L’Opposition de gauche aux municipales pour continuer la Révolution citoyenne

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Qu’il semble loin le temps où nous avions enfin réussi à mettre de côté nos divergences stratégiques pour poursuivre un but commun, celui de la Révolution citoyenne. Nous savions, et notamment lors de la campagne présidentielle, que cet objectif était plus grand que chacun de nous, et même que la somme de chacun d’entre nous. La Révolution citoyenne était à la fois notre méthode d’action et notre idéologie : synthèse du socialisme, de l’écologie et des principes républicains hérités de la Révolution française. Chacune de ces trois dimensions se renforçant l’une des autres.

Les dernières séquences électorales, nous le savions aussi, n’étaient qu’une étape d’un processus long de conscientisation populaire et de mise en mouvement. Or ce processus semblait récemment s’être arrêté, comme étouffé par un manque d’ambition alimenté d’abord par la politique gouvernementale : piétinant les idéaux sur lesquels le Président de la République a été élu, effaçant toutes distinctions entre gauche et droite, et causant un profond découragement chez les moins politisés. Mais alimenté également par notre incapacité à donner de la lisibilité à notre positionnement politique. Cette absence de clarté a été longtemps renforcée par la volonté du Front de gauche de ne pas se déclarer dans l’opposition au gouvernement, prétextant (à juste titre) qu’aucun-e député-e n’a été élu-e sans les électrices et électeurs du Front de gauche, cette situation devant donner à François Hollande une responsabilité particulière vis-à-vis de sa gauche. Mais comme nous l’avons encore vu le 14 janvier 2014 lors de sa conférence de presse, le successeur du Président des riches, n’a d’oreilles attentives que pour les souhaits du Capital, fussent-ils complètement contradictoires à ceux de l’ensemble des travailleuses et travailleurs.

Contrairement à ce que pensent les manipulateurs, les élections municipales ne sont pas condamnées à tourner autour des problématiques locales, au contraire, elles peuvent être de formidables moteurs de mobilisations contre la politique du gouvernement. Les élections municipales sont des élections nationales car les budgets de nos municipalités et intercommunalités dépendent en grande partie des dotations de l’État. Qu’elles soient reversées pour faire face à un transfert de compétences (pour la dotation globale de fonctionnement), qu’elles permettent de financer la création d’équipements publics (dotation globale d’équipement) ou pour qu’elles soutiennent des territoires en difficultés (dotation de solidarité urbaine ou dotation de solidarité rurale par exemple), elles sont votées par le législateur et s’inscrivent donc dans une politique nationale. Par ailleurs, elles subissent l’austérité gouvernementale car une baisse d’1,5 milliards d’euros est prévue chaque année, réduisant par-là les capacités financières des collectivités les plus en difficultés, celles où vivent les ménages les moins « mobilisables » fiscalement.

Mais le rôle de l’État pour les collectivités territoriales ne se limite pas à la redistribution de richesses financières car il mène également des politiques publiques impactant directement les territoires : c’est la territorialisation des politiques de droit commun. L’État agit par exemple en créant des zones d’éducations prioritaires ou des quartiers prioritaires dans les quartiers populaires les plus en difficultés, ou en décidant de créer une gare nouvelle sur une ligne de chemin de fer pour désenclaver une commune. Ces exemples montrent que nos communes sont directement touchées par les politiques d’austérités (le nombre de quartiers en Politique de la ville va passer de 2500 à 1300 environ) et de l’absence de considération écologique du gouvernement. Les exemples de liens entre politique nationale et politiques locales sont tellement nombreux que ceux affichant réaliser une campagne uniquement « locale » sont des hypocrites de premier ordre. Même la hausse de la TVA impacte les budgets des collectivités !

Les listes estampillées « Opposition de gauche », rassemblant des citoyen-ne-s membres de partis politiques différents ou membres d’aucune organisation politique, doivent devenir pour les électeur-rice-s une marque de confiance. Une marque pour s’opposer à la politique gouvernementale, au productivisme qui épuise les ressources naturelles et l’humanité, à la destruction de services publics et à la mise en concurrence généralisée des territoires. Une marque pour conquérir des droits nouveaux et pour promouvoir la solidarité et une bonne qualité de vie. Parce qu’elles sont populaires et démocratiques les listes d’opposition de gauche pour les élections municipales s’inscrivent dans la marche de la Révolution Citoyenne et sont une lueur d’espoir dans ce paysage politique actuellement bien morose. Elles donnent une nouvelle visibilité à la gauche progressiste, écologique, socialiste et républicaine, celle qui préfère défendre la 6ème République que de se compromettre pour récolter des miettes de « postes ».


