Les élections départementales, pour quoi faire ?

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Nous sommes nombreux, militant(e)s ou non, à en avoir assez de « courir » d’élections en élections, c’est à dire de n’avoir comme perspective politique que le court terme de l’échéance qui vient. Cette situation entraine une profonde lassitude chez les plus impliqués politiquement comme chez les électeurs et électrices « de base », d’autant plus qu’elle s’accompagne souvent d’un profond sentiment d’inutilité du vote, qui est renforcé encore par les alternances stériles et les promesses bafouées. Devant cette lassitude qui gagne toutes les catégories sociales (l’abstention aux élections européennes n’était plus uniquement le fait des classes populaires, mais un phénomène majoritaire dans l’ensemble de la population), nous devons être clair quant à la manière d’aborder les élections départementales de mars 2015.

Pour cela, nous devons d’abord être lucide sur nos capacités. Même si le Front de Gauche n’a pas subi de cuisantes défaites aux élections municipales et européennes, nous avons été loin de réaliser l’objectif que nous nous étions fixé. Celui de passer devant les solférinien(ne)s qui se sont pourtant écroulés. Ne nous faisons pas d’idée, les élections départementales seront, partout en France, une véritable déroute pour l’ensemble des forces de, et dites de gauche. Face à une droite et une extrême droite en dynamique, et un électorat de gauche qui ne souhaite plus se mobiliser pour des fossoyeurs de droits sociaux et qui s’abstient massivement de voter, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Nous n’avons donc pas les capacités d’appréhender cette future élection comme nous en avions l’habitude et cela doit nous inciter à être innovant.

L’élection départementale doit nous servir de premier tremplin pour avancer nos arguments sur la 6ème République. Alors que le gouvernement Valls et le Président Hollande, surveillés par une poignée de notables locaux, hésitent entre suppression et « dévitalisation » de l’institution départementale, nous pouvons nous appuyer sur la campagne électorale pour réaffirmer notre attachement à celle-ci et en rappeler les principes et l’histoire révolutionnaire de sa constitution. Il s’agit  également de nous opposer à ce mode débile de scrutin « binominal paritaire », véritable pirouette de Manuel Valls, ex-ministre de l’Intérieur, pour respecter la parité dans les assemblées départementales sans avoir à mettre en place un scrutin proportionnel. Couplé à un redécoupage des cantons sur-mesure, ce mode de scrutin est le témoignage de l’absence de considération démocratique du pouvoir en place.

Mener la lutte pour la 6ème République durant la campagne départementale c’est chercher à redonner sens à une institution aujourd’hui mal comprise des français(e)s et qui pourtant est une échelle pertinente pour conduire des politiques sociales et écologiques efficaces. C’est également « préparer l’avenir », profiter des conditions offertes par l’État (financière notamment), pour constituer des comités locaux pour la 6ème République (voir mon article du 29 septembre 2014), prendre des contacts avec des citoyen(ne)s qui jusque là n’étaient pas impliqué(e)s politiquement. Cette élection doit permettre de travailler les consciences et former les militant(e)s à un objectif plus général : celui de la Constituante, et redonner espoir dans l’action politique.

Il n’est cependant pas question de laisser le champ libre à l’UMP, aux solfériniens (qui auront surement, et malheureusement dans beaucoup de départements, des accords bien ficelés avec nos camarades du PCF et d’EELV) et à l’extrême droite, en nous lavant les mains d’une éventuelle participation, mais au contraire, de présenter comme candidate la 6ème République, partout où cela est possible et en privilégiant les candidatures citoyennes et « d’ouverture ». Nous n’avons à gagner des élections départementales que d’avantage de conscientisation du peuple, tachons donc d’y participer dans cet objectif en menant une campagne d’éducation populaire.


Pourquoi j’ai adhéré au Parti de Gauche ?

A l’occasion de la grande journée nationale d’adhésion prévue samedi 27 octobre 2012, je vais revenir ici sur les raisons qui m’ont poussées à adhérer au Parti de Gauche, en espérant que ça donne l’envie aux réticents de franchir le pas. Avant toute chose, je tiens à signaler que c’est le premier parti politique auquel j’ai adhéré, mon expérience ne pourra donc pas s’appuyer sur des éléments de comparaisons avec d’autres partis.

