Intercommunalité : c’est pas la taille qui compte

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Si vous habitez dans la région parisienne, et à plus forte raison dans « l’unité urbaine de Paris », vous avez surement remarqué qu’une âpre bataille politique a actuellement cours au sein des différentes assemblées des collectivités locales. En effet, suite à la loi MAPTAM de « modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles » (sic), les intercommunalités de grande couronne doivent être, selon les termes de la loi, « rationnalisées » (les intercommunalités de petite couronne étant aspirées par la Métropole du Grand Paris). Prenant particulièrement à cœur son rôle de rationalisateur en chef, le Préfet de région a publié à la fin du mois d’août une carte profondément remodelée des l’intercommunalité en Ile-de-France, celles-ci ayant en moyenne triplées de volume (mention spéciale pour celle de 800 000 habitants allant de Saint-Quentin-en-Yvelines à Massy en passant par Versailles).

Si la question de la taille des intercommunalités se pose à l’heure actuelle dans le débat politique en Ile-de-France, elle émerge aussi progressivement dans le reste de la France, le projet de loi portant Nouvelle Organisation Territoriale de la République (NOTRE), actuellement en débat au Parlement, prévoyant un seuil minimum de 20 000 habitants pour l’ensemble des structures de coopération intercommunale. Bien qu’étant pour l’instant cantonné aux cénacles de notables locaux, le débat pourrait, comme pour la région parisienne, prendre une tournure (relativement) citoyenne dans les prochains mois.

S’il paraît légitime de se poser la question de la taille de nos structures institutionnelles, nous ne devons pas en faire un point central de notre lutte politique contre cette réforme territoriale globale. J’aurais même tendance à penser que c’est une question secondaire sans réelle importance si elle est déconnectée des autres objectifs. En effet, aller sur ce terrain c’est se retrouver aux milieux de guerres de monarques locaux, d’avantages concernés par la préservations de leurs indemnités d’élus (oui ça rapporte pas mal d’être Président d’agglo) que par la question de l’échelle pertinente pour mettre en œuvre des services publics efficaces. C’est également renforcer les esprits de chapelles toujours prompts à mettre en avant des prétendues spécificités territoriales (« nous ici nous avons un cadre de vie particulier ») pour refuser les rééquilibrages financiers, de logements, etc., entre les communes les plus riches et les plus pauvres.

A l’inverse, nous devons plutôt nous intéresser au contenu : c’est à dire aux compétences exercées et aux projets politiques des différentes collectivités. La taille des agglomérations, et de manière générale des collectivités territoriales, n’est pas une fin en soi. Seul compte ce que nous en sommes en mesure d’y faire. Les questions d’aménagement et de planification écologique doivent par exemple être pensées à une large échelle. De même pour celles liées au développement de services publics en régie, nécessitant souvent une ingénierie particulière dont les petites collectivités sont régulièrement dépourvues. Or, si des intercommunalités de plus grandes tailles peuvent venir appuyer un projet politique éco-socialiste, c’est loin d’être l’objectif du gouvernement actuel (qui s’inscrit parfaitement dans la continuité du précédent).

La réforme territoriale doit être combattue pour ses buts : créer de grandes intercommunalités pour être « compétitif » dans la compétition généralisée entre les territoires, détruire l’unité de la République en permettant « l’adaptation » des normes et des règles de chaque territoire aux volontés des entreprises locales, affaiblir les échelons les plus démocratiques (la commune notamment), etc. Ne rentrons pas dans des combats de notables qui ne nous concernent pas et qui, de toute façon et comme d’habitude, finiront par s’entendre. Tachons d’élever le débat, de réfléchir aux « bassins de vie » et aux usages et déplacements des habitant(e)s pour le travail et les loisirs. Impliquons les citoyen(ne)s à travers des assemblées locales pour la 6ème République et utilisons les élections de 2015 comme des arènes démocratiques.

Si la question de la taille des intercommunalités n’est pas primordiale (une plus petite intercommunalité ne serait pas « de fait » plus vertueuse), nous devons cependant être exigeant sur le respect des conditions d’expression démocratique. L’élargissement des périmètres entrainant deux écueils majeurs : l’éloignement potentiel des lieux de décision des citoyen(ne)s et la réduction de nombres d’élus des petites communes (même si leur poids relatif augmente). Sur ce dernier point, des élus (notamment ceux issus des listes d’opposition) risques de se retrouver éjecter des nouveaux conseils communautaires élargis, au détriment du pluralisme politique. La lutte contre l’éloignement des lieux de décision doit être l’occasion de revoir en profondeur le fonctionnement des structures locales de décision en impliquant d’avantage les habitant(e)s et usager(e)s des services publics.