L’austérité entretien la crise du logement

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Chaque année, au début du mois de février, la Fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. La publication de ce rapport chiffré est un moyen particulièrement utile pour mesurer l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat et les collectivités territoriales en ce qui concerne le logement. Le « changement » de majorité politique au cours de l’année 2012 devait marquer une nouvelle façon d’agir politiquement en faveur du logement vers plus de contrôle du marché immobilier, vers plus de volontarisme dans la construction et vers plus de solidarité à destination de ceux qui n’ont plus les moyens de se loger correctement (ou de ne plus se loger du tout). Or, la Fondation Abbé Pierre est au moins aussi intransigeante que le Front de Gauche pour juger l’inaction du gouvernement et du Parti de Solferino en la matière.

Selon le rapport, il y a aujourd’hui plus de 3,6 millions de personnes en situation de mal logement, dont 685 000 privés de domicile personnel, auxquels il faut ajouter 5,2 millions de personnes en situation « de fragilité » par rapport au logement. Ces chiffres devraient entrainer une mobilisation sans faille des forces politiques au pouvoir, or les actions menées par le gouvernement sont tellement timides qu’elles peinent à masquer l’absence de volontarisme pour affronter les mécanismes du marché immobilier et les effets de la crise. Pire, la politique d’austérité pousse toujours plus loin les individus dans la « trappe » à pauvreté et à précarité, dont il devient impossible de s’en sortir, et les victimes des saccages économiques industriels, menés par les financiers, rejoignent chaque jour la troupe des mal-logés. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la peur d’être privé de domicile devienne une des craintes les plus importantes des français.

Une politique de gauche et volontariste ne peut pas être menée de manière unilatérale sans prendre en compte le contexte économique et social dans lequel elle s’applique. Face à l’austérité, à la contraction de l’économie et à la hausse du chômage, les actions politiques, telles que la publication d’une courte liste de bâtiments réquisitionables, les quelques terrains publics pouvant être cédés gracieusement aux collectivités ou la parodie de blocage des loyers, menées par la ministre du logement Cécile Duflot, apparaissent bien incapable de régler la situation et d’inverser le processus de précarisation et de « déstabilisation » des familles et des individus. Si les familles monoparentales et les jeunes restent principalement les plus touchés, les difficultés à accéder à un logement digne touchent aujourd’hui la quasi-totalité des catégories sociales, et même des travailleurs « stables ».

Si le gouvernement actuel a, il est vrai, hérité d’une partie des conséquences de la crise financière et économique, son inaction d’aujourd’hui est de sa propre responsabilité. La volonté de faire passer le taux de TVA à 10% (au lieu de 7% sous Sarkozy) en 2014 sur des secteurs comme le bâtiment et les travaux publics entrainera sans doute un frein aux travaux de mise aux normes écologiques et de confort des logements, et portera un coup supplémentaire à ceux qui envisageraient de sortir d’une situation de précarité énergétique. De plus, la baisse conséquente des dotations de l’Etat accordées aux collectivités territoriales (entre 750 millions et 1,5 milliards d’euros de baisse par an en 2014 et 2015), risque également de rendre difficile la mise en œuvre des projets de construction de logements sociaux des collectivités locales.

En plus d’une inaction criante pour lutter contre les processus spéculatifs du marché immobilier et pour réaliser les 500 000 logements par an promis par le candidat solférinien (le gouvernement peine à en prévoir la construction de 300 000), l’orientation politique social-libérale du Président de la République et de ses ministres aggrave la situation. Dans les pas de Nicolas Sarkozy, François Hollande persiste à mettre les territoires en concurrence les uns aux autres. Le projet « d’acte III » de Décentralisation en visant à faire des régions des autorités régulatrices du logement participe à la croissance des inégalités et à la hausse des loyers dans les zones en tensions, zones où se concentrent les emplois.

Le diagnostic de la situation et de son action est accablant pour un gouvernement qui s’affirme comme étant « de gauche » et Cécile Duflot n’est malheureusement pas la seule à avoir une muselière. Une véritable politique en faveur du logement et alternative à la logique capitaliste doit commencer par rompre avec l’austérité. Ce n’est qu’une fois cette première étape réalisée qu’il sera possible de mettre en place des actions spécifiques pour lutter contre la crise du logement telles qu’un plan volontariste de construction de logements sociaux, un encadrement (et une baisse dans certains endroits) strict des loyers sur le marché privé, une loi de réquisition des logements vacants et la création d’un service public national et décentralisé du logement. Ces quelques mesures, non exhaustives, montrent que la crise du logement n’est pas une fatalité, le pouvoir politique peut en venir à bout, à condition de le vouloir.