Après quelques « errances » militantes diverses, j’ai décidé au moment de la mobilisation contre la réforme Fillon des retraites en 2010, d’adhérer à un parti politique. A ce moment là j’ai dépassé une idée qui me trottait dans la tête depuis  quelques années : celle que les partis politiques n’avaient finalement que peu de capacité d’action, et que le dépassement du mode de production capitaliste ne pouvait se faire que par des mobilisations sociales de travailleurs. Autant dire, ce n’était pas pour tout de suite. Après « l’échec » des mobilisations contre la réforme des retraites je me suis convaincu qu’il me devait de faire quelque chose en me rendant compte qu’attendre l’écroulement du système capitaliste financier, aussi injuste qu’il soit, se révélait être finalement une position individuelle de passivité et de facilité. D’autant plus qu’au fond de moi je déplorais fréquemment de ne pas voir la gauche « anti-libérale » s’allier sur un projet commun.

En adhérant au Parti de Gauche j’ai avant tout adhéré à une démarche collective novatrice venant faire taire des années d’émiettement : celle du Front de Gauche, avec comme idée sous-jacente que le parti n’est qu’un instrument au service d’un objectif politique global : construire la Révolution citoyenne. Considérer le parti comme un simple outil nous permet de faire taire les critiques qui considèrent les femmes et les hommes politiques au services d’abord de leurs intérêts, puis de leurs intérêts de « chapèle », puis enfin, s’il reste un peu de temps libre, au service de l’intérêt général. C’est aussi pour cette raison que le Parti de Gauche n’est pas un parti de notables ou de « bon » gestionnaires comme peut l’être le Parti socialiste, mais un parti de militants mettant en avant l’action collective sur le terrain et la réflexion programmatique constante. Dans cette conception, les élus du PG sont des militants « comme les autres » à l’exception près qu’ils ont une responsabilité particulière : celle de faire « la gauche par exemple », c’est à dire démontrer qu’il est possible de faire, à n’importe quelle échelle d’intervention, différemment de ce qui est appliqué par les libéraux et les socio-libéraux.

L’aspect du Parti de Gauche qui a été pour moi déterminant dans mon adhésion et celui de la centralité de l’éducation populaire. Face à la puissance médiatique de « l’idéologie dominante » libérale il ne suffit pas de lancer des slogans creux, écrits par des agences de communication, qui de toutes façons ne trouvent jamais de traduction concrètes (le « changement » ne viendra finalement pas), mais de chercher sans cesse à élever le niveau de conscience collective. Et avec le temps, je me rend compte que je ne me suis pas trompé : il suffisait de voir comment Jean-Luc Mélenchon cherchait à démontrer et expliquer dans les meetings de campagne de l’élection présidentielle, sans jamais tomber dans la facilité ou la caricature. Cette démarche de « conscientisation des masses » est primordiale et c’est pour cela que, nous, militant de l’autre gauche, nous devons veiller à partager le même langage, les mêmes références, afin de faire contrepoids au discours libéral. Or adhérer à un parti politique comme le Parti de Gauche permet cette cohérence de langage.

De plus, si j’ai décidé d’adhérer au Parti de Gauche plutôt qu’à une autre organisation membre du Front de Gauche, c’est pour sa conception républicaine intransigeante : intransigeante sur les libertés fondamentales des femmes et des hommes, intransigeantes sur l’égalité car il est inacceptables de voir les écarts de richesses se creuser à mesure que le pays devient plus riche, et enfin intransigeante sur la laïcité, fondement de notre capacité de libre arbitre. En mettant en avant l’intérêt général humain la conception républicaine du Parti de Gauche est profondément écologiste et socialiste. Les militants, venus de nombreux horizons politiques, qui nous rejoignent chaque jour contribuent à cette diversité de pensées qui finie par former ce que l’on nomme un « parti creuset ». Car appartenir à un parti politique comme le PG c’est aussi appartenir à un collectif divers mais solidaire, avec des camarades qui deviennent des amis, des amis qui deviennent des camarades, et des individus qui pensent à l’intérêt général avant de penser à leur carrière. Sinon a quoi bon lutter contre les requins de la finance si c’est pour retrouver des requins dans son parti politique ?


Aménager c’est planifier !

Dans le palmarès des concepts politiques les plus mal compris et interprétés, celui de « planification » occupe une place centrale. Il n’y a qu’à voir les réactions des libéraux, pendant la campagne présidentielle, à la proposition du Front de gauche de planification écologique pour s’en rendre compte. En effet, nous avons été taxé plus d’une fois de « soviétique »,  de manière idiote et inculte, par la droite et l’extrême droite, mais également par les membres du parti dit « socialiste » et d’Europe dit « écologie » – les verts (qui pourtant, quelques mois plus tôt, avaient voté la proposition de loi en faveur de la planification écologique à l’Assemblée nationale, allez comprendre …). Si le concept de planification donne des boutons aux penseurs de l’économie (socio)libérale, c’est qu’ils considèrent le Marché comme horizon indépassable de l’action politique. Pour eux, il ne peut pas y avoir d’interventions d’autres acteurs que les offreurs et les demandeurs à un instant T, et tant pis si, dans ces conditions, seul le court terme a son mot à dire. Car c’est bien ça dont il est question lorsque l’on parle de planification : la prise en compte du temps long, le temps à l’échelle de la planète et des humain-e-s. De plus, l’argument taxant les partisans de la planification de militants au service de l’URSS, ne tient pas une seconde : la planification est partout et notamment dans les entreprises. Dans ces dernières les dirigeants se fixent des objectifs à différentes temporalités (court, moyen et long termes), exactement de la même manière que les états, il y a quelques dizaines d’années.

