Organisons la déambulation !

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Alors que les territoires que nous vivons, qu’ils soient des espaces de repos, de travail ou de loisirs, contribuent fortement à la structuration de notre personnalité d’individu intégré dans une structure sociale, mais également à notre façon de voir le Monde, nous ne prenons pas le temps de les observer, de les connaître véritablement. Cette méconnaissance du territoire, dans lequel nous construisons pourtant une part importante de notre vie, résulte notamment d’un phénomène « d’accélération de la vie » lié aux contraintes inhérentes du système capitaliste/libéral de recherche infinie de profits, dans lequel la déambulation « désintéressée » n’a évidemment pas sa place. La ville, symbole dans l’imaginaire collectif de l’activité humaine, du fourmillement, s’accélère en même temps qu’accélère la vie de ses habitant-e-s, et se décompose en une multitude d’espaces à « fonctions définies » (dormir, acheter, travailler, se déplacer, etc.).

Face à cette déshumanisation des lieux de vie, la déambulation piétonne, lente par nature, est d’abord un moyen de découvrir son environnement proche. La lenteur et l’observation qu’elle suggère, mettent en lumière les relations sociales, permettent d’appréhender la richesse du patrimoine naturel et architectural difficilement saisie lors d’un déplacement en voiture (contrairement aux panneaux publicitaires dimensionnés pour cette fonction) et de prendre conscience des distances « physiques réelles » entre différents lieux. La déambulation permet l’apprentissage du territoire en astreignant le/la marcheur-se à un éveil multi-sensoriel, et ainsi de lui donner la possibilité d’imaginer « sa propre carte mentale ». Elle permet également de comprendre, en nature, les dysfonctionnements de la ville, ses ruptures (par exemple une voies rapides infranchissables), ses lieux anxiogènes, etc.

Dans ce contexte d’accélération de la ville la déambulation piétonne a donc un rôle politique à jouer. Parce que la marche permet de maintenir un contact social avec l’autre, c’est à dire avec celui qui est différent, elle permet à l’individu de prendre conscience des inégalités de classes qui s’expriment directement dans l’espace public, et ainsi contribuer à façonner une conscience de classe chez les dominé-e-s. Dans une société où n’existe que ce que l’on a sous les yeux (directement ou par l’intermédiaire d’écrans de tout type), l’observation est le premier élément de la construction d’un raisonnement. De plus, devant l’impasse écologique, dans laquelle le système libéral nous conduit avec acharnement, la déambulation permet également de renouer un contact avec les écosystèmes naturels, de concevoir les liens fragiles qu’entretiennent les nombreuses espèces qui composent la biodiversité. Par ses aspects sociaux et écologiques, la déambulation est donc un outil politique de pédagogie, d’éducation populaire.

Mais elle est également un outil politique opérationnel de réappropriation de l’espace. Alors que l’enfermement et le repli vers des sphères privés sont vantés par la publicité omniprésente, la déambulation, et d’autant plus lorsqu’elle est collective, permet la rencontre aléatoire. Lorsqu’elle est organisée et collective la marche exploratoire permet de susciter la participation démocratique en donnant des exemples physiques et palpables à une argumentation critique. Il s’agit par exemple de témoigner de l’abandon d’un quartier populaire par les pouvoirs publics en montrant le non ramassage d’ordures, qui finissent par s’accumuler. Il peut s’agir également, si la balade est guidée par une personne connaissant bien le quartier visité, d’expliquer le contexte de construction de celui-ci ou de raconter des anecdotes, témoignages sociaux particulièrement importants dans la construction d’une histoire partagée. Dans les deux exemples cités il est question de faire participer les habitant-e-s du territoire et de conscientiser en globalisant les problématiques. Le sens politique de l’action est donné à partir du moment où les participant-e-s sont capables de s’extraire de l’exemple pour universaliser leurs conditions matérielles.

Le principe est proche en ce qui concerne les balades dans les espaces naturels. Si l’aspect « social » est peut être moins prégnants que dans les espaces urbains, celui-ci est largement compensé par la sensation d’appartenir à un « grand tout » sensible que permettent ces déambulations. Mais malheureusement, et peut être plus que pour les quartiers urbains, il est difficile pour une personne non initiée de profiter pleinement de la richesse des lieux sans être accompagnée dans cette prise de conscience. Les militants « experts » et passionnés doivent jouer le rôle de passeur et contribuer à l’élévation collective des consciences.

Qu’elles concernent les espaces urbains ou naturels, nous devons considérer les déambulations comme des outils politiques, voire comme des outils de campagne pour les élections municipales prochaines. Les déambulations collectives sont notamment un moyen de faire s’exprimer les populations les plus éloignées du système politique : celles qui ne votent pas (ou qui ne votent plus) et ne s’inscrivent pas dans les démarches de démocratie « participative », en les intégrant d’abord dans une logique de conception d’un diagnostic territorial, puis ensuite en les faisant intervenir dans l’élaboration des réponses à y apporter. Encore une fois il ne s’agit pas de rester à l’échelle locale mais d’y puiser des exemples concrets à l’élaboration d’un raisonnement écosocialiste de rupture avec le système productiviste et financiarisé d’aménagement du territoire.

