Open Data, une avancée démocratique à approfondir

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Vous avez surement entendu parler de « l’Open Data » ou en français des « données ouvertes » qui correspondent à l’action de mettre à dispositions des citoyens, consommateurs et/ou usagers les « données brutes » collectées, servant à la prise de la décision. L’Open Data est en développement constant et est notamment conforté dans (l’horrible sur bien d’autres points) avant-projet de loi sur « la décentralisation et réforme de l’action publique » dit « Acte III de la décentralisation » stipulant que les collectivités territoriales doivent obligatoirement offrir à la réutilisation du public les données publiques au format numérique. Mais l’émergence de l’Open Data dans les collectivités territoriales n’est que la suite logique d’une tendance apparue au niveau de l’Etat mais encore trop faiblement mise en œuvre.

Bien plus qu’une lubie de geeks à lunettes, l’Open Data est une avancée pour le citoyen car elle permet une amélioration de l’information, pilier central de la démocratie, sans laquelle aucune prise de décision raisonnée n’est possible. L’ouverture des données institutionnelles permet d’avoir accès à des « données brutes » et notamment financières encore trop souvent maquillées voire cachées aux administrées. Celle-ci permet également d’être un point d’appui politique à l’élaboration de contre-propositions en terme de gestion et pour montrer qu’une autre politique est possible que celle qui est actuellement menée. Elle apparaît donc importante pour les militants et partis de gauche progressistes qui veulent faire acquérir de nouveaux droits aux citoyens et qui doivent faire face au scepticisme de la population. Dans un Monde où règnent le chiffre et le calcul cela permet de donner une crédibilité « scientifique » aux projets politiques.

Cependant certains individus, car ils n’ont pas les capitaux culturels ou sociaux suffisants, peuvent vite se sentir incapables de faire une lecture correcte de ces données brutes. Les militants politiques et associatifs ont un rôle important à jouer pour donner des clés de lecture. L’éducation populaire permet de passer d’une situation ou l’Open Data ne sert qu’à une minorité de « savant », à une situation où elle sert de fondation argumentative à une multitude de citoyens pour critiquer (positivement ou négativement) une action politique. Le travail du militant face aux données ouvertes est donc double : en faire une lecture politique puis travailler à la transmission de celle-ci.

Mais en plus des inégalités liées aux capitaux des individus il existe des inégalités territoriales. Si la mise à disposition des données ne semblent pas poser de problèmes aux « grosses » collectivités, c’est autrement plus difficile pour les « petites » qui n’ont pas forcément informatisées l’ensemble de leur gestion. De plus, la différence des formats de fichiers utilisés entre les collectivités rend difficile leur comparaison, et ceux-ci sont souvent des formats « propriétaires » fermés nécessitant des logiciels onéreux pour leur lecture. De la même manière qu’il faut développer l’utilisation de « logiciels libres » dans les collectivités territoriales, le développement de l’Open Data pour les plus « pauvres » d’entres elles doit demander un effort de l’Etat en termes d’aide financière et technique (et notamment pour la formation). Or la position actuelle du gouvernement est d’avantage celle du retrait et de la mise en concurrence que celle de la solidarité territoriale.

Enfin d’autres limites peuvent apparaître en ce qui concerne le respect de la liberté individuelle : il n’est pas envisageable de diffuser l’ensemble des données disponibles afin de protéger la vie privée des individus. L’Open Data doit s’inscrire dans les cadres stricts du respect du secret statistique. Il ne faut pas non plus tomber dans les travers de ce que l’on pourrait appeler une « gestion techniciste » qui correspondrait à vouloir à tout prix, par exemple, une rentabilité aveugle et une baisse des dépenses pour apparaître comme un « bon élève gestionnaire ». Il faut laisser des marges de manœuvre humaine, les élus ne doivent pas devenir les exécutants de systèmes informatiques mais l’inverse.