Mais c’est bien au niveau de l’aménagement du territoire que l’action de planifier est fondamentale. Dans ce cadre chaque acte et/ou construction relève du long terme, avec des objectifs qui dépassent souvent le demi-siècle voire bien davantage. Dans ces conditions le « marché libre et non faussé » se révèle bien incapable de produire un urbanisme cohérent et durable. Nous en avons la traduction physique visible avec l’étalement urbain, souvent produit à partir de potentialités foncières incontrôlées.

En aménagement du territoire, il y a de nombreux domaines où l’on ne peut pas se passer de planification. Dans la construction de logements par exemple où, d’autant plus dans un contexte de forte tension comme nous le connaissons aujourd’hui, il faut chercher à prévoir les besoins futurs en fonction de nombreux paramètres comme la croissance démographique, l’attraction de la commune et le desserrement des ménages (nombre de personnes par ménage qui diminue en raison de comportements sociétaux particuliers telles que les décohabitations). Ces différents paramètres nous permettent de construire des scénarios politiques pour définir le nombre de constructions futures et le type de logements à construire. En matière de politique de transport, la planification est aussi fondamentale car, seulement elle, permet de prendre en compte la crise écologique et l’affaiblissement des ressources en énergies fossiles, dont les villes dépendent, pour mettre en place une politique de transport public écologique. Enfin, planifier sur le long terme permet également de prévoir un nombre suffisant d’équipements et espaces publics et lutter contre la transformation des villes et des quartiers en dortoirs géants, anxiogènes et affaiblissant les sentiments de solidarités pourtant nécessaires à la société humaine.

Mais planifier c’est également fixer un cadre politique à l’aménagement, car laisser faire le marché c’est laisser le hasard et la spéculation décider à la place de la population. Or, c’est le citoyen qui doit être le seul décideur du futur de sa ville car lui seul peut agir en faveur de l’intérêt général. Faire du citoyen le maitre à bord des politiques d’aménagement c’est aussi palier à une défaillance du système politique représentatif qui fait que le temps électif, c’est-à-dire celui du mandat de l’élu, n’est pas forcément compatible avec celui du long terme urbanistique. Trop souvent les élus locaux ont tendance à être frileux vis-à-vis de l’action politique de peur de froisser leur électoral. Et ceci est particulièrement vrai dans les petites communes en matière de construction de logements (sociaux ou non). Si interdire le cumul des mandats dans le temps est le début d’une solution, l’aboutissement ne pourra se faire qu’à partir du moment où le peuple prendra le pouvoir directement. A l’échelle du quartier, de la commune ou de l’intercommunalité cela peut se faire notamment en généralisant des outils tels que le referendum local ou avec des conseils ayant un véritable rôle de décision. Il s’agit d’ouvrir de nouvelles portes en matière de démocratie locale tout en globalisant les questionnements (car n’oublions pas que la quasi-totalité des questions locales relèvent de problématiques nationales voire internationales).

La prise en compte du temps long en matière d’aménagement ne pourra se faire que si le peuple s’approprie ces questions. Or cela nécessite une population plus éduquée politiquement et cela nous renvoie encore une fois à l’impératif d’éducation populaire.


Et maintenant, place à l’éducation populaire

Enfin nous avons vu le bout de cette « séquence politique » de plus d’un an. Je pourrais même dire de plus de trois ans tant les élections (européennes, régionales et cantonales) se sont enchainées à un rythme fou, ne laissant que l’action concrète (et directe) comme seule perspective militante. Celles-ci, et particulièrement l’élection présidentielle, ont été l’occasion de créer du débat politique dès que ce fut possible. Dans cette activité, le Front de gauche a eu un rôle important, si ce n’est fondamental. En effet, il a toujours cherché, et à tous les niveaux (du candidat jusqu’aux militants),  à élever le débat vers des questions de fonds comme celle des institutions (6ème République) ou du partage des richesses, pendant que les autres forces politiques soulevaient des polémiques stériles sur la viande Hallal ou le permis de conduire. Or malheureusement la logique de la 5ème République a triomphé, et malgré un formidable élan populaire, et malgré les 4 millions de voix données à la politique du Front de gauche à l’élection présidentielle, celui-ci est quasiment effacé des institutions.

