Les élections départementales, pour quoi faire ?

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Nous sommes nombreux, militant(e)s ou non, à en avoir assez de « courir » d’élections en élections, c’est à dire de n’avoir comme perspective politique que le court terme de l’échéance qui vient. Cette situation entraine une profonde lassitude chez les plus impliqués politiquement comme chez les électeurs et électrices « de base », d’autant plus qu’elle s’accompagne souvent d’un profond sentiment d’inutilité du vote, qui est renforcé encore par les alternances stériles et les promesses bafouées. Devant cette lassitude qui gagne toutes les catégories sociales (l’abstention aux élections européennes n’était plus uniquement le fait des classes populaires, mais un phénomène majoritaire dans l’ensemble de la population), nous devons être clair quant à la manière d’aborder les élections départementales de mars 2015.

Pour cela, nous devons d’abord être lucide sur nos capacités. Même si le Front de Gauche n’a pas subi de cuisantes défaites aux élections municipales et européennes, nous avons été loin de réaliser l’objectif que nous nous étions fixé. Celui de passer devant les solférinien(ne)s qui se sont pourtant écroulés. Ne nous faisons pas d’idée, les élections départementales seront, partout en France, une véritable déroute pour l’ensemble des forces de, et dites de gauche. Face à une droite et une extrême droite en dynamique, et un électorat de gauche qui ne souhaite plus se mobiliser pour des fossoyeurs de droits sociaux et qui s’abstient massivement de voter, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Nous n’avons donc pas les capacités d’appréhender cette future élection comme nous en avions l’habitude et cela doit nous inciter à être innovant.

L’élection départementale doit nous servir de premier tremplin pour avancer nos arguments sur la 6ème République. Alors que le gouvernement Valls et le Président Hollande, surveillés par une poignée de notables locaux, hésitent entre suppression et « dévitalisation » de l’institution départementale, nous pouvons nous appuyer sur la campagne électorale pour réaffirmer notre attachement à celle-ci et en rappeler les principes et l’histoire révolutionnaire de sa constitution. Il s’agit  également de nous opposer à ce mode débile de scrutin « binominal paritaire », véritable pirouette de Manuel Valls, ex-ministre de l’Intérieur, pour respecter la parité dans les assemblées départementales sans avoir à mettre en place un scrutin proportionnel. Couplé à un redécoupage des cantons sur-mesure, ce mode de scrutin est le témoignage de l’absence de considération démocratique du pouvoir en place.

Mener la lutte pour la 6ème République durant la campagne départementale c’est chercher à redonner sens à une institution aujourd’hui mal comprise des français(e)s et qui pourtant est une échelle pertinente pour conduire des politiques sociales et écologiques efficaces. C’est également « préparer l’avenir », profiter des conditions offertes par l’État (financière notamment), pour constituer des comités locaux pour la 6ème République (voir mon article du 29 septembre 2014), prendre des contacts avec des citoyen(ne)s qui jusque là n’étaient pas impliqué(e)s politiquement. Cette élection doit permettre de travailler les consciences et former les militant(e)s à un objectif plus général : celui de la Constituante, et redonner espoir dans l’action politique.

Il n’est cependant pas question de laisser le champ libre à l’UMP, aux solfériniens (qui auront surement, et malheureusement dans beaucoup de départements, des accords bien ficelés avec nos camarades du PCF et d’EELV) et à l’extrême droite, en nous lavant les mains d’une éventuelle participation, mais au contraire, de présenter comme candidate la 6ème République, partout où cela est possible et en privilégiant les candidatures citoyennes et « d’ouverture ». Nous n’avons à gagner des élections départementales que d’avantage de conscientisation du peuple, tachons donc d’y participer dans cet objectif en menant une campagne d’éducation populaire.

