2014, année de conquête(s) !

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Nous étions beaucoup au début de l’année 2013 à prévoir une année tumultueuse, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle l’a été. Elle l’a été d’abord et surtout pour les victimes de la politique gouvernementale, de plus en plus nombreuses, de plus en plus touchées par la précarité, le chômage, la pauvreté, et par l’absence de perspective et de goût pour le futur. Mais comment pourrait-il en être autrement alors que, face au chômage qui explose partout en France, et d’avantage encore dans les régions « périphériques » désindustrialisées, la seule réponse apportée par un Président de la République dit « de gauche » repose sur des cadeaux au patronat ?

Elle fut également tumultueuse pour notre camp, la gauche de progrès social, confrontée à l’exacerbation des divergences stratégiques quant à la manière d’appréhender les élections municipales mais également à des questions matérielles et financières lorsqu’il est question de « protéger » des rentes de situations. Ces divergences ont conduit à une forme d’hystérisation médiatique des désaccords au sein du Front de gauche alors que ceux-ci ne sont que le résultat d’une confrontation démocratique permanente et légitime entre les acteurs toujours plus nombreux de notre rassemblement. En se laissant trop souvent aller à « la chasse aux sorcières » dans notre propre camp nous, « simples » militant-e-s politiques, avons une part de responsabilité dans cette situation.

Mais 2013 n’a pas été l’année d’éclatement du Front de Gauche et loin de là. Et, malgré l’impatience de l’oligarchie, de ses médias et de ses représentants politiques, 2014 ne le sera pas non plus. Au risque de surprendre, les élections municipales comme les élections européennes semblent même bien partie pour notre regroupement politique car partout nous partons en autonomie vis-à-vis du Parti Solférinien, partout les citoyennes et citoyens auront la possibilité d’utiliser un bulletin de vote pour refuser les politiques d’austérité et de cadeaux aux financiers. Si le comportement égoïste de certains dirigeants du Parti Communiste Français est regrettable, et ajoute de la confusion dans une époque qui a besoin de clarté, nous ne devons pas faire d’amalgames et ne pas tenir responsable chaque militant-e des turpitudes de quelques-uns.

Dans certains endroits, en étant le moteur de rassemblements plus larges que les seuls partis (mais néanmoins nombreux) membres du Front de gauche nous témoignons de notre capacité à créer les conditions de constitution d’une majorité alternative à la politique libérale de François Hollande. Qu’elles soient élargies ou non aux autres forces de gauche, Europe écologie – Les Verts en tête, avec ou sans le PCF, les listes anti-austérités doivent permettre au peuple de résister aux coups qui lui sont portés, mais surtout de conquérir de nouveaux droits et d’améliorer son quotidien. L’année 2014 ne doit donc pas être uniquement une année de résistance mais une année de conquête, une occasion de retrouver nos ambitions de 2012 qui ne consistaient pas uniquement à obtenir des élu-e-s mais surtout à faire émerger une Révolution citoyenne.

A l’échelle européenne, comme à l’échelle municipale, le Front de gauche doit redevenir cette force qui donne espoir et envie de s’impliquer dans la vie publique. Tandis que l’élection européenne peut permettre de fédérer à l’échelle internationale la critique de l’Europe des marchés vers un contenu programmatique progressiste car écosocialiste, les communes et intercommunalités peuvent devenir des lieux concrets d’application de ces principes. La défense du droit universel à l’eau est l’exemple parfait de l’interconnexion de ces échelles de lutte contre la marchandisation, soutenue à Bruxelles, mise en œuvre dans nos bassins de vie.

Faire de 2014 une année de conquête exigera des militant-e-s politiques une conscience aiguisée et une discipline d’union désintéressée au service d’un but qui nous dépasse toutes et tous. La conscience politique pour sortir des lieux communs des pratiques de gestion municipale timorées et hésitantes pour promouvoir des actions courageuses et innovantes en rupture avec les logiques clientélistes. La discipline d’union pour ne pas donner à voir aux citoyennes et citoyens le spectacle désastreux des querelles d’égo ou de la sauvegarde d’intérêts matériels, quand tant de personnes souffrent dès le 5 du mois et sont tentées par l’abstention ou le vote FN. En 2014 nous avons plus à gagner qu’à perdre, profitons-en pour être exemplaire, pour être ceux qui poussent à la prise de conscience, ceux qui bousculent les notables, bref ceux qui font de la politique en pensant aux autres avant de penser à eux. En respectant ces conditions la « crise » du Front de gauche ne sera plus qu’un fantasme du MEDEF et de ses marionnettes au gouvernement.

