Détroit incarne l’impasse du libéralisme urbain

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Si la situation « critique » de la ville de Détroit, située dans l’Etat du Michigan aux Etats-Unis, a fait l’objet cet été d’un traitement médiatique particulier lorsque, le 18 juillet 2013, elle a demandé à être placée « en faillite », ses causes sont à chercher beaucoup plus loin qu’une simple mauvaise gestion conjoncturelle de ses finances. En effet, Détroit est victime d’une crise long terme qui commence à partir des années 1950. La hausse de la productivité dans l’industrie manufacturière, liée à des améliorations techniques, et à une plus grande robotisation du processus de production, notamment dans les usines automobiles, conduisent à une baisse des besoins de main d’œuvre et donc, à une hausse du chômage. Celle-ci est encore renforcée par l’initiation d’un mouvement de délocalisation vers des états où les employés sont plus corvéables, car moins organisés que ceux de Détroit (qui est un des berceaux du syndicalisme étatsunien), vers les territoires où le rapport de force est plus favorable au patronat. La « Manufacturing-Belt » du Nord-Est des Etats-Unis devient petit à petit la « Rust-Belt ».

La crise de 2008, avec les faillites de General Motor et de Chrysler, derniers principaux employeurs, va faire exploser le chômage et porter un coup de grâce à une région sinistrée. Bien qu’il soit difficile de connaître précisément, pour certains observateur-trice-s, le taux de chômage atteint la barre des 50 % de la population active. En parallèle la ville va connaître un exode massif de sa population et de ses travailleur-se-s, attiré-e-s par des perspectives qui, ailleurs, ont toujours l’air plus réjouissantes. Ce déclin démographique est marqué par une division par deux de la population totale entre les années 1960 et 2000, avec une accélération du phénomène à partir de la crise de 2008. Ces migrations sont de deux ordres. Les premières concernent les déplacements de population vers les autres états du pays, moins touchées par le chômage de masse. Les deuxièmes s’orientent vers les banlieues périurbaines. Mais toutes deux contribuent cependant à creuser les inégalités socio-spatiales et les comportements de ségrégations. Les riches s’éloignent des centres-villes et se renferment dans des espaces protégés, tandis que les pauvres  se retrouvent entres eux dans les territoires abandonnés des pouvoirs publics. La « shrinking city » (ville qui coule) fait face à « l’urban sprawling » (étalement urbain).

Détroit devient une ville en ruine qui n’attire plus que curieux, journalistes, reporters, photographes et artistes. La crise des « subprimes » a été fatale à la ville et à nombre de ses habitant-e-s. La chute de la valeur immobilière de leurs logements, achetés avec des crédits à taux variables, a jetée des centaines de milliers de familles dans la pauvreté. Celles-ci ne pouvant plus rembourser leurs crédits et essayant de revendre, le plus souvent sans y arriver, leurs maisons qui ne valent plus grand chose. De nombreuses maisons se retrouvent donc abandonnées faute de trouver acquéreurs, et des chantiers sont stoppés et laissés en l’état.

Les conséquences sociales sont désastreuses. Le système libéral de mise en concurrence des villes et des territoires est responsable de cette situation, tandis que l’absence de dispositifs de péréquations entre les villes les plus riches et les plus pauvres n’a pas permis d’amortir les effets de la crise. L’effet est donc mathématique et direct : le départ ou la faillite des entreprises entrainent une baisse des ressources fiscales, cette dernière entrainant inéluctablement une réduction de l’offre de services publics et donc un creusement des inégalités. Ces dernières ayant été intensifiées par une politique d’austérité budgétaire, dont l’objectif affiché était de limiter l’endettement, mais qui, comme partout, produit l’effet inverse.

La croyance dans les mythes du capitalisme a plongé Détroit dans une situation invivable : l’ultra-spécialisation a empêché les reconversions de l’économie, les appétits sans limite des banques et des financiers, aidés par des représentants politiques véreux, ont entrainé la ruine des ménages, l’absence de politique de répartition des richesses a fait sombrer la population dans la pauvreté et détruit le lien social. Cette politique voulue et menée par une armée de spécialistes a finalement aggravé les conséquences d’une cause qu’elle disait combattre. Détroit rend donc visible, sur un territoire, les méfaits du capitalisme, et particulièrement de l’ultra-libéralisme, sur l’humain.