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En finir avec le mythe du plein emploi

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Cette période relativement vide qui suit les deux moments électoraux qu’ont été les élections municipales et européennes (qui ont données les résultats que nous avons tous encore en tête), doit être un période de bilan et de remise en question. En effet, la réelle décrépitude du PS risque d’être également celle de l’ensemble de la gauche si nous ne faisons pas ce travail sérieusement et sincèrement. Celui-ci est rendu d’autant plus nécessaire que le Président Hollande et ses différents gouvernements ont complètement dévoyés le « vocabulaire » de la gauche pour mettre en place une politique résolument de droite, contribuant au discrédit de l’ensemble de la gauche et même, plus largement, de l’ensemble des femmes et des hommes politiques. Pour répondre aux attentes des citoyen(ne)s nous devons revoir notre façon d’exprimer nos idées, pour les rendre plus lisibles et compréhensibles, mais également questionner notre base idéologique.

S’il existe, au sein du Front de Gauche, une véritable prise de conscience qu’il n’y a pas de croissance sans fin, et que celle-ci se fait forcément au détriment de la survie de l’espèce humaine, nous sommes encore trop faible lorsqu’il s’agit de présenter un nouveau mode de production « post-capitaliste », et les rapports de production qui lui sont liés. La gauche, « radicale » ou non, est malheureusement incapable aujourd’hui de penser un modèle de société où le plein emploi n’est pas un objectif structurel et indépassable. Or nous le répétons pourtant bien assez : la société française n’a jamais été aussi riche aujourd’hui que dans l’ensemble de son Histoire, et les citoyen(ne)s n’ont jamais été aussi bien formé(e)s. Le problème n’est donc pas un problème de production mais un problème de répartition des richesses créées, qui sont aujourd’hui réellement accaparées par une minorité de financiers et d’oligarques. Nous avons donc la capacité de penser un autre modèle de « développement » à condition d’en faire un objectif politique assumé.

Dans cette période, à bien des égards compliquée pour le Front de Gauche, nous avons la responsabilité d’élaborer et de proposer à nos concitoyen(ne)s de nouvelles formes de partage des richesses crédibles et audibles. Alors que nous sommes dans une situation où le Travail suit une tendance structurelle de raréfaction, il devient plus que jamais nécessaire de valoriser celui-ci par rapport au Capital. Il s’agit d’être intraitable avec les actionnaires, les spéculateurs et les banquiers, véritables plaies pour le fonctionnement économique, en limitant leurs marges de manœuvre et en définissant un revenu maximum annuel (tous revenus confondus), tel qu’il était proposé dans le programme, « l’Humain d’abord » du Front de Gauche pour les élections présidentielle et législatives de 2012. Il s’agit également d’augmenter les salaires de l’ensemble des travailleurs, en commençant par ceux qui sont le plus bas, et par ces deux biais, de limiter les écarts de richesses entre les individus.

Cette politique de partage des richesses est une première condition pour limiter les comportements ostentatoires des plus riches, créant des frustrations chez les plus pauvres et des dégâts écologiques irréparables, et pour changer le regard de la société française sur le travail. Nous devons apprendre à penser l’utilité sociale de l’individu dans sa globalité et ne plus considérer « l’emploi » comme l’unique façon de « réussir ». A l’inverse, nous devons défendre une société qui lutte contre les situations de désocialisation des individu(e)s en permettant à chacun(e) de s’émanciper de toutes les façons, que ce soit par le Travail ou par d’autres activités. Cela nous demande également de changer notre vision de « l’autre », de « l’improductif » : c’est-à-dire du chômeur qui souffre de se sentir inutile et qui, subissant les regards culpabilisateurs de ses voisins et amis, finit par penser qu’il l’est vraiment. Alors que la droite, et notamment le FN, considère l’individu au chômage comme l’unique responsable de sa situation, nous devons être en mesure de proposer un autre modèle de société.