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La proximité pour l’Université

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J’ai déjà eu l’occasion de raconter, il y a déjà près d’un an et demi, en quoi mon (long) passage dans une université « de banlieue » avait été plaisant, et finalement loin des clichés que l’on peut entendre régulièrement, et malheureusement, souvent colportés par certain-e-s enseignant-e-s de lycée. Mes études universitaires à l’Université d’Évry m’ont données tout ce que je pouvais attendre d’un établissement d’enseignement supérieur : des conditions relativement bonne d’étude (mais toujours à améliorer), des professeur-e-s et enseignant-e-s le plus souvent compétent-e-s et passionné-e-s et des réseaux de socialisations qui m’ont permis d’approfondir ma conscience politique.

La quasi-totalité des universités dites « de proximités », car situées dans un bassin de vie relativement éloigné des grandes métropoles, ont pour usagers principaux les habitant-e-s des environs. A l’inverse des universités situées au cœur des métropoles qui ratissent beaucoup plus large en matière de public. Les universités de proximités sont en quelques sorte la traduction en actes de l’ouverture de l’enseignement supérieur, de sa démocratisation,  à toutes et tous car elles réduisent la première barrière à la réalisation d’études supérieures : la barrière physique.

Permettre plus facilement aux classes populaires de franchir la barrière physique de l’entrée à l’Université permet de réduire l’effet « d’autocensure » qui fait que les moins disposés, à priori, à réaliser des études supérieures, se découragent plus vite que les autres à devoir faire des dizaines de kilomètres de transports par jour pour étudier. En réduisant la distance physique c’est également la distance symbolique qui est atténuée. Lorsque l’université est à proximité directe de l’habitat, du quartier, de ceux qui la fréquentent, et non au cœur d’un quartier chic parisien, il est plus aisé de l’assimiler comme faisant partie de son quotidien, de s’imaginer un jour y mettre les pieds. Alors qu’il est bon ton, dans les médias de masse, de pointer la « médiocrité » de l’Université française, et en particulier en commentant les taux de réussite en licence des classes populaires, il serait pertinent de réfléchir aux conditions matérielles pour garantir la réussite de ceux-ci.

Mais la présence d’une université (et même lorsqu’il s’agit d’une simple antenne universitaire de petite taille)  sur un territoire est également un véritable moteur pour ce dernier. La mobilisation d’il y a quelques semaines du personnel, des étudiant-e-s et enseignant-e-s, soutenus par quelques élu-e-s locaux, contre la fermeture de l’antenne universitaire de Béziers témoigne de cette crainte de voir disparaitre une tranche de vie amenée par l’établissement d’enseignement supérieur et ses usagers quotidiens. Pour un quartier, une ville, une intercommunalité et même un bassin de vie, disposer d’une université sur son territoire c’est profiter d’une mixité sociale et fonctionnelle. C’est disposer d’un véritable équipement structurant à partir duquel peut se concevoir l’aménagement qui prend en compte les différentes échelles. Encore plus que dans celles des grandes métropoles, les universités de proximités sont de véritables lieux de brassage social qui contribuent, dans une société qui a tendance à s’individualiser, au développement d’une urbanité.

Or la logique d’austérité à l’Université mise en place par la droite et Valérie Pécresse à partir de 2007 avec la loi LRU « relatives aux libertés et responsabilités des universités » (sic) et confirmée dès 2012 par la ministre solférinienne Geneviève Fioraso et sa loi dite « LRU 2 », pousse fortement à la mutualisation des structures universitaires. En plaçant le couteau budgétaire sous la gorge des universités devenues autonomes, celles-ci n’ont d’autres choix que de se grouper à d’autres plus importantes ou disparaitre. Cela se concrétise inéluctablement par une fermeture des établissements les plus petits, les plus fragiles et ceux qui ne sont pas en capacité de lever des fonds privés en masse, bref ceux qui accumulent les dettes et qui ne sont pas jugées assez « rentables » pour les libéraux.

En poussant à la création de campus géants sur le modèle anglo-saxons pour réaliser des économies d’échelles, la logique austéritaire  est une menace pour les petites universités, « à taille humaine », qui sont pourtant de véritables atouts pour la vie de nombreux territoires. Elle est une menace pour les classes populaires, pour ceux qui disposent de peu de capitaux culturels, sociaux et économiques, et pour qui l’éloignement du lieu d’étude est synonyme de nouveaux obstacles à franchir. Alors que les nouvelles technologies de la communication et les moyens de dématérialisation affranchissent de plus en plus des nécessités de regroupement, la constitution de campus géant refermés sur eux-mêmes apparait même comme un contre-sens historique. Le libre marché ne fait décidément pas grand-chose dans le bon sens, ne le laissons plus guider les politiques d’aménagements universitaires et soutenons les universités de proximité.