Contre la métropolisation la gauche doit penser son modèle d’aménagement

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Cela fait plusieurs mois déjà, modestement via quelques articles sur ce blog, que j’essaye de vous mettre en garde contre le phénomène (et l’idéologie qu’il sous entend) de « métropolisation ». En effet, la prise de conscience des éléments qui caractérisent ce modèle urbain, particulièrement anti-social et anti-écologique, comme la concurrence généralisée des territoires, l’ultra-spécialisation économique, l’accaparement de la décision démocratique par une oligarchie locale, la ségrégation socio-spatiale, etc., commence à se développer chez les citoyennes et citoyens de gauche. Les nombreux débats qui ont eu lieux au cours du Remue-Méninges du Parti de Gauche et des Estivales du Front de Gauche, portants sur l’Acte III de « décentralisation », sur l’aménagement du territoire, la crise du logement, ont tous témoignés d’une forme de consensus, déjà pour refuser les modèles d’aménagement défendus par la droite et les solfériniens, puis ensuite pour réfléchir à un modèle urbain alternatif.

S’il existe des militants et sympathisants de gauche qui, par ignorance plus que par adhésion au modèle capitaliste d’aménagement, pensent qu’il est nécessaire, pour réduire le chômage, de favoriser la croissance économique, par l’inscription des différents territoires et grandes villes dans une logique compétitive. Ceux-ci se laissent convaincre par leurs camarades et deviennent de plus en plus minoritaires à défendre cette position. Les questions de la démocratie et de l’implication populaire sont, pour des forces politiques qui luttent pour la mise en place d’une assemblée constituante et d’une 6e République, particulièrement centrales. Seule la confrontation d’arguments de raison doit faire partie de notre méthode, pour convaincre et faire émerger nos idées, et c’est ce qui a été fait lors de ces rencontres. La démocratie doit être la clé de voute de l’ensemble de notre corpus idéologique, celle sans qui rien n’est possible, celle sans qui rien n’est légitime.

Depuis le XIXème siècle il a toujours existé une pensée alternative à l’aménagement capitaliste, plus ou moins socialiste (ou socialisante), plus ou moins paternaliste. Déjà en 1872, Friedrich Engels faisait dans La question du logement le lien entre la condition sociale ouvrière, les rapports sociaux d’exploitation et l’organisation spatiale (sous l’angle du « marché du logement »). D’une autre manière, le XIXème siècle est aussi celui des utopies habitantes comme les « phalanstères » imaginés par le « socialiste utopique » Charles Fourrier. L’organisation de l’espace traduisant spatialement les rapports sociaux, il est essentiel pour la gauche de penser et d’inventer un modèle d’aménagement différent de celui porté par le capitalisme et le libéralisme. Cette réflexion urbanistique s’inspire et inspire une réflexion plus globale sur l’éco-socialisme. En effet, la politique d’aménagement se renforce par les différents travaux menés pour élaborer cette « doctrine » en même temps qu’elle renforce les autres thématiques. Or les questions d’organisation spatiale (peut importe l’échelle), parce qu’elles semblent trop « techniques », rébarbatives ou déconnectées des préoccupations quotidiennes des citoyennes et citoyens, sont trop souvent ignorées dans les évènements de formation organisés par les partis de gauche.

Bien que l’élaboration programmatique soit constante au sein du Parti de Gauche (et au Front de Gauche évidemment) elle ne reste pas moins dépendante de conditions externes, d’événements particuliers qui facilitent la prise de conscience et favorisent l’action. La relative proximité temporelle avec les élections municipales prochaines permet de créer ces synergies entre nécessités d’actions (qu’est ce que je propose, en tant que candidat Front de Gauche, comme programme de rupture avec le capitalisme au niveau de ma commune) et réflexions idéologiques plus globales et de plus long terme, et par conséquence, rend possible l’appréhension de nouveaux questionnements. Les différents ateliers de formation aux radicalités concrètes pour les élections municipales ont témoignés de cette recherche permanente, de prise de hauteur conceptuelle par rapport à des actions concrètes et/ou de traduction de terrain de réflexion « hors sol ».


