La 6ème République pour renforcer le pouvoir d’agir

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S’il y a des objectifs politiques enthousiasmants pour les militant(e)s, celui de défendre et promouvoir une 6ème République, débarrassée des travers anti-démocratiques d’une 5ème à l’agonie, surpasse à mes yeux bien d’autres, fussent ils parfaitement légitimes et pertinents. Loin d’être une question secondaire, celle des institutions, et de la « règle du jeux » du fonctionnement de notre démocratie, est l’élément principal pour en penser bien d’autres. En effet, comment garantir l’émancipation collective et individuelle, et la souveraineté populaire, quand prime le pouvoir d’un monarque irresponsable ? Comment conquérir des droits nouveaux, économiques et sociétaux, quand le fonctionnement institutionnel même en empêche l’expression ?

Le mouvement pour la 6ème République a cette capacité de pouvoir mobiliser plus largement que les cercles, (malheureusement) toujours plus restreints, de militant(e)s. Sans présumer d’un contenu précis et définitif, composé de « vérités révélées » et imposées, il permet à chacun(e) de se positionner dans une dynamique politique, de se mobiliser et d’agir, à partir du seul moment où le diagnostic est partagé. Il n’est cependant pas un objet de consensus mou et dépolitisé, mais au contraire un excellent moyen de susciter le débat, de co-construire ensemble une « démocratie réelle » (comme le disent nos camarades espagnols) débarrassée de l’influence de l’oligarchie, de ses lobbies et relais médiatiques.

L’objectif de la 6ème République est donc de renforcer le « pouvoir d’agir » des citoyen(ne)s, dans tous les domaines de la vie sociale : dans la cité, dans l’entreprise, dans les services publics, etc. La construction d’une nouvelle République, écologique et sociale, doit permettre de changer la façon dont les citoyen(ne)s sont considérés vis-à-vis des élus, et de valoriser le rôle social de chacun(e). Elle doit donner le pouvoir de soutenir des initiatives « ascendantes », de la base vers les représentant(e)s, et ainsi de définir une nouvelle façon de concevoir l’action publique. La dynamique participative doit, sans s’y substituer en totalité, renforcer les politiques publiques institutionnelles à toutes les échelles de prise de décision.

Les comités locaux pour la 6ème République, qui seront prochainement constitués partout sur le territoire, devront avoir un rôle particulier à jouer pour renforcer ce « pouvoir d’agir ». Ceux-ci devront être parfaitement identifiés pour devenir des appuis et soutiens aux initiatives citoyennes collectives. Loin des logiques clientélistes, trop souvent visibles dans nos quartiers, qui décrédibilisent la parole politique et maintiennent les individus dans une situation de dépendance, ils doivent, au contraire, inciter les citoyen(ne)s à agir par eux-mêmes, à construire des solutions collectives et solidaires. Enfin, ils doivent également constituer un support à l’expression populaire en donnant des moyens à celle-ci, et notamment en produisant des clés de compréhension de sujets jugés parfois trop « techniques ».

Le comité local pour la 6ème République doit donc être ce lieu qui permet l’apprentissage de l’émancipation et la prise de conscience de sa propre force, individuelle et collective. Il doit jeter les bases d’une Révolution citoyenne qui trouve ses fondements dans les racines de l’implication populaire.


Open Data, une avancée démocratique à approfondir

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Vous avez surement entendu parler de « l’Open Data » ou en français des « données ouvertes » qui correspondent à l’action de mettre à dispositions des citoyens, consommateurs et/ou usagers les « données brutes » collectées, servant à la prise de la décision. L’Open Data est en développement constant et est notamment conforté dans (l’horrible sur bien d’autres points) avant-projet de loi sur « la décentralisation et réforme de l’action publique » dit « Acte III de la décentralisation » stipulant que les collectivités territoriales doivent obligatoirement offrir à la réutilisation du public les données publiques au format numérique. Mais l’émergence de l’Open Data dans les collectivités territoriales n’est que la suite logique d’une tendance apparue au niveau de l’Etat mais encore trop faiblement mise en œuvre.

