La proximité pour l’Université


tumblr_mwq5z1q3xV1qed11lo1_1280

J’ai déjà eu l’occasion de raconter, il y a déjà près d’un an et demi, en quoi mon (long) passage dans une université « de banlieue » avait été plaisant, et finalement loin des clichés que l’on peut entendre régulièrement, et malheureusement, souvent colportés par certain-e-s enseignant-e-s de lycée. Mes études universitaires à l’Université d’Évry m’ont données tout ce que je pouvais attendre d’un établissement d’enseignement supérieur : des conditions relativement bonne d’étude (mais toujours à améliorer), des professeur-e-s et enseignant-e-s le plus souvent compétent-e-s et passionné-e-s et des réseaux de socialisations qui m’ont permis d’approfondir ma conscience politique.

La quasi-totalité des universités dites « de proximités », car situées dans un bassin de vie relativement éloigné des grandes métropoles, ont pour usagers principaux les habitant-e-s des environs. A l’inverse des universités situées au cœur des métropoles qui ratissent beaucoup plus large en matière de public. Les universités de proximités sont en quelques sorte la traduction en actes de l’ouverture de l’enseignement supérieur, de sa démocratisation,  à toutes et tous car elles réduisent la première barrière à la réalisation d’études supérieures : la barrière physique.

Permettre plus facilement aux classes populaires de franchir la barrière physique de l’entrée à l’Université permet de réduire l’effet « d’autocensure » qui fait que les moins disposés, à priori, à réaliser des études supérieures, se découragent plus vite que les autres à devoir faire des dizaines de kilomètres de transports par jour pour étudier. En réduisant la distance physique c’est également la distance symbolique qui est atténuée. Lorsque l’université est à proximité directe de l’habitat, du quartier, de ceux qui la fréquentent, et non au cœur d’un quartier chic parisien, il est plus aisé de l’assimiler comme faisant partie de son quotidien, de s’imaginer un jour y mettre les pieds. Alors qu’il est bon ton, dans les médias de masse, de pointer la « médiocrité » de l’Université française, et en particulier en commentant les taux de réussite en licence des classes populaires, il serait pertinent de réfléchir aux conditions matérielles pour garantir la réussite de ceux-ci.

Mais la présence d’une université (et même lorsqu’il s’agit d’une simple antenne universitaire de petite taille)  sur un territoire est également un véritable moteur pour ce dernier. La mobilisation d’il y a quelques semaines du personnel, des étudiant-e-s et enseignant-e-s, soutenus par quelques élu-e-s locaux, contre la fermeture de l’antenne universitaire de Béziers témoigne de cette crainte de voir disparaitre une tranche de vie amenée par l’établissement d’enseignement supérieur et ses usagers quotidiens. Pour un quartier, une ville, une intercommunalité et même un bassin de vie, disposer d’une université sur son territoire c’est profiter d’une mixité sociale et fonctionnelle. C’est disposer d’un véritable équipement structurant à partir duquel peut se concevoir l’aménagement qui prend en compte les différentes échelles. Encore plus que dans celles des grandes métropoles, les universités de proximités sont de véritables lieux de brassage social qui contribuent, dans une société qui a tendance à s’individualiser, au développement d’une urbanité.

Or la logique d’austérité à l’Université mise en place par la droite et Valérie Pécresse à partir de 2007 avec la loi LRU « relatives aux libertés et responsabilités des universités » (sic) et confirmée dès 2012 par la ministre solférinienne Geneviève Fioraso et sa loi dite « LRU 2 », pousse fortement à la mutualisation des structures universitaires. En plaçant le couteau budgétaire sous la gorge des universités devenues autonomes, celles-ci n’ont d’autres choix que de se grouper à d’autres plus importantes ou disparaitre. Cela se concrétise inéluctablement par une fermeture des établissements les plus petits, les plus fragiles et ceux qui ne sont pas en capacité de lever des fonds privés en masse, bref ceux qui accumulent les dettes et qui ne sont pas jugées assez « rentables » pour les libéraux.

En poussant à la création de campus géants sur le modèle anglo-saxons pour réaliser des économies d’échelles, la logique austéritaire  est une menace pour les petites universités, « à taille humaine », qui sont pourtant de véritables atouts pour la vie de nombreux territoires. Elle est une menace pour les classes populaires, pour ceux qui disposent de peu de capitaux culturels, sociaux et économiques, et pour qui l’éloignement du lieu d’étude est synonyme de nouveaux obstacles à franchir. Alors que les nouvelles technologies de la communication et les moyens de dématérialisation affranchissent de plus en plus des nécessités de regroupement, la constitution de campus géant refermés sur eux-mêmes apparait même comme un contre-sens historique. Le libre marché ne fait décidément pas grand-chose dans le bon sens, ne le laissons plus guider les politiques d’aménagements universitaires et soutenons les universités de proximité.



Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s