Cependant, il persiste des raisons d’espérer. Flaminia Paddeu, doctorante en géographie a observé à Détroit, dans ce contexte de crise, un développement de pratiques alternatives solidaires. Pour ne plus faire le choix entre se chauffeur, remplir le réservoir d’essence de la voiture et manger, des habitant-e-s ont décidés de s’associer afin de créer des jardins communautaires et des soupes populaires. Celles-ci s’accompagnent souvent de pratiques « illégales » de réappropriation de lieux abandonnés (et ils sont nombreux). Se développent également des échanges non monétaires, des pratiques de réutilisation de friches pour faire naitre et développer du lien social à partir de projets artistiques ou culturels, etc. Les habitant-e-s de certains quartiers s’entraident également pour organiser le démantèlement des maisons délabrées et la réparation de ce qui peut l’être. Ils favorisent le recyclage de matériaux et cherchent à maintenir une régulation sociale par l’organisation collective de la sécurité, particulièrement nécessaire lorsque des individus essayent de mettre en place des trafics divers sur ces territoires.

Dans l’exemple de Détroit le dépassement du modèle libéral/capitaliste, de son idéologie, de ses pratiques, n’est pas né d’une prise de conscience collective mais d’une forte dégradation d’une situation matérielle. N’attendons pas la catastrophe pour proposer de nouveaux modèles urbains. Un programme politique municipal de lutte contre l’austérité et la finance doit s’inspirer de ces pratiques concrètes construites par les habitant-e-s. Notre rôle politique, en tant que « promoteur » d’une Révolution citoyenne, est donc d’abord de convaincre, pour ensuite proposer et impulser des pratiques locales alternatives et solidaires.

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La gentrification : expulser pour mieux régner

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L’aménagement et l’urbanisme, comme toutes les disciplines de sciences humaines et sociales, disposent d’un vocabulaire particulier pour nommer des phénomènes sociaux. Le terme de « gentrification » fait parti de ce vocabulaire, et est défini généralement comme étant un phénomène d’embourgeoisement des quartiers populaires. La gentrification est marquée dans certaines villes européennes (qui entretiennent un rapport particulier avec l’espace, rapport différent de ce qui est visible aux Etats-Unis par exemple) et ne résulte pas d’une quelconque « loi de la nature », mais est bel et bien la conséquence de choix politiques. Par ailleurs, elle s’inscrit dans un contexte plus large de reproduction, dans l’espace, des rapports de domination capitaliste, où sont également inscrits les processus de développement des banlieues périurbaines et de d’appauvrissement des quartiers populaires. Ces différentes transformations politiques de la ville ont été décrites par le sociologue Jacques Donzelot par le concept de « ville à trois vitesse ».

Phénomène politique, la gentrification est toujours la conséquence d’une politique publique d’aménagement, qui s’appuie sur des investissements publics conséquents, en faveur de la classe dominante. Derrière le discours de chercher à réaliser de la « mixité sociale » il s’agit surtout d’augmenter les valeurs foncières et immobilières des zones concernées, au bénéfice, dans la quasi-totalité des cas, d’intérêts privés.  Ces augmentations sont encore confortées, un peu plus tard, par le départ des classes populaires « indésirables » de ces quartiers « renouvelés ». La gentrification est donc une façon pour la classe dominante de se réapproprier des lieux de centralité (les centres-villes sont les premiers touchés) et des lieux « confortables » car pourvus d’équipements publics, culturels, sportifs, etc., au détriment de la classe populaire, condamnée à plus ou moins long terme à quitter les quartiers gentrifiés.

Mais en plus des investissements publics financiers conséquents, les pouvoirs publics vont mener un travail important sur l’image. Les acteurs de création de « représentation collectives » comme les médias ou les services de communication politique, vont également jouer un rôle primordial pour la gentrification. L’exemple le plus frappant est la construction de la figure de l’individu aisé (financièrement, socialement et culturellement) venant chercher dans ces quartiers de la mixité sociale. Cette dernière disparaissant à mesure que les populations les plus précaires sont condamnées à partir par le renchérissement. Le travail de communication a souvent pour objectif de « naturaliser » ce phénomène urbain, à le rendre inexorable car guidé par les « lois du marché »  et par des choix individuels (qui seraient « inconscients ») alors qu’il s’agit d’une politique délibérée de remplacement de populations. Un travail particulier de réflexion sur l’image est notamment fait pour effacer complètement la figure de l’ouvrier en détruisant ses symboles (de nombreuses usines remplacées par des « éco-quartiers » par exemple).