L’Open Data est, je pense, un outil dont la démocratie, locale comme nationale, ne peut pas se passer car elle donne au citoyen un pouvoir primordial : celui de remonter à la source d’une information et d’en faire sa propre interprétation. Elle donne également aux forces politiques des moyens de proposer des alternatives concrètes (et notamment aux budgets d’austérité) basées sur des chiffres précédemment relativement difficiles à obtenir. Mais ne nous arrêtons pas là, demandons plus de transparence partout où cela est nécessaire. L’Etat et les collectivités territoriales montrent un exemple, suivons le et exigeons des entreprises privées (et notamment celles qui vivent grâce à l’impôt via des délégations de service public ou des PPP par exemple) le même effort !

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Faire de la politique pour favoriser l’implication populaire

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Alors qu’elles devraient être le cœur même du peuple, les classes populaires sont souvent les plus éloignées du système politique traditionnel « représentatif ». Cette situation se vérifie notamment par les taux d’abstention toujours plus important à chaque élection où seule l’élection présidentielle semble échapper. Or celle-ci, par sa personnalisation effrénée, tant à limiter la politisation des enjeux économiques et sociaux pour des considérations de personnes, pour des postures voire des sentiments. Les élections législatives, d’avantages portées sur des éléments programmatiques, subissent pour leurs parts des taux d’abstention catastrophiques dépassant souvent 50% dans les quartiers populaires. Cette abstention témoigne et accompagne un sentiment profond de déclassement et d’exclusion des classes populaires qui, fuyant un débat qu’elles on peur de ne pas maitriser, préfèrent affirmer qu’elles « ne font pas de politique ».

Mais contrairement à ces affirmations qui témoignent d’un profond manque de confiance en ses capacités d’actions, la classe populaire a toujours été, et reste encore aujourd’hui, une classe profondément politisée qui comprend ses intérêts de classe (sans forcément trouver les moyens de les défendre). Cette conscience de classe s’exprime par les résultats électoraux des quartiers populaires votant principalement, poussée par la raison de leurs intérêts, pour la gauche, toutes orientations confondues (environ 75% en « cumulé » à l’élection présidentielle dans les quartiers populaires). Elle s’exprime également par le bouillonnement associatif et communautaire (à ne pas confondre avec « communautariste ») dans des domaines divers et variés. Cette conscience de classe s’exprime, mais s’exprime donc hors des cadres politiques traditionnels tels que les mouvements sociaux, l’adhésion à un parti politique voire même hors de la participation électorale via le vote.

Or si les classes populaires se trouvent si loin des formes de participation politique cela s’explique, en partie, par l’énergie développée par l’oligarchie pour éloigner le peuple des instances de décision. Le premier obstacle à franchir est celui de la technicité du discours qui empêche le « profane » de s’exprimer car il se trouve dans la crainte de ne pas comprendre l’ensemble des enjeux qui lui sont soumis. Cette technicité apparente du discours accompagne la professionnalisation de la vie politique, avec des élus « professionnels » qui défendent leurs positions et leurs « intérêts corporatistes » en verrouillant et en bloquant l’émergence de voix nouvelles. L’émergence est d’autant plus difficile pour les individus issus de classe populaire qui ne partagent pas le « langage politique » qu’il est possible d’acquérir dans les « canaux traditionnels » de la carrière politique qu’ils soient « scolaires » (Instituts d’étude politique, universités, etc.) ou « organisationnels » (comme le « syndicalisme étudiant »).

La 6ème République que nous appelons de nos vœux remettra au centre du système de décision politique les classes populaires. Mais en attendant la prise du pouvoir par le peuple, nous devons militer contre le cumul des mandats (en nombre mais aussi dans le temps) pour décloisonner les potentiels politiques mais également faire un travail particulier d’éducation populaire. Ce travail doit s’appuyer sur deux mécanismes : fournir aux citoyens une grille de lecture politique claire et dépolluée du discours dominant, qu’ils pourront s’approprier et transmettre ; et former les militants politiques à la simplification et à l’explication des écrits. Faire de l’éducation populaire c’est rendre accessible l’information « à tous » pour que chacun puisse former sa conscience à la décision politique. Il ne s’agit pas de mépriser l’intelligence collective du peuple mais de sortir d’une logique de discours à destination des « bac +5 ».