Comme nous l’avons déjà initié dans nos rangs pour déconstruire l’idéologie de la croissance infinie, nous avons à faire un véritable labourage idéologique et programmatique de remise en question sur la façon de considérer le travail et l’emploi, celui-ci pouvant s’inscrire parfaitement dans un cadre de pensée écosocialiste (qui reste malheureusement trop souvent mal comprise). Mais ce travail idéologique ne pourra pas se passer d’une nouvelle façon de faire de la politique, partant du peuple, ne s’exprimant pas « à sa place » mais lui donnant la capacité de s’exprimer, de faciliter l’émergence d’initiatives populaires. Permettre d’adhérer directement au Front de Gauche et laisser l’initiative de l’organisation locale, à la manière des assemblées citoyennes du Front de Gauche, serait un premier moyen de ré-impulser une dynamique militante, puis citoyenne. Je dois avouer attendre beaucoup des futures assises du Front de Gauche.


Prendre ses responsabilités et choisir

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Nous voilà dans la dernière ligne droite avant les dates des prochains scrutins municipaux. Bien qu’elles aient toutes une plus ou moins grande part de spécificités « locales », je crois que nous pouvons être fièr-e-s des campagnes qui ont été menées, au nom du Front de Gauche quand cela fût possible, au nom du Parti de Gauche quand les conditions de l’union n’ont malheureusement pas été garanties. Nous savions longtemps à l’avance que ça ne serait pas une sinécure d’arriver à pérenniser cette organisation, si belle et efficace pour mobiliser et pourtant si fragile lorsqu’il est question, pour quelques élus, de défendre des intérêts personnels aux détriments de l’intérêt général du peuple. Nous pouvons nous réjouir que dans certaines situations, les militants des partis concernés aient pu faire un autre choix que celui des élus sortants, et ainsi pérenniser localement la dynamique du Front de Gauche. C’est par exemple le cas à Évry où la candidate PCF pour le Front de Gauche, Farida Amrani, mène une très belle campagne collective contre l’équipe de bagages accompagnés du ministre de l’intérieur.

Les 23 et 30 mars il faudra donc faire un choix. Conscient de la défaite annoncée, le parti solférinien cherche par tous les moyens à restreindre les enjeux à des questions exclusivement municipales (par ailleurs je regrette qu’il ne soit que très peu question d’intercommunalité dans ces campagnes alors qu’elle est pourtant une échelle où il est possible de faire de belles choses, et la communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne en est l’exemple vivant), tandis que les difficultés dont souffrent les habitants et habitantes trouvent principalement leurs origines dans une politique nationale qui favorise le capital au travail. Choisir les listes Front de Gauche c’est marquer clairement son opposition à la politique du triumvirat Hollande / Ayrault / Gattaz qui, loin du « changement » tant annoncé, n’est que la continuité de celui Sarkozy / Fillon / Parisot. Insistons auprès de celles et ceux qui se sentent spoliés de leurs victoires de 2012 et qui sont tentés par l’abstention, en leur montrant qu’un bulletin de vote peut aussi servir à sanctionner, à condition qu’il soit crédible. Ceux marqués du sceau Front de Gauche ou Opposition de Gauche le sont !

Choisir les listes Front de Gauche c’est aussi vouloir pour sa commune une politique plus solidaire et plus écologique. C’est défendre un projet écosocialiste pour faire de nos territoires les espaces de la transition énergétique pour sortir de notre dépendance morbide aux énergies carbonées et au nucléaire ; les espaces du développement de nouveaux modes de vie plus respectueux des humain-e-s et de l’environnement ; les espaces de l’innovation sociale et écologique débarrassée des impératifs financiers à court termes et les espaces de défense des services publics, qui sont souvent les derniers biens de ceux qui n’ont plus grand-chose. En choisissant le Front de Gauche vous affirmez clairement que les financiers n’ont rien à faire dans la gestion des communes et des intercommunalités et qu’il est préférable, pour faire baisser le montant des factures et améliorer la qualité, de reprendre en régie publique l’ensemble des services publics, qui ont été délégués à des entreprises privées depuis les années 1980, dans des domaines aussi variés que la distribution de l’eau potable ou le ramassage des ordures.

