Et maintenant, place à l’éducation populaire

Enfin nous avons vu le bout de cette « séquence politique » de plus d’un an. Je pourrais même dire de plus de trois ans tant les élections (européennes, régionales et cantonales) se sont enchainées à un rythme fou, ne laissant que l’action concrète (et directe) comme seule perspective militante. Celles-ci, et particulièrement l’élection présidentielle, ont été l’occasion de créer du débat politique dès que ce fut possible. Dans cette activité, le Front de gauche a eu un rôle important, si ce n’est fondamental. En effet, il a toujours cherché, et à tous les niveaux (du candidat jusqu’aux militants),  à élever le débat vers des questions de fonds comme celle des institutions (6ème République) ou du partage des richesses, pendant que les autres forces politiques soulevaient des polémiques stériles sur la viande Hallal ou le permis de conduire. Or malheureusement la logique de la 5ème République a triomphé, et malgré un formidable élan populaire, et malgré les 4 millions de voix données à la politique du Front de gauche à l’élection présidentielle, celui-ci est quasiment effacé des institutions.

En plus de nous permettre de remarquer le caractère profondément antidémocratique de la 5ème République, dans laquelle l’UMP comme le PS se complaisent, les campagnes électorales de cette année nous ont permis de voir fonctionner l’immense machine médiatique au service du capital. Cette dernière a toujours défendu corps et âmes la logique libérale, base idéologique des partis de notables que sont l’UMP et le PS. Cette situation a totalement fermé le débat, ne laissant aucune place libre aux idées qui sortent du cadre « du marché libre et non faussé », et encore moins si celles-ci remettent en cause le fonctionnement de la société capitaliste. Face à ce discours dominant de résignations et d’austérité, dont la répétition, par le candidat sortant, mais également par son principal concurrent, lui donnait force de vérité générale et absolue, difficile pour le Front de gauche de faire entendre sa voix et ses propositions. Mais malgré les moyens démesurés de la quasi-totalité des groupes de presse qui faisaient campagne contre nous, nous pouvons dire que nous nous en sommes bien sorti, et avons contribué à faire avancer les idées de progrès social.

Cependant nous ne devons pas en rester là ! Nous sommes une force de mouvement qui a sans cesse besoin d’avancer pour exister. Nous ne pourrons convaincre qu’en montrant que nous sommes les seuls à proposer des solutions « raisonnables » pour sortir de la crise et rendre, pour toutes et tous, la société plus vivable. Une tache primordiale nous incombe durant ces deux années pendant lesquelles nous n’allons pas avoir d’élection à préparer, celle d’instituer le doute dans la tête des gens.  Nous devons montrer que des mesures, telles que le SMIC à 1700€ ou la retraite à 60 ans ne sont pas seulement équitables et justes, mais également possible à appliquer, à condition d’y mettre du courage politique. Il ne suffit pas d’avoir le meilleur programme et les meilleurs colleurs  pour conquérir le pouvoir mais que les citoyen-ne-s en soient convaincus.

Faire des actions d’éducation populaire doit être le meilleur moyen de montrer que « nous on peut ! », du titre de livre de l’économiste Jacques Généreux. Mais attention, l’éducation populaire ce n’est pas chercher à inculquer des vérités toutes faites à des individus qui seraient dépourvus de connaissances, mais d’apprendre les uns des autres. L’ensemble des savoirs peuvent se valoir, et chacun a à grandir de ce que peuvent lui apporter ses semblables, mêmes si ceux-ci ne sont pas théoriques et structurés mais de l’ordre du ressenti ou du vécu quotidien. Nous avons également à inventer d’autres manières de transmettre nos idées, développer les différentes formes « d’agit prop », de jouer des pièces de théâtre populaire, de monter des groupes de musiques … Nous devons aussi investir massivement les « nouveaux moyens de communication » car ceux-ci ont une force phénoménale pour toucher de plus en plus d’individus. En effet, les « réseaux sociaux » sur internet deviennent de plus en plus les « nouveaux espaces publics », où les idées novatrices peuvent se faire connaître et se partager.  Or le Front de gauche, en proposant la 6ème République et la Planification écologique comme élément moteur de sa politique, est la seule formation qui propose des projets dynamiques et innovants de société.

L’éducation populaire doit être le fil rouge de nos actions, l’enjeu est de montrer que nous sommes la seule véritable force de gauche qui fait passer l’humain avant les marchés financiers, avec un programme cohérent et reconnu par de nombreuses associations dans des domaines variés (France Nature Environnement, la Fondation Abbé Pierre et Osez Le Féminisme par exemple).  Quand le PS abandonne la gauche en faisant un doigt d’honneur aux travailleurs qui lui ont fait confiance, et quand que l’UMP se rapproche dangereusement, dans les idées et les actes, du FN, le Front de gauche doit être le recours social et démocratique face à la crise.