Favoriser l’implication populaire c’est aussi faire de la politique, c’est à dire donner à voir les oppositions entre les idéologies. Les alternances sans fin et qui ne changent rien, entre l’UMP et le PS, donnent du grain à moudre au discours ambiant de l’impuissance politique et légitiment finalement les positions abstentionnistes (« à quoi ça sert de voter si c’est pour qu’ils fassent la même chose ? »). Faire de la politique c’est montrer qu’il est possible de faire autrement que ce qui est mis en place par l’oligarchie. Cela demande une rigueur sans faille dans la démonstration de nos propositions (le contre-budget du Parti de Gauche présenté à la fin de l’année 2012 relève de cette logique) et une implication des travailleurs. Nous ne sortirons pas de l’impasse écologique vers laquelle le capitalisme nous pousses si nous ne nous appuyons pas sur la richesse des expériences des ouvriers, employés et cadres des entreprises privés comme publiques, et sans réhabiliter le temps long de la décision. C’est en cela que l’implication politique de tous est une nécessité.


Ils nous racontent des histoires

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Si le demi-tour du gouvernement sur la nationalisation de Florange était prévisible, il n’en demeure pas moins un bon indicateur de la posture actuelle des socio-libéraux : à défaut d’actions concrètes en faveur du peuple qui les a mené au pouvoir, ils se cantonnent à jouer les compteurs et prient pour que l’opinion publique tombe dans l’illusion. Dans son livre « Storytelling, la machine à fabriquer des histoires et formater les esprits »  paru en 2007, l’intellectuel français Christian Salmon nous décrit comment les industriels puis les politiques sont passés en terme de marketing, de la promotion d’un produit ou d’une marque, au fait de vendre « des histoires » aux consommateurs (ou citoyens). A défaut de vouloir faire une politique réellement « socialiste » qui demanderait d’affronter les marchés financiers et la cupidité de certains grands patrons cyniques, le gouvernement cherche à nous raconter une belle histoire, celle du « changement », et à brouiller les pistes entre les discours et les actes.

Si cette attitude pouvait faire illusion au début de l’été avec notamment la hausse (minime) du SMIC et l’abrogation de certains mesures les plus injustes du gouvernement précédent, le vote du TSCG à la rentrée et le vote d’un projet de loi de finance d’austérité pour 2013 finissent de nous révéler la vérité de « l’histoire » du Parti du socialiste. Je comprend que pour certain cette histoire semblait rassurante (à défaut d’être vraiment attirante) pendant la campagne présidentielle : à force de se voir répéter à longueur de journée par des médias complaisant le risque de voir Marine Le Pen accéder au second tour, François Hollande semblait être un bon compromis entre une « politique de gauche » et une possibilité d’avoir un candidat de « gauche » au second tour. D’autant plus que les journalistes serviles du bipartisme dominant n’ont cessés de répéter qu’il était fou d’espérer voir le candidat du Front de Gauche au second tour, qu’il fallait être « raisonnable ».

Cette histoire a pu paraître crédible aux yeux de certains citoyens car elle s’appuyait sur un récit qui semblait être cohérent, avec comme point d’orgue le discours du Bourget du 22 janvier 2012 dans lequel le candidat Hollande annonçait que son « adversaire » était « le monde de la finance » et que la hausse de la TVA était « inquiétante » car concernait tous les français. Ce discours, complété les dernières semaines par un clip de campagne officiel faisant appel à tous les symboles historiques du socialisme triomphant (Révolution française, Jaurès, Front populaire, sécurité sociale…), a surement été suffisant pour faire croire aux électeurs de gauche que le candidat du Parti dit socialiste allait mener une politique de gauche.

Or nous, au Front de Gauche, nous n’avons pas cessé de crier nos mises en garde. Nous avions analysé la trajectoire longue mais franche de François Hollande vers la social-démocratie, celle qui a comme principales inspirations non pas Rosa Luxembourg, mais les politiques mises en œuvres par Anthony Blair au Royaume Uni, Gerald Schroeder en Allemagne et même le Parti démocrate américain. Nous avons voté pour François Hollande au deuxième tour de l’élection présidentielle, non pas parce que l’on adhérait à sa politique ou que l’on espérait quelque chose de lui, mais uniquement pour éjecter Nicolas Sarkozy et sa politique toujours plus proche de celle de l’extrême droite. D’inspiration idéologique marxiste nous savons que seul compte les faits, et que pour lutter contre le « monde de la finance » nous n’avons pas besoin d’un socialisme qui raconte des histoires mais d’un socialisme qui agit. Les récits et symboles doivent uniquement servir à créer une culture populaire commune, à l’inscrire dans une histoire longue pour donner du sens à l’action politique des individus.