Acte 3 : le notable métropolitain contre le peuple

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Le gouvernement solférinien a décidément cette capacité sans égale à déposséder le peuple de toute capacité d’expression de sa souveraineté populaire. Après avoir voté le TSCG en octobre 2012 et délégué à la Commission européenne, institution composée d’androïdes libéraux non-élus, la capacité de valider les orientations budgétaires nationales, le voilà qu’il s’attaque à l’expression populaire locale. En effet, en reprenant la direction idéologique du précédent gouvernement (de droite également), et de sa loi du 16 décembre 2010 de « réforme des collectivités territoriales », dont un des objectifs principaux était de favoriser le développement des « métropoles », c’est un nouvel échelon technocratique et anti-démocratique qui est créé.

Alors que les citoyennes et les citoyens restent fortement attachés aux collectivités locales « républicaines », issues directement ou indirectement de la Révolution française, qui sont les communes et les départements, le projet de loi dit de « modernisation de l’action publique territoriales et d’affirmation des métropoles » en discussion actuellement au Parlement, privilégie les régions et les groupements de communes (« EPCI à fiscalité propre » ). Et parmi ces groupements les nouvelles métropoles apparaissent encore plus technocratiques et éloignées des préoccupations quotidiennes du peuple. Il n’est d’ailleurs pas anodin que la seule métropole créée à l’heure actuelle soit celle de Nice, connue pour ses caméras de surveillances et son Président d’extrême-droite.

Les solfériniens aujourd’hui, comme les élus UMP hier, ont très bien compris qu’ils ont tout intérêt à tenir le peuple éloigné des instances de décision territoriales réelles et concrètes. Pour cela ils éloignent les représentants en ajoutant des « degrés » aux processus de désignations, et technicisent les enjeux pour que le citoyen et la citoyenne se sente incompétent pour répondre à ceux-ci. Le « mille-feuille » institutionnel actuel apparait déjà trop incompréhensible pour la majorité de nos concitoyen-ne-s, à un point où il est difficile de comprendre quelles sont les compétences respectives de chacune des collectivités. Compétences qui permettent pourtant de mettre en œuvre des services publics indispensable au bien être quotidien. Cette complexité institutionnelle entretien également le fait qu’il est impossible pour le/la citoyen-ne-s « lambda » de participer correctement au débat parlementaire en cours.

Tel qu’il est présenté actuellement à l’Assemblée Nationale, le premier projet de loi dit « d’Acte 3 de Décentralisation » ambitionne de renforcer encore le pouvoir des notables locaux. Si certains élus solfériniens mettent en avant la création de nouvelles instances de participation telle que les « conseils de développement » ou de nouveaux droits liés à la publication des données publiques (« open data ») ou au droit de pétition, nous sommes, au mieux, devant de la mauvaise fois, au pire, devant une grossière tentative de manipulation des citoyen-ne-s. De la même manière, le rapport commandé par le Ministère de la Ville, à la sociologue Marie-Hélène Bacqué et au Président de l’association « AC le feu » Mohamed Mechmache, pour développer la participation citoyenne dans les quartiers populaires, restera une déclaration de bonnes intentions tant que les conditions concrètes de la prise de pouvoir populaire, à toutes les échelles territoriales, ne sont pas désirées par la classe dominante.

L’autre argument avancé par les partisans de la dépossession populaire est que « l’affirmation des métropoles » doit permettre de mutualiser les recettes et les dépenses budgétaires et, par la même occasion, réduire les inégalités à l’intérieur d’un territoire. Si nous prenons le cas de la « Métropole du Grand Paris », la « péréquation horizontale » doit permettre de faire financer par les communes riches de l’Ouest parisien, Neuilly-sur-Seine par exemple, les dépenses des communes du Nord-Est comme La Courneuve. Encore une fois, quel exemple de malhonnêteté de la part d’élus votant les politiques d’austérité et la baisse des dotations de l’Etat vers les collectivités locales. Dotations dont l’objet principal est de réduire les inégalités entre les territoires à l’échelle nationale.

Mais il est vain d’attendre, même d’un gouvernement qui se dit de gauche, un partage des responsabilités. Le pouvoir n’est pas quelque chose qui se donne mais quelque chose qui se prend. Les citoyen-ne-s doivent refuser de se laisser conter des histoires sur la prétendue technicité des réformes et faire mettre en avant les aspects réellement politiques. Pour cela les militants politiques de gauche ont un rôle particulier à jouer. En effet, il s’agit d’être des « décrypteurs » de la technicité et de susciter, sans encadrer, les mobilisations en incitant chacune et chacun à expliquer ce qu’il en est du projet. Refuser le sacre des notables que renforce l’Acte 3 de décentralisation, c’est permettre d’éviter la dépossession du peuple des questions politiques fondamentales et, par la même occasion, de refuser le rabattement de la démocratie vers des questions « hyper-locales » dépolitisées qui s’apparenterait à la gestion des massifs de fleurs et des trottoirs.