Elections municipales, élection nationale

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Depuis quelques semaines les solfériniens ont lancés leur offensive politico-médiatique visant à faire des élections municipales de mars prochain une somme d’élections locales aux enjeux sectorisés et dispersés. En effet, pour le PS, qui a beaucoup à perdre de l’impopularité démentielle de François Hollande dans son « propre camp », c’est à dire chez les électeur-trice-s qui l’ont porté-e-s au pouvoir pour changer de politique, il s’agit d’abord de marquer localement une distance avec les conséquences de la politique d’austérité du gouvernement. Mais c’est également l’occasion de brouiller les pistes et rendre impossible toute lecture politique globale de la déroute qui s’annonce.

Cette sectorisation locale des enjeux s’appuie sur une démarche globale de dépolitisation dont la personnalisation, médiatique et organisée, des candidat-e-s est le meilleur outil. Il n’est d’ailleurs pas anodin que les exemples les plus perceptibles de cette personnalisation se trouvent dans les villes où les enjeux nationaux sont les plus marqués, par exemple à Marseille ou à Paris. Concernant la capitale, comment ne pas être outré de la mise en scène des « héritières » et de leurs « coiffures », relevant d’avantage d’un « concours de miss » (avec tout ce qu’il a peut y avoir de plus dégradant) que d’un véritable débat politique. Mais la dépolitisation c’est aussi l’affichage de projets déconnectés de la réalité austéritaire du gouvernement, faisant croire aux électeur-trice-s que la proximité du-de la candidat-e sera la réponse à la politique inique du Président de la République et de son gouvernement fantoche, où en affichant des projets faisant fi de la durée des mandats municipaux ou des compétences des collectivités. Dans tous ces cas il s’agit d’annoncer vouloir améliorer la vie des habitant-e-s sans critiquer et lutter contre le système qui leur met la tête sous l’eau.

Ne nous voilons pas la face, s’il est possible de faire des communes, grâce à des politiques publiques volontaristes de gauche, des lieux de résistances à l’austérité et limiter les conséquences de la crise écologique et sociale, l’échelle locale reste l’échelle de l’impuissance politique. De plus, la baisse conséquente et régulière, dans les projets successifs des lois de finances, des dotations accordées par l’État aux collectivités réduisent les moyens d’intervention et augmentent les inégalités, et la mise en place d’un système anti-démocratique de confiscation des capacités de décision populaire par l’acte 3 de Décentralisation (avec la Métropole de Paris par exemple) au profit d’une oligarchie de notables contribuent à conforter cette impuissance. Enfin, l’échelle locale est encore trop souvent celle du repli sur soi, des particularismes et du refoulement des intérêts de classes dont seuls les puissants sortent gagnants. L’exemple des « bonnets rouges » en Bretagne en est la parfaite illustration. Les élections municipales doivent être l’occasion de créer un mouvement populaire national, de retrouver l’élan du Front de gauche de la campagne présidentielle de 2012 pour l’amplifier. La proximité ne doit pas être une fin en soi mais être utilisée pour favoriser la conscientisation, pour créer des exemples d’alternatives sans s’y enfermer. La nationalisation des enjeux municipaux doit être un point d’appui et doit parallèlement s’appuyer sur le mouvement de refus de l’austérité, et plus globalement de la politique menée par les solfériniens au pouvoir.

L’appel à la marche du 1er décembre pour réclamer le retrait de la hausse de la TVA et pour une véritable révolution fiscale égalitaire, est une véritable bouffée d’air frais dans une campagne municipale qui s’embourbait dans des considérations d’alliances déconnectées des citoyen-ne-s. Cette marche, soutenue par l’ensemble des partis du Front de gauche, lui permet de gagner en visibilité et d’apparaître comme une force politique réellement différente du PS, porteuse d’un projet politique alternatif, qui refuse le règne de la finance et de la casse des services publics. Cette visibilité doit profiter à toutes les listes anti-austérités autonomes qui se créent actuellement partout en France. N’ayons pas peur de faire le lien entre la mobilisation du 1er décembre et les élections municipales et européennes. Utilisons tous les outils politiques existant pour sanctionner le gouvernement : marchons sur le Ministère des Finances, le « portique du MEDEF », et utilisons notre bulletin de vote les jours d’élections pour faire émerger des pratiques novatrices, écologiques et sociales. Dans tous les cas, comprenons bien que la sincérité de nos positionnements locaux dépend directement de notre stratégie nationale et inversement.