En baissant les dotations versées par l’État aux collectivités territoriales (dont les montants devraient normalement accompagner le transfert des compétences du premier vers les secondes) de 10 milliards d’euros pour financer les cadeaux aux grands patrons (via le pacte de « responsabilité »), le Président Hollande et le gouvernement compliquent volontairement la tâche de toutes celles et ceux qui souhaitent porter un projet de transformation écologique et sociale. Parce qu’il est insupportable de faire encore payer les dons sans condition aux plus riches par les classes moyennes et populaires, choisir le Front de Gauche c’est entrer dans une logique de résistance. C’est résister en déléguant sa voix à des élus combatifs mais aussi résister en affirmant vouloir participer directement à l’élaboration du budget, au travers notamment des instances de budgets participatifs qui seront déployées sur l’ensemble des communes du Front de gauche.

Malheureusement, et souvent malgré les efforts acharnés de nos camarades, tou-te-s les citoyen-ne-s n’auront pas la chance de pouvoir voter pour une liste du Front de Gauche ou d’Opposition de gauche. Celles et ceux qui peuvent le faire ont donc une responsabilité particulière. C’est le cas par exemple à Étampes dans l’Essonne où mon amis et camarade Mathieu Hillaire conduit avec courage et abnégation la liste « Étampes Solidaire 2014 » qui rassemble des ex-socialistes, des non-encartés, des responsables associatifs, des militants PG et PCF, etc., à Sainte-Geneviève-des-Bois où François Delapierre bouscule avec une très belle équipe les notables solfériniens locaux, à Paris où Danielle Simonnet apporte une alternative au duel médiatique entre les deux héritières, à Grenoble, à Toulouse, à Pau, à Montreuil, etc. Bref, dans des milliers de communes, avec un bulletin de vote Front de gauche, il est possible de faire autrement que ce qui est fait, à tous les niveaux, par le PS et l’UMP. En allant voter dimanche, rappelons-nous bien que notre responsabilité de citoyen-ne est engagée !


L’Opposition de gauche aux municipales pour continuer la Révolution citoyenne

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Qu’il semble loin le temps où nous avions enfin réussi à mettre de côté nos divergences stratégiques pour poursuivre un but commun, celui de la Révolution citoyenne. Nous savions, et notamment lors de la campagne présidentielle, que cet objectif était plus grand que chacun de nous, et même que la somme de chacun d’entre nous. La Révolution citoyenne était à la fois notre méthode d’action et notre idéologie : synthèse du socialisme, de l’écologie et des principes républicains hérités de la Révolution française. Chacune de ces trois dimensions se renforçant l’une des autres.

Les dernières séquences électorales, nous le savions aussi, n’étaient qu’une étape d’un processus long de conscientisation populaire et de mise en mouvement. Or ce processus semblait récemment s’être arrêté, comme étouffé par un manque d’ambition alimenté d’abord par la politique gouvernementale : piétinant les idéaux sur lesquels le Président de la République a été élu, effaçant toutes distinctions entre gauche et droite, et causant un profond découragement chez les moins politisés. Mais alimenté également par notre incapacité à donner de la lisibilité à notre positionnement politique. Cette absence de clarté a été longtemps renforcée par la volonté du Front de gauche de ne pas se déclarer dans l’opposition au gouvernement, prétextant (à juste titre) qu’aucun-e député-e n’a été élu-e sans les électrices et électeurs du Front de gauche, cette situation devant donner à François Hollande une responsabilité particulière vis-à-vis de sa gauche. Mais comme nous l’avons encore vu le 14 janvier 2014 lors de sa conférence de presse, le successeur du Président des riches, n’a d’oreilles attentives que pour les souhaits du Capital, fussent-ils complètement contradictoires à ceux de l’ensemble des travailleuses et travailleurs.