S’il parait aujourd’hui difficile d’imaginer une mobilisation populaire contre le(s) projet(s) de Marylise Lebranchu, nous pouvons néanmoins nous mettre en formation de combat pour les élections municipales (et européennes). Les collectivités locales souffrent d’une forme de mimétisme étatique présidentialiste où le maire, le président, etc., est le détenteur d’un monopole de la parole politique sur son territoire. Comme pour les élections présidentielles et législatives, les mots d’ordres doivent être « place au peuple » et « prenez le pouvoir », nous ne pouvons pas faire de la politique sans le peuple car cela reviendrait à la faire contre le peuple. Cette première condition respectée nous pourrons faire des nos communes des espaces démocratiques de résistances à l’austérité par des programmes de radicalités concrètes.


Un projet urbain comme élément déclencheur d’une révolte politique

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Les révoltes populaires en Turquie de ces derniers jours ont, à mes yeux et par leur élément déclencheur, une signification particulière. En effet, le vaste mouvement populaire et global, qui fait vaciller le pouvoir en place, est d’abord né de la contestation d’un « simple » projet d’urbanisme à Istanbul, la plus grande ville turque. Celui-ci a ensuite pris de l’ampleur et s’est diversifié en termes de revendications, puis s’est élargi à plusieurs grandes villes turques (à Ankara la capitale notamment). Le commencement de la répression policière, le 31 mai, a également participé au changement d’échelle en « attisant les tensions » et en permettant à certain d’ouvrir les yeux sur l’autoritarisme du pouvoir en place.

Ces révoltes populaires nous apprennent « par l’exemple » qu’il n’y a pas nécessairement de décalage entre « luttes urbaines » et luttes politiques et sociales car les luttes urbaines sont, de par leurs objets même, éminemment politiques. En effet, quand les « émeutes » se produisent en France ou dans des pays « occidentaux », leurs dimensions politiques et revendicatrices sont trop souvent balayées d’un revers de manche par les médias de classe dominante qui, pour éviter l’étincelle et la « convergence des luttes », s’obstinent à les catégoriser en « jeux avec les forces de l’ordre », en frustration consumériste (pouvoir participer au système capitaliste) voire en revendication communautariste. Ces qualifications médiatiques dépendent des pays d’où sont originaires les révoltes urbaines et de leur « modèle d’intégration » (revendications communautariste pour les Etats-Unis et « jeux médiatique » pour la France).

L’exemple turque témoigne de cette possibilité de voir émerger des étincelles à partir de mobilisations à priori anodines. L’absence de prise en compte de la parole populaire dans un projet de constructions, d’abord critiqué par des « techniciens » (urbanistes et architectes) et des militants écologistes, aura été l’élément déclencheur d’une prise de conscience citoyenne beaucoup plus large de la faiblesse globale des instances démocratiques nationales. Cette situation où un élément « banal » se fait détonateur et bouscule un « ordre des choses », qui paraissait pourtant immuable, est un des points central du processus de Révolution Citoyenne que nous, au Front de Gauche, souhaitons inspirer.

Or, les potentiels éléments déclencheurs ne manquent pas en France. Ce sont par exemple les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII) de Notre-Dame-des-Landes à Europa City qui font naitre des mobilisations de militants de tendances politiques diverses et variées mais qui partagent un but démocratique commun. Il ne s’agit aucunement de promouvoir une quelconque forme « d’avant-garde éclairée » mais de rendre hommage à ces militants déterminés, qui par leur courage et leur obstination, permettent à l’ensemble des citoyens et citoyennes d’être informé sur les lubies libérales. D’une autre manière, il est également possible de voir éclore la Révolution Citoyenne des « zones de relégation sociale », quartiers ghettoïsés, espaces périurbains ou ruraux abandonnés des services publics et des activités économiques. D’Aulnay à Amiens, les tensions sociales liées à la mise sur le carreau des milliers d’employé-e-s rendent plausibles l’explosion des quartiers populaires touchés par cette hausse du chômage.

En Turquie comme en France, la répression policière est le miroir de la crainte du pouvoir en place de voir s’ébranler sa domination. Si les morts ont pu être évités au plus fort de la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes (bien qu’ayant fait de nombreux-se-s blessé-e-s), ce n’est malheureusement pas le cas à Istanbul. Le décalage entre les policiers surarmés et violents et les militants pacifiques mais déterminés, contribue également à lever le voile sur la réalité du pouvoir. De la même manière que le mouvement des « indignés » et que les « Révolutions arabes », la réappropriation des places publiques et des rues (malgré le danger lié à la répression) est une façon de montrer que les citoyens et citoyennes turques ne veulent pas se laisser voler l’espace public (physique comme symbolique) par un pouvoir autoritaire et par des marchands qui s’enrichissent sur les projets d’aménagement au détriment de l’intérêt général.