En plus de nous permettre de remarquer le caractère profondément antidémocratique de la 5ème République, dans laquelle l’UMP comme le PS se complaisent, les campagnes électorales de cette année nous ont permis de voir fonctionner l’immense machine médiatique au service du capital. Cette dernière a toujours défendu corps et âmes la logique libérale, base idéologique des partis de notables que sont l’UMP et le PS. Cette situation a totalement fermé le débat, ne laissant aucune place libre aux idées qui sortent du cadre « du marché libre et non faussé », et encore moins si celles-ci remettent en cause le fonctionnement de la société capitaliste. Face à ce discours dominant de résignations et d’austérité, dont la répétition, par le candidat sortant, mais également par son principal concurrent, lui donnait force de vérité générale et absolue, difficile pour le Front de gauche de faire entendre sa voix et ses propositions. Mais malgré les moyens démesurés de la quasi-totalité des groupes de presse qui faisaient campagne contre nous, nous pouvons dire que nous nous en sommes bien sorti, et avons contribué à faire avancer les idées de progrès social.

Cependant nous ne devons pas en rester là ! Nous sommes une force de mouvement qui a sans cesse besoin d’avancer pour exister. Nous ne pourrons convaincre qu’en montrant que nous sommes les seuls à proposer des solutions « raisonnables » pour sortir de la crise et rendre, pour toutes et tous, la société plus vivable. Une tache primordiale nous incombe durant ces deux années pendant lesquelles nous n’allons pas avoir d’élection à préparer, celle d’instituer le doute dans la tête des gens.  Nous devons montrer que des mesures, telles que le SMIC à 1700€ ou la retraite à 60 ans ne sont pas seulement équitables et justes, mais également possible à appliquer, à condition d’y mettre du courage politique. Il ne suffit pas d’avoir le meilleur programme et les meilleurs colleurs  pour conquérir le pouvoir mais que les citoyen-ne-s en soient convaincus.

Faire des actions d’éducation populaire doit être le meilleur moyen de montrer que « nous on peut ! », du titre de livre de l’économiste Jacques Généreux. Mais attention, l’éducation populaire ce n’est pas chercher à inculquer des vérités toutes faites à des individus qui seraient dépourvus de connaissances, mais d’apprendre les uns des autres. L’ensemble des savoirs peuvent se valoir, et chacun a à grandir de ce que peuvent lui apporter ses semblables, mêmes si ceux-ci ne sont pas théoriques et structurés mais de l’ordre du ressenti ou du vécu quotidien. Nous avons également à inventer d’autres manières de transmettre nos idées, développer les différentes formes « d’agit prop », de jouer des pièces de théâtre populaire, de monter des groupes de musiques … Nous devons aussi investir massivement les « nouveaux moyens de communication » car ceux-ci ont une force phénoménale pour toucher de plus en plus d’individus. En effet, les « réseaux sociaux » sur internet deviennent de plus en plus les « nouveaux espaces publics », où les idées novatrices peuvent se faire connaître et se partager.  Or le Front de gauche, en proposant la 6ème République et la Planification écologique comme élément moteur de sa politique, est la seule formation qui propose des projets dynamiques et innovants de société.

L’éducation populaire doit être le fil rouge de nos actions, l’enjeu est de montrer que nous sommes la seule véritable force de gauche qui fait passer l’humain avant les marchés financiers, avec un programme cohérent et reconnu par de nombreuses associations dans des domaines variés (France Nature Environnement, la Fondation Abbé Pierre et Osez Le Féminisme par exemple).  Quand le PS abandonne la gauche en faisant un doigt d’honneur aux travailleurs qui lui ont fait confiance, et quand que l’UMP se rapproche dangereusement, dans les idées et les actes, du FN, le Front de gauche doit être le recours social et démocratique face à la crise.

Mais pour ceux qui sont un peu perdus de ne pas avoir d’échéance électorale directe, rien ne vous empêche de réfléchir sur le moyen de faire des villes à vivre. Ces savoirs accumulés serviront aux citoyens à être conscient des enjeux politiques des prochaines élections municipales (et intercommunales) et pourront leurs servir à prendre le pouvoir ! Quant à moi,  et notamment avec ce blog dans le domaine de l’aménagement du territoire, j’essaye de prendre modestement ma part de responsabilité dans cette tache d’éducation populaire.