Le fléau de la dépolitisation locale

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Les élections municipales, parce qu’elles sont par définition, différentes en matière de configurations, de spécificités, etc., d’un lieu à un autre, se voient trop souvent être des moments politiques sans saveurs car dépossédés de leurs enjeux essentiels. L’échelon communal, échelon de base de la démocratie française, le « plus proche » des citoyen-ne-s, celui où le contrôle populaire des représentants est le plus direct, devrait en toute logique être celui où l’implication politique est la plus prégnante, celui qui pousse l’électeur ou l’électrice à devenir lui même ou elle même acteur ou actrice du devenir de son territoire. Sans se faire d’illusion sur les marges de manœuvre réelles des communes en termes de compétences comme en termes de restrictions budgétaires (les dotations de l’Etat aux collectivités locales sont encore réduites de 1,5 milliards dans le PLF2014) dont les premières conséquences sont la dépendance au recours à la fiscalité locale et le creusement des inégalités entre communes riches (avec des rentrées fiscales conséquentes) et les communes pauvres, les échelons locaux peuvent devenir des lieux où s’expérimentent le partage des richesses et la planification écologique.

Nos communes méritent donc mieux que des discussions sur l’état de propreté des trottoirs ou des parterres de fleurs. D’autant plus que nous sommes tous d’accord pour leur redonner vigueur et faire de toutes les communes de France les plus belles du Monde. A quoi donc bon l’écrire dans un programme municipal ? Ne faudrait il pas mieux réfléchir globalement, pour revenir à ces fameux trottoirs, à l’impact négatif de la minéralisation des villes (ou « bétonisation » dans le langage courant), de la place accordée aux milieux naturels, à la protection de la biodiversité, au partage de la voirie entre les différents usages (circulation automobile, piétonne, stationnement), etc. Plutôt que de gâcher une fabuleuse énergie citoyenne à des fins dérisoires ne devrions nous pas chercher à élever le niveau ?

Si la dépolitisation du discours est une méthode politique traditionnelle à droite (car difficile pour elle d’affirmer clairement défendre des intérêts opposés à ceux du peuple), elle est un véritable fléau pour la gauche. En effet, s’il est tentant électoralement, à première vue, de vouloir flatter les « bas instincts » en jouant la simplicité intellectuelle, brocardant par exemple la volonté de déployer des caméras de surveillance ou de démanteler des campements, cette stratégie ne doit pas être celle des forces progressistes. A l’inverse, celles-ci doivent être celles qui cherchent constamment à « élever les consciences », à politiser et à globaliser les débats. Les forces de gauche ne doivent pas se louvoyer en fonction d’intérêts comptables mais participer concrètement à la formation politique du peuple, d’abord en lui donnant des outils techniques de compréhension et de prise de pouvoir (savoir lire un budget, comprendre les modes de gestion d’un service public, connaître les documents de planification en urbanisme, etc.), ensuite en lui donnant un cadre politique d’action positif, loin des arrangements de couloir. Cette formation politique est primordiale à l’expression d’intérêts communs, à l’émergence d’une conscience de classe et permet de sortir d’une logique réactionnaire NIMBY (« Not In My BackYard » – Pas dans mon arrière cours) faisant prévaloir les intérêts individuels directs (ma maison, mon quartier). Démarche égoïste qui fait malheureusement des dégâts, même chez des gens marqué « à gauche ».

Pour faire des communes et des intercommunalités (le « bloc communal ») des territoires de résistance à l’austérité, ainsi que des lieux amortisseurs de ses effets sociaux et écologiques désastreux, il est nécessaire de construire une véritable force de gauche qui est identifiée comme telle. Celle-ci doit donner l’espoir aux habitant-e-s qu’il est possible de faire autrement. Donner l’espoir qu’il peut exister une alternative entre la politique haineuse et irrationnelle du FN et l’idéologie ultralibérale oscillante entre une droite complexée solférinienne et une autre décomplexée. Mais en disant cela je ne vous fait rien découvrir, c’était l’ambition initiale de la création du Front de Gauche.