Car l’autre enseignement marquant des révoltes populaires turques est le lien entre question écologique et question sociale. En s’opposant à la construction d’un centre commercial géant à l’emplacement actuel d’un parc public, les stambouliotes extériorise l’ensemble des mécanismes de l’aménagement capitaliste sur la dégradation des modes de vie. Une question d’urbanisme catalyse ici des problématiques écologiques, démocratiques et sociales. Non pas fomentée « d’en haut », mais d’une opposition concrète et palpable venue « de la base », cette mobilisation est l’exemple d’une prise de conscience populaire locale qui, ayant compris les différentes relations de cause à effet, remonte au global, c’est à dire à la contestation d’un système dans son ensemble. Parce qu’elles croisent des revendications écologiques, démocratiques et sociales, les révoltes turques doivent être comprises, non comme des révoltes à caractères confessionnels voire « ethniques », mais comme des révoltes à caractères écosocialistes.


La 6ème République et la démocratie territoriale

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Si les premières lois de « décentralisation » de 1982 marquent un tournant particulier dans l’histoire républicaine de la France, elles ne sont finalement qu’un révélateur d’une tendance commencée à la fin du 19ème siècle avec l’élection au Suffrage Universel des maires. Par ailleurs, l’Union Européenne cherche autant que possible à réduire le nombre de collectivités locales françaises en prenant en modèle, une fois n’est pas coutume, l’Allemagne. Derrière ces injonctions il y a l’idée de se rapprocher d’un fonctionnement politique à 4 échelles (Europe, Etat, Région et Intercommunalité) et remettre en cause les spécificités du modèle français républicain et de ses « 36000 communes » accusé de tous les mots. L’ « Acte III » de décentralisation présenté en Conseil des ministres le 10 avril 2013, et de la même manière que l’avait proposé Sarkozy en 2010, conforte l’idée des technocrates européens d’une nécessaire mutualisation/fusion des communes dans des ensembles urbains plus vastes. Mais alors que la grande majorité des citoyens et citoyennes ne comprennent pas grand chose à ces histoires d’intercommunalités, rien n’est fait pour qu’ils s’emparent démocratiquement de ces questions et, face à cette exigence, le « fléchage » prévu des élus communautaires sur les listes communales apparaît bien insignifiant.

L’échelle intercommunale est aujourd’hui composée d’instances politiques « dépolitisées ». Dans celles-ci le marchandage est la règle et le débat est réduit au « strict minimum » de façade. Cette recherche du « consensus », qui ne déplait à personne mais sans convenir non plus, ne peut entrainer qu’une politique au rabais sans véritable volontarisme. La dépolitisation s’exprime aussi par le fait que les conflits « de territoires » prévalent aux conflits d’idées et de positionnements politiques. Elus par chacune des communes membres plutôt que par l’ensemble de l’intercommunalité, les élus vont avoir tendance à défendre les intérêts de leur municipalité plutôt que l’intérêt général du groupement. Cette situation devient caricaturale lorsqu’il s’agit d’accueillir un nouvel équipement public dont les retombées en « capital électoral » peuvent être conséquentes. Le fonctionnement politique intercommunal tel qu’il existe aujourd’hui s’apparente donc à un sacre de notables et à une politique publique réduite au minimum pour laquelle les citoyen-ne-s sont exclu-e-s du processus.

Or ce qui est observés en matière de groupements de communes devient, en quelques sortes, un modèle dont il faut s’inspirer pour les autres collectivités territoriales. A l’échelle régionale il y a une volonté des libéraux d’affaiblir le Conseil Régional, élu au suffrage universel et à la proportionnelle (donc ne pénalisant pas les « petits partis »), au profit d’une « Métropole » toute puissante où siègeront des représentant-e-s désigné-e-s par les collectivités membres de l’institution. Cette dépossession citoyenne s’accompagne aussi d’une « autonomisation » des régions, rendue possible par l’expression d’un « droit d’expérimentation » véritable consécration de la « République à la carte », et entrainant l’exacerbation des inégalités entre celles-ci.