Le phénomène de gentrification est parti-prenante du système capitaliste. Comme le disait déjà Henri Lefebvre dans Le droit à la Ville en 1967 : les inégalités sociales s’inscrivent dans l’espace. Nous pouvons même ajouter que les inégalités spatiales renforcent les inégalités sociales. Les processus urbains sont donc directement liés aux rapports de production : ils expriment l’exploitation d’une classe sur une autre, l’oppression par des mesures de sécurisation de l’espace public (dit d’urbanisme de « prévention situationnelle »), et l’aliénation car les individus ne semblent plus avoir emprise sur leur existence, ne disposant plus de la capacité de choix de leur lieu d’habitation. Sur ce dernier point le déterminisme de classe est beaucoup plus important que les déterminismes ethniques, nationaux, religieux, culturels, etc. La gentrification entretien particulièrement l’aliénation en détruisant des constructions, souvent anciennes, de liens sociaux. Les différentes formes et expressions de solidarité qui pouvaient exister avant la « rénovation » disparaissent, laissant les habitant-e-s seul-e-s face à leurs difficultés.

Enfin, la gentrification entretien les inégalités socio-spatiales et la ségrégation entre les différentes classes. Le discours du gouvernement visant à « l’égalité des territoires » est une gageure entre le pouvoir politique oligarchique et les spéculateurs qui s’enrichissent sur le dos des plus fragiles. Pour ces derniers la gentrification n’est synonyme que de perte de qualité de vie en raison de la perte d’une forme de confort liée à « l’urbanité » d’un lieu, c’est-à-dire à la présence d’équipements, de liens sociaux, ou liée directement au logement, en les contraignant à déménager dans des appartements plus petits ou vers des zones délaissées.

Contre les processus de gentrification, et encore plus généralement contre les formes d’aménagement capitalistes, inégalitaires et ségrégatives, il faut penser l’aménagement et la transformation de la ville comme une politique publique au service de l’intérêt général, de l’intérêt du peuple contre celui du spéculateur. Si des résistances existent aujourd’hui, elles restent trop localisées sur un territoire et ne cherchent pas à globaliser les enjeux. Face au PS qui, comme le dit Anne Clerval, chercheuse spécialiste de la question, accompagne la gentrification dans le Nord-Est parisien (et ailleurs), le Front de Gauche doit s’approprier la question. Cela suppose de faire comprendre le phénomène et alerter les premiers concernés, mais surtout d’offrir un débouche politique qui ne transige pas sur la réalisation de logements sociaux et sur la baisse des loyers (et non pas une « baisse des hausses » à la sauce solférienne). Seul le peuple conscient, organisé et agissant peut mener une politique urbaine alternative à celle de la droite et du PS (qui est plus ou moins la même). Impliquer le plus largement possible les citoyens et citoyennes est la seule façon de lutter contre les processus de ségrégation sociale et de permettre l’émancipation sociale dans la ville.


La santé de proximité en mauvaise forme

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Parce qu’ils sont indispensables à la vie humaine et à l’émancipation personnelle, certains domaines devraient être particulièrement protégés des méfaits du capitalisme. Ce sont l’éducation, la santé, la sécurité, bref tous les domaines qui permettent la vie en communauté et le progrès humain. Mais le capitalisme est une machine infernale qui doit sans cesse trouver de nouvelles sources de profit pour ne pas s’écrouler sur lui même, et fini par transformer tout en marchandise. Or, en « marchandisant » des domaines relevant du « bien commun » le fossé se creuse entre les plus riches et les plus pauvres (qui ne peuvent pas se financer des services autrefois payés par la collectivité en fonction des ressources de chacun). En matière d’accès à la santé le schéma est tout à fait valable d’autant plus qu’il est un bon témoignage de l’absurdité du système. En effet, les microbes ne s’intéressant pas au contenu du portefeuille des individus, si les « pauvres » sont mal soignés c’est toute la société qui souffre, et même les riches.

