La réaction en ordre de marche


26122012-10

La traditionnelle bataille de chiffres entre la préfecture de Police et les organisateurs de la manifestation de dimanche ne doivent pas nous masquer un enseignement important de cette dernière. Bien qu’il serait naturel pour toute personne progressiste de sous-estimer la portée d’une mobilisation comme celle-ci, d’autant plus que le gouvernement s’est promis de rester intransigeant sur ce sujet annonçant « qu’aucun compromis n’est possible face au projet de loi », organiser marches et rassemblements de plus de 300000 personnes (méfions nous des individus comme Jean-François Copé qui arriveraient à faire tenir plus de 10 personnes au m2 sur la place de la Concorde) relève d’un travail tout particulier, travail qui prouve que les forces réactionnaires sont en ordre de marche.

Le caractère dit « apolitique » de la manifestation est, au mieux une preuve d’une crédulité à peine croyable, au pire une sournoiserie manipulatrice et grossière des différentes forces de droite. Des catholiques intégristes en croisade contre « l’homofolie » (sic), des partisans du Front national qui témoignent de leur vrai visage antisocial et anti-égalitaire, du Bloc identitaire et de divers groupuscules d’extrême droite, jusqu’aux militants et élus UMP avec, à la tête de l’organisation Jean-François Copé et ses pains au chocolat ; les différentes tendances réactionnaires ont trouvé un cheval commun de bataille. Ne tombons pas dans le piège et soyons conscient de qui nous avons à faire, à la droite la plus dure. La figure de Frigide Barjot (Virginie Merle), présentée comme « moderne » ou comme une « catho décomplexée » par la classe médiatique, n’est pas moins que les autres une militante politique. Il n’est d’ailleurs pas anodin que son mari, Basile de Koch, fut un membre du Club de l’Horloge (club de « réflexion » d’extrême droite qui a notamment théorisé le concept de « préférence nationale ») et assistant de Charles Pasqua. Cette manifestation réalise en quelque sorte un des principes fondateurs du club de l’horloge, celui de réaliser « l’union des droites ».

Le choix d’un sujet dit « de société » au lieu d’un sujet « social » pour mobiliser son camp n’est pas non plus fruit du hasard. L’égalité des droits civils est souvent mère de l’égalité des droits sociaux, et ça la « droite rassemblée » n’en veut pas. Il est frappant de regarder des affiches de la première moitié du 20ème siècle appelant à refuser le droit des votes des femmes, pour ne pas déstabiliser un ordre social et familial ancestral, et constater les similitudes avec les arguments utilisés aujourd’hui. Alors que, pour ces derniers, le libéralisme économique apparaît comme un horizon indépassable, comme une « loi de la nature », le libéralisme culturel est présenté comme une dérive, comme un symbole de la décadence des sociétés modernes. Serge Dassault, sénateur UMP de l’Essonne et propriétaire du Figaro, n’a t-il pas prophétisée, en novembre 2012, la disparition de la société si nous avions « un pays d’homos » ? La présence d’un cortège du Front national dans une manifestation « contre » une mesure égalitaire est un marqueur tangible de l’absence d’un quelconque  « tournant social » que les médias voudraient nous vendre. Car pendant ce temps, rappelons que personne à droite ne remet en cause l’austérité et ses conséquences sociales sur l’ensemble des citoyen-ne-s. De la même manière, la tolérance des « prières de rues » dont nous avons tous vu les images, montre que pour les partisans de droite l’offense à la laïcité est à géométrie variable.

Ne prenons pas cette mobilisation à la légère. Les forces réactionnaires nous prouvent qu’elles sont capables de se rassembler et de se mettre en marche. Loin de l’image idyllique que l’on a pu voir à la télévision de « la petite famille », pleine de fraternité et de bons sentiments pour défendre un modèle familial, qui n’hésite pas à ouvrir ses portes et à héberger d’autres manifestants, les têtes pensantes de la mobilisation sont des militant-e-s de longue date, prêts à bondir sur la moindre faiblesse. Il est particulièrement mal venu, dans notre camp, de critiquer à ces personnes le droit de manifester un désaccord dans la rue ou ailleurs, tant nous en avons recours quand nous estimons que le combat doit passer par cet outil (nous étions par ailleurs au moins 6 fois plus nombreux lors des grandes manifestations contre la réforme des retraites de François Fillon en 2010).  Mais cette mouvance réactionnaire ne doit pas gagner sans résistance.  Alors que le gouvernement et le Parti socialiste semblent encore une fois fuir leurs responsabilités même sur des sujets « sociétaux » (nous n’attendons malheureusement plus rien de lui, et depuis  bien longtemps, sur le social), notamment avec l’éviction de la Procréation Médicalement Assistée du texte du projet de loi sur le mariage pour tous, le Front de Gauche n’hésitera pas à mener le combat politique. La lutte pour le mariage pour tous est plus qu’une bataille pour la nuptialité, c’est une bataille pour l’émancipation, pour l’égalité, pour la laïcité et contre l’homophobie encore trop tolérée par les pouvoirs publics.

Nous serons dans la rue, plus nombreux que les réactionnaires de tout bords, le 27 janvier 2013, pour exiger l’égalité des droits et montrer notre détermination. Faisons barrage aux obscurantistes qui, de l’opposition à l’abolition de l’esclavage à celle contre l’interruption volontaire de grossesse, se sont toujours battus contre les idéaux progressistes des philosophes des lumières, principes fondateurs de notre République.



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