Le plus dommageable dans cette situation est que les régions et, à plus fortes mesures encore, les intercommunalités apparaissent comme des échelles pertinentes et efficaces pour mener des politiques publiques. Nous devons veiller à « ne pas jeter bébé avec l’eau du bain » et ne pas confondre un problème d’ordre politique de choix de gouvernance avec l’ensemble de « l’échelle ». Les intercommunalités permettent notamment de mener des politiques publiques en matière de transport ou de développement de services publics qu’ils auraient été difficiles, voire impossibles, de mettre en œuvre à l’échelle communale. Une grande échelle d’intervention permet d’améliorer la redistribution et la solidarité entre les territoires et est un argument de poids dans « la bonne gestion des deniers publics ».

Réfléchir à des dispositions pour une 6ème République nécessite également de s’intéresser aux l’échelons locaux. N’ayant pas peur du débat et de la confrontation d’idée, au Parti de Gauche et au Front de Gauche nous pensons que la politisation des enjeux est une condition fondamentale à la démocratie et à l’expression de l’intérêt général. Aucun lieu ne doit être en dehors du champ démocratique, le peuple doit avoir de véritables instances de prises de décisions et doit disposer d’une information complète des différents enjeux. Or aujourd’hui, ni les instances de « démocratie participative », ni la possibilité de consulter les informations ne sont suffisantes à l’exercice du pouvoir populaire. En plus de la possibilité d’organiser un référendum révocatoire, une véritable démocratie territoriale passera par la création d’instances de participations des citoyen-ne-s qui permettent réellement de faire émerger des contre-pouvoirs aux petits notables arrogants, aujourd’hui intouchables.


La Métropole de la classe dominante

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Parce que plus de la moitié de la population mondiale vit en ville et parce que le « mode de vie urbain » dépasse largement les frontières mêmes des zones urbanisées, la ville est au centre des enjeux de société. Le mode de vie urbain est finalement l’expression spatiale du mode de production capitaliste. Si les « marchés » économiques et financiers, en cherchant sans cesse à faciliter la circulation des facteurs de production (du capital et du travail), ont participés et participent à la construction des villes que nous connaissons, ne perdons pas à l’esprit que cette construction est aussi politique. La fameuse « Métropole » est la ville de la classe dominante car dans celle-ci, plus qu’ailleurs, s’expriment les rapports sociaux du mode de production capitaliste ainsi que l’idéologie ultra-libérale qui l’accompagne. Plus qu’une simple « grande ville » sur le plan démographique, la Métropole, par la présence de nombreux sièges sociaux d’entreprises ou de grandes institutions, par des équipements culturels prestigieux, de grands centres de recherches à rayonnement international, etc., se définit comme un lieu de concentration et d’expression du pouvoir politique et économique.

Les métropoles s’inscrivent dans la logique économique de compétition mondialisée qui pousse à une ultra-spécialisation des territoires. Chaque métropole se doit d’avoir sa spécialité et être la meilleure dans son domaine au niveau mondial. Or cette spécialisation conduit  à des absurdités écologiques (multiplication des flux de transport et de capitaux) ainsi qu’à des inégalités sociales entre les intégré-e-s à la métropole (les habitants des centre-villes) et les relégué-e-s à la marge de celle-ci.

A l’inverse des « villes lentes » et des « villes en transition » qui se fixent une limite démographique restreinte, les métropoles qui fonctionnent sur une recherche permanente d’économies d’échelles et sur l’expression d’un rapport de force compétitif, ont besoin d’un nombre d’habitant-e-s importants pour s’affirmer. Or cette croissance démographique sans fin de certaines villes, et pendant que d’autres perdent inexorablement des habitant-e-s, va à l’encontre d’une soutenabilité et d’une bonne qualité de vie pour toutes et tous. Cette stratégie politique démographique « expansionniste » des territoires les plus attractifs pour le capital, s’accompagnant souvent d’une marchandisation des services urbains, sape la capacité des villes à contribuer à l’émancipation des individus. Notre combat idéologique doit s’inspirer des penseurs socialistes du 19ème siècle qui n’hésitaient pas à proposer des systèmes urbains cohérents avec leur critique du système productif.