Mais pour ceux qui sont un peu perdus de ne pas avoir d’échéance électorale directe, rien ne vous empêche de réfléchir sur le moyen de faire des villes à vivre. Ces savoirs accumulés serviront aux citoyens à être conscient des enjeux politiques des prochaines élections municipales (et intercommunales) et pourront leurs servir à prendre le pouvoir ! Quant à moi,  et notamment avec ce blog dans le domaine de l’aménagement du territoire, j’essaye de prendre modestement ma part de responsabilité dans cette tache d’éducation populaire.

Publicités

Pourquoi les communes péri-urbaines votent à droite ?

Les résultats de la dernière élection présidentielle confirment une tendance plus ancienne : les habitants des communes périurbaines, contrairement à ceux des quartiers populaires, votent à droite ! Dans ma circonscription, la 2ème circonscription de l’Essonne où « l’espace rural » occupe plus de 90% du territoire, ce constat est particulièrement vérifiable : Sarkozy arrive largement en tête devant Hollande. Evacuons tout de suite la thèse médiatique du vote de droite et extrême-droite comme résultat d’une souffrance sociale : les communes de cette circonscription apparaissent relativement riches au regard de la moyenne départementale et seule la commune d’Etampes a sur son territoire des quartiers populaires. Nous avons donc ici affaire à des classes supérieures ou des fractions supérieures des classes populaires partageants des positions sociales relativement stables.  L’étude plus fine des bureaux de vote nous permet de voir que les votes en faveur du candidat de droite se concentrent dans les centre-villes, espaces peuplés en premier lieux par les classes dominantes, tandis que les quartiers pavillonnaires à la périphérie des communes, où vivent des habitants plus pauvres, ont un vote plus dispersé (mais généralement plus proche de la gauche).

Dans les communes périurbaines est très présent un électorat traditionnaliste voire réactionnaire. Ce sont pour beaucoup des habitants installés depuis longtemps qui ont vu se développer leurs villes et souvent avec un regret nostalgique d’un temps révolu. Ces électeurs ont un vote  très proche de celui des campagnes « profondes » traditionnelles, marqué par le repli sur soi et l’appréhension des nouveaux phénomènes sociaux. Mais ce n’est pas un phénomène nouveau, durant tout le 19ème siècle les campagnes se sont acharnées contre les tentatives d’installer la République en France. Les nouveaux arrivants quant à eux ont le sentiment d’avoir réussi à accéder à un statut social supérieur à celui de leur ancienne condition. Ils mettent en avant un discours axé sur le mérite et sur la réussite personnelle en même temps qu’ils cherchent à s’installer à distance des quartiers plus populaires dont ils sont issus. L’effort de distinction mis en œuvre et le rejet d’une « ancienne vie » est fort : il est important pour eux de montrer qu’ils ne sont pas comme les autres, ceux qui n’ont pas su évoluer de leur condition.

En revanche pour les anciens habitants, comme pour les nouveaux, le vote à droite voire à  l’extrême droite est marqué également par un discours de recherche de protection. Un sentiment irrationnel de peur se développe entretenu par des médias et par le repli sur soi. En effet, l’affaiblissement des solidarités collectives et du militantisme politique et associatif ne permet pas de donner une autre vision que celle offerte par la télévision. Le fantasme d’une situation d’insécurité globale va être à son comble lorsque se produira un simple cambriolage dans le village. Par les mesures d’ordre qu’elle souhaite mettre en place, seule la droite, pour ces électeurs, semble pouvoir répondre à cette situation fantasmée (qui n’existe pas réellement dans les banlieues périurbaines).

En revanche il ne faut pas nier les situations de précarisation croissante que subissent certains habitants. Face à celle-ci certains développent un discours « anti-social », souvent dans une sorte de jalousie, pour insister sur leur situation. Ils se plaignent souvent de ne jamais être aidé par l’Etat, sous entendu : contrairement à leur voisin. Or cette situation n’est pas totalement fausse : les espaces périurbaines souffrent d’une faiblesse des services publics et les individus sont dépendants de leur véhicule individuel, le moindre déplacement devenant de plus en plus cher. De plus, nous pouvons constater également une individualisation croissante des comportements et des affaiblissements des solidarités de voisinages, solidarités qui peuvent encore exister dans les quartiers populaires. Seuls dans des pavillons dans des quartiers dont la seule vocation est l’habitat (des « quartiers dortoirs »), n’existent ni la mixité sociale, ni la mixité de fonctionnelle : celles-ci pourtant nécessaire au développement du « vivre ensemble » de nos villes, grosses ou petites.