Cette marchandisation de l’accès à la santé est un phénomène contemporain de la volonté politique de faire des économies dans les dépenses publiques. La mise en place par la droite de la RGPP (Révision générale des politiques publiques) en 2007 puis la loi Hôpital, patients, santés et territoires, dite « loi Bachelot » en 2009, a porté le coup de grâce de cette politique plus que contestable. Cette conception valorise la création de Grands Pôles hospitaliers dans lesquels sont centralisés de nombreux services, et incite fortement la fermeture des petites structures considérées comme « non rentable » malgré leur ancrage local important. La rentabilité devient un objectif en soi à la place de la question du bien être. Or à ce jeux là, les grands « supermarchés » de soins sont les plus armés pour résister à la concurrence entre les établissements, concurrence entretenue volontairement par les pouvoirs publics qui y voient, dans leur cécité libérale, un moyen de tirer « le meilleur » d’une gestion entrepreneuriale des établissements hospitaliers.

Mais les petites structures « non rentables » ont, ou avaient, un ancrage local, que les gros hôpitaux à parking géant n’ont plus. Une structure médicale intégrée à un territoire particulier est plus à même de réaliser sa mission de service public d’accueillir les personnes les plus fragiles qui n’ont pas forcément accès à la médecine libérale (quand elle existe) et qui peuvent être vite découragées de devoir faire des dizaines de kilomètres pour se rendre au centre de santé le plus proche (en particulier pour les personnes qui ne possèdent pas de véhicule individuel ou à faible mobilité). Le désengagement de l’Etat dans le financement des hôpitaux et dans les remboursements des traitements peut avoir des conséquences sanitaires et sociales catastrophiques. Le retour en Grèce, de maladies que l’on pensait éradiquées sur le « vieux continent » (comme la malaria) doit nous alerter sur les conséquences des plans d’austérité.

En plus du désengagement financier public la médecine libérale privée connaît de nombreux disfonctionnements. En terme de répartition géographique nous pouvons observer une surreprésentation de médecins dans certaines zones (et notamment à l’Assemblée Nationale) tandis que d’autres sont de véritables « déserts médicaux », selon l’expression consacrée. Les régions qui souffrent d’un manque d’offre publique souffrent de la même manière de l’absence d’une offre privée, le capitalisme et « le marché » ne s’intéressant pas aux territoires où les économies d’échelles ne sont pas possibles, c’est à dire où il ne serait pas assez rentable de s’installer. Cette logique marchande est dangereuse car elle s’ajoute souvent à d’autres éléments (fermeture de bureau de poste, d’école, etc.) qui contribuent à faire de certains espaces des espaces laissés à l’abandon, n’étant pas considéré comme étant dignes d’intérêt à la compétition territoriale.

Une politique publique ambitieuse en matière de santé pour les territoires doit passer par la garantie pour chaque « bassin de vie » de posséder son propre hôpital afin d’éviter les drames liés aux temps de transport. Ces hôpitaux doivent être le plus généraliste possible et avoir un maximum de disciplines : nous ne devons pas nous poser la question de la rentabilité mais de la santé des citoyens. La garantie pour les femmes de pouvoir librement disposer de leur corps passe en particulier par la création ou le maintien de « centres IVG » et de maternités. Une politique efficace suppose également de mettre fin au numérus clausus qui crée une rareté injustifiée et augmenter le nombre de diplômés (sans remettre en cause la qualité du diplôme). Comme les zones rurales, les quartiers populaires demandent des attentions particulières et les collectivités territoriales peuvent créer des centres de santés municipaux afin de garantir un accès à toutes et tous à une médecine de proximité. Ces quelques points montrent qu’il existe des solutions pour améliorer notre système de santé, à condition d’avoir le courage d’affronter la finance et de puissants lobbys, ce que le gouvernement actuel ne semble pas, malheureusement, décidé à faire.


L’habitat coopératif, l’anticapitalisme au service du logement.

Si j’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur la question de la crise du logement, il est nécessaire, je pense, d’approfondir les réponses à lui apporter. Cette crise résulte en grande partie des logiques capitalistes de « marché », celui-ci étant sensé structurer l’offre immobilière. Or depuis des années il a prouvé son incapacité à faire face aux évolutions sociales et économiques d’une population qui se fragilise. En parallèle les réponses apportées par la droite, favorisant l’aide à l’accès à la propriété, n’ont pas contribuées à ralentir la crise, voire l’ont aggravée (notamment avec la loi Scellier). La raison est que pour l’idéologie libérale la propriété en matière de logement est une règle quasi-divine qu’il ne faut pas remettre en cause sous peine de risquer de faire écrouler le système. Or il existe aujourd’hui des formes novatrices de propriétés dégagées de la logique du marché, les formes coopératives d’habitat font parties de celles-ci.