Refuser la « métropolisation » des villes c’est également lutter contre la ségrégation spatiale. Tandis que le Centre-ville est l’espace de la classe dominante où se concentrent lieux de décision, boutiques de luxe et équipements prestigieux, la banlieue apparaît comme le lieu d’accueil des rejetés de la compétition mondialisée, des migrants et des classes populaires. Mais la banlieue n’est pas uniquement lieu d’accueil des populations rejetées, elle l’est aussi pour les activités et équipements dont le centre de la métropole ne veut pas directement sur son territoire : cimetières, déchèteries, entrepôts divers, dépôts de bus… Toutes ces activités sont indispensables au bon fonctionnement de la ville mais sont bannies des espaces de la classe dominante. De la même manière les villes n’ayant pas les ressources pour accéder au statut convoité de « Métropole » deviennent des lieux mis au rebut, à l’attractivité déclinante. S’il est souvent difficile de tracer les « contours » de la ville, prendre du recul sur la façon dont elle est conçue permet d’observer les conflits de classe dans la lutte pour les meilleures places.

Mais la « Métropole » c’est aussi une construction non-démocratique. Face à ce constat partagé par tous, la classe dominante n’hésite pas à mettre en avant la difficile « gouvernance » à cette échelle. Les métropoles partagent cette caractéristique d’exclure les citoyen-ne-s des processus de décision. Le déni démocratique métropolitain s’exprime en premier lieu par la création de nouveaux échelons de décision, rendus volontairement illisibles pour les habitant-e-s, disposant de compétences de plus en plus nombreuses et approfondies. Au lieu d’une « ville pour tous, faite par tous », la Métropole est une « ville pour une minorité de possédants, faite par cette minorité ». En matière de démocratie locale les baronnies solfériniennes ressemblent parfaitement aux baronnies de l’UMP : le premier projet de loi de « l’acte III » de décentralisation dit de « modernisation (sic) de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles » présenté en Conseil des Ministres le 10 avril 2013 renforce la concentration des pouvoirs dans les mains de « grands » notables locaux, en dépouillant par la même occasion les petites collectivités échelons démocratiques de proximité. Le modèle présidentialiste de la 5ème République devient la norme à appliquer sur tous les territoires.

Nous ne pouvons pas avoir l’ambition d’appréhender correctement le processus de métropolisation en mettant de coté sa dimension politique et idéologique. Alors que le capitalisme a son modèle de ville, l’écosocialisme doit également avoir le sien. Ce dernier doit favoriser l’émancipation des individus, le « droit à la ville », c’est à dire le droit de pouvoir jouir pleinement des possibilités qu’offre la ville et peut importe sa classe sociale, et celui de « pouvoir faire sa ville » en mettant en avant la capacité des habitant-e-s à prendre le pouvoir. La forme urbaine étant directement liée à notre mode de production, le passage d’un mode de production capitaliste à un mode de production écosocialiste doit s’accompagner d’un changement dans la façon de concevoir la ville. Pour ce faire la méthode est la planification écologique, car seule celle-ci peut prendre en compte le temps long, rapprocher les lieux de travail des lieux de vie, réaffirmer et développer des services publics de qualité, valoriser les mobilités douces, l’autoconstruction des logements, l’habitat participatif, etc. Sortir de la logique des métropoles c’est avoir un haut degré d’exigence écologique, seul niveau acceptable pour sortir de l’impasse vers laquelle le système capitalisme nous mène. A l’inverse poursuivre dans la direction de la métropolisation c’est cantonner l’écologie à des lieux d’expérimentation du capitalisme vert (« les éco-quartiers ») et faire preuve d’un aveuglement destructeur.


Gouverner en imposant au peuple

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Alors qu’il est bon ton, dans la bonne société et dans ses relais médiatiques quotidiens, de dénoncer les prétendues atteintes à la démocratie chez les autres, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’Amérique du Sud et des Révolutions citoyennes qui s’y expriment, les manquements démocratiques « chez nous » ne semblent pas faire l’objet d’une quelconque dénonciation. Pire, ceux-ci semblent s’imposer comme une façon novatrice et « moderne » de gouverner, à l’opposé des volontés forcément « populistes » des citoyen-ne-s qui, de toute façon, n’y comprennent pas grand-chose à toutes ces questions compliquées.

A l’échelle européenne, si « l’Eurogroupe » réunion mensuelle des 17 ministres des finances des pays membres de la zone euro a fait parler d’elle au cours du mois de mars, lorsqu’elle a voulu imposer une taxation des dépôts bancaires des épargnants chypriotes (projet qui au final a été rejeté par le Parlement national de Chypre), d’autres « instances » présentent le même degré de faiblesse démocratique. La commission européenne, sorte d’exécutif de l’Union Européenne, a ses membres désignés par les différents chefs d’Etats, tandis que la Banque Centrale Européenne est complètement « indépendante du pouvoir politique », c’est-à-dire inflexible sur sa ligne libérale. De manière générale le traitement des différentes « crises » de dette publique des pays membres de l’UE, montée en épingle par les médias internationaux, s’est fait exclusivement au détriment des processus démocratiques nationaux.