La dépolitisation des projets politiques locaux est un mythe. Il en est de même de penser qu’il est possible de mener une politique locale « en faveur des habitant-e-s », comme il est trop souvent écrit de manière absurde sur les tracts, sans s’opposer radicalement à la politique menée actuellement par le gouvernement. En effet, comment vouloir défendre les services publics locaux quant tout est faire pour réduire leur emprise ? Par exemple une circulaire du mois de juin de la Direction Générale des Finances Publiques (DGFIP) incite les collectivités territoriales à limiter la « réintégration de certains services publics locaux ». Comment assurer une transition énergétique en cédant toujours plus aux lobbys industriels ? Comment soutenir l’économie sociale et solidaire quand le gouvernement la cantonne à des marchés de niche en refusant de lui accorder une véritable protection contre la finance ? Comment développer la démocratie locale quand l’Acte III de décentralisation crée de véritables montres bureaucratiques et anti-démocratiques ? Et, malheureusement, nous pourrions continuer longtemps l’énumération.

Non vraiment, l’heure est trop grave pour céder aux sirènes de la dépolitisation. Au contraire, c’est le moment d’ouvrir des perspectives, de conflictualiser pour conscientiser. D’être aux cotés de ceux qui luttent aux quotidiens dans leurs associations, ceux qui expérimentent avec peu de moyens des projets écologiques et sociaux, ceux qui défendent la gratuité des transports en sautant les portiques, ceux qui partagent des pièces de leur logement, ceux qui réutilisent des friches industrielles pour des activités artistiques, ceux qui cultivent des jardins partagés. Bref, aux côtés de ceux qui résistent au mouvement du casse-pipe austéritaire. L’attente populaire est de notre côté, celui de la gauche de la solidarité et du partage. Nous devons répondre à cette attente pour ne pas faire grandir la résignation qui s’accompagne trop souvent de son lot de comportements réactionnaires et individualistes. S’il n’est pas forcément question d’étiquettes partisanes, les listes de gauches au élections municipales doivent s’affirmer comme telles et montrer leurs désaccords avec le gouvernement et sa politique. Laissons la dépolitisation aux solférinien-ne-s qui, à ne pas douter, prendront de toute façon de plein fouet le retour de bâton de leur politique anti-sociale nationale.


La tentation comptable

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 Il y a une multitude de manières d’envisager les élections. Il y a des procédés légitimes car politiques : mesurer l’imprégnation d’idées dans la société, établir un rapport de force et prendre le pouvoir pour améliorer la vie quotidienne. Ceux-ci partent “de la base”, c’est à dire des citoyen-ne-s, et permettent d’élaborer une expression de l’intérêt général. A l’inverse il est possible d’envisager une élection d’un point de vue purement comptable et notabiliaire à des fins illégitimes car égoïstes. Que ce soit par “goût” individuel pour le pouvoir ou pour faire valoir des intérêts particuliers, tels que ceux d’un groupe social spécifique (les solfériniens s’obstinent par exemple à répondre aux intérêts du patronat) voire à une institution comme un parti politique (faire vivre la structure pour la structure), nous sommes dans ces cas là bien éloignés de la satisfaction de l’intérêt général qui disparait au profit d’une comptabilité de courte vue. Or c’est souvent par ce biais là que sont envisagées les élections locales et c’est notre responsabilité de citoyen et citoyenne de devoir s’opposer à tous ceux qui seraient tenté de succomber à cette tentation comptable.

La tentation comptable c’est être prêt à brader idéaux de gauche et lutte de classe pour son intérêt personnel. C’est faire alliance avec le “centre” (mais qui peut bien être encore crédule au point de ne pas voir que les soi-disant “centristes” ne sont que des mauvaises copies d’une droite modérée) comme l’envisage Anne Hidalgo, la candidate du PS, à Paris. C’est également noyer les valeurs républicaines dans des collectifs communautaristes pour s’attirer les votes des communautés religieuses, ethniques et culturelles, au détriment de l’unité de la République. Mais c’est aussi réaliser des tractations et compromis de couloirs et d’anti-chambres dorées biens loin du peuples souverains. Mais pour les militants du Front de gauche dont je me considère comme membre, la tentation comptable c’est de fermer les yeux sur ceux qui mènent aujourd’hui des politiques d’austérités et qui, délibérément et avec un cynisme fou, jettent des milliers de personnes au chômage et dans la misère, et envisager des alliances sur ces mêmes bases politiques austéritaires et anti-sociales.