Contrairement à ce que pensent les manipulateurs, les élections municipales ne sont pas condamnées à tourner autour des problématiques locales, au contraire, elles peuvent être de formidables moteurs de mobilisations contre la politique du gouvernement. Les élections municipales sont des élections nationales car les budgets de nos municipalités et intercommunalités dépendent en grande partie des dotations de l’État. Qu’elles soient reversées pour faire face à un transfert de compétences (pour la dotation globale de fonctionnement), qu’elles permettent de financer la création d’équipements publics (dotation globale d’équipement) ou pour qu’elles soutiennent des territoires en difficultés (dotation de solidarité urbaine ou dotation de solidarité rurale par exemple), elles sont votées par le législateur et s’inscrivent donc dans une politique nationale. Par ailleurs, elles subissent l’austérité gouvernementale car une baisse d’1,5 milliards d’euros est prévue chaque année, réduisant par-là les capacités financières des collectivités les plus en difficultés, celles où vivent les ménages les moins « mobilisables » fiscalement.

Mais le rôle de l’État pour les collectivités territoriales ne se limite pas à la redistribution de richesses financières car il mène également des politiques publiques impactant directement les territoires : c’est la territorialisation des politiques de droit commun. L’État agit par exemple en créant des zones d’éducations prioritaires ou des quartiers prioritaires dans les quartiers populaires les plus en difficultés, ou en décidant de créer une gare nouvelle sur une ligne de chemin de fer pour désenclaver une commune. Ces exemples montrent que nos communes sont directement touchées par les politiques d’austérités (le nombre de quartiers en Politique de la ville va passer de 2500 à 1300 environ) et de l’absence de considération écologique du gouvernement. Les exemples de liens entre politique nationale et politiques locales sont tellement nombreux que ceux affichant réaliser une campagne uniquement « locale » sont des hypocrites de premier ordre. Même la hausse de la TVA impacte les budgets des collectivités !

Les listes estampillées « Opposition de gauche », rassemblant des citoyen-ne-s membres de partis politiques différents ou membres d’aucune organisation politique, doivent devenir pour les électeur-rice-s une marque de confiance. Une marque pour s’opposer à la politique gouvernementale, au productivisme qui épuise les ressources naturelles et l’humanité, à la destruction de services publics et à la mise en concurrence généralisée des territoires. Une marque pour conquérir des droits nouveaux et pour promouvoir la solidarité et une bonne qualité de vie. Parce qu’elles sont populaires et démocratiques les listes d’opposition de gauche pour les élections municipales s’inscrivent dans la marche de la Révolution Citoyenne et sont une lueur d’espoir dans ce paysage politique actuellement bien morose. Elles donnent une nouvelle visibilité à la gauche progressiste, écologique, socialiste et républicaine, celle qui préfère défendre la 6ème République que de se compromettre pour récolter des miettes de « postes ».


2014, année de conquête(s) !

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Nous étions beaucoup au début de l’année 2013 à prévoir une année tumultueuse, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle l’a été. Elle l’a été d’abord et surtout pour les victimes de la politique gouvernementale, de plus en plus nombreuses, de plus en plus touchées par la précarité, le chômage, la pauvreté, et par l’absence de perspective et de goût pour le futur. Mais comment pourrait-il en être autrement alors que, face au chômage qui explose partout en France, et d’avantage encore dans les régions « périphériques » désindustrialisées, la seule réponse apportée par un Président de la République dit « de gauche » repose sur des cadeaux au patronat ?

Elle fut également tumultueuse pour notre camp, la gauche de progrès social, confrontée à l’exacerbation des divergences stratégiques quant à la manière d’appréhender les élections municipales mais également à des questions matérielles et financières lorsqu’il est question de « protéger » des rentes de situations. Ces divergences ont conduit à une forme d’hystérisation médiatique des désaccords au sein du Front de gauche alors que ceux-ci ne sont que le résultat d’une confrontation démocratique permanente et légitime entre les acteurs toujours plus nombreux de notre rassemblement. En se laissant trop souvent aller à « la chasse aux sorcières » dans notre propre camp nous, « simples » militant-e-s politiques, avons une part de responsabilité dans cette situation.