Bien plus qu’une lubie de geeks à lunettes, l’Open Data est une avancée pour le citoyen car elle permet une amélioration de l’information, pilier central de la démocratie, sans laquelle aucune prise de décision raisonnée n’est possible. L’ouverture des données institutionnelles permet d’avoir accès à des « données brutes » et notamment financières encore trop souvent maquillées voire cachées aux administrées. Celle-ci permet également d’être un point d’appui politique à l’élaboration de contre-propositions en terme de gestion et pour montrer qu’une autre politique est possible que celle qui est actuellement menée. Elle apparaît donc importante pour les militants et partis de gauche progressistes qui veulent faire acquérir de nouveaux droits aux citoyens et qui doivent faire face au scepticisme de la population. Dans un Monde où règnent le chiffre et le calcul cela permet de donner une crédibilité « scientifique » aux projets politiques.

Cependant certains individus, car ils n’ont pas les capitaux culturels ou sociaux suffisants, peuvent vite se sentir incapables de faire une lecture correcte de ces données brutes. Les militants politiques et associatifs ont un rôle important à jouer pour donner des clés de lecture. L’éducation populaire permet de passer d’une situation ou l’Open Data ne sert qu’à une minorité de « savant », à une situation où elle sert de fondation argumentative à une multitude de citoyens pour critiquer (positivement ou négativement) une action politique. Le travail du militant face aux données ouvertes est donc double : en faire une lecture politique puis travailler à la transmission de celle-ci.

Mais en plus des inégalités liées aux capitaux des individus il existe des inégalités territoriales. Si la mise à disposition des données ne semblent pas poser de problèmes aux « grosses » collectivités, c’est autrement plus difficile pour les « petites » qui n’ont pas forcément informatisées l’ensemble de leur gestion. De plus, la différence des formats de fichiers utilisés entre les collectivités rend difficile leur comparaison, et ceux-ci sont souvent des formats « propriétaires » fermés nécessitant des logiciels onéreux pour leur lecture. De la même manière qu’il faut développer l’utilisation de « logiciels libres » dans les collectivités territoriales, le développement de l’Open Data pour les plus « pauvres » d’entres elles doit demander un effort de l’Etat en termes d’aide financière et technique (et notamment pour la formation). Or la position actuelle du gouvernement est d’avantage celle du retrait et de la mise en concurrence que celle de la solidarité territoriale.

Enfin d’autres limites peuvent apparaître en ce qui concerne le respect de la liberté individuelle : il n’est pas envisageable de diffuser l’ensemble des données disponibles afin de protéger la vie privée des individus. L’Open Data doit s’inscrire dans les cadres stricts du respect du secret statistique. Il ne faut pas non plus tomber dans les travers de ce que l’on pourrait appeler une « gestion techniciste » qui correspondrait à vouloir à tout prix, par exemple, une rentabilité aveugle et une baisse des dépenses pour apparaître comme un « bon élève gestionnaire ». Il faut laisser des marges de manœuvre humaine, les élus ne doivent pas devenir les exécutants de systèmes informatiques mais l’inverse.

L’Open Data est, je pense, un outil dont la démocratie, locale comme nationale, ne peut pas se passer car elle donne au citoyen un pouvoir primordial : celui de remonter à la source d’une information et d’en faire sa propre interprétation. Elle donne également aux forces politiques des moyens de proposer des alternatives concrètes (et notamment aux budgets d’austérité) basées sur des chiffres précédemment relativement difficiles à obtenir. Mais ne nous arrêtons pas là, demandons plus de transparence partout où cela est nécessaire. L’Etat et les collectivités territoriales montrent un exemple, suivons le et exigeons des entreprises privées (et notamment celles qui vivent grâce à l’impôt via des délégations de service public ou des PPP par exemple) le même effort !


