parait aujourd’hui difficile d’imaginer une mobilisation populaire contre le(s) projet(s) de Marylise Lebranchu, nous pouvons néanmoins nous mettre en formation de combat pour les élections municipales (et européennes). Les collectivités locales souffrent d’une forme de mimétisme étatique présidentialiste où le maire, le président, etc., est le détenteur d’un monopole de la parole politique sur son territoire. Comme pour les élections présidentielles et législatives, les mots d’ordres doivent être « place au peuple » et « prenez le pouvoir », nous ne pouvons pas faire de la politique sans le peuple car cela reviendrait à la faire contre le peuple. Cette première condition respectée nous pourrons faire des nos communes des espaces démocratiques de résistances à l’austérité par des programmes de radicalités concrètes.

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Europa City, l’archétype de l’absurdité de l’aménagement capitaliste

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La mondialisation libérale, voulue et mise en œuvre par l’oligarchie politique, entretien la nécessité de tout mettre en concurrence et, comme nous l’avons déjà vu, les différents territoires n’échappent pas à cette règle. Cette situation a pour conséquence une spécialisation fonctionnelle de chaque territoire dans un domaine d’activité économique précis (c’est la stratégie des avantages comparatifs décrite par l’économiste Ricardo en 1817 dans ses Principes de l’économie politique et de l’impôts). Cette spécialisation conduit les dirigeants à orienter des espaces vers la réalisation d’activités industrielles ou de recherche mais également vers des activités commerciales ou de « loisirs » (qui pour l’idéologie dominantes est souvent synonyme d’activité commerciale). Europa City, futur grand parc d’activités et de commerces, à proximité de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle à Roissy dans le Nord de Paris, est l’archétype de l’absurdité de l’aménagement capitaliste.

Europa City est un futur complexe géant d’une emprise au sol de 80 hectares où les aspects « culturels » et « récréatifs » sont envisagés uniquement comme étant au service des marchands (500 boutiques devront y être construite). Pour cela, les architectes et urbanistes, répondant à une commande publique, ont pensés un espace où le chaland doit « se sentir bien » et en confiance. Cette exigence particulière se traduit par une configuration sécuritaire névrotique où chaque élément ou mobilier de l’édifice est pensé et conçu pour empêcher le comportement « déviant » et le passage à l’acte délinquant, mais également par une « verdisation » artificielle des espaces de promenade. Dans les deux cas il s’agit de montrer une forme de domestication des humains comme des espèces naturelles rendues lisses et inoffensives. L’aménagement capitaliste de nos villes témoigne de son cynisme en détruisant des espaces naturels pour recréer plus tard, et à la place, une nature artificielle.

Mais en plus de l’aspect « dénaturalisant » décrit précédemment, le projet Europa City est anti-écologique dans sa conception comme dans son fonctionnement. Dans sa conception, la réalisation d’un complexe de cette taille nécessite un bétonnage conséquent. Or un espace minéralisé est un espace cultivable perdu « pour toujours ». Dans ce contexte impossible d’imaginer pouvoir garder des terres cultivables pour organiser des maraichages et des circuits courts qui seraient pourtant nécessaires pour nourrir une partie de la population de la région parisienne. En ce qui concerne son fonctionnement le constat est pire : l’urbanisation éclatée et étalée ainsi que la dépendance à la voiture individuelle (en raison d’une faiblesse de l’offre en transport public) va entrainer des flux massifs, des encombrements et donc une hausse de la pollution et de l’émission de gaz à effet de serre (encore accentuée par la destruction d’espaces naturels). De plus, par leur consommation immodérée de climatisation et de chauffage, les centres commerciaux de cette envergure sont également connus pour être particulièrement énergivore. Et comme par provocation, il est prévu de réaliser à l’intérieur du centre « un parc de neige » avec une piste de ski artificielle. Le groupe Auchan, propriétaire du complexe, a beau communiquer sur les (ses) principes du développement durable, le seul élément « vert » sera bien celui des billets offerts aux actionnaires.

Enfin ce projet est également caractéristique d’un déni complet de démocratie territoriale. Les habitant-e-s des territoires directement touché-e-s (aujourd’hui constitués en diverses associations), mais également les citoyen-ne-s concerné-e-s par les préoccupations écologiques (donc dans l’absolu chaque membre de l’espèce humain) doivent subir les conséquences d’un projet décidé et imposé, sans concertation, par une minorité. Intégré au périmètre d’intervention du « Grand Paris » sous Sarkozy, ni François Lamy ministre de la ville, ni Cécile Duflot ministre à l’égalité des territoires, ni François Hollande ne semblent prêt aujourd’hui à revenir sur ce choix.