Les coopératives, mouvement né en Angleterre au milieu du 19ème siècle puis qui s’est propagé dans toute l’Europe, ont pour caractéristiques d’être un groupement de personnes qui visent à répondre à un projet collectif tout en respectant une gestion démocratique. C’est une façon de produire collectivement des biens et des services tout en mettant en avant l’intérêt général plutôt que l’intérêt individuel. C’est aussi une forme particulière de propriété, opposée à la logique capitaliste, car chaque « coopérateur » dispose d’une partie de la coopérative et les possibilités de reverser des profits sont strictement encadrées.

En ce qui concerne l’habitat coopératif, c’est la coopérative qui va être la propriétaire des logements (d’un immeuble ou d’un parc d’immeubles par exemple) et c’est elle, qui va louer aux habitants individuellement, mais qui va aussi les faire acheter des « parts sociales » de l’immeuble. Les habitants vont être en situation où ils sont locataire vis-à-vis de la coopérative, mais aussi en situation de « coopérateur », c’est-à-dire de propriétaire « collectivement » du bien. Cette forme permet d’éviter les comportements spéculatifs car les parts sociales ne sont pas en lien avec la valeur de l’immeuble et il est interdit de se partager les bénéfices lorsque celui-ci est vendu. L’habitat coopératif permet de proposer une véritable alternative au modèle de propriété capitaliste car c’est l’intérêt général de la communauté habitante qui va primer sur le profit individuel.

Mais en plus de changer le rapport au patrimoine, l’habitat coopératif permet d’envisager de nouvelles formes de solidarité et de « vivre ensemble ». Tout d’abord, les principes de gestion qui sont appliqués sont des principes parfaitement démocratiques : comme dans les Sociétés coopératives de production (SCOP) chaque coopérateur possède une voix à l’assemblé générale et peu importe le nombre de parts sociales qu’il détient. De plus, la coopérative d’habitat peut permettre de favoriser la solidarité entre les habitants. De la même manière à ce que l’on peut observer dans les squats, l’habitat coopératif permet assez facilement la mise en place de systèmes d’aide réciproque, de mise en commun de matériel (matériel de bricolage par exemple) ou de services divers comme la garde d’enfants. De plus le partage « d’espaces communs » aux locataires, si la décision revient à ces derniers, est néanmoins favorisé. Ce sont notamment les buanderies ou les salles de jeux pour les enfants. Cette manière de favoriser le lien social est une façon de répondre aux maux dont souffre la société du chacun pour soi, mais aussi d’agir en substance sur les problèmes de nos villes dortoirs et étalées, en favorisant la densification et la redynamisation des territoires. Enfin l’habitat coopératif est une manière de créer une mixité sociale car c’est une manière souple d’accès à la propriété et est une façon « bon marché » pour l’Etat de créer des logements pour les revenus modestes.

Malgré les qualités non négligeables de cette forme de propriété collective pour contribuer à sortir de la crise du logement, et si elle commence à se développer dans des pays voisins, le gouvernement et les parlementaires de droite refusent de donner un véritable statut juridique aux coopératives d’habitat. Cette situation est notamment dénoncée par l’Association Habicoop ( http://www.habicoop.fr/ ) qui appelle à une évolution juridique. Nous, au Front de gauche, sommes conscient(e)s de l’intérêt à porter à ces projets, car soutenir l’habitat collectif c’est agir en faveur du lien social entre les habitants mais aussi entre les générations en favorisant la mutualisation des services et des biens. Cela s’inscrit pleinement dans le projet de Planification écologique, prémisse de toute action politique novatrice !


La crise du logement n’est pas un hasard, mais une institution

« Lorsqu’enfin le propriétaire d’une maison, en sa qualité de capitaliste, a non seulement le droit mais dans une certaine mesure le devoir de tirer de sa maison, sans scrupules, les loyers les plus élevés. Dans une telle société, la crise du logement n’est pas un hasard, mais une institution »

Friedrich Engels. La Question du logement, 1872

 