Favoriser l’alliance avec des forces politiques austéritaires pour espérer grappiller quelques élus est d’abord une erreur politique. C’est une erreur car elle repose sur le système représentatif oligarchique, dont les “affaires” de corruption qui caractérisent celui-ci, le placent à la limite de l’implosion. Pour les forces progressistes il ne s’agit plus de vouloir encore une fois déposséder les citoyen-ne-s de leurs pouvoirs d’agir et de décider, mais de chercher à développer de nouvelles façons de faire faire au peuple de la politique concrète. Pour cela, il faut bannir toute tendance à considérer les élections comme des “marchés d’électeurs et d’électrices”, où chaque parti politique mettrait à disposition d’une alliance son électorat (forcément figé), mais comme un processus en perpétuelle mutation. Cette situation est la conséquence directe d’un affaiblissement des clivages traditionnels entre la gauche et la droite (aidé par la droitisation vulgaire du PS) où une grande partie des électeur-trice-s ne se reconnaissent plus dans leur représentation. Plutôt que des arrangements de couloirs, privilégions donc la création d’une dynamique populaire sur des bases programmatiques exigeantes, volontaristes et clairement de gauche..

Mais en plus d’être une erreur politique, c’est une erreur stratégique. A mon sens, l’argument fumeux qui consiste à dire qu’une alliance avec les solfériniens (puisqu’il s’agit d’eux le plus souvent) permettrait d’avoir des élus pour ensuite, combattre l’austérité de “l’intérieur” et améliorer la vie quotidienne des administré-e-s, est dangereux. L’analyse des derniers scrutins, et notamment des “législatives partielles”, montrent que François Hollande, le gouvernement Ayrault et l’ensemble des solfériniens ont transformés le PS (et souvent l’ensemble de la gauche), dans l’imaginaire collectif en un pestiféré, et notamment chez les électeurs portés à gauche. Dans ce contexte Vouloir embarquer sur le “pédalo en pleine tempête” est une profonde idiotie. L’autonomie conquérante n’est pas une posture égoïste mais un devoir pour lutter contre les réactionnaires et pour la survie de la gauche !

Mais le danger de succomber à la tentation comptable concerne également des aspects idéologiques. Les élus du Front de gauche, parce qu’ils font prévaloir l’intérêt général avant les intérêts économiques, ne doivent pas succomber à cette tendance technocratique qui leur impose de devenir des “gestionnaires” au lieu d’être des militants humbles et combatifs. En terme de stratégie politique, comme en terme de programme, nous devons faire prévaloir les citoyen-ne-s et leurs aspirations et nous devons proscrire les comportements d’élus notables aux dents longues et de techniciens. Les collectivités territoriales disposent déjà de techniciens talentueux et intègres, l’élu n’a pas à se substituer mais à définir une ligne politique.

La tentation comptable sera, à ne pas douter, celle qui conduira la gauche à la défaite. Ne tombons pas dans cette double erreur politique et stratégique en refusant d’avoir des ambitions. Le peuple en a assez de ces représentants qui ne représentent que leurs propres intérêts, qui le considèrent comme une marchandise électorale mobilisable à un instant T (les élections) puis oublient leurs promesses dès les résultats tombés. Ne bradons pas nos idéaux pour quelques écharpes (inutiles dans des municipalités et intercommunalités gouvernées par des austéritaires), cherchons à poursuivre l’ensemble des voies qui permettent la prise de conscience et l’implication populaire dans nos quartiers et nos communes. La gauche n’en sera que plus valeureuse pour mener à bien la définanciarisation des biens communs, mettre en place la gratuité des transports, soutenir l’économie sociale et solidaire, promouvoir un aménagement du territoire écologique, bref, mener une politique écosocialiste.


L’austérité entretien la crise du logement

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Chaque année, au début du mois de février, la Fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur l’état du mal-logement en France. La publication de ce rapport chiffré est un moyen particulièrement utile pour mesurer l’efficacité des politiques publiques mises en œuvre par l’Etat et les collectivités territoriales en ce qui concerne le logement. Le « changement » de majorité politique au cours de l’année 2012 devait marquer une nouvelle façon d’agir politiquement en faveur du logement vers plus de contrôle du marché immobilier, vers plus de volontarisme dans la construction et vers plus de solidarité à destination de ceux qui n’ont plus les moyens de se loger correctement (ou de ne plus se loger du tout). Or, la Fondation Abbé Pierre est au moins aussi intransigeante que le Front de Gauche pour juger l’inaction du gouvernement et du Parti de Solferino en la matière.