Le vote de droite des villes périurbaines est le résultat à a fois d’erreurs dans les constats mais également d’erreurs dans les solutions. A défaut d’apporter des solutions concrètes pour lutter contre la précarité grandissante des ménages, contre l’émiettement des solidarités collectives et contre l’absence de services publics, la droite désigne des boucs émissaires : les étrangers pour l’extrême droite, les « assistés, chômeurs… » pour la droite libérale classique. Aujourd’hui seule la gauche et notamment le Front de gauche peut apporter des solutions efficaces aux problèmes spécifiques dont souffrent les territoires périurbains. En revenant sur l’idéologie du « tous propriétaires » qui favorise l’étalement urbain et ses graves conséquences écologiques, en luttant contre la mise en concurrence des territoires et en revalorisant l’action publique nous aurons pourtant les prémisses d’un véritable changement majeur en faveur de plus de respect des hommes et de la planète.


L’Humain d’abord dans les urnes et dans la rue.

Ce dimanche le peuple français a décidé de tourner la page du sarkozysme, de ses gabegies et de ses échecs. Une grosse partie du travail a été réalisée et nous pouvons enfin commencer à penser nos plaies ; celles de la précarité et du chômage qui n’ont cessées d’augmenter durant ce dernier quinquennat ; celles des millions de travailleurs pauvres qui doivent choisir chaque mois entre se nourrir ou se chauffer correctement ; celles de nos frères et sœurs venus d’ailleurs meurtris par tant de stigmatisation et de rejet et celles de notre planète qui ne supporte plus ce modèle de concurrence effréné. Pour toutes ces raisons nous pouvons déjà pousser un « ouf » de soulagement.

Or cette victoire du candidat du parti socialiste ne nous garantie en rien du dépassement du modèle libéral par cette nouvelle représentation politique. Après quelques semaines où François Hollande surfera sur la « popularité du changement » celui-ci sera vite repris par la violence et le cynisme des marchés financiers. Face à ces futures attaques en rang serré, ses propositions sociales-libérales montreront vite leurs limites et leurs inefficacités. Cette absence de volonté de résistance, marquée notamment par l’acceptation implicite de la « règle d’or » ou par le refus de mettre en place un audit public de la dette, fait courir le risque au nouveau Président de la République de se retrouver dans le même fauteuil de soumission que son « camarade », l’ex-premier ministre grec Papandréou, qui n’a jamais souhaité défier les marchés.

A l’inverse, le Front de gauche a compris que pour lutter contre les invectives de la finance mondiale un programme de gauche, basé sur la solidarité et le partage des richesses, est la condition nécessaire à la résistance. C’est pour cela que nous continuons à défendre notre programme, l’Humain d’abord, comme un programme de refus aux politiques libérales, qu’elles viennent de la droite comme des sociaux libéraux. Nous sommes encore les seuls, avec le Front de gauche, à porter le rejet des politiques d’austérités qui contractent l’économie et contribuent à maintenir le pays dans un état stationnaire financièrement et régressif socialement. Contre cela, nous ne cédons pas au fatalisme et proposons de partager les richesses et notamment en augmentant les plus bas salaires, de reprendre le pouvoir aux marchés financiers et de favoriser la croissance par l’investissement sous les cadres d’une planification écologique. Et parce que le système politique actuel est à bout de souffle nous continuons à nous battre pour une 6ème République, sociale et écologique.

Certes Sarkozy est parti, mais ne tombons pas dans le piège ! Le « programme » porté par le parti socialiste et son candidat durant cette campagne présidentielle ne propose rien d’autre qu’une austérité allégée, à des années lumières de nos solutions. C’est pour cela qu’il est nécessaire de ne rien lâcher et de continuer la lutte. Celle-ci doit passer dans un premier temps par le vote pour les candidats du Front de gauche aux élections législatives du 10 et 17 juin 2012. Il est encore possible de faire fléchir la politique de François Hollande vers la « gauche pour de vrai » en envoyant le plus de députés du Front de gauche à l’Assemblée Nationale. Rappelons nous, il y a quelques mois, de l’abstention de la quasi-totalité des députés et sénateurs « socialistes » concernant le mécanisme européen de stabilité, nous ne pouvons faire confiance qu’aux députés du Front de gauche !

Enfin, le nouveau Président comprendra bien vite qu’il ne sera pas à l’abri de la colère de la rue. Nous resterons vigilant(e)s et mobilisé(e)s derrières nos syndicats et partis politiques de gauche pour faire entendre et comprendre nos revendications. Durant ces cinq prochaines années, si nous ne faisons pas les moutons, nous ne serons pas tondus.