Le partage des richesses, étape numéro 1 : le salaire maximum

La question des salaires est fondamentale dans l’histoire des luttes ouvrières.  Le salaire est, avec l’accumulation du capital, le fondement même de la société capitaliste. Le partage des fruits de la production se faisant, de manière simple, entre les salaires versés, aux travailleurs salariés les impôts versés à l’Etat et le profit qui reste dans les mains du propriétaire des moyens de production (pour les investissements futurs ou le plus souvent dans les grosses boites pour les dividendes des actionnaires). Si la mise en place d’un salaire minimum, en contrepartie d’une plus grande flexibilité dans la mise en place de la grille de rémunération,  a d’abord été une mesure favorisant les libéraux, elle a permis de maintenir une certaine sécurité pour les travailleurs (en limitant par exemple le recours à un deuxième emploi pour avoir de quoi vivre comme nous pouvons l’observer dans les pays anglo-saxons). Le salaire minimum est à mon sens une véritable mesure anticapitaliste car elle impose des droits sociaux « contre » le marché du travail et c’est pour cela qu’il est critiqué par les réactionnaires libéraux pour qui il serait aussi une des causes du chômage de masse. L’instauration d’un salaire minimum ne s’est donc pas faite sans critiques idéologiques, les mêmes que nous retrouvons lorsque l’on propose l’idée d’instaurer un salaire maximum.

Depuis la période des « Trente glorieuses », où les écarts de salaires entre les plus riches et les plus pauvres à l’intérieur d’une grande entreprise ne dépassait pas le rapport 1 à 35, les inégalités de salaires ont littéralement explosées. Elles sont en effet, passées à un rapport de 1 à 300 et ce, sans justification valable de talent ou de qualité des grands patrons (c’est même plutôt l’inverse). Ces inégalités de salaires à l’intérieur d’une même entreprise sont  injustifiées et contre-productives. Si pendant les Trente glorieuses l’argument que l’enrichissement des uns avait des retombées positives sur l’ensemble de la société paraissait concevable (encore que … ), il est totalement dépassé aujourd’hui car l’effet sur le bien être collectif apparaît trop faible voire nul. Cet écart est contreproductif voire dangereux car il maintien une situation de faible croissance, les populations les plus fragiles, qui ont une propension à consommer forte, étant dans une situation où leur pouvoir d’achat est faible, et développe le triomphe de « l’argent roi » où la seule chose qui vaille est de s’enrichir sans penser au pourquoi du comment de sa production. De plus, les ultra-riches vont imposer un standard de consommation intenable au niveau écologique. Or si nous voulons préserver la planète nous devons changer de modèles.

Si certains pourraient être conquis par la mesure, reste à les convaincre de la possibilité de sa mise en place.  Or des exemples existent déjà et notamment dans les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Ces entreprises qui visent à développer de nouveaux modèles économiques à l’intérieur du modèle capitaliste, ne mettent pas en avant l’accumulation de profit  privé mais la gestion démocratique par le principe 1 personnes, 1 voix et par la priorité donnée aux individus face au capital. Dans ces entreprises les écarts entre les plus petits salaires et les plus gros ont un rapport maximum autorisé de 1 à 5. Les cadres et dirigeants sont ils moins bon qu’ailleurs ? Je ne le crois pas. Et pour ceux qui penseraient que ça ne concerne que quelques marginaux libertaires, les entreprises de l’économie sociale et solidaire emploient en France près de 1800000 salariés soit 10% de l’emploi total national. Pour finir de convaincre les plus réticents à la mise en place de cette mesure progressiste (même si je doute qu’il y en ai chez mes lecteurs), le salaire maximum n’est pas une lubie des militants du Front de Gauche mais il est préconisé pour un rapport de 1 à 20 par la Confédération européenne des syndicats qui comprend pour la France : la CGT, la CFDT, FO, la CFTC, la FSU et l’UNSA, ça commence à faire du monde.

Le salaire maximum apparaît comme une mesure efficace pour augmenter les salaires : il est toujours possible pour un cadre supérieur ou un dirigeant de s’augmenter à condition qu’il augmente celui qui est tout en bas de l’échelle salariale. C’est une manière de reconnaître les efforts de l’ensemble des salariés au processus de production et de créer un cercle économique vertueux. Il y a aussi derrière cette idée une forte dimension éthique : contre la société individualiste promeut par de si gros écarts de salaires injustifiés, le salaire maximum permet de développer d’autres valeurs comme le partage et la solidarité dans l’entreprise car si « les résultats sont bon » tout le monde en profite. La répartition des richesses doit commencer par l’entreprise, c’est en cela que le salaire maximum est une nécessité. Et si certain craignent que ça fasse fuir les plus avides nous leur répondrons « qu’ils s’en aillent » !  Nous n’avons pas besoin de rapaces mais de travailleurs passionnés et partageurs.