En France, l’alternance politique de l’année dernière aurait pu nous laisser présager un « changement » de façon de faire après dix ans de mise sous silence des volontés populaires (avec le Non au Traité Constitutionnel Européen en 2005 et les mobilisations monstres de 2010 contre la réforme du système de retraite comme zéniths de cette situation), il n’en est rien. Comme hier pour les libéraux, le peuple est toujours considéré, par les socio-libéraux au pouvoir, comme une masse idiote, soit incapable de comprendre les enjeux des différentes problématiques, soit tombant trop facilement dans les bras des forces politiques « populistes ». Le refus d’organiser un référendum pour approuver le TSCG, dernier traité européen limitant pourtant la souveraineté budgétaire nationale au profit d’instances européenne non-élues, fut le premier marqueur de cette absence de changement en matière de démocratie.

Mais ce déni démocratique ne concerne malheureusement pas uniquement les échelles nationales et internationales mais également des échelles régionales et locales. Cette façon de gouverner sans le peuple devient une sorte de « norme », une coutume agréable pour les petits monarques locaux qui en deviennent dépendants. Les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII) tels que l’Aéroport de Notre-Dame des Landes dans la banlieue de Nantes, la ligne ferroviaire haute vitesse Lyon-Turin ou le projet de complexe commercial géant Europa City à proximité de l’aéroport de Roissy-Charles-De-Gaulle (dans lequel il y aura vraisemblablement « une piste de ski » (sic)), sont des symboles de l’autoritarisme des certains élus. Bien que l’aéroport de Notre-Dame des Landes soit le plus médiatisé en raison du fait que c’est l’actuel Premier Ministre, et ancien maire de Nantes, qui en a été le commanditaire, l’ensemble de ces projets fait l’objet d’une vive contestation locale voire nationale et internationale.

Alors que les discours politiques sont peuplés de références à « la gouvernance » voire à la « démocratie participative », celles-ci s’affichent comme pour masquer une tendance plus lourde de retrait des classes populaires de la sphère politique, de la sphère de décision. L’abstention dans certains quartiers n’est que la partie visible de l’iceberg du dégout de toute forme organisée de participation politique. Mais comment ne pas comprendre la colère du peuple mis de côté par les « biens pensants » libéraux, abrutis par les émissions de télévisions et la pensée unique médiatique ? Les « nouvelles formes de participation » n’apparaissent finalement que comme une mascarade anti-démocratique généralisée dans laquelle seuls les notables politiques et économiques tirent un bénéfice. Il n’y a qu’à voir comment « l’acte III » de décentralisation ou la création des « Métropoles » favorisent la concentration des pouvoirs vers quelques barons et institutionnalise les négociations de couloir. Nous voyons donc que l’affaiblissement des formes démocratiques est une stratégie politique voulue par les libéraux et les socio-libéraux au pouvoir en France et en Europe.

Or la démocratie n’est pas une « concession » faite au peuple par les puissants mais l’unique moyen de faire émerger l’intérêt général contre les différents intérêts particuliers. C’est pour cette raison que jamais une quelconque forme de « gouvernance » où s’invitent des acteurs de la société civile (sans bien sur remettre en question la pertinence et l’efficacité des actions de ces acteurs dans de nombreux domaine) ou des groupes de pression ne remplacera une « véritable » démocratie où chaque citoyen et citoyenne, peu importe sa classe sociale, dispose d’une voix identique à son voisin ou sa voisine, et où chacun-e doit recevoir une éducation républicaine de qualité lui permettant de faire des choix uniquement guidés par sa raison. Le processus de marchandisation de l’enseignement et des savoirs mis en place par la droite et confirmé par le Parti de Solférino contribue donc à l’affaiblissement de la démocratie.

N’ayons pas peur des mots, la démocratie en France comme en Europe mérite aujourd’hui, comme hier l’Amérique du Sud, un grand coup de balais sur ses institutions toujours plus éloignées de la réalité du peuple. C’est en cela que le pays a besoin d’une Révolution citoyenne que le Parti de Gauche  et le Front de Gauche se proposent d’accompagner. Il n’est plus possible de continuer sur ce chemin austéritaire qui spolie les citoyens et citoyennes de leur souveraineté pour la donner aux banquiers et actionnaires des grandes puissances économiques. Nous devons renouer avec les idéaux de la Grande Révolution de 1789 et reprendre le pouvoir dans la cité comme dans l’usine, faisons de l’exigence démocratique un des piliers de nos programmes européen et municipaux.