Mais 2013 n’a pas été l’année d’éclatement du Front de Gauche et loin de là. Et, malgré l’impatience de l’oligarchie, de ses médias et de ses représentants politiques, 2014 ne le sera pas non plus. Au risque de surprendre, les élections municipales comme les élections européennes semblent même bien partie pour notre regroupement politique car partout nous partons en autonomie vis-à-vis du Parti Solférinien, partout les citoyennes et citoyens auront la possibilité d’utiliser un bulletin de vote pour refuser les politiques d’austérité et de cadeaux aux financiers. Si le comportement égoïste de certains dirigeants du Parti Communiste Français est regrettable, et ajoute de la confusion dans une époque qui a besoin de clarté, nous ne devons pas faire d’amalgames et ne pas tenir responsable chaque militant-e des turpitudes de quelques-uns.

Dans certains endroits, en étant le moteur de rassemblements plus larges que les seuls partis (mais néanmoins nombreux) membres du Front de gauche nous témoignons de notre capacité à créer les conditions de constitution d’une majorité alternative à la politique libérale de François Hollande. Qu’elles soient élargies ou non aux autres forces de gauche, Europe écologie – Les Verts en tête, avec ou sans le PCF, les listes anti-austérités doivent permettre au peuple de résister aux coups qui lui sont portés, mais surtout de conquérir de nouveaux droits et d’améliorer son quotidien. L’année 2014 ne doit donc pas être uniquement une année de résistance mais une année de conquête, une occasion de retrouver nos ambitions de 2012 qui ne consistaient pas uniquement à obtenir des élu-e-s mais surtout à faire émerger une Révolution citoyenne.

A l’échelle européenne, comme à l’échelle municipale, le Front de gauche doit redevenir cette force qui donne espoir et envie de s’impliquer dans la vie publique. Tandis que l’élection européenne peut permettre de fédérer à l’échelle internationale la critique de l’Europe des marchés vers un contenu programmatique progressiste car écosocialiste, les communes et intercommunalités peuvent devenir des lieux concrets d’application de ces principes. La défense du droit universel à l’eau est l’exemple parfait de l’interconnexion de ces échelles de lutte contre la marchandisation, soutenue à Bruxelles, mise en œuvre dans nos bassins de vie.

Faire de 2014 une année de conquête exigera des militant-e-s politiques une conscience aiguisée et une discipline d’union désintéressée au service d’un but qui nous dépasse toutes et tous. La conscience politique pour sortir des lieux communs des pratiques de gestion municipale timorées et hésitantes pour promouvoir des actions courageuses et innovantes en rupture avec les logiques clientélistes. La discipline d’union pour ne pas donner à voir aux citoyennes et citoyens le spectacle désastreux des querelles d’égo ou de la sauvegarde d’intérêts matériels, quand tant de personnes souffrent dès le 5 du mois et sont tentées par l’abstention ou le vote FN. En 2014 nous avons plus à gagner qu’à perdre, profitons-en pour être exemplaire, pour être ceux qui poussent à la prise de conscience, ceux qui bousculent les notables, bref ceux qui font de la politique en pensant aux autres avant de penser à eux. En respectant ces conditions la « crise » du Front de gauche ne sera plus qu’un fantasme du MEDEF et de ses marionnettes au gouvernement.


Et si on supprimait la Politique de la ville ?

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Les député-e-s ont approuvé mercredi 27 novembre en première lecture le projet de loi “Ville et cohésion urbaine”, présenté par François Lamy, réformant la Politique de la ville. L’abstention des députés Front de Gauche sur ce texte apparaît être une position tout à fait pertinente tant ce texte, sans être particulièrement mauvais, n’est absolument pas à la hauteur des enjeux économiques, sociaux et écologiques auxquels sont confrontés les quartiers dit “prioritaires”. Encore une fois, derrière les ambitions politiques affichées de faire “différent”, de mettre en œuvre le “changement”, c’est la continuité qui prévaut, la répétition des pratiques initiées par les socialistes dans les années 1980 et mises en œuvre alternativement par les socio-démocrates (devenus libéraux) et la droite. Rien de révolutionnaire donc pour cette nouvelle réforme.