Si les modes de scrutin pour les élections présidentielle et législatives, antidémocratiques et monarchiques, nous ont empêché d’avoir une représentation parlementaire correspondante au poids de nos idées dans la société, contrairement aux « socialistes » nous ne somme pas dans la fiction mais nous proposons des actions concrètes et radicales pour sortir de la crise et de l’austérité. Le contre-budget du Parti de Gauche présenté il y a quelques semaines en est l’exemple le plus palpable. Ce contre-budget s’inscrit dans une volonté globale d’avoir comme principe d’action politique la radicalité concrète, de faire « la Gauche par l’exemple » en s’insérant dans l’héritage du socialisme historique.

Car raconter une histoire, plutôt que d’œuvrer concrètement, permet au gouvernement de faire croire au peuple qu’il agit sans avoir à se mettre à dos ses amis du « monde de la finance », qui pour sa part, n’hésite pas à sortir ses gros sabots quand une mesure lui déplait. Le récit politique a des facilités à se développer car il sied particulièrement bien au format médiatique qui adore les histoires, bonnes ou mauvaises. Les évènements récents pour la succession à l’UMP, présentés sous la forme d’un feuilleton en plusieurs actes, font le beurre des marchands de papier et d’images, mais le citoyen n’en est pas plus informé pour autant sur les raisons profondes de ce déchirement et sur la crise des partis dominants. La politique s’apparente de plus en plus au marketing, les décideurs écrivent une histoire qu’ils doivent ensuite vendre aux consommateurs-citoyens, ces derniers devant s’identifier au récit. Présenter une histoire contradictoire permet à l’UMP et au PS de sur-jouer leurs (petits) désaccords, tandis que leurs nombreux points d’accords (tel que le choix d’une politique de l’offre, la préservation des intérêts des financiers sur ceux des travailleurs…) sont passés sous silence. C’est la victoire de la société du spectacle, et ce n’est pas l’histoire mensongère du « renouveau démocratique » du rapport de la commission Jospin qui risque de modifier cette situation.


18 mars, une date pour tourner la page et faire (re)vivre la démocratie

Quelle bouffée d’oxygène que ce grand rassemblement qui se prépare. Quel plaisir de voir enfin réunie la grande majorité de l’autre gauche dans un objectif qui dépasse le simple replâtrage du système pour celui d’un bouleversement de nos institutions. Cette Révolution citoyenne est le passage obligé d’un système démocratique à bout de souffle où les volontés populaires sont, soit complètement ignorées soit bafouées allègrement. Alors que la légitimité des dirigeants devrait être la base du pouvoir politique, l’oligarchie au sommet de l’Etat n’en a plus, et malgré tout s’attache à remettre en cause les acquis démocratiques de décennies de luttes sociales. Face à cette situation il n’est pas étonnant que de plus en plus de nos concitoyens se détournent de la participation électorale et que l’abstention constatée grandie d’élections en élections. Et ce sont encore une fois les classes populaires qui en sont les principales victimes. A l’inverse c’est quand le débat démocratique se crée et se développe dans l’ensemble de la population que les taux de participation sont les plus élevés. Le référendum de 2005 portant sur la ratification du Traité constitutionnel européen est un événement exemplaire car malgré une campagne de la classe médiatique dominante défendant corps et âme la position du « oui », l’appropriation populaire du débat a permis la victoire du « non » avec une participation de près de 70% (et ce malgré la véritable complexité du document proposé au vote).