18 mars, une date pour tourner la page et faire (re)vivre la démocratie

Quelle bouffée d’oxygène que ce grand rassemblement qui se prépare. Quel plaisir de voir enfin réunie la grande majorité de l’autre gauche dans un objectif qui dépasse le simple replâtrage du système pour celui d’un bouleversement de nos institutions. Cette Révolution citoyenne est le passage obligé d’un système démocratique à bout de souffle où les volontés populaires sont, soit complètement ignorées soit bafouées allègrement. Alors que la légitimité des dirigeants devrait être la base du pouvoir politique, l’oligarchie au sommet de l’Etat n’en a plus, et malgré tout s’attache à remettre en cause les acquis démocratiques de décennies de luttes sociales. Face à cette situation il n’est pas étonnant que de plus en plus de nos concitoyens se détournent de la participation électorale et que l’abstention constatée grandie d’élections en élections. Et ce sont encore une fois les classes populaires qui en sont les principales victimes. A l’inverse c’est quand le débat démocratique se crée et se développe dans l’ensemble de la population que les taux de participation sont les plus élevés. Le référendum de 2005 portant sur la ratification du Traité constitutionnel européen est un événement exemplaire car malgré une campagne de la classe médiatique dominante défendant corps et âme la position du « oui », l’appropriation populaire du débat a permis la victoire du « non » avec une participation de près de 70% (et ce malgré la véritable complexité du document proposé au vote).

Cette marche du 18 mars est une façon de montrer aux « belles personnes » (Terra Nova, Think Tank proche du PS en tête) que la classe populaire, classe sociale la plus nombreuse est capable de prendre en main son destin et d’agir, non pas pour ses intérêts propres, mais pour l’intérêt général. Il s’agit pour le peuple de reprendre le pouvoir, de lutter contre le régime de monarchie présidentielle qu’impose la Vème République critiquée par Mitterrand dans son livre « le Coup d’Etat permanent » (1964) comme une « dictature » où le général de Gaulle était décrit comme un « putschiste ». En mettant en avant cet élan populaire, le Front de gauche marque une rupture forte avec la gauche libérale du Parti socialiste qui se refuse à modifier les institutions actuelles, et qui en organisation des primaires confirme son ancrage dans ce système. Par ailleurs l’organisation ce type de scrutin pour désigner le candidat à la présidentielle du parti marque à mon sens la fin du caractère militant de celui-ci pour se déplacer vers un caractère d’organisation d’élus et de notables (à quoi bon militer pendant des années quand une bonne stratégie de communication permet de s’assurer l’investiture « suprême »). C’est aussi contre cette stratégie du PS, ignorant les « forces vives » de la gauche que représentent les militants, les organisations syndicales ou associatives, intellectuels, classes populaires et j’en passe, que la marche du 18 mars s’impose dans la campagne électorale comme une voie démocratique nouvelle.

Aujourd’hui le Front de gauche est la seule force politique mettant au centre de son programme un processus constituant dans le but d’élire une Assemblée constituante, elle même chargée d’établir une nouvelle Constitution : la Constitution de la VIème République. De toute évidence, cette Constitution, devra remettre au centre des institutions les droits des femmes et des hommes, le respect de la nature, garantir de nouveaux droits pour les citoyens en matière d’action politique (en favorisant les initiatives citoyennes par exemple), sortir de la logique libérale de l’accumulation sans fin et du productivisme pour aller vers une plus grande démocratie dans les organisations économiques et financières et enfin réaffirmer la souveraineté populaire à la fois au niveau international, contre les « instances de la finance » (G20, FMI, OMC … ) et au niveau local en favorisant encore la libre administration des collectivités territoriales. L’enjeu fondamental de cette nouvelle Constitution sera de redonner le pouvoir au peuple confisqué par une oligarchie au service des actionnaires des grandes entreprises capitalistes. En reprenant le pouvoir, c’est l’intérêt général du grand nombre qui triomphe des intérêts particuliers du petit nombre de possédants.

Comme en 1789, 1792, 1848, 1870 et 1946, le Front de gauche vous propose de faire avancer l’histoire vers le progrès humain. Et quoi de mieux que cette date du 18 mars, date du soulèvement populaire en 1871 de la grande Commune de Paris. Celle-ci permit pendant quelques mois de formidables avancées démocratiques en matière d’émancipation des femmes, de liberté de la presse, de laïcité, d’organisation du travail mais surtout en matière de démocratie où l’on trouva, parmi les 92 membres du Conseil de la Commune, de nombreux élus issus des classes populaires et notamment 25 ouvriers. Revenons donc tous, et tous ensemble, le 18 mars à la Bastille pour faire perdurer l’héritage glorieux des luttes ouvrières et sociales et, tournons la page de cette Vème République monarchique et antidémocratique.

(Et en cadeau bonus, les photos de l’enregistrement à l’Usine du clip de la chanson « Reprenons la Bastille » des copains du groupe l’Art mais Rouge !)