Un projet urbain comme élément déclencheur d’une révolte politique

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Les révoltes populaires en Turquie de ces derniers jours ont, à mes yeux et par leur élément déclencheur, une signification particulière. En effet, le vaste mouvement populaire et global, qui fait vaciller le pouvoir en place, est d’abord né de la contestation d’un « simple » projet d’urbanisme à Istanbul, la plus grande ville turque. Celui-ci a ensuite pris de l’ampleur et s’est diversifié en termes de revendications, puis s’est élargi à plusieurs grandes villes turques (à Ankara la capitale notamment). Le commencement de la répression policière, le 31 mai, a également participé au changement d’échelle en « attisant les tensions » et en permettant à certain d’ouvrir les yeux sur l’autoritarisme du pouvoir en place.

Ces révoltes populaires nous apprennent « par l’exemple » qu’il n’y a pas nécessairement de décalage entre « luttes urbaines » et luttes politiques et sociales car les luttes urbaines sont, de par leurs objets même, éminemment politiques. En effet, quand les « émeutes » se produisent en France ou dans des pays « occidentaux », leurs dimensions politiques et revendicatrices sont trop souvent balayées d’un revers de manche par les médias de classe dominante qui, pour éviter l’étincelle et la « convergence des luttes », s’obstinent à les catégoriser en « jeux avec les forces de l’ordre », en frustration consumériste (pouvoir participer au système capitaliste) voire en revendication communautariste. Ces qualifications médiatiques dépendent des pays d’où sont originaires les révoltes urbaines et de leur « modèle d’intégration » (revendications communautariste pour les Etats-Unis et « jeux médiatique » pour la France).

L’exemple turque témoigne de cette possibilité de voir émerger des étincelles à partir de mobilisations à priori anodines. L’absence de prise en compte de la parole populaire dans un projet de constructions, d’abord critiqué par des « techniciens » (urbanistes et architectes) et des militants écologistes, aura été l’élément déclencheur d’une prise de conscience citoyenne beaucoup plus large de la faiblesse globale des instances démocratiques nationales. Cette situation où un élément « banal » se fait détonateur et bouscule un « ordre des choses », qui paraissait pourtant immuable, est un des points central du processus de Révolution Citoyenne que nous, au Front de Gauche, souhaitons inspirer.

Or, les potentiels éléments déclencheurs ne manquent pas en France. Ce sont par exemple les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII) de Notre-Dame-des-Landes à Europa City qui font naitre des mobilisations de militants de tendances politiques diverses et variées mais qui partagent un but démocratique commun. Il ne s’agit aucunement de promouvoir une quelconque forme « d’avant-garde éclairée » mais de rendre hommage à ces militants déterminés, qui par leur courage et leur obstination, permettent à l’ensemble des citoyens et citoyennes d’être informé sur les lubies libérales. D’une autre manière, il est également possible de voir éclore la Révolution Citoyenne des « zones de relégation sociale », quartiers ghettoïsés, espaces périurbains ou ruraux abandonnés des services publics et des activités économiques. D’Aulnay à Amiens, les tensions sociales liées à la mise sur le carreau des milliers d’employé-e-s rendent plausibles l’explosion des quartiers populaires touchés par cette hausse du chômage.

En Turquie comme en France, la répression policière est le miroir de la crainte du pouvoir en place de voir s’ébranler sa domination. Si les morts ont pu être évités au plus fort de la mobilisation à Notre-Dame-des-Landes (bien qu’ayant fait de nombreux-se-s blessé-e-s), ce n’est malheureusement pas le cas à Istanbul. Le décalage entre les policiers surarmés et violents et les militants pacifiques mais déterminés, contribue également à lever le voile sur la réalité du pouvoir. De la même manière que le mouvement des « indignés » et que les « Révolutions arabes », la réappropriation des places publiques et des rues (malgré le danger lié à la répression) est une façon de montrer que les citoyens et citoyennes turques ne veulent pas se laisser voler l’espace public (physique comme symbolique) par un pouvoir autoritaire et par des marchands qui s’enrichissent sur les projets d’aménagement au détriment de l’intérêt général.

Car l’autre enseignement marquant des révoltes populaires turques est le lien entre question écologique et question sociale. En s’opposant à la construction d’un centre commercial géant à l’emplacement actuel d’un parc public, les stambouliotes extériorise l’ensemble des mécanismes de l’aménagement capitaliste sur la dégradation des modes de vie. Une question d’urbanisme catalyse ici des problématiques écologiques, démocratiques et sociales. Non pas fomentée « d’en haut », mais d’une opposition concrète et palpable venue « de la base », cette mobilisation est l’exemple d’une prise de conscience populaire locale qui, ayant compris les différentes relations de cause à effet, remonte au global, c’est à dire à la contestation d’un système dans son ensemble. Parce qu’elles croisent des revendications écologiques, démocratiques et sociales, les révoltes turques doivent être comprises, non comme des révoltes à caractères confessionnels voire « ethniques », mais comme des révoltes à caractères écosocialistes.