Cette marche du 18 mars est une façon de montrer aux « belles personnes » (Terra Nova, Think Tank proche du PS en tête) que la classe populaire, classe sociale la plus nombreuse est capable de prendre en main son destin et d’agir, non pas pour ses intérêts propres, mais pour l’intérêt général. Il s’agit pour le peuple de reprendre le pouvoir, de lutter contre le régime de monarchie présidentielle qu’impose la Vème République critiquée par Mitterrand dans son livre « le Coup d’Etat permanent » (1964) comme une « dictature » où le général de Gaulle était décrit comme un « putschiste ». En mettant en avant cet élan populaire, le Front de gauche marque une rupture forte avec la gauche libérale du Parti socialiste qui se refuse à modifier les institutions actuelles, et qui en organisation des primaires confirme son ancrage dans ce système. Par ailleurs l’organisation ce type de scrutin pour désigner le candidat à la présidentielle du parti marque à mon sens la fin du caractère militant de celui-ci pour se déplacer vers un caractère d’organisation d’élus et de notables (à quoi bon militer pendant des années quand une bonne stratégie de communication permet de s’assurer l’investiture « suprême »). C’est aussi contre cette stratégie du PS, ignorant les « forces vives » de la gauche que représentent les militants, les organisations syndicales ou associatives, intellectuels, classes populaires et j’en passe, que la marche du 18 mars s’impose dans la campagne électorale comme une voie démocratique nouvelle.

Aujourd’hui le Front de gauche est la seule force politique mettant au centre de son programme un processus constituant dans le but d’élire une Assemblée constituante, elle même chargée d’établir une nouvelle Constitution : la Constitution de la VIème République. De toute évidence, cette Constitution, devra remettre au centre des institutions les droits des femmes et des hommes, le respect de la nature, garantir de nouveaux droits pour les citoyens en matière d’action politique (en favorisant les initiatives citoyennes par exemple), sortir de la logique libérale de l’accumulation sans fin et du productivisme pour aller vers une plus grande démocratie dans les organisations économiques et financières et enfin réaffirmer la souveraineté populaire à la fois au niveau international, contre les « instances de la finance » (G20, FMI, OMC … ) et au niveau local en favorisant encore la libre administration des collectivités territoriales. L’enjeu fondamental de cette nouvelle Constitution sera de redonner le pouvoir au peuple confisqué par une oligarchie au service des actionnaires des grandes entreprises capitalistes. En reprenant le pouvoir, c’est l’intérêt général du grand nombre qui triomphe des intérêts particuliers du petit nombre de possédants.

Comme en 1789, 1792, 1848, 1870 et 1946, le Front de gauche vous propose de faire avancer l’histoire vers le progrès humain. Et quoi de mieux que cette date du 18 mars, date du soulèvement populaire en 1871 de la grande Commune de Paris. Celle-ci permit pendant quelques mois de formidables avancées démocratiques en matière d’émancipation des femmes, de liberté de la presse, de laïcité, d’organisation du travail mais surtout en matière de démocratie où l’on trouva, parmi les 92 membres du Conseil de la Commune, de nombreux élus issus des classes populaires et notamment 25 ouvriers. Revenons donc tous, et tous ensemble, le 18 mars à la Bastille pour faire perdurer l’héritage glorieux des luttes ouvrières et sociales et, tournons la page de cette Vème République monarchique et antidémocratique.

(Et en cadeau bonus, les photos de l’enregistrement à l’Usine du clip de la chanson « Reprenons la Bastille » des copains du groupe l’Art mais Rouge !)


Cassons les sondages avant qu’ils ne détruisent la démocratie.

Le recours aux sondages est aujourd’hui une pratique courante des journalistes. Souvent contradictoires, ils sont sensés témoigner des idées de « l’opinion » à un moment donné sur un sujet particulier ou sur la cote de popularité d’un individu. Les périodes électorales sont celle où la production sondagière est la plus forte. Or déjà dénoncée par Pierre Bourdieu en 1972, cette pratique  se voulant objective n’est en réalité pas neutre politiquement, voire même apparaît dangereuse pour notre démocratie.