Mais comment pourrait elle l’être alors qu’il est toujours privilégiée l’idée que les problèmes socio-économiques rencontrés dans les banlieues ne peuvent être réglés qu’en intervenant sur ces quartiers ? Développer un regard géographique d’échelle restreinte, sur un quartier ou une ville, empêche d’avoir une vision entière et systémique. Autrement dit, observer les inégalités sociales en partant des banlieues permet d’éviter d’avoir à s’interroger sur les conséquences néfastes globales du système capitaliste, visibles sur l’ensemble du territoire national, mais exacerbées dans les quartiers populaires et certaines zones rurales (le taux de pauvreté est 3 fois supérieur et le taux de chômage 2,5 fois plus élevé).

Le projet de loi fait mine de mettre en œuvre un véritable changement en prescrivant des modifications marginales : changement de la liste et diminution (le gouvernement reste austéritaire) du nombre de quartiers concernés, définition d’un unique critère de pauvreté pour le choix de ces derniers, pilotage des nouveaux contrats par les intercommunalités (au lieux des communes), création des “conseils de citoyens”, lancement d’un nouveau programme de renouvellement urbain, etc. Bref, rien de bien novateur. La plus grosse nouveauté s’apparente malheureusement à une hypocrisie, il s’agit de la mobilisation du “droit commun”.

Alors que cette idée semblerait être une bonne solution sur le papier, elle est parfaitement hypocrite dans le cadre actuel de la politique menée par le gouvernement de contraction de la dépense publique. Quels crédits de droit commun, c’est à dire ceux accordés par les différents ministères concernés par les actions (par exemple le ministère de l’éducation, de la justice, de l’économie sociale et solidaire, etc.), peuvent bien être mobilisés alors que le climat actuel est celui de la fermeture des vannes budgétaires (sauf pour les grandes entreprises qui profitent de la générosité du gouvernement Ayrault et du Président de la République) ?

De plus, si une forme de mobilisation des politiques de droit commun, comme pourrait l’envisager un gouvernement du Front de gauche, aurait comme conséquence de changer la vision que l’on porte sur les quartiers populaires, en “normalisant” le regard que l’on porte sur ceux-ci, le “droit commun” du gouvernement participe, au contraire, à leur stigmatisation. En effet, celui-ci repose toujours sur la définition d’une géographie stigmatisante pour les bénéficiaires, avec les conséquences négatives que cela peut avoir en matière de recherche d’emploi, d’attractivité du quartier et de “honte” d’y habiter ressentie par les habitant-e-s.

Le principal travers de la Politique de la ville est de contribuer à considérer les quartiers où elle intervient comme des enclaves où s’expriment des problématiques spécifiques alors qu’ils sont, à l’inverse, des révélateurs des conséquences humaines générale du système capitaliste. Depuis 30 ans les réformes successives ont toutes eu pour ambition d’en finir avec la question des “banlieues à problèmes”. Aujourd’hui plus personne ne se fait d’illusions, et pourtant ça continue comme avant.

La meilleure façon de rendre efficace la politique de la ville serait de supprimer la politique de la ville. Il ne s’agit pas, comme le souhaiterait les plus libéraux, d’arrêter de soutenir les associations intervenant sur ces quartiers ou d’empêcher toutes mesures de rénovation urbaine et de désenclavement, mais au contraire de mener une politique volontariste de partage des richesses pour refaire circuler le produit de la prospérité nationale et réduire le chômage, maladie endémique, notamment chez les jeunes. Nous ne devons pas avoir une vision “angélique” en croyant pouvoir supprimer la misère de tous les quartiers, mais nous devons permettre à ceux-ci de faire valoir leur rapport de force et d’exprimer leurs potentialités propres. Le paternalisme protecteur et stigmatisant n’est jamais la solution, alors que la démocratie et la répartition des richesses en font partie.


Elections municipales, élection nationale

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Depuis quelques semaines les solfériniens ont lancés leur offensive politico-médiatique visant à faire des élections municipales de mars prochain une somme d’élections locales aux enjeux sectorisés et dispersés. En effet, pour le PS, qui a beaucoup à perdre de l’impopularité démentielle de François Hollande dans son « propre camp », c’est à dire chez les électeur-trice-s qui l’ont porté-e-s au pouvoir pour changer de politique, il s’agit d’abord de marquer localement une distance avec les conséquences de la politique d’austérité du gouvernement. Mais c’est également l’occasion de brouiller les pistes et rendre impossible toute lecture politique globale de la déroute qui s’annonce.