Aliénant, sécuritaire, privé, faux, couteux, polluant, imposé… les adjectifs ne manquent pas pour décrire ce projet exemplaire de l’idéologie capitaliste appliquée à l’aménagement du territoire. De la même manière, et pour quasiment les mêmes raisons, que nous nous mobilisons contre la construction de l’Aéroport de Notre-Dame-des-Landes, nous devons nous opposer à la réalisation de ce centre commercial géant. Une gauche progressiste écosocialiste doit défendre une conception urbaine tournée vers la satisfaction des besoins humains (s’épanouir, se reposer, se nourrir, réaliser des activités professionnelles ou de loisir, etc.) en supprimant les espaces aliénants dont la seule fonction est de pousser femmes et hommes à consommer toujours plus. L’aménagement écosocialiste se doit d’être définanciarisé et pensé pour les humains plutôt que pour le capital, donc débarrassé de ces grands projets inutiles et imposés.


Le transport, enjeu de l’émancipation individuelle

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La question des transports, en aménagement du territoire, est un élément central. La possibilité de se déplacer comme on le souhaite participe à l’émancipation individuelle des citoyen-ne-s, et les inégalités sont fortement marquées entre les classes supérieures qui intègrent le déplacement dans leur mode de vie, sans le ressentir comme une véritable contrainte, et les classes populaires assignées à résidences dans des quartiers isolés, premières victimes des faiblesses des transports collectifs. Ne tombons pas dans le mythe qui voudrait que nous soyons passée à une société qui, grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication, serait celle de la « fin de la distance ». Aujourd’hui, et encore plus qu’hier, les individus ont plus que besoin de se déplacer.

L’augmentation conséquente des prix de l’immobilier des centre-villes entrainant un mouvement de périurbanisation, les fermetures d’usines et le développement des contrats de travail précaires (mais la liste n’est pas exhaustive) contribuent à la naissance de nouveaux besoins en matière de transport, besoins qui malheureusement ne sont pas pris en compte par les pouvoirs publics. Encore pire, les principaux réseaux de transports collectifs apparaissent souvent dépassés par l’influence sans qu’ils soient prévus de véritables politiques d’investissement. Dans la région parisienne, les lignes du RER sont saturées, inconfortables et onéreuses pour les usagers mais semblent misent de côtés par la Région, l’Etat et la direction de la SNCF qui préfèrent miser sur les lignes du « Grand Paris ».

Car dans la région parisienne comme dans beaucoup d’autres périphéries urbaines, les politiques publiques en matière de transport relèvent d’une politique de classe. Au lieu de partir de l’humain et des travailleur-se-s qui subissent chaque jour les retards et les disfonctionnements de réseaux dépassés, les décideurs suivent la voie de la « compétitivité territoriale », en visant les individus à « haute valeur ajoutée », c’est à dire les cadres supérieurs, les chercheurs, les créatifs, bref tous ceux qui disposent d’un fort capital culturel, économique et social. Cette politique conduit à orienter les investissements publics sur des territoires où se concentrent les classes supérieures plutôt que vers le désenclavement des quartiers populaires ou périurbains qui voient leur situation se dégrader.

Si la situation semble s’améliorer pour certains quartiers grâce au volontarisme de certains élus locaux (voir par exemple le désenclavement de la Grande Borne à Grigny dans l’Essonne), les banlieues péri-urbaines et pavillonnaires paraissent moins armées pour s’en sortir, notamment en raison d’une densité relativement faible. Cette forme urbaine contraint les habitants à utiliser leur véhicule personnel avec les conséquences que nous connaissons tous en terme de temps de trajet, de pollution, de consommation énergétique et de cout en essence et en entretien. Alors que les mentalités évoluent (la voiture devient, et notamment chez les jeunes, de moins en moins un marqueur important de réussite sociale) et que de plus en plus de citoyens prennent consciences de la nécessité d’agir contre l’impasse écologique vers laquelle le système nous mène, ils n’ont souvent pas la possibilité d’utiliser des modes de transport moins polluant que l’automobile.

Le développement de nouvelles façons d’utiliser la voiture telle que l’autopartage (ou « covoiturage ») permet d’apporter une réponse temporaire à ce problème. Néanmoins nous ne pouvons pas nous contenter de ce genre de bricolage sans repenser globalement et sans investir massivement dans des transports plus écologiques. Si la relocalisation d’activité est un objectif central, nous ne pourrons cependant jamais nous  passer de transports. Il est par ailleurs frappant pour n’importe quel curieux d’observer le nombre de voies de chemin de fer abandonnées dans nos villes (et notamment dans les « zones industrielles ») au profit d’un développement exponentiel du transport routier pourtant polluant et dangereux.

Alors que la Commission européenne souhaite que l’ensemble du réseau ferroviaire français soit privatisé à l’horizon de 2019, nous devons pointer du doigt cette décision complètement inefficace, inégalitaire et hors du temps. L’exemple voisin du Royaume-Uni de ces dix dernières années en la matière vient nous apporter la preuve de l’inefficacité du marché pour organiser le transport public. A l’inverse de ce que pensent ces irresponsables bien trop payés, nous devrions plutôt orienter l’investissement public vers l’intérêt général. Or cela réclame de ne plus partir d’impératifs financiers de rentabilité mais de partir des besoins des femmes et des hommes, en considérant la possibilité de se déplacer en transport public de manière décente et efficace, non pas comme un luxe élitiste, mais comme un moyen de participer à l’émancipation individuelle de l’ensemble des citoyen-ne-s.