Les sondages sont d’abord une somme d’imperfections techniques. Cela m’étonne que certains y croient encore tant les erreurs des sondages ont été grossières ces dernières années. Pour l’élection présidentielle de 1995 Balladur était « ultra favoris », c’est finalement Chirac qui l’a emporté, en 2002 personne n’imaginait se retrouver avec Le Pen au second tour et en 2005 le « non » aurait du, si l’on en croit les prévisions, être écrasé par le « oui » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (il fut en revanche écrasé médiatiquement). Plus récemment, aucun sondage n’avait prévu le score relativement élevé d’Arnaud Montebourg à la primaire du Parti socialiste. Des raisons techniques expliquent cette imprécision. Pour réduire les couts, les échantillons, sensés représentés l’ensemble des composantes du corps électoral, sont de plus en plus réduits et cela entraine par ce fait une augmentation des marges d’erreur. La sélection par quotas en fonction de critères particuliers se traduit concrètement par une sous représentation des classes populaires. Enfin pour lutter contre les non-réponses les « instituts » de sondage vont faire des « redressements », c’est à dire augmenter un chiffre qu’ils jugent trop faible par rapport à leurs intuitions (c’est le cas très souvent avec le Front National).

Si les entreprises qui vendent des sondages aux médias se revendiquent comme des instituts cela est une duperie. En effet, elles vont chercher à se donner une légitimité institutionnelle voire scientifique en utilisant le terme « institut » alors que nous avons à faire à de véritables entreprises pour lesquelles la rigueur scientifique n’est que le cadet de leurs soucis. Dans un marché aussi concurrentiel que celui des sondages ce n’est pas la pertinence d’un résultat qui fait la une, mais le spectaculaire ! Les entreprises sondagières vont donc chercher à favoriser le sensationnel contre toute réflexion de fond. Il aussi nécessaire de comprendre que pour ces entreprises spécialisées dans la communication les sondages d’opinion ne sont que des produits d’appels, visant à leur assurer une publicité. Leurs véritables sources de revenus étant les études de marchés réalisées pour d’autres entreprises. Dans la société du spectacle le sondage n’est qu’un produit commercial comme un autre.

Mais le sondage peut aussi apparaître comme un instrument au service des puissants, de l’oligarchie. Il est intéressant de regarder qui sont les propriétaires des instituts de sondages. Par exemple, l’institut CSA est détenu par le grand ami du président des riches Vincent Bolloré. L’institut IPSOS pour sa part possède au ¾ de la valeur de son capital, la présidente des casseurs de droits sociaux, Laurence Parisot. Or, ces individus, membre de « l’oligarchie triomphante »,  affirment clairement leurs idéologies néolibérales. Sous l’apparente neutralité c’est tout un système de manipulation de l’opinion qui est mis en place. D’autre part, la nécessité de pouvoir traiter l’information rapidement (et si possible avec l’aide d’ordinateur) interdit les « réponses ouvertes » et agit sur la forme des questions. Or en orientant une question de telle ou telle façon il est possible d’obtenir la réponse que l’on souhaite obtenir. D’autre part, en forçant une réponse qui n’apparaît pas naturelle pour l’individu au premier regard on force l’opinion à se construire d’elle même. En annonçant un évènement on finit par le faire se produire. C’est le concept de la prophétie auto réalisatrice bien connue des sociologues et c’est ce à quoi on nous pousse pour nous empêcher de décider par réflexion personnelle (en légitimant certains candidats ou idées plutôt que d’autres).

Nous devons faire preuve d’une vigilance citoyenne à toute épreuve pour lutter contre toutes les formes de manipulation. Pour cela il est nécessaire de faire la lumière sur les méthodes et les objectifs de cette Société sondagière d’autant plus que les manœuvres deviennent de plus en plus grossières. Lundi 9 janvier, le quotidien Libération, en titrant, après avoir considéré les « probablement pas » comme des « oui »,  que 30% de la population pourrait voter Le Pen, nous voyons que l’attention est de mise ainsi que le travail à réaliser important pour déconstruire le mythe de l’objectivité des sondages.

Ne ratez pas mercredi 25 janvier 2012 à 16h45. à l’Université d’Evry Val d’Essonne une conférence de Richard Brousse, co-auteur avec Alain Garrigou de l’ouvrage « Manuel anti-sondage, La démocratie n’est pas à vendre », organisée par l’association UFR0, association d’éducation populaire sur l’Université d’Evry.