Selon le rapport, il y a aujourd’hui plus de 3,6 millions de personnes en situation de mal logement, dont 685 000 privés de domicile personnel, auxquels il faut ajouter 5,2 millions de personnes en situation « de fragilité » par rapport au logement. Ces chiffres devraient entrainer une mobilisation sans faille des forces politiques au pouvoir, or les actions menées par le gouvernement sont tellement timides qu’elles peinent à masquer l’absence de volontarisme pour affronter les mécanismes du marché immobilier et les effets de la crise. Pire, la politique d’austérité pousse toujours plus loin les individus dans la « trappe » à pauvreté et à précarité, dont il devient impossible de s’en sortir, et les victimes des saccages économiques industriels, menés par les financiers, rejoignent chaque jour la troupe des mal-logés. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que la peur d’être privé de domicile devienne une des craintes les plus importantes des français.

Une politique de gauche et volontariste ne peut pas être menée de manière unilatérale sans prendre en compte le contexte économique et social dans lequel elle s’applique. Face à l’austérité, à la contraction de l’économie et à la hausse du chômage, les actions politiques, telles que la publication d’une courte liste de bâtiments réquisitionables, les quelques terrains publics pouvant être cédés gracieusement aux collectivités ou la parodie de blocage des loyers, menées par la ministre du logement Cécile Duflot, apparaissent bien incapable de régler la situation et d’inverser le processus de précarisation et de « déstabilisation » des familles et des individus. Si les familles monoparentales et les jeunes restent principalement les plus touchés, les difficultés à accéder à un logement digne touchent aujourd’hui la quasi-totalité des catégories sociales, et même des travailleurs « stables ».

Si le gouvernement actuel a, il est vrai, hérité d’une partie des conséquences de la crise financière et économique, son inaction d’aujourd’hui est de sa propre responsabilité. La volonté de faire passer le taux de TVA à 10% (au lieu de 7% sous Sarkozy) en 2014 sur des secteurs comme le bâtiment et les travaux publics entrainera sans doute un frein aux travaux de mise aux normes écologiques et de confort des logements, et portera un coup supplémentaire à ceux qui envisageraient de sortir d’une situation de précarité énergétique. De plus, la baisse conséquente des dotations de l’Etat accordées aux collectivités territoriales (entre 750 millions et 1,5 milliards d’euros de baisse par an en 2014 et 2015), risque également de rendre difficile la mise en œuvre des projets de construction de logements sociaux des collectivités locales.

En plus d’une inaction criante pour lutter contre les processus spéculatifs du marché immobilier et pour réaliser les 500 000 logements par an promis par le candidat solférinien (le gouvernement peine à en prévoir la construction de 300 000), l’orientation politique social-libérale du Président de la République et de ses ministres aggrave la situation. Dans les pas de Nicolas Sarkozy, François Hollande persiste à mettre les territoires en concurrence les uns aux autres. Le projet « d’acte III » de Décentralisation en visant à faire des régions des autorités régulatrices du logement participe à la croissance des inégalités et à la hausse des loyers dans les zones en tensions, zones où se concentrent les emplois.

Le diagnostic de la situation et de son action est accablant pour un gouvernement qui s’affirme comme étant « de gauche » et Cécile Duflot n’est malheureusement pas la seule à avoir une muselière. Une véritable politique en faveur du logement et alternative à la logique capitaliste doit commencer par rompre avec l’austérité. Ce n’est qu’une fois cette première étape réalisée qu’il sera possible de mettre en place des actions spécifiques pour lutter contre la crise du logement telles qu’un plan volontariste de construction de logements sociaux, un encadrement (et une baisse dans certains endroits) strict des loyers sur le marché privé, une loi de réquisition des logements vacants et la création d’un service public national et décentralisé du logement. Ces quelques mesures, non exhaustives, montrent que la crise du logement n’est pas une fatalité, le pouvoir politique peut en venir à bout, à condition de le vouloir.


2013, une année charnière

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Qui aurait cru que le Front de Gauche, construction politique loin d’être naturelle (nous avons encore en mémoire l’éparpillement de « l’autre gauche », qui devient de plus en plus et malheureusement la « seule gauche », en 2007), serait encore présent en 2013 ? Qui aurait cru que celui-ci supporterait une élection présidentielle et son lot de mystifications individuelles pourtant si propices aux déchirements égocentriques ? C’est toutefois ce qui a été fait, et les militants des nombreuses forces politiques, par leur dévouement  et leur grande maturité intellectuelle, en sont les principaux artisans. Même si nous n’avons pas réalisé les objectifs espérés en fin de campagne présidentielle, et notamment celui de passer devant le Front national, nous sommes devenus une force politique majeure, une force dont plus personne ne doit nier l’existence.

