Gouverner en imposant au peuple


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Alors qu’il est bon ton, dans la bonne société et dans ses relais médiatiques quotidiens, de dénoncer les prétendues atteintes à la démocratie chez les autres, particulièrement lorsqu’il s’agit de l’Amérique du Sud et des Révolutions citoyennes qui s’y expriment, les manquements démocratiques « chez nous » ne semblent pas faire l’objet d’une quelconque dénonciation. Pire, ceux-ci semblent s’imposer comme une façon novatrice et « moderne » de gouverner, à l’opposé des volontés forcément « populistes » des citoyen-ne-s qui, de toute façon, n’y comprennent pas grand-chose à toutes ces questions compliquées.

A l’échelle européenne, si « l’Eurogroupe » réunion mensuelle des 17 ministres des finances des pays membres de la zone euro a fait parler d’elle au cours du mois de mars, lorsqu’elle a voulu imposer une taxation des dépôts bancaires des épargnants chypriotes (projet qui au final a été rejeté par le Parlement national de Chypre), d’autres « instances » présentent le même degré de faiblesse démocratique. La commission européenne, sorte d’exécutif de l’Union Européenne, a ses membres désignés par les différents chefs d’Etats, tandis que la Banque Centrale Européenne est complètement « indépendante du pouvoir politique », c’est-à-dire inflexible sur sa ligne libérale. De manière générale le traitement des différentes « crises » de dette publique des pays membres de l’UE, montée en épingle par les médias internationaux, s’est fait exclusivement au détriment des processus démocratiques nationaux.

En France, l’alternance politique de l’année dernière aurait pu nous laisser présager un « changement » de façon de faire après dix ans de mise sous silence des volontés populaires (avec le Non au Traité Constitutionnel Européen en 2005 et les mobilisations monstres de 2010 contre la réforme du système de retraite comme zéniths de cette situation), il n’en est rien. Comme hier pour les libéraux, le peuple est toujours considéré, par les socio-libéraux au pouvoir, comme une masse idiote, soit incapable de comprendre les enjeux des différentes problématiques, soit tombant trop facilement dans les bras des forces politiques « populistes ». Le refus d’organiser un référendum pour approuver le TSCG, dernier traité européen limitant pourtant la souveraineté budgétaire nationale au profit d’instances européenne non-élues, fut le premier marqueur de cette absence de changement en matière de démocratie.

Mais ce déni démocratique ne concerne malheureusement pas uniquement les échelles nationales et internationales mais également des échelles régionales et locales. Cette façon de gouverner sans le peuple devient une sorte de « norme », une coutume agréable pour les petits monarques locaux qui en deviennent dépendants. Les Grands Projets Inutiles et Imposés (GPII) tels que l’Aéroport de Notre-Dame des Landes dans la banlieue de Nantes, la ligne ferroviaire haute vitesse Lyon-Turin ou le projet de complexe commercial géant Europa City à proximité de l’aéroport de Roissy-Charles-De-Gaulle (dans lequel il y aura vraisemblablement « une piste de ski » (sic)), sont des symboles de l’autoritarisme des certains élus. Bien que l’aéroport de Notre-Dame des Landes soit le plus médiatisé en raison du fait que c’est l’actuel Premier Ministre, et ancien maire de Nantes, qui en a été le commanditaire, l’ensemble de ces projets fait l’objet d’une vive contestation locale voire nationale et internationale.

Alors que les discours politiques sont peuplés de références à « la gouvernance » voire à la « démocratie participative », celles-ci s’affichent comme pour masquer une tendance plus lourde de retrait des classes populaires de la sphère politique, de la sphère de décision. L’abstention dans certains quartiers n’est que la partie visible de l’iceberg du dégout de toute forme organisée de participation politique. Mais comment ne pas comprendre la colère du peuple mis de côté par les « biens pensants » libéraux, abrutis par les émissions de télévisions et la pensée unique médiatique ? Les « nouvelles formes de participation » n’apparaissent finalement que comme une mascarade anti-démocratique généralisée dans laquelle seuls les notables politiques et économiques tirent un bénéfice. Il n’y a qu’à voir comment « l’acte III » de décentralisation ou la création des « Métropoles » favorisent la concentration des pouvoirs vers quelques barons et institutionnalise les négociations de couloir. Nous voyons donc que l’affaiblissement des formes démocratiques est une stratégie politique voulue par les libéraux et les socio-libéraux au pouvoir en France et en Europe.

Or la démocratie n’est pas une « concession » faite au peuple par les puissants mais l’unique moyen de faire émerger l’intérêt général contre les différents intérêts particuliers. C’est pour cette raison que jamais une quelconque forme de « gouvernance » où s’invitent des acteurs de la société civile (sans bien sur remettre en question la pertinence et l’efficacité des actions de ces acteurs dans de nombreux domaine) ou des groupes de pression ne remplacera une « véritable » démocratie où chaque citoyen et citoyenne, peu importe sa classe sociale, dispose d’une voix identique à son voisin ou sa voisine, et où chacun-e doit recevoir une éducation républicaine de qualité lui permettant de faire des choix uniquement guidés par sa raison. Le processus de marchandisation de l’enseignement et des savoirs mis en place par la droite et confirmé par le Parti de Solférino contribue donc à l’affaiblissement de la démocratie.

N’ayons pas peur des mots, la démocratie en France comme en Europe mérite aujourd’hui, comme hier l’Amérique du Sud, un grand coup de balais sur ses institutions toujours plus éloignées de la réalité du peuple. C’est en cela que le pays a besoin d’une Révolution citoyenne que le Parti de Gauche  et le Front de Gauche se proposent d’accompagner. Il n’est plus possible de continuer sur ce chemin austéritaire qui spolie les citoyens et citoyennes de leur souveraineté pour la donner aux banquiers et actionnaires des grandes puissances économiques. Nous devons renouer avec les idéaux de la Grande Révolution de 1789 et reprendre le pouvoir dans la cité comme dans l’usine, faisons de l’exigence démocratique un des piliers de nos programmes européen et municipaux.



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