La gouvernance contre la démocratie

PS: Je m’excuse par avance, ce texte a été écrit il y a quelques temps, je me décide à le poster avec un peu de retard.

Comme un coup de semonce le fameux philosophe allemand Jürgen Habermas déclarait dans une tribune publiée sur le site internet du Monde, le 17 novembre 2011, que la gouvernance était un « euphémisme pour désigner une forme dure de domination politique ». Alors que cette notion apparaît pour les différents « penseurs » du développement durable comme le symbole même de la modernité participative, celle où enfin tous les exclus du Monde (pas le quotidien) pourrait s’exprimer dans un superbe consensus, voilà qu’un des plus grands penseurs de notre siècle (enfin surtout du précédent) jette un pavé dans la marre, passé (presque) inaperçu. Pour resituer le contexte l’intellectuel revenait sur les différents accords entre les pays européens pour gérer les coups d’états des marchés financiers.

Le terme gouvernance qui pourrait sans difficulté entrer de le dictionnaire de la Novlangue (inventé par Georges Orwell pour son roman d’anticipation 1984 vise a modifier la façon de s’exprimer pour rendre impossible l’expression d’une pensée révolutionnaire) est d’inspiration néolibérale et a particulièrement la « cote » auprès de ces derniers. Celui-ci va se développer dans un premier temps dans le monde de l’entreprise avec comme objectif de favoriser la participation de tous au processus de décision. Mais attention, il n’y a aucunement une volonté de remettre en cause l’absence de démocratie dans l’entreprise mais juste d’améliorer l’implication des employés dans leur travail et donc le profit de cette dernière. Progressivement la gouvernance va se développer à d’autres institutions et à la « société toute entière » avec comme objectif de faire reconnaître une voix démocratique à des acteurs économiques et institutionnels. Pour faire simple, c’est l’intégration du capitalisme dans les processus de décision politique.

La gouvernance n’est donc qu’un substitut à la démocratie, parfaitement adapté à un système politique oligarchique basé sur le « capital social » des individus, c’est à dire sur leur facilité à faire marcher leurs relations dans un sens ou un autre. D’une manière concrète cela peut se traduire par une gestion élitiste des affaires au détriment du peuple tout entier. Dans le monde du travail nous allons par exemple assister, et comme le souhaitent le MEDEF mais aussi certains (socio)libéraux, à une supériorité juridique du contrat et de l’accord individuel contre la loi générale et protectrice pour les travailleurs. Marie-Claude Smouts, directrice de recherche au CNRS, parle du « piège de la gouvernance » et d’un « outil idéologique pour une politique de l’Etat minimum ».

Au niveau local, celui du quotidien, la notion de gouvernance est loin de réaliser l’idéal libertaire de participation autogérée des habitants et ce malgré une augmentation visible de la volonté de participation citoyenne des habitants. Les différents exemples de « démocratie participative » montre à l’inverse une recherche de contrôle par les élus locaux dans le but d’empêcher l’émergence de contre-pouvoirs réels. Ce contrôle se fait par l’installation de cadres stricts et rigides et concernant des sujets souvent sans réels enjeux. Il n’est pas rare que l’on demande à un Conseil de quartier de choisir la forme des bancs que l’on a prévu d’installer, le « fond politique » est évité. La frontière entre participation citoyenne véritable et « communication politique » est parfois mince. Enfin si certaines instances de participation semblent attirer un succès important, ce dernier masque une croissance des inégalités entre les intégrés qui participent d’avantage et les exclus qui participent de moins en moins.

La participation de l’ensemble des habitants nécessite que l’on lutte contre les exclusions des plus précaires en leur garantissant le droit à la ville par des politiques de services publics efficaces et par l’abolition des craintes face au logement. C’est seulement après avoir transformé la vie des exclus de la « citadinité » que ceux-ci s’intéresseront « naturellement » à la vie démocratique de la cité. L’émancipation urbaine passe par une réappropriation des « affaires de la cité » par les habitants eux-mêmes et cette question doit être au centre des réflexions pour la refondation Républicaine que l’on souhaite.