L’année 2013 qui commence sera une année différente des précédentes sur de nombreux points.  Pour la première fois depuis 4 ans, c’est-à-dire depuis l’existence du Front de Gauche et du Parti de Gauche, nous avons une année sans élection. C’est aussi une année où le bilan du social-libéralisme gouvernemental pointera ses premiers effets de masse sur le peuple, bilan à n’en pas douter à tous points semblables à celui des différents pays où il a été appliqué de manière sans aucune clairvoyance. Il est absurde de penser que nous « parions » sur un quelconque échec de ce gouvernement car il n’est pas question de savoir ci-celui échoue ou réussi mais de savoir quelle ligne politique il suit : dans les faits, et contre toute « tradition » socialiste (ou du moins socialisante), il privilégie le capital au travail et le fait particulièrement bien. Le pacte de compétitivité, la « règle d’or », la MAP (modernisation de l’action publique), etc., relèvent bien d’une ligne libérale « cohérente » et il parait illusoire de la faire bifurquer avec des effets d’annonces à la Montebourg.

Mais face à la « cohérence libérale » du social-libéralisme du PS nous, au Front de Gauche, ne cédons à aucune forme de résignation. Rassemblement de forces de natures et d’histoires variées nous nous devons de mettre en place un processus permanent d’élaboration théorique de la Révolution citoyenne. Les « assises de l’écosocialisme », organisés par le Parti de Gauche mais auxquelles  d’autres forces et individus membres ou extérieurs du Front de Gauche ont bien voulu prendre part, en décembre dernier, marquent cette volonté de repenser les doctrines Socialiste et Républicaine pour y intégrer  une dimension écologique, dimension centrale car nécessaire à la survie même de l’espèce humaine. Avec l’écosocialisme comme fil rouge (et vert) de la pensée politique, nous ouvrons une année d’élaboration programmatique et quel bonheur intellectuel d’y participer ! Quel bonheur mais aussi quelle responsabilité face à l’avenir et à l’impasse vers laquelle nous sommes conduit à toute vitesse par le gouvernement.

Cette année d’élaboration programmatique doit nous permettre de préparer « convenablement » les élections prochaines de 2014. Il serait dangereux pour le Front de Gauche de partir dans une « campagne municipale » avec pour seules idées celle des étiquettes politiques et des petites alliances dépassées permettant d’obtenir un adjoint au maire à un endroit et quelques conseillers municipaux à un autre. Nous devons au contraire montrer notre autonomie face au social-libéralisme et son austérité, et notre capacité à mettre en œuvre des « radicalités concrètes ». Pour cela le peuple doit pouvoir s’emparer de nos propositions et être capable de les exiger partout. Seules ces radicalités concrètes appropriées par le peuple doivent conduire notre action politique. Contrairement au Parti socialiste, nous n’existons par pour nous même, mais pour l’intérêt général. Cette rigueur dans l’élaboration de notre programme et de notre stratégie pour les élections municipales sera facilitée par la possibilité, via les élections européennes qui auront lieux quelque temps après, de mener une campagne à grande échelle contre l’austérité qui mine le vieux continent. Notre responsabilité est trop grande pour laisser passer cette possibilité de dire STOP.

Et désolé pour ceux, éditocrates et militants politiques de tous bords,  qui voudraient voir le Front de Gauche enterré sous les chamailleries partisanes. Nous sommes plus unis que jamais contre les politiques d’austérités dont les conséquences ne cessent de s’empirer pour une grande partie des citoyens et nous laçons collectivement, dès le début de l’année, une grande campagne anti-austérité ! Si 2013 est une année sans élection ce n’est pas pour autant une année où nous mettons de côté notre engagement politique aux côtés du peuple, aux côtés des travailleurs, des chômeurs, des exclus, de toutes les victimes de ce système injuste doux avec les puissants et dur avec les faibles. Enfin, les congrès respectifs du PCF et du PG qui ont lieux en février et mars 2013 renforceront à coup sûr cette stratégie collective, les textes d’orientations politiques, pour les années à venir, adoptés par les différentes instances nationales et par les militants de ces deux parties le démontrent déjà.

Le chemin de la Révolution citoyenne est semé d’embuche, soyons organisés, matures et conscients des enjeux et de nos responsabilités. En ces temps de repos nécessaire, je vous souhaite à tous une heureuse et révolutionnaire année 2013.