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La rentrée ne sera décidément pas rose

Et c’est le moins que l’on puisse dire !  L’éducation semblait être une priorité de la campagne de François Hollande, or en ce début de vacances scolaires les paroles se sont déjà envolées. Les quelques 6000 postes supplémentaires prévus pour la rentrée apparaissent dérisoires au regard des dix années de casse menées par la droite (près de 100000 postes supprimés dans l’éducation depuis 2002), et aucune mesure structurelle n’est prévue pour améliorer notre système éducatif. Envolée également la critique de la « marchandisation du savoir » qu’entraine la mise en place de la LRU (dite loi « d’autonomie des universités ») dont le parti dit « socialiste », s’accommode finalement bien et qui pourtant ne fonctionne nulle part, et pas même dans les fameux « pôles d’excellences » que la droite voulait faire émerger. Aujourd’hui « l’autonomie » des universités c’est la dépendance aux marchés et aux volontés des entreprises locales qui les financent, et 23 universités déficitaires deux années de suite. Le plus malheureux dans tout ça, c’est que cette logique marchande de « mise en concurrence des établissements » est prévue pour s’appliquer à l’ensemble des niveaux scolaires, écoles primaires comprises.

Mais avec ces quelques chétifs recrutements, l’éducation est finalement le service public le mieux loti. François Hollande l’avait précisé lors de sa campagne, les recrutements dans un ministère seront compensés par des baisses dans d’autres.  Voilà un symbole de la politique sarkozyste, le non remplacement d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux,  validé et même empiré. En effet, pour compenser le recrutement dans l’éducation, les suppressions de postes vont concerner deux fonctionnaires sur trois dans les autres ministères. Comme Sarkozy avec la RGPP (Révision générale des politiques publiques), et dans la plus pure tradition libérale, François Hollande et le parti dit « socialiste » considèrent les fonctionnaires comme des travailleurs inutiles que l’on peut supprimer sans dommages à coup de « réorganisation de service ». Or nous, gens de gauche, savons que l’emploi public est ce qui fait vivre et fonctionner de manière efficace les services publics, ceux-ci étant un des piliers fondamentaux de notre République. Pour les fonctionnaires comme pour les usagers des services publics la rentrée ne sera pas rose et le « changement » tant attendu par des millions de citoyens n’apparait pas prévu pour sitôt.

Mais la rentrée sera carrément sombre pour de nombreux travailleurs jetés, presque du jour au lendemain, de leur entreprise et souvent après avoir donné leurs vies et leurs santés à celle-ci. Ce sont notamment les salariés de PSA d’Aulnay ou ceux de Sanofi à Viry-Châtillon qui vont se retrouver sur le carreau. Ces entreprises sont elles en faillites ? Non, les actionnaires et patrons considèrent simplement que leurs salariés ne sont pas assez « profitables » au regard des taux de rentabilités qu’ils exigent. Mais fermer une usine automobile, dans le cas de PSA, sous prétexte que l’on a fait un déficit sur un trimestre, est également une stratégie politique car c’est un moyen détourné de délocaliser. En effet, lorsque l’usine française sera fermée et quand les commandes redémarreront, les voitures reviendront en France mais fabriquées dans des pays où la main d’œuvre est d’avantage corvéable et moins organisée. C’est donc ici, une véritable stratégie politique laissant dans la souffrance des familles entières touchées directement ou indirectement par les licenciements.

Face à cette situation, le gouvernement « socialiste », malgré diverses postures de certains ministres comme Arnaud Montebourg, a déjà levé le drapeau blanc. La possibilité d’une loi interdisant les licenciements boursiers et permettant aux représentants des salariés de mettre un veto à ceux-ci, n’a pas été mentionnée une seule fois. Mais ce n’est finalement pas une surprise, ce n’est qu’un élément qui vient s’ajouter à d’autre, témoignant de l’acceptation totale de l’idéologie libérale par le président de la République et de son gouvernement.  De plus le refus de soumettre le TSCG (traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance) et le MES (Mécanisme européen de stabilité) à un référendum à la rentrée, marque encore une fois la continuité avec les politiques menées par l’UMP pendant 10 ans.

La rentrée qui vient doit être une rentrée de lutte, au Front de gauche comme dans nos syndicats, nous refusons la fatalité ! Nous croyons qu’une action politique est possible, à condition d’avoir le courage de désobéir aux lois du marché « libre et non faussé ». Nous serons donc dans toutes les luttes aux cotés de ceux qui souffrent, nous y proposeront nos solutions pour sortir de cette crise économique, écologique et sociale ; non pas par d’avantage de productivisme aveugle mais par le projet politique de planification écologique. Seule le planification écologique peut garantir le maintien et la création d’emplois sur le territoire national, en relocalisant l’activité, en investissant à long terme sur une éducation de qualité dans des filières écologiques et en favorisant d’autres modes de consommation, moins destructeurs pour la planète. La gauche libérale ne sait pas le faire, nous on peut !