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Faire de la politique pour favoriser l’implication populaire

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Alors qu’elles devraient être le cœur même du peuple, les classes populaires sont souvent les plus éloignées du système politique traditionnel « représentatif ». Cette situation se vérifie notamment par les taux d’abstention toujours plus important à chaque élection où seule l’élection présidentielle semble échapper. Or celle-ci, par sa personnalisation effrénée, tant à limiter la politisation des enjeux économiques et sociaux pour des considérations de personnes, pour des postures voire des sentiments. Les élections législatives, d’avantages portées sur des éléments programmatiques, subissent pour leurs parts des taux d’abstention catastrophiques dépassant souvent 50% dans les quartiers populaires. Cette abstention témoigne et accompagne un sentiment profond de déclassement et d’exclusion des classes populaires qui, fuyant un débat qu’elles on peur de ne pas maitriser, préfèrent affirmer qu’elles « ne font pas de politique ».

Mais contrairement à ces affirmations qui témoignent d’un profond manque de confiance en ses capacités d’actions, la classe populaire a toujours été, et reste encore aujourd’hui, une classe profondément politisée qui comprend ses intérêts de classe (sans forcément trouver les moyens de les défendre). Cette conscience de classe s’exprime par les résultats électoraux des quartiers populaires votant principalement, poussée par la raison de leurs intérêts, pour la gauche, toutes orientations confondues (environ 75% en « cumulé » à l’élection présidentielle dans les quartiers populaires). Elle s’exprime également par le bouillonnement associatif et communautaire (à ne pas confondre avec « communautariste ») dans des domaines divers et variés. Cette conscience de classe s’exprime, mais s’exprime donc hors des cadres politiques traditionnels tels que les mouvements sociaux, l’adhésion à un parti politique voire même hors de la participation électorale via le vote.

Or si les classes populaires se trouvent si loin des formes de participation politique cela s’explique, en partie, par l’énergie développée par l’oligarchie pour éloigner le peuple des instances de décision. Le premier obstacle à franchir est celui de la technicité du discours qui empêche le « profane » de s’exprimer car il se trouve dans la crainte de ne pas comprendre l’ensemble des enjeux qui lui sont soumis. Cette technicité apparente du discours accompagne la professionnalisation de la vie politique, avec des élus « professionnels » qui défendent leurs positions et leurs « intérêts corporatistes » en verrouillant et en bloquant l’émergence de voix nouvelles. L’émergence est d’autant plus difficile pour les individus issus de classe populaire qui ne partagent pas le « langage politique » qu’il est possible d’acquérir dans les « canaux traditionnels » de la carrière politique qu’ils soient « scolaires » (Instituts d’étude politique, universités, etc.) ou « organisationnels » (comme le « syndicalisme étudiant »).

La 6ème République que nous appelons de nos vœux remettra au centre du système de décision politique les classes populaires. Mais en attendant la prise du pouvoir par le peuple, nous devons militer contre le cumul des mandats (en nombre mais aussi dans le temps) pour décloisonner les potentiels politiques mais également faire un travail particulier d’éducation populaire. Ce travail doit s’appuyer sur deux mécanismes : fournir aux citoyens une grille de lecture politique claire et dépolluée du discours dominant, qu’ils pourront s’approprier et transmettre ; et former les militants politiques à la simplification et à l’explication des écrits. Faire de l’éducation populaire c’est rendre accessible l’information « à tous » pour que chacun puisse former sa conscience à la décision politique. Il ne s’agit pas de mépriser l’intelligence collective du peuple mais de sortir d’une logique de discours à destination des « bac +5 ».

Favoriser l’implication populaire c’est aussi faire de la politique, c’est à dire donner à voir les oppositions entre les idéologies. Les alternances sans fin et qui ne changent rien, entre l’UMP et le PS, donnent du grain à moudre au discours ambiant de l’impuissance politique et légitiment finalement les positions abstentionnistes (« à quoi ça sert de voter si c’est pour qu’ils fassent la même chose ? »). Faire de la politique c’est montrer qu’il est possible de faire autrement que ce qui est mis en place par l’oligarchie. Cela demande une rigueur sans faille dans la démonstration de nos propositions (le contre-budget du Parti de Gauche présenté à la fin de l’année 2012 relève de cette logique) et une implication des travailleurs. Nous ne sortirons pas de l’impasse écologique vers laquelle le capitalisme nous pousses si nous ne nous appuyons pas sur la richesse des expériences des ouvriers, employés et cadres des entreprises privés comme publiques, et sans réhabiliter le temps long de la décision. C’est en cela que l’implication politique de tous est une nécessité.