Cette sectorisation locale des enjeux s’appuie sur une démarche globale de dépolitisation dont la personnalisation, médiatique et organisée, des candidat-e-s est le meilleur outil. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les exemples les plus perceptibles de cette personnalisation se trouvent dans les villes où les enjeux nationaux sont les plus marqués, par exemple à Marseille ou à Paris. Concernant la capitale, comment ne pas être outré de la mise en scène des « héritières » et de leurs « coiffures », relevant d’avantage d’un « concours de miss » (avec tout ce qu’il a peut y avoir de plus dégradant) que d’un véritable débat politique. Mais la dépolitisation c’est aussi l’affichage de projets déconnectés de la réalité austéritaire du gouvernement, faisant croire aux électeur-trice-s que la proximité du-de la candidat-e sera la réponse à la politique inique du Président de la République et de son gouvernement fantoche, où en affichant des projets faisant fi de la durée des mandats municipaux ou des compétences des collectivités. Dans tous ces cas il s’agit d’annoncer vouloir améliorer la vie des habitant-e-s sans critiquer et lutter contre le système qui leur met la tête sous l’eau.

Ne nous voilons pas la face, s’il est possible de faire des communes, grâce à des politiques publiques volontaristes de gauche, des lieux de résistances à l’austérité et limiter les conséquences de la crise écologique et sociale, l’échelle locale reste l’échelle de l’impuissance politique. De plus, la baisse conséquente et régulière, dans les projets successifs des lois de finances, des dotations accordées par l’État aux collectivités réduisent les moyens d’intervention et augmentent les inégalités, et la mise en place d’un système anti-démocratique de confiscation des capacités de décision populaire par l’acte 3 de Décentralisation (avec la Métropole de Paris par exemple) au profit d’une oligarchie de notables contribuent à conforter cette impuissance. Enfin, l’échelle locale est encore trop souvent celle du repli sur soi, des particularismes et du refoulement des intérêts de classes dont seuls les puissants sortent gagnants. L’exemple des « bonnets rouges » en Bretagne en est la parfaite illustration. Les élections municipales doivent être l’occasion de créer un mouvement populaire national, de retrouver l’élan du Front de gauche de la campagne présidentielle de 2012 pour l’amplifier. La proximité ne doit pas être une fin en soi mais être utilisée pour favoriser la conscientisation, pour créer des exemples d’alternatives sans s’y enfermer. La nationalisation des enjeux municipaux doit être un point d’appui et doit parallèlement s’appuyer sur le mouvement de refus de l’austérité, et plus globalement de la politique menée par les solfériniens au pouvoir.

L’appel à la marche du 1er décembre pour réclamer le retrait de la hausse de la TVA et pour une véritable révolution fiscale égalitaire, est une véritable bouffée d’air frais dans une campagne municipale qui s’embourbait dans des considérations d’alliances déconnectées des citoyen-ne-s. Cette marche, soutenue par l’ensemble des partis du Front de gauche, lui permet de gagner en visibilité et d’apparaître comme une force politique réellement différente du PS, porteuse d’un projet politique alternatif, qui refuse le règne de la finance et de la casse des services publics. Cette visibilité doit profiter à toutes les listes anti-austérités autonomes qui se créent actuellement partout en France. N’ayons pas peur de faire le lien entre la mobilisation du 1er décembre et les élections municipales et européennes. Utilisons tous les outils politiques existant pour sanctionner le gouvernement : marchons sur le Ministère des Finances, le « portique du MEDEF », et utilisons notre bulletin de vote les jours d’élections pour faire émerger des pratiques novatrices, écologiques et sociales. Dans tous les cas, comprenons bien que la sincérité de nos positionnements locaux dépend directement de notre stratégie nationale et inversement.